CHAPITRE DEUXIÈME
le mélange des deux natures du méine et de Vautre
sulïisait pour former l'âme , il serait au moins inutile de procéder à un second mélange, nettement et clairement marqué par ces mois : « et il prit oes trois choses et les fondit de nouTeau, au, par le mélange, » c'est à dire par uu second mélange « en une seule essence ou idée , eiç (jLiov TTovra ièéw, » 11 est même absurde de former Tâme d'un mélange composé d'ab(»rd de la nature de ràme, ce qui revient à vouloir former la nature de l'âme avec la nature déjà formée de l'âme. Il est évident qu'aucune des trois essences qui entrent dans la composition de VIme , ne peut être l'essence de l'âme , sans quoi il n'y aurait pas eu lieu de procéder à une composition.
On a proposé récemment * une interprétation nou- ▼elle, en partie du moins, et dont le trait essentiel est dans la signification du mot où^ia qui se trouve dans le troisième membre de cette phrase obscure ; m («.iyvù; (MToc Tîic fnàdaçnuà âjt t^Um iconxncfMvoç Iv, et ayant opéré le mélange arec Vestmce, de trois choses il n'en fit qu'une. » Que signifie ce mot ojma?
Voici la liaison des idées : un premier mélange est fait de l'essence indivisible et de l'essence divisible, par lequel est obtenue l'essence mixte et intermédiaire.
Ces trois essences obtenues, Dieu, par un second mélange» les fond toutes trois en une seule , Iji^
On ne comprend guère la nécessité d'un troisième
1 M. Th.-U. Martin.
FKËMIËKE l'AK'flK.
mélange auquel cependanl , dans ce système , Dieu a recours, et qui est marqué par la phrase p^wç èi [urk
TYîç fjùaioLç xat ix Tpiwv 7Poir<Tafjt.evoç h ; car il parait icl évident, et suitout par le dernier trait, U rpuov irotYiaàfxevoç 6v f qui reproduit xpia "kaloia* ouvextpaoaTo ei( (uom, que ces participes n*indiquent pas une opération nouvelle et définitive, dont riniporUmcc aurait appelé une toute autre forme verbale, et que ce n'est là qu'un résumé rapide des opérations précédentes. Ën effet, ou ce sujet un , (ita formé de Vunion des trois essences, indivisible, divisible et mixte, est Vâme même, et alors il n'y a pas Ueu de procéder à un troisième mélange; ou ce n*est pas l'âme, et alors, s'il faut ajouter aux trois essences tant de fms nommées , ressence , quel que soit le sens de ce mot , ce ne sont plus trois, mais quatre essences qui entrent dans la composition de Tàme : 4** l'essence indivisible ; ^ l'essence divisible ; 3* l'essence mixte ; i" Vessence, Or, Platon le dit deux fois , il n'y en a que trois , Tpia "kaèm^ et ùc Tpttiiv ico»i)oa(uvoc ev. D'ailleurs que serait cette quatrième essence? C'est ce qu'il m'est impossible de comprendre, même avec les explications deVauteur. « Ici, dit-il, ' il signifie la manière d'être d'une chose, c'est à dire l'ensemble de ses attributs. » Si nous substituons dans la phrase controversée cette définition au défini, nous obtiendrons : ayant mêlé (les trois essences de l'àme) à l'ensemble de ses attributs, à sa manière d'être: proposition à laquelle
1 Etudes sur le limée, toiu. 1, |). aôO.
CHAPITHË DEUXIÈME.
je suis obligé d'avouer que je u'entends absolument lien , il me semble manifeste que le membre (uyvIic èï lurk rHç oOooçn'est qu'un résumé; par conséquent qu il ne reproduit que des faits déjà énoncés ; ces faits sont : l** le mélange des deux essences incréées entr*eUes pour en produire une troisième ; S* la fusion de ces trois essences en un seul sujet. La première de ces opérations est résumée par ces mots : (ai-j'voç èk (Aerà rnç où<naç, où ce mot oùma ne signifie que la nouvelle esr sence, Vessence mixte ; ' la seconde opération, la fusion des trois choses en une est résumée, ou plutôt simplement reproduite par les mots ix Tptûv icoi^9a{uvo«
Il est vrai que ce n*est pas avec les trois essences que se produit le mélange de Vessence; mais après (AiYvù^ on sous entend la nature du même et de l'autre; et alors on a deux composés, chacun de trois essences, dont l'unité définitive ne se trouve accomplie nulle part ; de plus, l'âme se trouve composée de six essences qu'il est bien fastidieux de désigner encore une fois par leurs noms ; mais , dans un sujet si d>scur et si brouillé, on ne saurait trop prendre de précautions
