‹ De la psychologie de PlatonChapitre 26 sur 115 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

être admise , si ce n'est un système de facultés dirorses, de forces, comme dit limée de Locres, de mouvements, comme dit Plutarque. Nous avons essayé de montrer comment on peut dire que la division entre dans notre esprit par les idées qui le remplissent, et qui> multiples, puisqu'elles sont diiïérentes les unes des autres, et. mobiles, puisqu'elles se succèdent, possèdent cependant Vunité dans le repos et la simplicité, mais non pas vide et nue.

Les attributs divins n'empêchent pas Dieu d'être une substance une et simple , et si on lui retirait la diversité de ses attributs, son action sur le monde réel serait inexplicable. On peut donc considérer dans notre esprit un, des pensées diverses, par conséquent divisibles, produites en nous par des facultés intellectuelles également diverses, et, dans le môme sens, également divisibles : or, partout où il y a des parties, et où l'on veut que ces parties fassent un tout, il faut qu'elles sment lûtes et disposées aveô un ordre qui y produise l'unité. L'ordre le plus parfait qu'on puisse concevoir entre les parties, celui qui fait de tout l'unité la plus parfaite c'est la proportion, et la plus parfieite proportion c'est la proportion harmonique. ' Est-il si absurde de dire que Dieu a fait tout, même l'âme , avec nombre, proportion et mesure? Le véritable eifet de ces nombres et de ces proportions, dit Plutarque, * est raccord et rharmonie de Fàme avec elle-

1 Tm,, p. 81,

3 Dê Gen. Àmm., r. 33.

FRËMIËRË PARTIE.

même. Ces nombres ne représentent donc que des idées, et l'idée générale de la perfection , de la beauté dans Vessence de Vàme. Sans doute il est bizarre de voir ce qui n*est pour nous qu'une métaphore, se présenter avec des détails si précis et si exactement géométriques. Il ne faut pas oublier les influences de la philosophie de Pjthagore sur la pensée, et surtout sur les formes de la pensée de Platon. Pythagore définis*sait l'âme : un nombre qui se meut lui-môme ; Xénocrate croyait que telle était la pensée descm maître. Plutarque a raison de le nier et de dire que» suivant Platon, Tftme est une substance qui se meut elle-même suivant le nombre, c'est à dire qui, dans le jeu de ses mouvements divers, dans l'action de ses diverses facultés, produit une riche et pleine harmonie.

L'àme est une harmonie de facultés, c'est à dire de forces :. cela ue se peut-il pas entendre ? De même que l'octave est une unité qui se compose de sons divers dont les intervalles sont mesurés par des rapports constants , simples et réguliers , et donnent naissance à raccord le plus riche , qu'on appelle avec raison parfait, * de même l'âme est une unité qui se décompose

1 Dans la division des facultés morales de Tâme, que contient la Républif/ue (liv. IV, p. 443), on trouve indiquée la proportion suivante que Plwtarque a gravement et doctement discutée {Quest. l'iaioniq., VHI): la liaison est à la faculté concupisciblc eomrae l'Hypale est k la Nôte* La faculté irascible est la mèse , et son rapport à la Raison Mt tm rapport de quarte, c*«8t à diro l'aoeord do Thypate aa dtateitaron; son rapport avec la facolté eoneopiadUo est une qointo, c'est h dire raccord de la nète an diapenlé.

GHAPiTRB DEUXIÈME.

en facultés ayant entr'elles des différences et des rapports, se liant et concourant toutes à la perfection du tout. Dans chacune de ces facultés il entre un mélange des trois essences , ce qui veut dire , et je crois avec une grande force de vérité, que l'âme est réellement indivisible» et que dans chacune de ses opérations elle est présente tout entière. C'est le corps, comme dit Plotin , qui divise Vàme, en ce qu'elle se communique à toutes ses parties, mais elle se communique tout entière à chacune. Toute classification des facultés suppose en effet une division de Vàme , mais une division qui n'est et ne peut être cpie logique , car réellement elle est impossible , puisque l'âme est tout entière dans chacune de ses opérations.

C'est par ces nombres que Dieu intervient dans la formation de l'âme du monde , et y dépose une raison.

