‹ De la psychologie de PlatonChapitre 58 sur 115 · CHAPITRE PRBMIBR · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRBMIBR

Umce et cette suite qui font d'une pratique un systèmei il ne fandrtdt pourtant p&s croire qu*il ne les « point

connus.

Et d'abord , comment dire que le philosophe dont le principe, devoiu la deyise de toutes les écoles, était : Comum-lof toi-mém9 , n*«it pas connu la conscience? Platon l'a proclamé vingt fois : l'âme a la faculté de se re* plier sur elle-même, de se concentrer , de se recueillir, de s'eiaminer, de se connaître; ' c'est même là son essence, et le plus grand, sinon Tunique objet de la philosophie. La grande science est la science de soimême, et, pour se connaître, l'âme doit avec l'âme regarder l'âme. ' L'homme, comme dit Olympiodore, en se repliant sur lui-même, peut se faire le sectateur et le contemplateur de lui-même. ' L'homme n'étant, suivant l'Àlcibiade, essentiellement qu'une âme, 86 comiaitre c'est conoaîke ëon âme: or^ res» sence de l'âme est de penser et de connâilre« L'âme connaît donc qu'elle connaît; * elle a la faculté de revenir, de réfléchir sur ses sensations. ^ Qu'est-ce que cette faculté, si ce n'est la conscîme, et peut-elle être décrite avec une précision plus claire? Qui donc en a mieux que Platon déûui les caractères ? 11 est vrai

1 Tim,. p, 7-2, Charm., p, 164,

Id. , p. 165 , ii:'.9Ti^iÔv leurré. Phèdre : ^ J uu suis encore à l'oracle de Delphes : connais-toi toi-même. »

a Sehot. tiir 1«- Akib,, éd. Paris, tom. Il , p. 54.

4 S. Âug. . Conf., Ufv X. « Je MU <iuo jo siii. »

5 Théit., p. 186.

DEUXIÈME PAEIIE

qu'il ne Ta pas distinguée de laraisou; mais en l'appelant tantôt l'intelligence, tantôt le jugement vrai, n'en a-t-il pas parfaitement déterminé la nature ? « - En

l'absence de l'intelligence et vide de toute pensée, nécessairement l'homme s'ignore lui-même et ne sait pas s'il a du plaisir ou non; sans le jugement vrai, rhomme ne sait pas s*il a de la joie au moment même où il en éprouve. )) * Pour se connaître il faut s'interroger soi-même , ^ et nous saurons qu'une propriété sera essentielle à notre âme quand nous aurons conscience que cela nous arrive à tous. * N'estnse pas là la maxime psychologique : tout ce qui n'arrive pas à la conscience est pour nous comme s il n'existait pas. Ce n'est pasà dire pour cela que nous ayons conscience de tout ce que le corps éprouve. * Nous n'avons pas le sentiment des accroissements qu'il prend , des affections et des mouvements de la nutrition , de la reproduction , en un mot des phénomènes de la vie physiologique : ils n'appartiennent donc point k l'ème , et Platon k» en a profondément distingués et même séparés. Cependant, parmi les impressions physiques et les modifications de l'organisme , s'il en est qui s'éteignent dans le corps et n'éveillent aucun sentiment dans l'âme, il en est d'autres, au contraire, qui parviennent jusqu'à elle, la touchent et quelquefois l'éhranlent tout entière.' Il

1 Philèb,. p. 21.

2 Phédon, p. 78.

3 Phédon, p. 75.

4 PhiUb,, trad. de M. V. Cousin, p. 893.

5 PhUih», trad. de H, V. Cousin . p. 857.

CHAPITKE PHËMlËii.

y a donc, suivant Platon, une science qui est la science de la science ou de la connaissance , puisque rhomme sait, et, de plus, sait qu'il sait, sait ce qu'il saitCfMnme ce qu'il ne sait pas. * Cette définition de la conscience est un peu plus exacte , on l'avouera, que celle d'Aristote, qui en fait un sens, et la rapporte à chaque sens, au lieu de la rapporter à Tàme tout entière. * n y a toutefois dans la dernière partie de la définition platonicienne : savoir ce qu'on ne sait pas , une contradicticNii verbale dont la subtilité grecque profite pour donner au Ckairmide une solution toute négative. Mais après s'être joué avec les difficultés, qu'avec un peu de ce sophisme pour ainsi dire naturel, qui gâte le plus pur génie grec, Platon se propose à lui-même, il résume la discussion avec autant de bon sens que de sincérité, en disant que la question a dû être mal prise, et en avouant qu'il ne peut admettre que les objections soient sérieuses.

