‹ De la psychologie de PlatonChapitre 32 sur 115 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ne sont que des instruments , intermédiaires servils , par le moyen desquels l'âme sent toutes les choses sensibles : seule elle est capable de les sentir. Il n'y a m sci^ce m conscience dans l'impression sensible faite sur Vorganismo. ' La sensation est un fait intellectuel et la sensibilité un phénomène moral, quoique Platon soit sur ce point moins explicite. Quand les afiéetions que notre corps éprouve n'arrirent pas jus* \ qu'à l ame, Vâme reste à l'égard de ces impressions i physiques sans aucun sentiment ; ' nous avons toujours consdenoe de nos sensations. *

Après avoir ainsi nettement proclamé Tunité de la raison et de la conscience, il est difticilo d'admettre , comme le veut M. Th.-U. Martin, que Platon» dans la théorie dont il s'agit, entend qu'il y a dans l'homme trois âmes -individuelles douées d'une vie distincte; que l'âme mâle renferme, cachée au milieu des passions qui l'agitent, la volonté, tandis que l'âme femelle renferme dans ses désirs la sensibilité. ^ Il résult^ait de cette interprétation qae la volonté et la sensibilité sont deux âmes distinctes l'une de l'autre et distinctes également de l'Âme pensante. Mais si l'âme màle est la volonté bien ou mal décrite et définie, si elle a consdence de ses voMons ; si l'âme femelle est la sennbilité et a la conscience des phénomènes sensibles dont

1 Théét., p. 186.

3 PhiUb., trad. de M. V. Gonain, p. 357.

5 PhiWf. , id. p. 392.

4 M. Th.>H. Martin va jusqu'à lai dODoer l'imagination.

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GflAPITRB TROISIÈME.

elle est le théâtre, cette double conscience ne serat-elle pas la plus haute et la plus noble des facultés humaines? Ce ne sera pas moins qae la consdence morale attribuée, chose étrange, aux âmes inférieures, tandis qu'on ne réserve pour l'âme supérieure que la conscience iatellectuelle et philosophique. Il me paraît diffîdle de croire^ que tel soit k sens de la théorie platonidenne ; les textes sont loin de l'autoriser et Vespii gén^l du système le repousse plus fortement encore.

Il faut d'abord bien en comprendre toutes les conséqnenoes. L'âme supériem:i9 commit évidemment, puisqu'elle les modère, ces Tolitions et ces mouvements sensibles , déjà connus par la conscience de chacune des âmes qui y président. Ces phénomènes seront donc connus par deux âmes» et chacmi d'eux sera l'objet de deux sciences tout à Mi distinctes.

Enfin , on comprend qu'il puisse y avoir dans l'homme des impressions physiques dont il n'ait pas conscience : ce sont celles, suivant les vitalistes, qui ne dépendent pas de l'âme , dont elle n'est ni le sujet ni le principe ; ou celles , suivant les animistes , dont l'âme, préoccupée de plus nobles fonctions, a négligé de prendre conscience ou de conserver la mémoire. Mais si l'on suppose qu'il y a en l'homme, comme on veut que Platon l'ait pensé, une âme chargée spécialement de ressentir les impressions faites sur l'organisme, on se demande pourquoi elle ressentiraii les unes et en garderait le souvenir réfléchi, et pourquoi il n'en serait pas ainsi des autres?

Je sais que Platon semble accorder la sensation du

PRBMÈRS PARUE

plaisir et de la douleur au principe vital qu'il désigne sous le nom d'âmes mortelles et inférieures ; mais ea réalité il la lui refiise. Appellera-t-on , en effet, plaisir et douleur les mouTements inconscients de la plante qui se crispe quand on en coupe une tige, ou f[ui se tourne au soleil pour jouir de sa chaleur et de sa lumière ? Les métaph(Nres dont nous animons le langage , et par lesquelles nous donnons à toutes choses la vie, la sensibilité, Fâme, nous feront-elles illusion à ce point? Parce qu'il y a une plante que nous nommons sensitiYe, y aura-tril dans les T^étaux , outre le principe probablement immatériel, j*y consens, qui les organise , les développe , les conserve et périt avec eux , y aura-t-il , dis-je , une sensibilité véritable? Happelons-nous toujours» en effet, que ks plaisirs et les peines dont Platon semble placer le principe ou plutôt le lien dans une des âmes mortelles, ne sont que ceux que peut ressentir la plante. Platon d'ailleurs reconnaît, dans U Philèbe et dans la RéptLbliqm, qu'il y a des plaisirs deVesprit comme des plaisirs physiques; a aux trois parties de l'âme répondent trois espèces de plaisirs propres à chacune d'elles;, elles ont aussi chacune leurs désirs et leurs dominations, «cpx«, à part. » * Il y a donc des désirs dans l'âme supérieure, et des Tolontés, une puissance impérative, c'est ce que j'entends par otpx»» dans l'âme inférieure. Comment admettre, en effet, que Platon, le grand philosophe spiritualiste, ait placé le principe et le sujet des ravissem^ts cé<-

I Réf., IX, p. 580.

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