‹ De la psychologie de PlatonChapitre 65 sur 115 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

ne peut affirmer que ce qui est : il n*y a pas de science .de ce qui n'est pas, nuUa rerum flmamm icimtia. Gomment exprimer une adhésion ferme , poser une affirmation, de sa nature durable et pour ainsi dire éternelle, comment avoir une connaissance fixe de ce qui n*a aucune fixité? ' Il faut donc, pour connaître, qu*il y ait un umriBrsel ou une image de l'universel , une idée ou une essence. Pour avoir ce général que la sensation n'enferme pas, et que seule la raison peut comprendre i il faut que Vent^dement rassemble ce qu'il y a de commun dans plusieurs sensations et cherche à en faire une unité. ' C'est le premier pas de la raison, le premier échelon de la connaissance, le premier progrès de la marche dialectique; car cette sdence, toute spirituelle et toute sublime qu'elle est, part de terre et sort de la sensation. * L'âme est l'homme de la caverne : il est d'abord enchaîné , c'est à dire que quand Vàme arrive dans le corps, elle est sans intelligence; * puis, quand il est délivré de ses chaînes, il laisse les ombres et se tourne vers les figures artificielles el yers le feu qui les éclaire , et ce n'est qu'après cette préparation et cette transition que ses yeux for* tifiés peuvent contempler , sans en être éblouis et blessés, les splendeurs du soleil, c'est à dire que l'âme commence par la connaissahce des choses sensibles et

1 Théét,, tnd. de M. V. GoMin , p. 144.

S Phèdre, p. 249.

3 Réf., VII, p. 5».

4 ràn., p.

t^O DEUXIÈME PARTIE.

particulières; que c'est d'elles que par T induction et la r^exioo, il tire les idées générales et abstraites,, d'où il s'élève enfin aux idées universelles et nécessaires. La connaissance est un arbre gigantesque dont la tête est voisine du ciel, et dont les racines sont profondément enfoncées dans la terre. Toutes les idées dont le caractère est l'existence, et qui sont l'objet de la réminiscence, nous les tirons des sensations, et il est impossible que nous les tirions d'ailleurs. * €cHume, d'un autre côté, il est certain que nous avions ces idées avant de nattre , par conséquent avant de voir et d'entendre, d'être capable de quelque sensation, il y a évidemment , suivant Platon , une double et diverse origine de nos idées. Au point de vue virtuel, logique, les idées générales précèdent les sensations, puisqu'elles préexistent même à la vie actuelle, et, au point de vue chronologique, ou peut dire qu eUes leur soni:postâneures ou.-au jnoins ^inuiUanées^.puisqiie oes idées universelles nç- se réveillent qu'à l'occasion des sensations.

, Quoi qu'il en soit, il est avéré qj*e la sensation est le point de départ de la oomuossance, * et est certainettient elle-même une connaissance. Or, puisqu'elle

est une connaissance, elle est hi connaissance de quelque chose qui est, et même qui est un. 11 faut, en eilet, croire à l'existence des choses qui tombent sous nos sens : il est impossible que celui qui voit ou en-

1 Phidon, p. 74, 75.

i Rip., VII, p. 515.

CHAFITIU: DEUXIÈME. 261

/end, entende ou voie une chose qui n'existe pas. * La sensation suffit pour déclarer clairement et nous faire savoir que les choses sont, et ce qu'elles sont. Ce doigt est un doigt, et n'est pas autre chose qu'un doigt ; jamais la vue n*a témoigné qu'un doigt fût en même temps autre chose qu'un doigt. ' La sensation enferme donc UD jugement, et par conséquent, outre les phénomènes physiologiques ou impressions organiques qui en sont la condition et en fournissent la matière , elle contient l'allirmation et le fait de conscience qui en sont l'essence et la forme; car ce doigt est un doigt, ne veut dire que ceci : j*afiSrme, j'ai la conviction ferme , accompagnée de conscience , que la sensation qui me dit que ceci est un doigt, porte sur une , réalité et n'est ni trompeuse ni vaine. La notion fournie • parla sensation est donc un jugement concret, mais ' parfait.

Mais à ce double titre qu'elle est une connaissance et une connaissance concrète , portant sur une réalité véritable, la sensation et les choses particulières et

sensibles qu'elle nous fait connaître, renferment un élément général, universel, sans lequel il n'y a pas de connaissance possible ni d'être véritable ; cet élément qui constitue leur intelligibilité, constitue également

leur essence et leur être; cet élément général, c'est ce que les objets particuliers ont entr'eux de commun,

1 Parmémd,, Irad. de M. Scliwalbé, p. 884. A^».^ V, p. 477, L. Théit,,

8 Afy., VU , p. m.

par où la définition peut les saisir et les fixer, et sans lequel ils échapperaieut à toute délmition par l'incessante mobilité de leur apparente essence, / Il y a done, d'une part, de la raison dans la sensa- 1 tion, puisqu'elle est une connaissanco , (d du la réalité I dans les choses perçues par elle, puisqu'elles sont l'ob- Vjet d'une connaissance. C'est ce qu'il importe de fiedre remarquer et d*éclaircir, si nous le pouvons, ce qui ' est loin d'être facile; car, selon Platon, cette connaissance n'est qu'une opinion incertaine et douteuse, et par conséquent l'être qu'elle nous montre n'est pas I Vêtre parfait. En effet, à l'élément général qu'on trouve dans les choses particulières, à cette forme fixe dont toute réalité se compose» se joint un élément vague et changeant, qui, prenant sans cesse des formes nouvelles, échappe à l'intelligence et ne saurait être déterminé, parce qu'il est l'indétermination même. Par exemple, on ne saurait dire de Socrate, quel est son âge; car aussitôt que la parole aura fixé cet âge, le nombre fixé sera devenu faux , et un autre nombre /devra être substitué au premier, et toujours ainsi. La I sensation est tout entière enfermée dans le moment présent, et le moment présent tombe incessamment dans le néant; il se disâpe, s'écoule, se fond sans cesse ; il ne naît que pour périr, et ne périt que pour renaitre; il devient toujours, il n'est jamais. Il n'y a , pas plus de réalité dans ces sortes d'objets que de y science dans la connaissance confuse et peu ration- I nelle que l'âme en acquiert. Ils participent de l'être i sans le posséder, parce qu'ils participent de l'idée

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