CHAPITRE PREMIER
ment qu*exige la connaissance. * Il ne peut pas y avoir de science là où il n'y a pas d'âme. * L'âme est le sujet nécessaire de la connaissance : ainsi, celui qui connaît» est, et est une âme, un esprit. *
1 ThéH., p. 184.
9 Pkm„ p. 80.
8 On pourra me reproeher d'insisler sur dm rap|»odiem«itt plus ^vp»nnu qm léek» de méemnattre la. grande orfginaUté de Descaries et de
Leibnitz , en signalant dans Platon leurs principes et presqne leurs formules ; de confondre les systèmes et les époques ; et enfin de ne pas tenir compte du mouvement varié de l'esprit humain. Ceux qui voudront bien poursuivre , seront peu t-Htre étonnés do voir avec quelle force, quelle insistance Platon pose le principe psychologique de toute sa métaphysique; mais j'ose espérer qu'ils seront aussi convaincus qu'il n'y a dans ces rapprochements rien de forcé , dans ces analogies rien de superficiel et de fortuit. Ce n'est pas seulement la définition de la force que je retrouve identiquraient et dans les mêmes termes chez Platon et chez Leibniti, qui d'ailleurs a tant emprunté ani anciens, plus solides qu'on ne pense, oomfoe il le reconnaissait lui-même ; c'est l'optimisme et presque l'harmonie préétablie, et M. V. Cousin a insisté aree force et grande raison sur cette analogie très importante. Leibnitz a signalé lui-même quelques points importants d'analogie entre ses doctrines et celles de Platon. fEp. à Hansch. Dutcns. tom. II , p. 222.) S'il est nécessaire de maintenir la différcnco des systèmes, de constater le progrès des idées et souvent l'opposition des principes, il est intéressant aussi et peatr-être plus consolant encore , pour l'avenir de la philosophie, de montrer que certains principes, qui sont les principes de la connaissance même et les fondements de la morale , appartiennent pour ainsi dire à tous les eq|»rits enjellents, de tous les lieux et de tous les temps; si la variété, le mouTement trop souvent opposé de l'écrit humain a son intérêt et son attrait, la persistance avec laquelle il ne se lasse pas de répéter certaines maximes et de communier dans certaines pensées , a certes aussi sa grandeur ; car nous reconnaissons là l'unité de notre nature morale , qui persiste à travers les mouvements et los accidents variés de l'histoire. D'ailleurs la gloire des grands penseurs des temps modernes n'a rien à redouter de ces rapprochements. Une découverte n'est pas dans les éléments qui la préparent, mais dans la puissance qui les rassemble, les concentre , les unit, les féconde, et en foit sortir tons les résultats, comme d'un foyer lumineux qui épanche à la fois tous ses rayons.
18 PEEHIÈRE PARTIE.
L'homme est pourvu de deux sortes de connaissances, ' dont sa consciciic»' ' lui révèle Texislence réelle et les diii'éreuces. Ces deux formes de la connaissance humaine, qu'il est impossible au sophiste même de confondre, sont rintelligenee et V Opinion, *
La première est une opération, une facnlté, quel que soit le nom qu'on lui domie/ par laquelle Vhomme considère l'objet qu'il connaît, sans l'intervention d'aucune action des sens; il a le sentiment clair de la certitude infaillible, " irnimiahlL', " delà connaissance ainsi obtenue ; il eu peut rendre raison à lui-même et aux autres, et une raison satisfaisante : c'est la - Sdmcê,
L'autre mode de connaître est très inférieur ; il a toujours besoin d'être accompagné ou précédé d'une sensation; la persuasion qu'il opère est variable et mobile; la connaissance qu'il produit est vague, conjecturale , ne s'appuie sur aucune raison certaine et ne peut pas rendre compte d'elle-même : c'est Wpinion, la Conjecture, la Croyance, ''
Comment confondre ces deux facultés de connaître? Il y a des croyances vraies, et il y en a de fausses; mais on ne peut pas concevoir une même fausse :
1 Tim. , p. 28.
2 Réf., VI, p. SOT.
3 Tim., p. 51.
4 rhcéf., p. 187, B.