L'âme universelle possède, confondue dans le désordre et s'agitant dans le diaos, une force vague de

pensée pourvue déjà du germe des deux grandes facultés de l'intelligence , mais noyées et comme détruites dans cette horrible anarchie. Dieu les dégage, les distingue, les ordonne suivant un nombre, c'est k dire qu'il fixe à chacune d'elles ses fonctions spéciales, ses objets propres. C'est par cette distinction , qui leur donne à chacune une essence vraiment distincte, une constance d'acte, une identité d'objets, que Dieu compose l'âme, c'est à dire la purifie et l'embellit : il lui donne non la forme d'essence, mais la forme de la beauté.

PBBMIÈRE PARTIE;

De môme que c'est par la proportion que le corps et les corps du monde existent dans leurs formes précises et constantes, que les éléments qui (nréexistent en germe s*y distinguent les uns les autres, se séparent ou s'aggrégent suivant des répulsions ou des alliiiiiés claires et constantes, et se coordonnent dans des rapports harmonieux qui les unissent entr'eux et font l'unité du tout; de même c'est par l'ordre que Dieu couseille à l'âme de mettre en elle-môme, et qu'elle y met , persuadée par sa sagesse et éclairée par sa lumière, c^est par cet ordre que de cette intelligence aveu^ gle , de cette pensée obscure et sourde de Vàme de la matière, sort l'âme parfaite dont on j»eut admirer la bonté et la sagesse dans cette merveille du monde, dans cette splendeur visible que contemplent nos regards et qui trahit et révèle l'invisible pensée qui la produit et la conserve.

L'âme du monde est invisible, c'est à dire immatérielle, et puisqu'elle possède la pensée et l'harmonie ». elle fait partie des êtres intelligibles et étemels, * ou du moins participe de leur nature éternelle et intelligible. £n eil'et, principe éternel, dans sa substance, du mouvement spontané, moteur nécessaire que tout suppose et qui ne suppose rien qu'elle-même, Tâme persiste éternellement dans son être et dans leiuéme être.

vMii»» èd t« Imw... le me suis permis de changer ici It tradnetion ordinairement sairie. Je ne crois pas que W ««tT«« soit le comjdémeiit d'if^Mix. mais iMen de imtzwM*.

qui est le mouvement ; elle est donc de la nature des choses dont Tessence ne change pas, qui restent identiques à elles-mêmes, unes (]ans leur fond et leur essence ; elle est donc absolument invisible et immatérielle. C'est une Idée, comme Platon l'appelle dans le Timée et dans le Théétète, L'âme et Tidée sont de la même nature ; * on peut le prouver par ce qui se passe dansVâme humaine, dans l'acte de la Réminiscence ou (le la connaissance , et nous le prouverons plus loin. C'est une force qui est et qui agit par elle-même, «ùtiq xoA' «Mv, une force individuelle : * Dieu la place, ou plutôt elle se place, obéissante à ses conseils, au milieu du corps de l'univers que cependant elle continue d'envelopper extérieurement' comme un filet, * elle l'enveloppe et le pénètre. Ce qui enveloppe est donc ici égal à ce qui est enveloppé : le corps et l'âme du monde s'enveloppent réciproquement. Cette proposition est tout à fait contraire au principe éléatique que Parménide prend pour base de plusieurs rai-

1 Phédon, p. 79,

S La manière d'être de rflme dans l'iuluition pnre da supra «enaible, e«t identique à la manière d'être de Tidée qu'elle contemple : or, comme c'est

sa perfection, c'est aussi son essence. L'essence de l'âme est donc d'être comme l'Idée : or, comme l'âme est une force distincte, individuelle, existant par elle-même, l'Idée sera telle et à plus forte raison. Si, comme le veut Piutarque, les idées étaient des pensées de Dieu, v9iûi«tm, l'âme serait donc aussi quelque chose comme une pensée inparftdte de Dieu, et qn*eelrce que cela voudrait dire?

8 rtni», p* 36, E*

4 L'eq»r68sion « comme un filel » est de Plotin. E$un., IV, 3, 9, ^ i»

102 PAËMIÈHË PARTIE.

sonnements, sans chercher du reste à le démontrer.

Telle est donc Fàme de TiimTers, qui devient l'âme du monde. Etemelle quant à sa substance et à son essence même, engendrée dans le temps quant à la peri'ectioii de sa forme, par suite d'une communication qui ne peut être qu'une influence toute spirituelle et même toute volontaire , Tàme est un Dieu dont la fonction propre est de créer éternellement dans la matière étemelle des formes grossières, par le mouvement, et en vertu des raisons obscures cachées dans son essence, comme un rayon immortel que peuvent voiler, mais non pas éteindre , les plus épaisses ténèbres de la nuit. *

1 Parménid. , p. 138. L'acto d*envcIopper eC celui d*étfe eamoloffé

s'excluent mutuellement dans un même sujet.

