PREMIÈRE PARTIE
blissent et fixent; mais elles ne perdent leurs ailes que lorsqu'elles se sont remplies de l'impur aliment du vice, lorsqu'elles n'ont pas pu cueillir dans la plaine delà vérité la flour saliilaire qui nourrit la nature de ses ailes : ainsi l'incorporation ost une chute , laquelle est précédée d'une autre chute qu'elle vient punir. La cause première de cette première chute, c'est un certain hasard malh(*uroux (jui o (înipéché les âmes de voir les essences; antérieurement, elles étaient pures, parfaites et ne connaissaient point le mal : ^ d'où il faut conclure en passant que le mal n'est point volontaire, mais fatal, et que l'origine du mal n'est pas tout entière dans le corps.
Je ne pense pas qu'il soit impossible de concilier ces deux doctrines, dont la dernière, selon moi, est beaucoup plus accenluée et plus claire que Vautre dans Platon. Le Timée ne contredit nulle part le Phèdre; et dans le discours du Démiurge, révélant ses desseins à ses enfants , il annonce , comme une récompense pour l'Ame , l'espoir de retourner un jour, après la série de ses épreuves terrestres, à l'excellence et à la dignité de son premier état. ' On peut admettre cette tendance de Vâme à vivre au sein d'un corps, comme une marque d'infériorité et d inipcrlection ; la perfection de Fâme humaine n'est point absolue : le Philèite le constate aussi bien que le Phèdre ; comparée à l'ftme du monde, l'âme de Vhomme est imparfaite; et même
1 Phiin, p. 95L i Tim, . p. 42, D.
CHAPITRB TROISIÈME. 183
dans l'état de pureté qui précède l'incorporation, il y a {dace pour des tendances diverses» des propriétés différentes, des rerlus inégales de l'âme ; en effet, elles ne voient pas toutes avec une clarté égale les essences ; or, conune la nature et l'essence de Tàme est de contempler les essences, elle les contemple éternellement puisqu'elle est étemelle , et les âmes les contemplent avec une clarté éternellement inégale : il n'y a pas lieu de s' en étonner. Si la pureté était parfaite dans les âmes, (m ne yoil pas par quoi s'établirait leur distinction; il serait à craindre que les esprits individuels n'allassent se perdre avec l'esprit universel, où ils n'auraient plus qu'une existence idéale, abstraite et non réelle. Si l'on demande pourquoi il en est ainsi, on demande pourquoi il y a des indi>'idus à côté de Vuniverseî , des êtres contingents à côté de l'être nécessaire et absolu; en un mot, pourquoi il y a des êtres imparfaits. Platon n'a pas jugé à propos de se poser cette ques-. . tion; il s'est borné à chercher à expliquer leurs rapports ; il a maintenu la personnalité et la liberté des individus, et en même temps l'existence de l'être universel qui les domine sans les absorber; et si ces explications ne satisfont pas complètement la raison, ii l'avoue lui-même, l'unité de substance ne la satisfait ^ pas davanti^e , et ruine, sans compensation, la yérita- \ ble dignité de Vftme , la personnalité.
Au dogme de la préexistence des âmes se rattaclio étroitement celui de la mé te mpsy chose, qui en est la i conséquence nécessaire. Les âmes, toutes préexistantes, / toutes étemelles , doivent toujours exister dans le même