‹ De la psychologie de PlatonChapitre 24 sur 115 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

dialectique, et les genres logiques jusque dans l'ontologie. Puisque l'être, l'un, le même, Vautre, se trouvent partout, ou veut absolument trouver dans la composition de l'àme quel élément est le même, quel l'un , quel la dyade. La confusion de l'ordre logique et de l'ordre de l'être, attribuée à Platon, est surtout le fait de tous ses commentateurs et critiques.

11 n'est pas question dans la compositioD décrite par le Ti$née, ni de l'im ni de la dyade; ni le même ni l'autre n'y sont indi{4ués comme des éléments in-

tégrants. Platon se borne à parler de participation , d'analogie ; la troisième essence participe à la fois à la nature du même et à la nature de Vmtre, C'est ainsi que j'entends le mot izt^X qui au propre veut dire se rapprocher de, avoir quelque rapport avec une chose ; car l'essence est ici une pinisance, un acte, un mouvement, ' comme Plutarque l'a très bien vu; le même et l'autre sont des genres purement logiques, comme nous l'apprend le Sophûte. Ëntre la puissance et le genre il peut y ayoir quelqu'analogie ; la puissance indivisible, par exemple, étant l'acte de l'âme se repliant et tournant sur elle-même par un mouvement sans déplacemrat et pour ainsi dire immd>ile , pour y contempler l'être en soi, identique et toujours h même, a manifestement quelque rapport à ce genre , mais ne peut se confondre avec lui : il reste entr'eux l'abime infranchissable d'une faculté active, d'un acte de l'être, à une généralité abstraite, vide, logique. L'àme n'est

1 De Gcn. Àuim. ,«.33, m«q«q.

CIIAPITKE DEUXIÈME.

point un nombre, dit avec raison Platarqae; mais si on la compose réellement de Tunité et de la dyade , on

ne voit pas cependant qu'elle puisse être autre chose, et l'explication qu'il donne de la formation de Tàme ramène Vinterprétation même qull repousse, et la définition de Xénocrate : un nombre qui se meut luimême ; ' car, comme il le remarque, le nombre naît de Tun, limitant la pluralité et mettant une fin à l'infini, qu'on appdle la dyade indéterminée. *

L'interprétation de Pluiarque ne peut donc être admise ; outre qu'elle est peu claire et quelquefois contradictoire, elle ne tient pas compte des formes distinguées et des propriétés définies que contient déjà l'âme, au dire de Platon, et de l'aveu de Plutarque même ; elle ne pose pas nettement l'opposition de Tâme et de la matière dont elle est le principe moteur, puisqu'il Tint dans l'âme un suppôt, une matière qui se trouve être la dyade indéterminée, laquelle est également le suppôt de la matière. Il n'y a donc plus qu'une différence de degré entre Vàme et le corps : l'àme n'est qu'un corps composé sur des proportions plus délicates et plus parfaites, où, comme le dit le commentaire, l'espèce de la partie diadique s'eifiice tandis que domine l'espèce de la partie simple et monadique. ' Enfin cette interprétation ne peut échapper à la critique d'Àristote : il est évident que 1 àme,

1 Plut. , de Gen. Anim., c. 3.

■i Plut., de Gen* Anm., c. S.

3 Plul. , de Gen, inim., c.

PftËMiKHK PAftTiE.

aint>i composée, n'est plus qu'un nombre, qu'un rapport, une abstraction pure, Tide de toute réalité.

C'est encore à cette conclusion qu'aboutit le commentaire de Proclus sur ces trois plirases fameuses par leur obscurité. *

Gonune Plutarque, Proclus ' compose la troinème essence des deux genres , èl ài/^Kitv , le même et Vautre . qui ne sont cependant nommés que dans les membres de phrase suivants, et encore n'y sont-ils nonunés que comme déterminatifs et compléments du mot ^i^ok : or, il est permis de croire que la nat ure du même n'est pas le même, et que dire que la nature de l'autre , dout participe Vessence dirUible, eut de la peine à s'unir au même, sic t«Mv, ce n'est pas tout à &it dire que l'autre s'unit au même ; on peut entendre, par le mot mture de l'autre, certains caractères naturels et innés dans Vessenoe divisible, qui s'accordent mal avec certains autres caractères non moins naturels de l'essence indivisible.

De plus, par une variante introduite dans le texte, ou rk ovT«9 Proclus voit dans le mâange trois choses, trois è^s : 4"* la nature du même ; la nature de l'autre , c'est à dire des choses sensibles ; et 3** la nature mixte et intermédiaire^ qui est celle de Tâme. Hais, comme on Va fiiit très justement observer* si

1 Cic. , ad Àttic. , lib. Vll, ep. 18. SexU, Empirie, Adotrs. Mathm*» 1,

c. Xni, seg. 301.

•2 M. Th. -H. Martin , dans ses savantes et consciencieuses études sur le limêp , a fait la critique de l'interprétation de Proclu« avec un soin qui Mie dispeniie d'insister

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