1 C*ett aussi It aaïUnent 4» M. V. CousiD , bien minifesM dans la tradacUon da ea passage.
2 M. Martin voit trois mâanges où il me semble qu'il n'y en a qaedenx : 1«> Le mélange de Vcssenrn indivisible et de l'essence divisible pour en
former la troisième sorte d'cssfnrp.
2'» Le iiK'lange dp l'essoni o indivisible . de l'essence divisible et de Tessence mixte, d'oii résulto un composé un qui n'est pas encore l'âme.
9" Le mélange des trois uiilures : le même, l'autre et l'essence.
PRKMIÈIIE PAUriK.
pour être clair ; ces six essencos sont donc : 1" l'essence indivisible, 21° l'essence divisible, 3" l'esseace mixte, 4"* la nature du 5^ la nature de l'autre, Yessmee. Je ne puis attacher aucune idée claire et satisfaisante à ces interprétations qu'autorisent cependant des noms justement célèbres. Pour Proelus, et même pour Plutarque, Vinfluenoe du système et de Técole explique leur manière devoir. Les Alexandrins mettent tout Platon dans la ilialecticiue, et veulent la retrouver partout; cette préoccupation, (jue je crois fausse, domine dans leur interprétation de Platon, qui est moins un développement exact et fidèle des doctrines du maître, quune espèce de démonstration de leur propre système.
Faire de l'Ame un composé réel, provenant de Vincompréhensible combinaison d'une émanation de la subatance de Dieu avec la substance corporelle , c'est, je crois, méconnaître Fesprit et négliger la lettre et le texte de Platon. Le Dieu du Timée ne crée rien ; il reçoit, il trouve, il prend; Xaêwv, rapaXoéwv; l'âme est éternelle , et de toute éternité elle a le mouvement, et de toute éternité ce mouTementin^irime à la matière des formes; ces formes sont grossières, instables, laides; mais enfin elles existent, et ne peuvent exister qu'en rertu des Idées d'aprèi lesquelles le mouvement est dirigé par l'Ame., nécessairement capable de les voir. Il n'est donc pas nécessaire que la substance de Dieu se trouve dans l'âme pour en expliquer les facultés de mouvoir et de comprendre : l'Ame est semblable aux yeux d'un homme qui n'a pas perdu tout
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CHAFITHB DEUXIÈME
à fûtla vue, mais dont Torgane laible ou alt'aibh défigure et mutUe les formes des choses, et ne transmet à rintelligenceque des notions confuses, troublées et imparfaites; telle l'âme de la matière s'en va tâtonnant dans les ténèbres du chaos, et y éveille plutôt un tourbillon qa*un mouvement. ]Heu f«it beau ce qui était laid , bon ce qui était mal ; il corrige, il purifie Vâme douée de toute éternité de la pensée qui est son mouvement même et toute son essence ; il y fait descendre une lumière, un rayon de lumière, mais il n'y dépose pas une partie de sa substance. Dieu n'est pas présent en nous objectivement, réellement, mais seulement par influence, comme nous sommes dans Tâme de ceux qui nous aiment, dans Vesprit de ceux que nous avons persuadés, où nous avons fait entrer une de nos pensées, c'est à dire notre esprit même. C'est seulement par la persuasion que Dieu agit sur l'âme : si nous voulons ne pas nous égarer dans Vinterprétation de cette symbolique composition du Timée, il ne faudra pas l'oublier.
n ne faut pas oublier non ph» que si je pois âdre entrer une pensée dans un autre esprit , c'est à condition que cette même pensée se trouve déjà dans cet esprit, non pas seulement à l'état de simple possibilité, mais à l'état de puissance dont l'activité sourde et aveugle n'est pas moins réelle. La puissance, pour Platon, enveloppe l'acte ou au moius l'eifort qui le commence. La puissance de la pensée, et d'une telle pensée, est cette pensée même. L'âme universelle possède donc nécessairement, quoique d'une manière
PREMIRRË PARTIK.
confuse et troublée, les pensées que lui communique Dieu, qui n'agit qu^en la persuadant. Cela est encore plus- certain si Ton se rappelle que toute science est infuse en l âme ; qu'elle n'apprend rien ; et que connaître c'est voir, ou se rappeler avoir vu les essences du monde intelligible. Dieu ne fait donc que raviver en Vâme la flamme et la lumière des anciens souvenirs éteints dans les ténèbres de la matière , où elle a trouvé une demeure souillée et avec laquelle elle entretient un commerce impur.