T) Rép,^ V, p. 477, iMfAft^.
t) Tim., p. 51
7 Tim., p. 38. 51. Réf.. V, p. 477. 478 , 510. Gorgias, p. 454..
CUAPlTaE PA£MlSa.
ces deux termes sont coutradictoires ; ' car savoir c'est connaître l'être, connaître qu'il est, et le connaître tel qu'il est. •
De plus, les facultés ne peuvent pas (^trc distinguées par des caractères sensibles ; elles n'ont évidemment ni figure ni couleur ; on ne peut considérer en chacune d'elles que son objet propre, et son opération, ou ses effets particuliers ; ce sont des forces réelles par lesquelles nous pouvons tout ce que nous pouvons.
La puissance qui peut une même chose, et qui par conséquent a le m(hne objet, est une seule et même faculté ; celle qui opère un autre effet et a un autre objet, est une faculté différente ; mais la Science et J Opinion sont deux puissances réelles en nous, et dont les actes nous sont connus évidemment, |)Liisi[Li'ils nous sont intimes : ce sont deux facul lés diiléreutes, puisqu'elles opèrent chacune un mode diflérent de connaissance, puisque chacune peut une autre chose, à moins qu'on ne confonde le consentenienl timide et douteux que produit l'une, avec la certitude infaillible, la conviC' lion inébranlable que produit l'autre.
Mais les facultés différentes ne peuvent pas avoir des objets identiques : rliaque faculté a natnrelle- ' ment ' son objf t propre. L'être est l'objet commun de la faculté générale de connaître ; car celui qui connaît, connaît nécessairement quelque chose; celui-là
1 Gorgias , p. 1">4,
2 Réf., V, p. i".
3 Hép., V, p. 177. stîw»».
PRBMltRB PARTIE.
même qui n*a que des opiniom ou des croyanm, ne peut pas se former ces croyanm ou ces opinUmt sur
un néant d'existence ; comment connaître ce qui n*est \ pas?* La pensée est la pensée de quelque chose, * ^ Chaque faculté n'étant qu'un mode spécial de la connaissance, a donc pour objet propre , qui la distingue, un mode de l'être; aux diverses formes de la connaissance correspondent nécessairement divers genres d'êtres. * Puisque ce qui est pensé» est, et est tel qu'il est pensé, ce qui est connu d'une connaissance parfaite et absolue, c'est l'être absolu et parfait ; * ce qui n'est l'objet d'aucune connaissance , n'a absolument aucune réalité. L'objet de V Opinion n'est ni l'un ni l'autre ; ce n*est pas Vétre absolu et véritable, caria connaissance n'en est ni pariai UMuent claire, ni certaine; ce n'est pas le néant absolu, car V Opinion est une connaissance, et la connaissance a nécessairement un objet } réellement existant. L'objet de la Seienee est l'être ab* ^ solu, l'objet de V Opinion sera donc autre (jue l'être, • mais ne sera cependant pas le non-être absolu : * il ; tiendra donc le milieu ^ entre l'être pur et le néant ab- «,
1 Rép., V, p. 477.
2 Parménid.. p.* 133.
3 Tim., p. 51.
4 V, p. 477. C'est «inci qne j'enteiuls les uoIb : «mAfit h, «bmAbc
5 Réf., \, p. 477, «ûOAtt^tifc...
6 Rép., id. T« Ttjii^ 5v...
7 C'est là une explication malheureuse et qui a pu justifier ou du moins provoquer des inUirprétations luncsltjs sur la doctrine piatoiiioienur tic la ronnaissaiirc ; car clic semble conduire ù la conclusion que l'être sensible