2 Saint Augustin {Méditât., c. 19) admettait aussi une Ame du monde créature de Dieu, qu'il assimilait non pas au Saint-Esprit, mais à l'Eglise triomphante. Placée au dessous de la Trinité, cette âme est une sagesse créée avant toutes les autres créatures, une nature spirituelle et intelligente à laquelle les âmes des Bienheureux vont se réunir après leur mort. 11 est •isé de reeonnatire » malgré la Iransfornatioa, nn muToiir de t'Ane de Platon.

CUÂPITHË TROISIÈME.

DK LAME HLMAINI^.

§ 1*^. DiêtimUon de f âme et Hu corps.

Nous commençons ici à entrer dans le domaine de la psychologie véritable, quoique Platon fasse encore de £réq[uentes incursions sur le terrain de la métaphysique ; mais lamétaphysique elle-même ne s'écarte pas

j des principes de la psychologie qui est son fondement ;

' car les hommes bien interrogés trouvent d'eux-mêmes tout ce q[ulls cherchent; la science quiis possèdent et quHs manifestent par leur adhésion personnelle aux vérités qu'on leur propose , par leurs réponses individuelles aux questions qui leur sont faites, c'est donc la conscience, ' c'est à dire une science intime qui fait partie d'eux-mêmes et qu'ils retrouvent par la seule considération de leur propre esprit, comme dirait Descartes.

l PhiéM, p. 73. Réf.. VI, 507. Ménon. Phédon, p. 78. « In-

lerrogeonB-nons noos-mjlines, » c'est à dire , ^nsullOBS la coaacieiMe.

PRBMIÈKE PARTIE.

n y a une âme du monde : car notre corps a une

âme; et d'où raiirail-il prise, si le corps de l'univers ae se trouvait avoir aussi une âme possédant les mêmes attributs et plus parfaits. * C'est doue par Texistence de ràme humaine que se démontre , enlr'autres preuves, l'existence de l'âme universelle. L'imperfection de l'une atteste et révèle l'existence d' une âme plus parfaite qui puisse contenir en elle le principe de sa propre nature , qui se suffise complètement à elle-même , et explique l'existence de Vâme humaine qui ne s'explique pas complètement par elle-même* C'est donc de rftme du monde que Vâme humaine tire son origine; mais c'est de l'existence certaine de l'âme humaine que nous tirons la démonstration et la certitude de l'existence de ràme du monde.

Est-il donc certain de dire que Thomme n*est pas un être simple ; qu'il est composé d'un corps et d'une âme intimement unis, * et comme soudés et collés l'un à l'autre ; ' mais que, malgré le lien qui les lie, ce sont là deux substances, deux êtres entièrement distincts et séparables? * Oui : il y a en l'homme une âme distincte du corps, et nous pouvons le démontrer de beaucoup de manières.

1 Phili-b., p. 30.

2 Phèdre, p. '246, ^j^t, xal oOtia t:v{ii. Phédon^ p. 79. C'était aussi la dé-

SaiUon des Pythagorieiens.

CJ. Stobée {FhriL. lit. I, % 76, p. 48, Gdtfoid) eite ce mot d'Aiebytu :

^«if«wH> C'est le mot même de Pltton.

3 PhUm, p. 8ft.

4 lois, XII, -p. 959.

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CHAPITRË TROISIÈMË. 105

D'abord nous avons conscience, pour l'avoir souvent éprouTé nou&*mémes, * qu'une Toix intérieure nous enseigne le devoir de nous afiFratichir des passions, des plaisirs, en un mol de travailler à séparer et à détacher notre être véritable de son commerce avec le corps. * Platon ne pousse pas plus loin le raisonnement. Les formes de la démonstration chez les anciens, et particulièrement chez Platon , n'ont pas cette perfection logique que la spolastique a créée, et à laquelle l'esprit des modernes a souvent sacrifié le mouvement, la liberté , la grâce; il est évident qu'il faut ajouter quelque chose, non pas pour fortifier le raisonnement, mais pour mieux lier, par quelques intermédiaires supprimés, la conclusion aux prémisses. Le devoir / d'affranchir notre être du commerce du corps, nous' est imposé, nous le sentons, par nous-mêmes; nous sentons de plus que nous en avons le pouvoir. Ce ne peut pas être le corps qui nous ordonne de nous séparer du corps, et le corps n*a pas certainement le pouvoir de se séparer de lui-même. Il y a donc en nous une force capable de commander au corps et capable de s*en faire obéir, une force qui aspire à s'en séparer pour retrouver l'excellence de son être, c'est à dire la perfection de son essence ; qui s'en sépare déjà dans unecertaine mesure pendant cette vie, et quia l'espérance d'être à jamais , dans une autre , affranchie et comme guérie de la folie du corps. Tout l' effort, toute

