PREMIÈRE PARTIE
el distincts, U o&^i»uwtw. ' Je ne pense pas qu'il faille attribuer un sens précis aux termes où une action réelle et vraiment créatrice semblerait exprimée : ce sont ici des formes symboliques. Le Dieu de Platon n'est point créateur ; il ne crée ni les corps ni les âmes ; le corps est produit par un mouvement inintelligent et aveugle d'une âme que Dieu éclaire.
Que sont vcrilablement ces mouvements secondaires, dociles, ces causes coopérantes? Nous avons vu que, dans Fensemble des choses, elles s'identifient avec l'âme elle-même, parce qu'il est impossible de les supposer absolument dépouillées de toute raison, de toute intelligence, de toute idée. Dans l'homme Platon les a justement distinguées ; les mouvements physiologiques, causes de toutes les foiiclions purement bestiales et végétales, sont dûs à des âmes mortelles, tandis que la pensée, la raison réside en une âme immortelle. Le principe pensant et le principe vital sont en rhomme deux principes qui dilïèrent entr eux, comme ce qui est immortel diffère de ce qui est mortel. Telle est, du moins dans mon opinion, la signification de la théorie des trois âmes qu'expose Platon dans le Timée.
r/est dans la moelle que résident les liens vitaux qui attachent l'âme au corps, et le principal vital à l'une et à l'autre. Le principe vital est représenté par deux âmes , * toutes deux mortelles , dont Tune est meilleure,
1 Tim. , p. 42.
2 Isid. Geoffroy Saint- Hilaîro , Histoire gén. des règnes organiques^ tom. 11 , p. f)9. «; L'âme végétative est re qu'on appelle encore h Montpellier le principe vital, et presque partout la torce vitale. >>
CUÀPITRË TROISIEME
virile et pour ainsi dire mâle , dont Vautre , pire , est femelle.
n y a donc en rhomme trois Ames, ayant chacune ses mouvements propres et son siège déterminé dans
une partie du corps, c'est à dire un organe spécial. Ce sont les dieux inférieurs, symboles peut-être des forces physiques de la nature, qui localisent les genres de VAme : ils placent la puissance intelligente , TAme immortelle dans le cerveau. L'âme mâle a une essence commune avec la troisième et des fonctions analogues, c*est à dire, comme elle, phynologiques, et les mouyements physiologiques qu'elles opèrent toutes deux, sont disposés de manière à permettre à la meilleure partie de nous-mêmes, to pé>.Ti<rrov, de tout gouyemer en nous * et de rester la maîtresse véritable de notre être.
La partie mâle a quelque rapport, (Jtirexov, au courage, à la colère, à l'emportement irritable et violent, aubesoin de lutte ; elle est placée entre le diaphragme et le cou, dans la partie du thorax qui renferme le cceur, nœud des veines et source du sang, d*où il circule et se répand impétueusement dans tous les membres ; la colère se manifeste par un gonflement et des tressaillements du conir qui sont produits par le feu ; c'est pour cela que sur le cœur est comme greffé le poumon, qui d'une part est mou et vide de sang, de l'autre est à rintérieur tout percé de trous comme une éponge , afin que Vair et les liquides puissent le traverser et
1 Tim., p. 70. B. C.
PRBMiÈHB PARTIE.
aller rafraî('hir les brûlantes ardeurs du sang qui bouillonne dans le cœur. Quand le cœur palpite violemment, le poumon en reçoit, comme un coussin bien mou, les battements , et en adoucit la force en y cédant. C'est ainsi que le cœur, organe de la passion, peut servir la raison en la secondant par des mouvements dont la violence, calmée par d'ingénieuses condiinaisons d'organes, n*est plus qu'une force salutaire et une utile auxiliaire de V intelligence.
/La troisième âme, la dernière en dignité, placée entre le diaphragme et le nombril, dans la région du ( foie, ' est le principe des désirs purement physiques, \ des appétits corporels de la nutrition et de la généra- I tion. ' C^tte àme ne possède ni opinion, ni raison, ni i intelligence, mais seulement elle participe à la sensat tion agréable et douloureuse , et au désir. *
Platon semble ici donner à cette âme la propriété de goûter le plaisir , de soutl'rir la douleur , de connaître le désir : faculté qu'il n'a pas attribuée même à Tàme mâle qui cependant est supérieure. Nous Terrons ' plus loin que, dans la Républiqne, * c'est bien l'âme im- I mortelle qui est le sujet de tous ces phénomènes. D'ailleurs il faut compléter le passage du Timée pour Tentendre : ces plaidrs, ces peines, ces désirs sont
1 Bichat. Recherches sur la tn« et la mort. 1^ édition, p. 72. ChoM bizarre et rapprochornent curieux : selon Bichat, c'MtdWM i'ealOQIAf natt la peur et dans le foie que naît U colôre.
2 Tim., p. 70.
8 Tim., p. T7.
4 Réf., IX, p. 583.
CHÀPITRB TROISiàME.
tels, suivant Platon, que le végétal, pourvu uniquement de la troisième espèce d'àme, ne cesse d'en éprouver toutes les impressions; * mais il ne saurait
se replier sur lui-même, revenir sur l'impression purement passive dont il est la proie, pour en prendre con- • naissance et conscience ; les choses extérieures agissent sur cet être, et sont favorables ou nuisibles à sa conservation et à son développement ; il a même une certaine tendance raacliinale et un instinct sourd de ce qui lui convient. Mais en l'absence de l'intelligence, sans le jugement, il ne peut pas savoir qu'il a de la douleur ou de la joie, au moment même où il les subit. * Tout ce qui n'arrive pas à la conscience est pour nous comme s'il n'existait pas. Ainsi , il n'a été donné au végétal et à l'âme végétative, ni de se voir eux-mêmes, ni de voir et de comiattre quoi cpie ce surit qui se passe en eux ou hors dVnx. C'est pourquoi le . végétal a la vie , mais n'est rien qu'un être \ivant : c'est ; une plante de la terre, tandis que, suivant la belle ex- j pression de Flaton , l'âme est une plante du ciel. * !
Les trois âmes sont liées entr'elles par la relation et la dépendance de leurs fonctions, par un siège ou organe commun; de plus, l'âme pensante est nme au corps ; *elle ne reste pas évidemment étrangère aux actes des âmes inférieures; elle en prend nécessaire-
1 1*17). , p. T7, jif iwnka tàmm.
2 Philèb. . p. 21.
3 rtm. , p. 90.
4 Tmi., p. 73.