‹ De la psychologie de PlatonChapitre 45 sur 115 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

nombre; car puisqu*aucune d'elles ne périt, ce nombre ne saurait diminuer, et il ne peut pas non plus aug-

menler; car si le nombre des êtres immortels devenait plus grand, ces nouveaux êtres ne pourraient venir que de ce qui était auparavant mortel , et toutes choses deviendraient ainsi immortelles avec le temps : donc le nombre des âmes ne peut changer , ' et de là la nécessité d(i la métempsychose pour expliquer le changement des formes et le mouvement de la vie. L'âme, qui est formée suivant une proportion, c*est à dire un nombre, arrive par neuf périodes, dont chacune est de mille années, qui représentent neuf genres de vie , tous différents entr'eux, à une dixième qui reproduit le point de départ et achève la révolution entière de l'âme. * C'est aux pythagoriciens, qui faisaient de l'âme un nombre même, que Platon parait avoir emprunté la théorie de la migration des âmes , et jusqu'à ce nombre de dix , qui représente pour les pythagoriciens la perfection et l'harmonie absolues. Ainsi donc, suivant Platon, l'âme humaine passe d'un corps à un autre et éprouve toutes sortes de changements ; * c'est un hôte voyageur, qui, sans jamais se fixer dans aucune, visite successivement et habite tour à tour plusieurs demeures. La préexistence des âmes et leur étemelle durée amenaient nécessairement le dogme de la métempsychose. Gonmient expliquer autrement les chan-

1 Réf., X, p. 011.

2 Phèdre, p. 248.

3 iott, X . p. 903.

CUAl'iTHË THOISIÉMË

gemenls incessanls qui élèvent ou dégradent, développent ou détruisent les choses sensibles ? Encore que les lois générales persistent et demeurent, les in^vidus changent et {tassent. Gomment expliqua tous les mouvements de la vie organique, si l'on n'admettait pas qae ces monades, toujours égales en nombre, indestructibles et incréées, animent tour à tour des corps nés et périssables, sujets à croître, à naître, à dépérir, à périr? M. Slalbaum cependant n'a pas voulu croire que ce fût là une doctrine sérieuse dans Platon et n'y voit qu'un peu d'esprit : phiUo9ophum in hoc argu-mento (raetando ingénu lustd mdulnm, ut m re qum mentis humanœ intclligeniiam mperaret. C'est cependant une doctrine très sérieusement adoptée et très ré- j pandue dans VInde , TEgypte et même dans la Grèce ; elle est comme une conséquence du double dogme de la préexistence et de T éternité des âmes. Si l'âme est éternelle , qu'est-ce donc que la mort? La séparation de TAme du corps qui se dissout. L*àme est donc un esprit pur sans rapport avec la matière , et qui n'entre ^ en relation avec la vie que par le corps. M. V. Cousin et M. Bitter sont portés à ne voir dans la métempsychose qu'une forme symbolique de rincomiptibilité du principe intellectuel et de la perpétuelle mobilité de ses formes. J'y attaciierais volontiers un sens moins profond et moins caché. Une fois admises l'impossibilité de la création ou de la production de nouyelles substances spirituelles , et la durée étemelle de celles qui existent primitivement, on tombe dans la nécessité d'admettre une métempsychose réelle. Si la vie ne

PHËMIÈKË PAUTlb.

naissait point ainsi de la mort, comme le remarque Platon lui-même dans le Phèdon , tous les êtres tomr beraient bientôt dans le néant, du moins tous les êtres qui appartiennent au monde du temps ^ du changement.