D*un autre côté , assimiler Vessence divisible à la matière, c'(*st ou matérialiser l'âme, ce qui paraît la conclusion la plus opposée à tout le système de Platon ; ou» si Ton fait de la matière Vidée de Vautre, c'est détruire dans l'âme comme dans le corps toute réalité, puisqu'ils ne seront plus l'un vi l'autre qu'un rapport d'idées, un nombre différent. Le monde intelligible ne diffère du monde sensible qu*en ce que le premier possède les proportions harmonieuses de ce mélange d'idées qui, dans leur combinaison irrégulière et leur commerce violent, {Hroduisent le monde sensible. La réalité de Tàme s'évanouit , comme toute réalité.
Voici comment j'imagine (ju'on pourrait interpréter le Timée en restant ûdèle au système général de Platon sur TAme :
L'âme est une force : cette force, qui constitue sa
substance, a une essence qui est de penser ou de mouvoir, ce qui est tout un; car la pensée est un mouvement, et le mouvement, communiqué ou spontané, est
une pensée. L'essence d'une chose est tout ce qu'elle
CHAPlîRK DEUXIEME
ne peut pas ne pas être ; mais cette essence une peut être considérée sous plusieurs points de Yue qui seront eux aussi des essences , ou essentiels; * le mouyement dans l'âme peut donc être analysé et logique meut décomposé en mouvements qui seront essentiels à râme, et en pourront être dits» figurément et symboliquwent, lôs essences intégrantes» carilsnepour*ront pas ne pas être en l'âme.
Ceci admis, je ne trouve aucun embarras ni aucune obscurité dans le passage du Tmée, Jedis arec Plolin : « rAme, indivisible et inséparable dans sa nature, devient divisible et séparable dans son action sur le monde sensible , et c'est ce quQ Platon a entendu dans le Tmée. * » Je conclus avec Timée de Locres : « Dieu composa VAme du mélange de Vessence indivisible et de l'essence divisible qu'il combina de manière à en faire une seule, dans laquelle il réunit les deux forces, * causes et principes des deux espèces de mouvements , le mouvement du même et le mouvement de r autre, » Les essences qui entrent dans la compoùtion de l'âme n'y sont que des mouvements, et, chose singulière, c*est ainsi que, dans un chapitre de son commentaire, Plutarque les définit : « L* essence divisible vis à vis des corps n'est autre chose que le mouvement, «>if)vi<n«, qui porte des opinions, qui produit
1 Plotin , Enn., II , IV, § 12. « Il n'est point de puissanct; sans essence, ni d'essence sans puissance. » Enn., Il, I\, 2 : « Notre Ame est une wule nature en plusieurs puissances , fi<T»»s -{«ç ov-z^ y^-At i» irA-jnn îî>.«io«tv. v
2 Plotin, Enn., IV, I. 1.
Fll£MiÈH£ PARTIE.
des imaginations ; — la nature possède les deux mouvements : l'un, immuable» a pour objet l'essence éternellement identique; Vautre est divisible et mobile, parce qu'il a pour fonction de saisir la matière toujours agitée et dispersée. * » Les essences de l'âme ne sont donc pour Plutarque aussi que des mouvements* Ainsi entendue, la ihéonB de la composition de Tàme n*a plus rien de mystérieux, et n'oflfire qu'une analyse psychologique d'une vérité et d'une profondeur également admirables. L'âme est une, simple, absolument indivisible dans son fond , dans son essence ; mais elle est dans son action nécessairement divisible et multiple. Ën etl'et, si elle s'élève dans les hautes r^ons de rintelligible à la contemplation plus ou moins claire de l'absolu, de l'absolument un; si dans cet acte pur elle s'assimile, — Platon n'a jamais dit s'identifie, — à . l'objet qu'elle connaît, c'est à dire reste parfaitement une et indivisible, lorsqu'elle considère les choses sensibles et particulières, elle est nécessairement partagée pour ainsi dire entre elles. Le changement qui s'opère dans les choses et en modiûe la figure ou les formes, étant une succession de mouvements, il y a, comme l'a fait très justement observer Stahl , il y a là la cause d'une division numérique nécessaire, non dans l'espace , mais dans la durée, que l'âme est <^ligée pour ainsi dire d'opérer en elle-même pour saisir même Vidée générale de changement, et à plus forte raison le nombre et l'ordre des changements partiels.
