CHAPITRE DEUXIÈME
robjetactuellement absent d'une sensation antérieure ;
c'est la mémoire d'un objet sensible; c'est par conséquent un degré inférieur de la perception des objets
V sensibles, de la croyance. H y a donc une mémoire passiTe, parfaitement distincte de la réminiscence, la plus pleine et la plus riche activité de notre esprit, et cette mémoire est enfermée dans l'imagination et doit se rattacher par conséquent à la sensation. Mais l'attente de Tavenir, la prévision, dont Platon n*a pas parlé comme phénomène de conscience , mais qu'il a décrite seulement comme phénomène de sensibilité sous le nom d'espérance, * ne peut pas se rattacher à la sensation , puisque son objet n'existe pas encore et peut être n'existera jamais. M. Ad. Gamier a fait judicieusement observer que Platon, qui reconnaît cette
/faculté, dont l'objet n'a évidemment aucune réalité, ni
/ corporelle ni incorporelle, hors de l'esprit, aurait dû être averti de l'exagération de son principe idéaliste :
. tout ce qui est pensé a une existence réelle hors de l'esprit qui le pense.
L'imagination est donc un mélange de sensation et d'opinion ; * c'en est la liaison , comme le dît Plutarque , ' (c et elle est, » ajoute ce dernier, « placée par la faculté du même dans la mémoire. L'autre, à son tour, la met en mouvement, en lui faisant sentir la différence du passé et du présent, et la fait toucher en
1 Philèb,. p. 40.
3 Sophist., p. 311. Philèb., p. 37(i de la trad. de M. V. Cousin. 3 Plut., De la Gén. de l'Ame, c. U et io.
mèsDQ temps à la diû^èrence et à i'ideutiié. Si je comprends cet obscur commentaire, cela veut dire que
rimaginatioiî , telle que Platon la <lé( rit, doit connaître par la mémoire l'identilé de lu sensation antérieure avec la représentation actuelle, qui est purement mentale, et cependant cet acte de mémoire emporte avec lui la notion de la dillérence, puisqu'il tait mentalement j)i ësente, une chose réellement passée et absente. L'imagination est mal définie par la combinaison de Topinion et de la sensation, comme l'a fait remarquer Aristote ; on ne sait m^im pas au juste ce que cela signifie; car, pour Platon, l'opinion c'est la connaissance fournie par la sensation ; à moins que par le mot très vague , Platon n'entende ici simplement des conjectures qui, se fondiuit sur des sensations antérieures, produiraient l'imagination. L'imagination paît de la vue; * un feu intérieur produit la vision |)ar son activité. Quand l'agitation s'en apaise, natt le sommeil. Lorsque les agitations intérieures ont été trop fortes , ces mouvements internes engendrent des représentations des objets eux-mêmes, visions intériecires dont on se souvient au réveil : l'imagination se confond ainsi, pour ainsi dire, avec le songe. 11 semble donc qu'au moins dans le rêve l'imagination est indépendante de la sensation, et par conséquent du corps : c'est le rêve éveillé de l'âme. En la rapprochant ainsi des phénomènes du sommeil , et même du délire et de la divination, Platon, tout en laissant planer
l hm . , p. -là.
Oigitized by