‹ De la psychologie de PlatonChapitre 69 sur 115 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

silencieusement faites dans l'âme sont produites par la ^ucvow, c'est le jugement, ^o^. Ce mot exprime imc ici le tenne où aboutit toute pensée, une affirmation ; mais , toute affirmation porte sur une chose particulière et enveloppe une idée universelle ; les idées universelles fonnent comme un cadre que remplit la sensation ; elles sont la forme d'une connaissance dont Vopinion fournit la matière. Le jugement, -n <^o?a, comprend ces deux éléments, s'il est l'affirmation exprimée ou silencieuse de l'esprit. Cette dénomination très générale s'applique donc à tout acte de Uesprit qui se rapporte à la sensation ou à une idée qui la suppose ; elle peut signifier un jugement proprement dit , une perception immédiate, une intuition de la pure imagination, et même une opération toute logi(^ue, mais portant sur des données sensibles.

Ces actes de l'esprit sont indépendants les uns des autres , et Platon n'établit entr'eux aucune combinaison ni aucune succession nécessaire : chacmi d'eux se suffit à lui-même et opère seul, sans aucun aide ni concours, sa fonction propre. Nous verrons pourtant que sa propre théorie suppose une pénétration réciproque et un concours des facultés dans l'opération de chacune d'elles.

Cette théorie de la connaissance sensible aboutit à la considérer comme un jugement concret et primitif ; c'est un acte deVàme qui affîrmepar un discours qu'elle se tient à elle-même, ' c'est à dire dans une proposi-

1 Théét. , p. 190.

tion, la réalité de la chose qu'elle pense; elle nous fait donc pénétrer dans Vexistettce positive et réelle des choses extérieures et sensibles. Platon pousse même jusqu'à l'excès le principe : tout ce (pii est connu est réel, et a une existence hors deTespril qui le connaît. Cependant un germe de doute est déposé au fond de cette psychologie, et on a pu, sans trop de sophisme, en conclure la né-^'ation de toutes les réalités extérieures et sensibles, et réduire le platonisme à un réalisme idéaliste absolu. £n effet, la théorie platonicienne de la connaissance sensible fait planer le doute sur la substance môme des choses extérieures, en exprimant ce doute par un degré inférieur d'intelligibilité. Les objets sensibles contiennent de l'être puisqu'ils sont connus; ils contiennent aussi du non-être puisqu'ils sont ( (uiMiis d une manière confuse et incertaine; ils flottent ainsi dans une région moyenne entre ces deux catégories, roulent pour ainsi dire entre le néant et Vétre qu'ils combinent dans le devenir. Les objets de la sensation forment la région obscure du monde, dont l'antre section est le pays de la lumière. ' Lorsque ràme tourne sa vue vers la région ténébreuse, sur ce qui nait et périt, elle n*a plus elle-même qu'une vue émnussée, des idées obscures, des opinions flottantes et incertaines : elle ressemble à un être qui n'a pas la raison. ' Or , les choses contiennent juste autant d'être que d'intelligibilité; car c'est par leur être

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