CHAPITRE PHËMiEft
cile, et toujours jusqu'à un certain point arbitraire. Toute s^uation enyeloppe une idée , et toute idée implique une sensation. <c II ne peut y ayoir en Thom-
me, » comme dit Plutarque, « ni imo passion totalement dépourvue de raison, ui une opération de sa raison où il ne se mêle quelque mouvement de cupidité, de joie, d*ambition, de douleur. En méconnaissant cette pénétration des facultés, et au moins leur solidarité» Platon méconnaît un grand fait de couscience, et m fondant ainsi une classification sur un rflâsoDBementqui repose lui-même sur un principe excessif, il en aurait compromis les résultats s'il avait vraiment tenté une classiiicatioa systématique des facultés de Vàme. Le principe qu*il avait adopté n'irait à rien moins qu*à diviser en sujets dîâérents, contre l'esprit de son système, l'âme entière, et r>ii aurait à lui reprocher avec raison d'avoir mutilé par une division réelle, l'unité et la simplicité de l'âme. Mais je crois fermement que Platon n'a même pas essayé une classification des facultés del'f^me , et (fue la théorie' de laHépU' bHque n'est qu'une analyse de nos facultés morales , '
1 Plat, B9 G«iL imm., S6.
8 C*Mt Popinion de Porpl.yre dans son traité des Facultés de l'Ame : « Platon et Aristote divisent l'âme (?n trois parties. Celte division a été ad^tée par la plupart des philosophes ultérienrs ; mais ils n'ont pas compris qu'elle n'avait pour but que de classer et de diîlinir les vertus. On rttrnuve ce sentiment daus lamblique {Stobée, Ed. physic, I, 52} : « l'Iaiuii , Arcbytas et les autres pythagoriciens divisent Pâme en trois parties, la raiMn, la eolère at I* eotteapieeenee, qa*ils regantent néeeasairea pour conatitner lea vartM. » {Trad, du gmiai é$ Phtbi, Um. h p. 14.) C'eat eneore ainsi que Bosanet interpièle cette division célèbre :
S13^ DEUXIÈME PAHTIE.
aussi bien que celle qui se cache sous le mythe fameux du Phèdre, La seule division que Platon semble faire dans la psychologie proprement dite , très simple en apparence, reconnaîtla sensation d*une part, la raison pure de Fautro. a Ou donne le nom de sentir à tous les actes de l'âme qui s'accomplissent avec le concours du corps. * Le nom de juger ou penser renferme tous les actes queFâme accomplit seule. » La première de ces facultés comprend alors non seulement la sensation proprement dite et la sensibilité physique, mais encore la sensibilité morale, les peines et les plaisirs, les désirs et les craintes , l'amour et la haine. * Tout ce qui arrive à l'âme par l'intermédiaire d'une impression physique, est du domaine de la faculté de sentir, commune à tous les animaux, et naturelle ea eux et
« On compte onliiKiircuioiit onze passions Les six premières, qui ne
présupposent dans leurs objets que la présence ou Tabsence. sont rapport tées par les ancieDs philosophes k rappétit qu'ils appellent eoneopiscible ; et pCNtr les «inq denièfss, qni ajoatent la diffioalté à TabseBee o« à hi présence de l'objet , ils les rapportent à l'appélit qu'ils nomment irascible. Ils appellent appétit concupiscible celui où domine le désir ou la coneapisccnce , et irascible celui où domino la colère. Cet appétit a toujours quoltjuo difficulté à surmontor ou quelque efTort à faire, et c'est ce qui émeut la colère. L'appt'tit ililc serait peut-rtrc appelé plus convenablement courageux. Les Grecs, qui ont le.s premiers fait cette distinction d*appéliiâ, expriniont par uu mèiuc mol la colère et le courage , et il est natnrel de nommw tppêdi courageux cehil qui doit surmonter les dilBr cultës. « Bossust, Traiié de la eamiaiitanee de DUuj c. 1, S S» et c 8, $8. l Théét,, p. 186, ttyifocM ti*«M(<ii^*>imMEav.fètiSià-iA»T«««ép«wclir«.
s Tm*, p. 89. C'est la seconde espèce d'âme, l'âme mortelle, qui est le siëge des sffeetions riolentes et fatales, le plaisir, ce grand appât du mal, la douleur qui détoome du bien, l'audace, la crainte, l'espérance.
