CHAPITRE PEEMIBR
le principe de la distinction des facultés, il faut reconnaître que Platon exige une autre condition psychologique, qui modère les effets funestes qu'aurait pu avoir l'application immodérée de son premier principe. Ce n'est pas seulement par leurs objets, extérieurs à VAme, et qu'elle ne peut directement connaître , mais c'est encore par les effets qu'ils produisent en elle que se distinguent les facultés. 11 n'est pas possible quela même faculté de l'âme porte en même temps sur la même chose deiix jugements contraires. * Or, ces effets, l'âme en a conscience, car c'est en elle qu'ils s'opèrent; ce n'est pas là, il est vrai, l'analyse de l'acte et de l'opération même, mais du but où l'acte tend, delafinoù l'opération se réalise, et lafin de Vacte en fait certainement partie. Ce n'est pas là encore l'analyse psychologique de Kant; mais le double principe de distinction adopté par Platon, n'aurait peutêtre pas eu, dans l'application, de dangereui effets, ou du moins ils eussent été modérés par un élément plus sain et plus vrai.
Platon ne s'est pas contenté de ce dotible principe : il s'est proposé une autre méthode tout à fait logique et encore beaucoup plus périlleuse. Il pose d'abord comme un axiome : le même sujet n'est pas capable, en même temps et par ra(^ort au même objet, d'actions ou de passions contraires. ' Ce principe absolu pourrait bien ne pas avoir la rigueur que Platon lui
1 Réf., X, p. tttt.
3 R^, lY, p. 486. Parmémd., p. 138.
attribue. Quoi de plus contraire qu'agir et pâtir ? et cepeadant, malgré la proposition du Parménide, qui répète presque dans les mêmes termes celle de la Réjmblirfiw, Vâme n'agit-elle pas dans le jugement dont elle dûiuie la forme, par l'éléraeiU général, l'idée nécessaire qu'elle seule y introduit, qu'elle sevde peut fournir ? Ne pàtit-elle point aussi dans le même acte in* divisible ? car tous les jugements primitifs sont concrets, et c'est la sensation qui en fournit la matière et roccasion. Le plaisir est certainement contraire à la douleur, et Platon lui-même a démontré, dans h Phi-* lèhe, qu'un même objet cause à la fois, dans la même àme, un plaisir inséparable d'une douleur. U paraît même certain, 'par la jolie histoire de Léonce, ^ d*Aglaiophon, * qu'il y a des objets que Tâme, en même temps, veut et ne veut pas, désire et repousse , aime et bait. Oui ne comiait ces combats intérieurs où l'âme, sollicitée par des sentiments contraires, déefai-* rée par des désirs ardents et des répulsions non moîna vives, bouleversée à la fois par toutes les passions, sent s'élever en elle plus de vagues et plus d'orages qu!il ne s*en déchaîne sur la mer irritée quand ^as flots sont battus de tous les vents. Le moi est présent toujours tout entier à tous les actes de la vie psychique ; il y est toujours à la fois actif et passif; toutes les facultés, oat entr'elles des points de c<Hitact, s'enlacent dans leurs ramifications , se pénétrât dans leur action si profondément que la distinction en devient très diffi-
1 Jt^., IV, p. 480.
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