‹ De la psychologie de PlatonChapitre 37 sur 115 · CHAPITRE XHOiSlfiMfi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XHOiSlfiMfi

genre d'âme qui nourrit et développe le corps humain est mortel» mais il reconnaît que les plantes sont des êtres Tiyants , une espèce d'aniinaux semblables en un

point à la nature humaine , en ce qu'ils possèdent comme elle , mais eiclusivement , un genre d'âme, et c*est celui qui est mortel. Or, s'il y ayait quelque hésitation sur la nature du principe vital en l'honmie, qui possède les deux genres d'âme, mortel et immortel, elle n'est pas possible pour les végétaux, qui n*en ont qu'un , celui qui est le principe mortel de leur vie : donc la vie n*a pas pour principe en tout corps vivant , une âme immortelle, et puisqu'il y a des Âmes mortelles, toute âme n'exclut pas la mort. Tel est le sentiment avéré, la doctrine ouverte de Platon. Je dis même que le sentiment contraire est opposé à toutes les idées platoniciennes, et particulièrement aux doctrines du Fhédon, En elTet, si l'âme est le principe de la vie du corps, entendant par ces mots k vie du corps les actes par lesquels Têtre corporel se conserve, se développe et se propage, cela veut dire sans doute que c'est l'âme qui crée et organise le corps : or qu'y à-t-il de plus contraire que cette proposition à la doctrine de Platon surVftme? Le corps n'a point été créé par l'âme , mais par les dieux inférieurs , forces aveugles, vertus sourdes des éléments matériels; Dieu n*a fourni pour le former aucun germe, aucmie semence d'essence ; le corps ne participe en rien du divin , puisque Dieu est resté étranger à sa formation ; il n'a point été créé par l'âme ni pour elle; car elle

existe ayant le corps et est la plus ancienne des choses

PHEMiÀKE PAUTiE.

produites ; de plus, elle subsiste après le corps, et i on peut dire que son essence est d'être sans corps. L'essence excellente de Tâme, et c*est par leur excellence qu*il faut déterminer l'essence vraie des choses, * est de se mouvoir : elle est bien le principe de la vie, mais de la vie qui lui est propre, c'est à dire de la pensée. Son essence est donc la pensée pure, dégagée des obscurités matérielles qui en troublent la perfection. Le corps et la \ie du corps ne sont donc pas faits pour l'âme; on peut dire qu'ils sont faits contre elle. Le corps est une prison où Vâme, malgré elle, par punition ou par une loi fatale , est obligée d'ratrer et de demeurer captive; cette captivité nuit à la liberté de l'âme et lui fait perdre ses ailes. Le corps nuisant à Fessence de l'âme, ne peut pas avoir été fait par elle ni pour elle ; car, s'il en était ainsi, pourquoi lui seraitil si étranger, si hostile, si odieux? comment se fait-il qu'il se dissolve et qu'il meure? pourquoi l'âme abandonne- 1- elle sa créature? pourquoi, possédant le principe et pouvant lui communiquer la vertu d*une vie immortelle, le laisse-t-elle tomber dans la mort? pourquoi d'ailleurs l'auraitreUe créé? pourquoi le Dieu a-t-il créé le monstre, Vange la béte? où et quand a eu lieu cette production? Si le corps ne vit que par l'âme, s'il ne puise qu'en elle le principe de sa force et de ses mouvements, il dépend donc d'elle absolument, et alors comment réagit-il contre elle? où puiset-il le principe de sa résistance? Il n'y a qu'une force

i 'Phédon, p. 97, C.

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qui peut résister à une i'orce. D'un autre côté, si tous les mourements du oofps ne sont que des mouTments de ràme, eomment Tàme est-eUe sans influence sur

certains mouvements de la vie physiologique ? comment certains mouvements du corps ont-ils malgré elle une si funeste influence sur Fàme? pourquoi le corps est-il malade malgré Vàme et quand Vàme est saine? pourquoi surtout la maladie du corps n'est-elle pas toujours une maladie de l'âme? ce qui revient à dire : comment la maladie de l'àme n'est-elie pas la maladie de l'ftme? On ne peut pas trouTer dans la doctrine platonicienne un seul moment pour y placer une production du corps par Tàme, à moins qu'on ne prétende que Platon a cru imc Leibmti qu'aucune substance n'était absolument incorporelle, à l'exeeption de IMeu. Mais cela est si loin de la pensée de Platon, que les âmes sont antérieures et préexistantes au corps, et qu'elles tmnbent» quand elles sont bannies de la vie céleste et qu'elles ont perdu leurs ailes, dans des corps tout formés et formés par des agents étrangers.

Maintenant comment expliquer que cet argument qui n'est point, dans ses conséquences ^trèmes, platonicien, se trouTC cependant dans le Phédon? le ne pense pas que ce soit impossible. Le Phéifon n'est pas un dialogue essentiellement doctrinal : quoique plein de métaphysique, la métaphysique n'en est pas le but ; c'est presqu'une scène dramatique dont l'émotion contenue n'en est que plus profonde et atteint la pitié tragique ; dans son fond, c'est un enseignement moral, la dernière leçon de vertu donnée à ses disciples par

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un maître qiii allait mourir pour la justice. La mort n'est point un mal, c'est peut-être un bien, et certainement elle est un bien pour l'homme juste , et probable-

ment aussi pour le méchant (jue cette épreuve purifie. Toute la vie n est pour le sage qu'un apprentissage de la mort; car la mort , qu'est-ce autre chose que la séparation de l'âme et du corps? la mort n*est point Tanéantissement de l'âme, qui est immortelle; le sage opère en cette vie même cette séparation qui est comme une mort anticipée, ou du moins il essaie de de l'opérer, c'est à dire il fait l'apprentissage de la mort : c'est que le corps est le principe du mal même qui atteint Vâme. Il ne doit donc pas craindre le moment solennel où les dieux libérateurs viennent le dégager de ses chahies ; il ne doit pas craindre de mourir, et surtout il ne doit pas craindre de mourir pour la justice : tel est je crois le but tout moral, telle est la conclusion pratique du Phédon. S'il en est ainsi» Platon a pu, en orateur plus qu'en philosophe, accumuler toutes les preuves de 1 immortalité de l'âme, les prendre de toutes mains pour enfoncer la conviction au plus profond des cœurs et des esprits ; il les prend sans pour cela les faire toutes siennes ; c'est ainsi du moins que j'imaghie qu'il a dû employer l'argument que je récuse et qui pourrait appartenir à l'école d'Anaxagore, ou, ce qui est plus probable encore, à l'école pythagoricienne ; c'est le plus vieux principe de la philosophie sjiiritualiste, de la philosophie grecque : il courait dans les écoles. Est-il impossible que , dans une circonstance spéciale, Platon l'ait recueilli

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