3 Pft^it. p. e»5.

PUËMIËAE PARTIE^

la vertu, toute l'essence de ce principe est de se délivrer du corps ; il y a donc ea l'homBie une àne qvà existe réellement , puisqu'elle eommande , ce qui dé)à est un acte, puiscju'elle se fait obéir, ce qui est d'une plus riche activité; et l Ame est distincte du corps, puisque c'est à lui qu'elle commande, c'est lui qui obéit quand elle a commandé. De plusv on peut dir« que celui qui se sert d'une chose est différent de la chose dont il se sert. ' Le Citharœde assurément n'est pas la Cithare. Le coips est un instrument dont l'àme se sert à sa volonté : « de là, » comme dit Bossuet traduisant lAkihiade, « l'extrême différence du corps et de l'âme, parce qu'il n'y a rien de plus différent de celui qui se sert d'ime chose que la chose même dont il se sert. » * L'âme est donc distincte du corps.

L'âme meut le corps et par conséquent s'en distingue; mais, de plus, l'âme ne reçoit pas le niouvemeni d'aucune autre force ; elle se meut elle-même : * cek même, la puissance de se mouvoir spontanément, est la définition de son essence , * tandis que le corps est passif et mû. Le corps eu eil'et est une substance qui peut bien communiquer le mouvement qu'elle a reçu, mais qui n'a jankds la puissance de se mouvoir elle^ même. ' Tout corps qui reçoit le mouvement d'une cause extérieure est sans vie, parce qu'il est sans âme ;

1 l«iiM6., p. 1».

9 Boasntt. TréUi i» la tmmniuÊame de IHm el de eoi-méme.

3 low, X, p. 894.

4 Luis . X , p. 894.

5 hais. X, p. 894.

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CHÀPl'IRfi TROISIÈME.

tout corps qui reçoit le mouvement d'une cause intérieure « le doit à une àme. ' L'âme est une cause, une force» une substance motrice et active; le corps est une substance p^sive et mue. L*âme est donc distincte

du corps.

Comme Tobligation de la vertu, de même les conditions de la connaissance démontrent et révÀleni en nous rexislence d*un principe distinct du corps.

Interrogeons-nous nous-mêmes. ' L'homme pense et connaît, ' et connaître c'est connaître une réalité, un être réeL Or, quand nous cherdions l'être à Taide de nos instruments corporels, les sens, nous ne le trouvons pas; l'objet que nous poursuivons se dérobe à la prise de nos sens qui nous trompent aussi souvent qu'ils nous secourent; le corps est donc un obstacle à la pensée , et comme une entrave qui en enchaîne les mouvements. * La connaissance ne se produit que par un recueillement du principe pensant sur lui-même, par un retour, une rèSexion. * Pour que ce raisonne*

1 Phèdre, p. 245.

2 Phédon, p. 78.

'J CV'st ia majeure* évidente du deuxième aigumont du Pkidon, p. G5. Elle u'y est pas exprimée , comme dans beaucoup de raisonnements des philosophes anciens , qui sont rarement «m forme et rarement complets. L*art , qui domine tout, j laiaae toujours quoique ohose i faire au leeteur, qae l'on nq^pose tov^oura aatei Intelligeiit pour compléter le ffllogiame. Les aseieiia ont ienl comme s'ils aTaient connu le mot de Pascal ; ils avaient doTiné que ce n'est pas Barbara ni Barat^tm qui fait la solidité d'nn argument et la forée d'nne conclnsion.