La conscieqce reste donc à ses yeux l'unique instrument de la connaissance psychologique, et même philosophique, et si la subtilité peut élever contre la valeur de cette connaissance quelques sophismes ingénieux» nulle objection considérable, nul doute sérieux ne peuvent en détruire les résultats ou én diminuer la certitude. L élude de l'âme est le principe de toute

S Arl*t., D9 inâ»., 111, 3, $ 1, 10. « Ciiaqae sens se perçoil lui-même dans son aete. »

DSUXIÈMË PAKriË.

connaissance ; la réflexion de l'âme sur elle-même, le fondemeat tout saY(»r ; l'âme se contemple directement elle^ème, * a consdence de ce qu'elle est et de ce qui est en elle ; * elle connaît donc sa propre essence et non pas seulement les phénomènes dont elle est le théâtre; elle atteint et pàiètre jusqu'à son propre âtre. Platon Ta bien plus loin que Bacon et les Écossais, <pii pensent que l'âme ne se peut observer directement elle-même; plus loin que Descartes, quiaflirme « que nous ne connaissons point les substances immédiatement par elles-mêmes ; mais de ce que nous apercevons quelques formes ou attributs qui doivent être attachés à quelque chose pour exister, nous appelons du nom de substance cette chose même à laquelle ils sont attachés. 3»'

Platon a donc non seulement pratiqué instinctivement l'analyse et l'observation par la conscience, mais il en avait encore scientifiquement déterminé le principe. C'est seulement ainsi qu'il a pu reconnaître que le mouvement de la pensée est double; qu'il enveloppe nécessairement d'abord l'acte par lequel l'âme se replie en soi pour prendre connaissance d'elle-même et en elle des idées et des essences universelles; ensuite un mouvement de translation par lequel elle parcourt les objets sensibles, en lie les impressions successives, en retient le souvenir, prend connaissance soit de leur

8 1« tt iwnO «I \mntn.

8 Deacart., Bip. mut lY** obg.» éd. durpentier, p. 314.

CHAPim PJIEMIBR

existence et de leurs propriétés particulières, soit de leint propriétés générales.

Ce doid)le mouvement, introduisant en VAme des pensées différentes les unes des autres, on peut dire que ràme admet en elle la différence et la divisicm , * tandis qa*étanl inunalérielle, dk ne Tadmel réellement pas. L*Ame est ainsi indivisible dans son essence et divisible dans son action. Si Vàme n'était pas indivisible, comment pourrait-elle comparer, comialtre les propriétés géntoiles des choses , diaque organe étant affecté particulièrement et ne communiquant qu'une impression particulière? L'âme pense, précisément parce qu'elle peut rapporter à un même sujet, jfJm TivQt toul ce qu'elle éprouTe. D'unautiecMé, si elle n'était pas divisible , comment pourrait-elle agir sur le corps divisible ? elle ne le peut évidemment connaître et mouvoir qu'ens*accommodantà sa nature, o*esiàdireeii sedirisant. C'est par là qu'elle agit sur le corps , et elle se divise en ce que ses puissances d'action ou facultés se répandent dans le corps, se conununiquent à ses parties, s'y localisent. ' Comme dit Flotin, c'est le corps qui dirise l'Ame en la recevant , comme le prisme fU\ise la lumière qu'il re(;oit pure et indivisible ; ^ mais quoique localisée, chaque fiMolté n'est pas une partie séparée de Vime pensante, ccMume nous le verrons plus loin* C'est tàosi que les

1 PhiUrq., Ded^aeU Orae., 84.

3 Eh t|»is •(««««.

3 P1o1.,£imiAkI.« IV, 11, 3.

pensées de l'âme ont trois modes, et se décomposent en idées uniyerselles et nécessaires, ou premiers intelligibles , produit de Vinteiilion suprà-sensible oïd Réminiscence ; en idées générales , nombres intermédiaires et mathématiques, produit de l'abstraction, de la comparaison, de l'induction; enfin en idées particu-^ Hères , prodtiit de la sensation. *

De cette première analyse de l'âme , que nous avons cru trouver dans l'obscure théorie de sa formation, et où l'on n'aperçoit que des idées, on peut conclure que Fâme est essentiellement et pour ainsi dire «xclimTement une raison, une intelligence. Nous verrons, en effet, que le désir et la volonté sont pour Platon des phénomènes intellectuels ; il ne faut pas alors s'étonner que nous ne trouvions dans Fâme qu'une puissanoe générale de connaître , et que l'observation et l'analyse n'y découvrenl que des pouvoirs intellectuels. Cependant Platon a nommé et compté , comme faisant partie deV&mé, ce qu'il en appelle les modes ou affections les mœurs ou caractères, les volontés, les raisonnements, les opinions vraies, la prévoyance, la mémoire. Les actes ou mouvements propres à Tàme et qu'il appelle premiers ou principaux, v^6m^\, par lesquels l'âme accomplit tout ce qu'elle a à faire, se nomment : vouloir, examiner, prévoir, délibérer, juger vrai et faux, se réjouir, s'attrister, avoir confiance ,^ craindre, aimer, haïr, et tous les mouvements sembla-

1 Bip., VI et vu. PlDtarq., Oueif. Phton., 3. 8 lùit, X, p. SÔ7, T^ic*!,

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