Suivant le récit de lier l'arménien, * aussitôt qu'elles sont sorties du corps, les âmes arrivent, sans corps par conséquent , après un séjour dans les enfers , devant le tribunal des Parques que préside la Nécessité. Un hiérophante prend sur les genoux de la vierge Lachésis, Parque du passé et fille de la Nécessité, les sorts divers que viennent de filer les Parques de leur fuseau mystique. Le prêtre étale devant les âmes des genres de vie de toute espèce, d'une variété infinie, et où se trouvent toutes les conditions d'animaux et d'hommes. Les âmes choisissent librement la destinée qui leur plaît, et qui dépend du corps où elles vont entrer. D ne faut pas croire cependant, dit Schleiermâcher, que lésâmes, libres dans leur choix, sontindifférentes en tant que non raisonnables , et que la raison ne leur arrive qu'au moyen de l'organisme humain. Les âmes possèdent la raison avant d*avoir revêtu une forme corporelle; * mais cette raison subit Pinfluence de leurs modes de vie antérieure, et, bien que débarrassées du corps qu'elles ont eu précédemment, elles choisissent d'après les notions justes ou fausses qu'elles s'y sont foites et qui ne les ont point quittées. La

1 Rép,^ X. Cf. LeFhéâon.

3 Pkéém, tnd. de M. V. Consiii , p. 999.

CUAPllUE ihOibitME.

pliilosophio seule , en purifiant les âmes , leur permet de choisir avec une véritable libel lé ot une parfaite intelligence. Sur les autres âmes pèse le poids de la vie antérieure comme une nécessité fatale ; on peut même dire que cette nécessité, heureuse ou funeste, pèse également sur toutes les âmes, pour faire la récompense des unes et le châtiment des autres. Mais toutes, après un certain nombre de révolutions et d'épreuves , retrouvent une vie divine au sein de l'âme divine d'où elle a été tirée , et d'oCi k nécessité de perpétuer la vie forcera Dieu de Varracher encore. Après le choix faii, les Ames arrivent sur le bord du fleuve Amélès, et il faut que toutes boivent de cette eau en certaine quantité; celles qui ne sont pas retenues par l'habitude de la mesure et de la modération en toutes choses, en boivent outre mesure , et perdent absolument tout souvenir des essences : celles-là sont destinées à mener la vie slupide de la brute, fût-ce m^me sous une figure humaine. Les plus sages sont obligées de boire une quantité suffisante de ces eaux de l'oubli , pour qu'il leur soit nécessaire de faire un eflbrt pénible et un acte (le volonté courageux, afin de se rappeler ces essences idéales dont le souvenir constitue la vie intellectuelle et morale de l'homme et en &it tout le prix. Voilà piturquoi et comment l'âme commence par être sans intelligence quand elle vient d'être unie à un corps mortel. Suivant M. Y. Cousin, * le premier état de l'&me , dont le sentiment obscur et coniEus lui est rendu

1 Arg, duPkédon, p. 168.

PKBMIëKë PAUTIË.

par la Réminiscence, est d'être une substance impei'-*sonnelle , sans conscience et sans pensée , lype primitif et absolu du beau^ du bien, deVunité; c'est lorsque cette substance devient l'âme humaine, c'est à dire l'âme d'un corps humain, qu'elle a passe à l'état de personne, et acquiert ainsi la consdence de la pensée distincte en sortant des profondeurs où elle se cachait à ses propres yeux. )) Je ne pense pas qu'il soit conforme à la doctrine platonicienne d'admettre que la personnalité ne s'acquiert que par Vincorporation, et nous Toyons, par les détail» de la métempsy chose , qu'au contraire, entre les incorporations successives, l'état des âmes est tellement personnel , que cette per-^ sonnalité exerce une influeiice toute puissante sur leur destinée future.

C'est donc par la métempsychose et la préexistence des âmes que Platon répond à ces deux questions que \ ^ rhomme invinciblement se pose : D'où yenons-nous? \ \où àllons-Aous? qu'étions^nous ayant de naître? que \ ideviendrons-nous après la mort?

Leibnitz a adopté quelques unes des idées de Platon : c'est pour lui un principe même, que nulle monade n'est ajoutée au nombre fixé des monades sorties de la puissance divine au jour de la création. * Il n'y

1 La MottadologU,

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