4 Phédon, p. 7S, Phédm, p. 78, bt^MYi*;»!*'. Théét,, p. 161, iv ««xx^^iu^.

PAEMIÉKË PARTIE

ment intérieur s accomplisse, il faut, nous en avuus conscience , nous détacher du corps, oubUer les trompeuses impressions des sens, rentrer en nous-mêmes. ' Le corps n'est donc pas ce qui pense en nous , puisque pour penser, pour connaître parfaitement, nous sommes obligés de nous attranchir du corps. ' ( De plus, si le corps était le principe pensant en jious, toute connaissance serait une sensation : or, comme il est longuement et fortement démontré dans le Tkéétète, la sensation n'explique pas toutes nos connaissances, et particulièrement elle ne peut rendre ; aucun compte de nos pensées les plus hautes et les ^ plus pures. Ainsi il est évident que ni le passé ni VaTenir ne produisent aucune sensation, puisque la sensation ne possède que le moment présent qui se renouvelle incessamment, mais qui périt également sans cesse. Gomment donc Thomme, s'il n'avait, pour connaître, que la sensation, pourrait-il se souvenir, pourrait-il prévoir, espérer et craindre ?

Ce que l'on sent par un organe , on ne peut pas le sentir par un autre : on ne peut pas connaître par Vorgane de la vue, c'est à dire voir ce qui est destiné à saisir l'organe de l'ouïe. *

Les sens ont chacun leur aiiectation spéciale et leurs infirancbissables limites. Les notions collectives que nous nous formons des choses, les jugements com-

1 Phidon, p. 78, «Mk wT «M»YtTn«R- % Fhidan, p. 78.

3 Thiif., p. 184.

(.lIAiniKli: LUOISIÈME.

muns que nous portons sur elles, les catégories générales sous lesquelles nous ramenons les impressions particulières , teUes qae les notions de Vôtre , de l'identité, de la différence , de Tunité, du nombre, ne peuvent venir d'aucun sens. L'impression physique ne constitue pas une connaissance. Comprendre, c'est voir l'universel là où il est, le supposer et le mettre où il n'est pas : or, il est évident qu'il faut nécessairet ment que le sujet qui met ainsi l'unité dans les no^ tions nécessairement multiples , qui lie les perception^ nécessairement isolées , et par elles-mémës dispersées ,^ il faut évidemment que ce sujet , qu'on l'appelle idée^ ou qu'on l'appelle âme, possède Tunité qu'il dépose' dans les connaissances et qu'il suppose ou voit dans les dioses. Or, un sujet véritablement un n'est et ne peut être en son essence ni composé , ni divisible, ni changeaiil, comme l'est tout ce qui tombe sous nos sens; mais c'est surtout dans l'intuition suprà sensible de l'être véritable, dans l'acte par lequel nous nous devons à la connaissante de rintelligible pur , ((ui persiste éternellement dans l'identité de son essence, qu'éclatent la nécessité de l'unité de notre être pensant et sa simplicité nécessaire. Les essences des choses ,t la grandeur, la force , lé beau , le bien , le juste , nous! ne les connaissons par aucune sensation ; aucune sensation ne se mêle à l'acte de la raison qui les atteint : o&dii9t» pi^e(iucv {UTÀ ToS Xvpvpû. C'est une essence^ pure qui seule peut contempler la pure essence des choses; or, cette pureté de l'essence est la simj)licité parfaite, l'unité absolue : donc Tàme est distincte du

PlUMlfeAB PARTIS.

f corps, et c'est le commerce de FAme âTeo le corps,

i qui, portant une atteinte à la pureté de son essence, \ trouble ses notions comme elle égare ses désirs, et \ Fticigne à 1» lois de la Térité et de la yertu. *

D'ailleurs, si ce qui pense en nous était notre coorps ou un corps quelconque , il est évident que toute connaissance répondrait à une sensation et aurait des propriétés et des caractères sensîMes ; la science serait , aiguë , sonore , odorante , sapide , verte ou bleue. Si le corps est en nous le principe ptnisant; si par conséquent savoir c'est sentir , la science est individuelle comme la sensation, et alors eUe est détruite ; car la \ sensation est différente en un chacun, et elle change * dans le même sujet. Non seulement les sages ne peuvent pas dire qu'ils en savent plus que les ignorants ; mais les hommes n*en savent pas plus que lecfaienetle pourceau ; il n'y a plus ni sages et savants , ni hommes et animaux ; il n'y a plus que des êtres sentants et pour diacun desquels chaque s^isation a une valeur égale, car eUase rapporte uniquement à lui, et ne peut pas ne pas être vraie pour lui. Chaque être capable de sentir est la mesure de toutes choses , comme le disait Protagoras, ' de F existence de celles qui existent, de ' la non existence de celles qui n'existent pas. Hais les ! choses et les propriétés senties paraissent telles aux uns i et telles aux autres, et elles paraissent être comme I elles sont scmties : ce qui parait est ce qu'on sent; la

l Phèdon , p. fiô.

3 Thiit., p. 151 , E.

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