CHAPITEB PREMIER.
non |>omt acquise. * Cette division, empruntée à un principe très difficile à démêler , n'a reçu de Platon
aucun développement; elle a le grave inconvénient de plonger la psychologie dans la physiologie, et il est très difficile de déterminer dans quelle mesure le corps participe aux actes de la pensée , et à quel point précis il cesse d'y participer. Une telle classification suppose que les rapports de l'âme et du corps sont parfaitement connus, et ils sont loin de Tétre : par exemple, où placer Timagination , 4 tvmoML, c'est à dire la faculté par laquelle nous créons une image intérieure et intellectuelle d'un objet qui n'est plus sous nos yeux? Tandis- que Platon déclare que cette faculté s'exerce indépendamment du corps, * Âristote prétend qu*elle ne peut opérer que par des organes. ' D'ailleurs, cette classification est souvent contredite ou du moins méconnue par Platon lui-même. Il reconnaît dans le Philèbeqa'il y a des plaisirs purs, que Fàme goûte seule et par elle-même : il y a donc une faculté de sentir qui n'a pas besoin de s'exercer nécessairement par le mouvement des oignes corporels; c*est ce qu*on peut également conclure de cet amour pur de l'âme qu'on a nommé platonique , et qu'il célèbre si magnifiquement dans le HantjUt't et le Phèdre, en l'opposant au vil et grossier amour des sens. Ainsi , noa seulement la
1 Théét., p. 186,
2 Rép. , VU , p. 511.
3 De (Mm., III, 3, 4. Cf. S. Thom., Somm. Théol., part, l^e, qnest. 78, art. 4.
DEUXIÈME PARXiE.
limite précise entre les sens et la raison est difficile à déterminer e( ne peut être posée que par une science étrangère à la psychologie, mais encore, cette Hnite une fois posée, on rapporte à une faculté des actes qui u en ont pas , aux yeux mêmes de Flalon, le caractère essentiel.
En outre, comme le dit Âristofe, qui a &it une vive critique de la théorie de son maître , la connaissance sensible elle-même, on ne saurait pas trop où la placer; ' car s'il y entre un élément sensible, il y entre également un élément purement intelligible , et cet élément n'est pas le moins important, puisqu'il fournit la forme de la connaissance dont la sensation apporte seulement la matière.
Bu reste , je dois dire qu* Aristote * semble attribuer à la théorie de la lièinihlique la signification d'une classification des facultés de l'âme, et la confondre avec celle du Théétèle; ce qui me parait tout à fait
1 De anim., III » 9. 3. 3. Traduction ôe H. B. SainlrHIUire, p. aSS. Tout en critiquant la division de Platon , Ariatote n'en a pas proposé
■ne antre.
2 L'ailasion que renfenne le $ 9 dn 9* chapitre dn Ul* Une, dana le
De Anima, d^m^i ii^yj^iv, so rapporte ëviderament h Platon ; d'ailleurs Aristote lui attribue furniellcnient une autre division dans la Grande Morale, liv. 1 , c. 1, qui rt?pond h peu près à relie du Théétète : « Platon a divisé l'âme en deux parties : celle qui a la raison, -cà x^^ov ijov, et celle qui n'a pas la raison, » par où il ne faut peut-être entendre que ceci : qui peut ou ne peut pas rendre compte et raison de ce qu'elle éprouve , et alors la classification rentrwa dans celle du Théitètti mais si Ton interprèle la définition d*Àtistota en ce sens que» pour Platon , une des parties de l'âme soit entitoement privée d'intaUigenee , Tanalogie, et jusqu'à un certain point l'identité des deux théories , est impossible.'