1 Plnt., dt Gen, Anm,, e. 23.
En Dieu même, il semble que la corniaissance générale et les notions particulières du elian§[enmt ne puissent se produire que par inné action intellectuelle diTi-* sée au moins dans la durée : nous ne pouvons guère C(mcevoir que Dieu voie les êtres particuliers et les dMUigemoits divers <j[ui les transforment» sans <pi*il se produise, an sein même de cette simpUcité et de cette unité absolue, une sorte de changement, une sorte de multipUcitév Platon ne recule point devant cette coBséqu^ce que Plimièûde lui présente eoÉune un épouvantail. On peut, teonmie bli, mettre la divisibilité dans l'action intellectuelle de l'âme, sans porter atteinte à son unité essentielle^ L'âme est une, mais non pas d*une unité nue et vide; ce n'est pas une table rase ; elle est pleine de puissances diverses et de diverses perfections actives; la pensée, acte essentiel de Vâme, se divise ou plutôt se déoûnqpose en actions partienes : telle est, selon mm, la signification naturelle et simple de la symbolique composition du Timée. L'âme a pour essence le mouvement spontané» .c'est à dure la pensée ; mais elle pense de plusieurs manières, suivant les divers objets qu'elle pense. Ainri il y a des modes dans l'unité de son essence ; elle possède ou produit (Averses formes de pensées qu'on peut ramener à trois, lesqu^s sont opérées par différents mouvements qu'on peut ramener à deux. *
Nous avons vu» en effet, qu'après avoir fait des trois essences- une seule» IMeu hii imprime deux mouve-
1 Tim., p. 3t>. Lois, X, p. 8%.
PRBMIÈAK PAHTiE.
ments circulaires et figurés par deux cercles, qui se coupent comme les plans de Técliptique et de Téquateur sur la sphère. Ces assimilations bizarres étonnent l'esprit des modernes : on en sera moins choqué si l'on ?eut bien se rappeler que dans la philosophie platonieieDne surtout, les mouTements des corps célestes sont produits par des Ames, et ne sont yéritablement autre chose que des pensées visibles. Le cercle supérieur est le cercle du même, de l' invariable , de Tindivisible; le cercle inférieur, appelé le cercle de i'oMre, est difisé en sii mouvements Afférents et inégaux en-< tr'eux.
Si dans ces cercles il ne faut voir que des mouvements, dans ces essences que des modes de nos pensées, on s'accordera, j'espère, à reconnaître dans cette analyse la finesse et la profondeur de la véritable observation psychologique.
