CHAPITRE TROISIÈME
pandre dans la matière la fonne, la beauté, le mouvement, la vie, où elles rentreront un jour pour goûter
les délices et les voluptés d'une vie céleste , et d'où elles seront encore tirées, par la nécessité, pour animer le monde inerte des corps : mouvement incessant,' eircului œtemi motus , sans lequel la vie s'arrêterait ,
et auquel la raison ne peut concevoir ni repos ni terme.
Cette dernière thèse semble combattue par quelques teites qui në la contredisent qu'en apparence. Il est
dit dans le Timée * que les âmes de ceux qui auront passé dans la vertu le temps de la vie terrestre , retourneront habiter avec l'astre à la société duquel ils étaient destinés et partageront son bonheur ; que les âmes des méchants seront soumises à une série de transformations, qui ne sont que des supplices, et qu'ils ne verront le terme de ces transformations et de ces supplices que lorsque leurs âmes, se laissant enfin conduire par la révolution du nicme, reviendront à l'excellence et à la dignité de leur premier état. ' On ne peut conclure de ceci qu'une chose : c'est que toutes les âmes, les unes plus tôt, les autres plus tard, retrouvent leur dignité et leur pureté primitives. C'est, du reste, ce qui est développé avec plus de précision dans le Phèdre et dans la République.
L'âme ne peut revenir au lieu d'où elle est partie qu' au bout de dix mille ans, puisqu'elle ne reprend pas ses
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ailes avaat ce temps, à moins que ce ne soit Tâme d'un homme qui a cultivé sincèrement la philosophie. . . Ces âmes, à la troisième révolution de mille ans, si elles choisissent trois fois de suite ce ^enre de vie, recouvrent leurs ailes, et à la dernière des trois mille années elles prennent leur vol , c'est à dire reviennent au point d*où elles sont parties, à Tétat incorporel et pur.
Mais cette grande année platonique ' qui ramène h leur situation et à leur état primitifs toutes les choses et tous les êtres de l'univers , se divise elle-même en dix périodes de mille années : après chaque existence terrestre, un jugement décide du sort des âmes. Les âmes des méchants sont condamnées à un voyage souterrain qui dure mille ans. * Les âmes des bons reçoivent dans-la même proportion larécompense de leur sagesse ; semblables à des athlètes victorieux qu'on mène en triomphe, elles marchent pendant mille aimées dans cette route céleste, et accomplissent ce voyage plein de félicités divines.
Si ces âmes , trois fois de suite , au bout de chacune de ces périodes millénaires, clioisissent la vie de la sagesse, au lieu d'attendre le terme de dix mille années de la grande période, elles retrouvent dès ce moment leur pureté première. Mais ce bonheur est difficile et pour ainsi dire impossible à réaliser; car il ne dépend pas entièrement de l'âme de choisir : en effet, il faut que son tour de choisir, qui dépend absolument du hasard
1 Tfin., p. 89* D. B.
S Hépm , X , 6 , 15.