n 7 a, en effet, im éléinoit constant, absolu» dnitersel, nécessaire dans nos pensées; Nous ne pouvons penser à rien sans penser ce que le langage de la philosophie moderne appelle l'infini ; car toute idée nécessaire se ramène à ViiÂni, et toute connaissance renferme une idée nécessaire. Cet absolu, cet être parfait, cet infini indivisible que je rencontre au fond de. toutes mes idées, c'est Dieu même présent en nous ; car rien de ce qui est absolu et nécessaire, même dans nos idées, ne nous appartient : il appartient à Dieu; c'est le côté divin de l'àme ; c'est là le Dieu qu'elle porte en elle : il n*y est pas, à la vérité, comme une substance, objectivement, comme une émanation; c'est le rayon de
CKAPITIIB INiUXIÈlIfi
lumière qui la pénètre , mais ne la constitue pas ; sans être identique à Dieu , T Ame qui le cooçcMi se fait aeaai-
blable à lui , et la forme qu'elle prend dans cet acte intellectuel, c*est l'essence indivisible et toujours la mâme, parce que Tàme participe à la nature de son objet et eherche à Timiter, et par conséquent à la fois lui ressemble et s'en distingue. ' Cette essence ou manière d'être essentielle de l'âme consiste dans le moufement intérieur de la pensée repUée sur éUe-oiéinet tournant sur elle-même, pour contempler an dedans de soi les essences parfaites, et l'idée du bien qui les domine ou les renferme; c'est un acte d'intuition intelleotaelle qui saisit dans toute connaissance l'élé^ ment nécessaire, Vintelligible pur , Tètre en soi et par soi, et la forme essentielle de l'âme dans cette intuition est, autant que cela est possible, semblable à son objet. L'âme est de la même nature que Tidée. * Cette raison pure élimine l'accident variable qui voile l'essence, l'être, pour ne contempler que l'élément universel; cette raison pure, est muette, ce verbe intérieur est sans voixV * e'est par un regard silendeut qu'au sein de toute affirmation l'esprit voit rayonner Têtre et découvre cette intime et muette apparition. Quand cette pensée, portée par elle-même, ou plutôt dans ce qui
1 CratyL, p. Ii5. « L'image ne peut même roiwésenter complètement la choi>e qu'elle imite, si elle doit demeurer image. » CX Bossaet. Traité de la contiaissance de Dieu, c> 4, 9*
i iMat. , Fhédon, p. 29,
3 Tùn. , p. 37.
est mis en mouvement par soi-m6me» * c'est à dire rime, a pour objet le Fatioimel pur, dors se produisent nécMsairementrintelligence ef la seienee. '
L'intuition n'est pas dans l'âme uniquement intellectuelle ; l'intelligence ne tourne pas toujours ainsi sur eik-^ème, sor l'élément intelligible et universel de nos pensées. <Hiand il est aiis en rapport afièc les corpe, dont l'essence est d'être di\isible, l'esprit est obligé de se diviser pour ainâ dire comme eux : il devient, dans oetfe action, essentiellement divinble, yrfyofâmç (u« ; piwK- Comment autrement pourrait-il les comprendre, c'est à dire se les assimiler? Tout acte de connaissance est une espèoe d'assinilatioa entre le sujet et l'objet. La pensée ii*a 4e réalité que dans le sujet pensant, n'est même que l'esprit qui pense : comment alors la pensée du multiple, du cbai^eant, du divisible, pour* rait-elleétreabsoluinaiituneetindivisil^? Ildoitdooo sefAroduiredansrftme, dans son aotion sur le monde des oorps , une forme ou essence divisible ; de même que dans nos idées , outre l'élément universel et néces*
BSÎIB, il y a un élément wiable, multiple et acc»*
1 Tin., p. 37, t» in»w|ii«v v vf^v*»^ M. Y. Coluin traduit: « dans 1m OMiaveinenls aaxqùeU elle sé livre. » Le v «bMA est bien ragnement traduit.
S Tisi. , p. 87, ws« Hmtim L'intdligible , l'intelligenoe et Taetioa de rintelligenoe, sont souvent exprimés par un seul mot et confondus dans le langage comme dans la doctrine dont la profondeur psychologique laissera peu de chose à faire à Aristote pour sa fameuse déflnition de la pensée. Diogène de Laerte a fait remarquer que la confusion de certaines idées sous un seul mot , et l'emploi de plusieurs mots pour exprimer la même idée , étaient habituels à Platon .
deateL Lorsque le mouvement de f autre mQi Tesprit en présence des choses particulières et corporelles, et qu'il s'accomplit réguli^ment, lorsqu'il y a intuition
sensible, alors naissent les opinions fondées el les croyances véritables, luà tcurniç.
Mais, outre ces deux formes que prend Tàme dans son action sur Vintelligible pur , sur le sensible , il y en a encore une troisième, comme il y a un élément mixte dans nos idées, formé de lélément uniyersel et de l'élément particulier. Toutes nos facultés de con* naître tendent à l'unité et conspirent vers l'universel. Dans ce mouvement, dans ce prozess de la dialectique, il y a des degrés. D'abord, au plus bas échebn, il y a cette forme inférieure de nos pensées qu'on appelle croyances, opinions, imaginations, souvenirs; elle s'arrête aux réalités visibles et extérieures, présentes ou absentes^ et produit dans l'esprit une adhésion que ne justifient aucun raisonnement, aucune démonstration, aucun principe, mais qui n'a d'autre origine qu'une foi aveugle, quoique souvent trompée, dans le témoignage de nos sens. Âu plus haut deçré, au contraire , et pour ainsi dire à l'extrémité opposée , Tesprit peut arriver à la limite supérieure du monde intelligible, et saisir directement par lui-même, oùt^ vt»î<m l'essence absolue des choses, ^ i^nv Imtorw, et la plus haute de toutes les essences, Vidée suprême du bien. Cette intuition est absolument pure , n'emploie aucun intermédiaire, accomplit son acte sans parcourir aucun raisonnement. La yue d'une chose belle fait reyiyre immédiatement en notre Àme la notion pure de la
9i PRBUIÈnii PAATie.
beauté pariaiie. L'intuition de l'intelligible rejett«i toute notion venue des sensi ne contient aucune hnagCi ne 8*appuie sur aucune hypothèse : elle part d*idées |)ures, traverse des idées pures et aboutit à des idées pures. ' C'est le suprême eilori de la pensée , dont tous les hommes sont capables, mais que peuvent seuls accomplir dans sa perfection et sa plénitude, les Dieux, et peut-être aussi ( quelques hommes qu'ils favorisent , mais qui ne peuvent atteindre cette pure et par&ite connaissance que bien rarement; ceux-là même ne peuvent y arriver qu'après s*étre exercés à une moins noble manière de penser, laquelle cependant s'élève au dessus de la connaissance sensible, et forme entre ces deux extrêmes comme un moyen arithmétique, géométrique ou harmonique , enfin un genre intermédiaire. C'est un principe, pour ainsi dire chez Platon, que deux choses ne sont pas bien liées entr'elles , si ce n*esi par Tinteroalalion d'une troisième, qui forme avec les deux autres une propor^ tion. C'est ainsi que pour former le corps du monde , Dieu plaça entre le feu et la terre, qu'il était bien difficile, à raison de leur nature, de lier ensemble, l'air et Veau. Ces deux milieux, unis d'abord «itr'eux, lièrent les deux extrêmes l'un à l'autre, parce qu'ils se liaient eux-mêmes aux deux extrêmes. De même il y a dans le monde intelligible une région moyenne et mixte : c'est celle des genres, images des essences véritables, obtenus par une dialectique discursive qui
1 Réf., VI ..p. 511.
CUAPimE DEUXIÈME
réunit sous une même notioo commune les choses particulières, dont on élimine peu à peu toutes les différences pour n*y laisser que les.caraetères les plus
généraux.
Ce sont là les essences intermédiaires, rà ;i.eTa^u, les nombres ou choses mathématiques, placés entre les premiers intelligibles et les premiers sennbles, ^ qui , distincts des objets sensibles en ce qu'ils sont éternels et immobiles, sont aussi différents des idées, en ce qu'ils sont plusieurs semblables, tandis que chaque idée est seule de son espèce. * C'est le procédé et la méthode des géomètres, ' qui opèrent toujours sur des figures partici^éres , mais en les concevant comme générales. Ce sont donc des notions générales et abstraites , telles que les catégories , où l'entendement ramène et fait rentrer les idées particulières recueillies par la sensation. * Ce mouvem^i de l'âme « déclare à quoi chaque chose est identique et de quoi elle diffère; pourquoi , où , quand et de quelle manière il arrive qu'elle existe ; quels sont ses rapports soit avec les choses particulières et sujettes au devenir, soit avec celles qui sont toujours les mêmes. » ' Par le moyen de ces notions abstraites, V esprit peut comprendre, c'est à dire lier les notions particulières fournies par
1 Plut.. Ouest, Plat., i.
9 Arisi, Mét., 1,6, 6; de I'Aim, 1, 2.
8 ïïlat., Réf., VI, p. 516. •
4 Tim. , p. 37. Platarque (d» CrM. iliitiii., c 38) avait déjà fait remarqwr qae ee paatag* ooDliont à peu |»è8 toutes les catégories d'Àrislole.
5 Tm,t p. 87.
la sensation pure, y introduire l'élément général, l'unité logique , ^ sans laquelle il n'y a pas de connaissance, ou, ce qui revient au même, sans laquelle la connaissance est sans forme. Or, comme Tesprit, en acquérant ces notions , est modifié par elles, et devient, autant que sa nature le lui permet, seniblable à ce qu'il conçoit, divisible. en ooncevant.le divisible» Idée en concevant Vidée , de même l'essence mixte des genres logiques fait en quelque sorte partie de luimême, et Ton peut dire qu'il y a eu lui une essence mixte formée des idées particulières et sensibles et de ridée universelle, et qui tient de l'une et des autres.
Ramener le sensible à l'intelligible, la pluralité à l'unité, l'individuel au général, tel est le résultat des Hjeures intermédiaires et mathématiques, telle est la fonction de l'essence mixte de l'âme.
Platon n'a pas attribué de cercle particulier, de mouvement séparé à ces conceptions, générales sans être umverselles. En effet, par un excès qui. atteint toute la doctrine, et dont Aristote a exagéré les conséquences, Platon semble avoir cru qu'on se rapprochait d'autant plus de la réalité et de l'être véritable, qu'on s'éloignait davantage de Têke individuel et semdble, et qu'on touchait de plus près au genre qui le contient. Parce que l'infini, Dieu, est en même temps universel et réel, il ne s'ensuit pas que tous les universaux soient également réels, d'une réalité objective. Il n'en est pas de Dieu comme des autres êtres , qui, tout en
possédant l'être, n'eu possèdent pas la plénitude. En eux runirersel, le genre est logique et ne s'identifie pas avec le principe de l'être indmduel, avec Fessence, qui parait être ce par quoi ils sont ce qu'ils sont et non autres, c'est à dire le principe d'indi\iduation.
I>e cette erreor sulr la natute de la snbstanee, on penf arrirer à créer des entités sans Tie, des unités abstraites et purement logiques ; je ne crois pas que Platon ait franctû ces limites , et si les raisons de l'être ne sont pas assea distinguées des raisons de la connaiasanoe^ elles sont cependant distinctes.
Mais sans aller lui-même jusqu'à les confondre , il lui .suâisait de croire que le genre avait une réalité quékxnque, pour en oondiire que le mouTement qui le produisait élait le même ou approdiant le même que celui qui montait d'un bond et par intuition au sommet des espèces intelligibles , aux Idées, et à l'Idée des Idées, au Bien. U n'était donc pas nécessaire d'attri* buer la production des idées générales à une faculté particuUère, à un cercle propre de l ame. Le cercle supérieur du même les expliquait complètement.
En vésuioDiév deux grandes iacultés produuant en nos pensées, soit par leur action propre , soit par leur concours, trois formes ou essences, l'intelligible pur, les idées générales, et les notions des choses sensii>les et fwpticulièree, voilà, suivant mon opinion, le sens très simple de cette composition de l'âme, enveloppée dans une forme mythique , mais qui n'ofùre à la psychologie moderne aucun lieu de s'étonner ou de se nécrier. L'interprétation que je pro[)ose permet de
croire que la simplicité et la spiritualité de l'âme n'ont pas été méconnues ni même compromises par Platoo, et , quant à Tanalyse psychologique elle-même , je ne Tois pas trop ce qu'on y pourrait reprendre.
Il reste un point sur lequel nous ne nous sommes pas encore expliqué. Dans la dernière de ces trois phrases fameuses du Timée, Platon dit qa'après le dernier mélange qui définitivement des trois essences n'en fait qu'une, Dieu opère dans cette essence une, une dlTision qui épuise tout le mélange, et que par suite de cette division, chacune des parties obtenues offre un mélange des trois essences composantes, et que toutes forment entre elles une proportion harmonique. U y a, dans les détails de cette diyisicm, des difiScultés musicales et mathématiques dont il est inutile d'encombrer ici un problème de psychologie ; mais il est toutefois indispensable de savoir ce que signifie cette division opérée par Dieu dans Tâme suivant des nombres harmoniques.
Ne croyons pas que cette division ait pour objet de partager entre tous les êtres une portion de cette substance qui doit les mouvoir et en faire la vie active et pensante : il ne s'agit ici que de l'âme de l'univers; c'est dans le sein de cette âme que Dieu l'opère, comme il l'opérera pour chaque âme humaine. Cette division n'a pour but que de disposer intérieurement les parties qui en composent la substance totale, d'une manière harmonieuse ou plutôt harmonique. Mais dans mie substance une et indivisible, dont l'essence est de penser, quelle espèce de division peut