‹ De la psychologie de PlatonChapitre 70 sur 115 · R^., VI · texte numérisé non relu

R^., VI

% Bip, , VI , p. fiOB.

CUâPITRB DEUXlbMb. 277

I qu'elles sont intelligibles, et ce que les choses ont I d'être et d'intelligibilité, elles le doivent à la partiel- \ pation des idées. L*idée du bien est la cause première de tout ce qu'il y a de beau et de bien dans le monde visible. Non seulement les choses particulières et sensibles sont nommées du nom de Vidée à laquelle chacune d'elles se rapporte; mais encore puisqu'elles . sont connues , elles doivent au bien d*être connues , d'être, et d'avoir une essence, c'est à dire d'avoir la nature propre qui est en elles : c*est le bien qui produit la lumière et l'astre de la lumière qui rendent les objets visibles. C'est donc par la contemplation du monde intelligible que se comprend le monde sensible. Le monde sensible ne s'explique pas par lui-même : il n'existe pas , et il n'est pas vrai sans Dieu ; cela me paraît d'une vérité évidente : la substance même des choses sensibles est une substance enqjruntée, puisqu'elle est créée et qu'elle n'est pas nécessaire ; elle n'existe donc pas par elle-même, absolument, yéritablemcnt; et si elle existe, c'est qu'il était bien qu'il en fût ainsi. Il n'y a rien, dans une telle proposition, qui ruine les réalités extérieures, et j'ai déjà dit qu'il ne fallait pas prendre dans la rigueur des termes, les fortes expressions ])ar lesquelb^s Platon exagère l'instabilité de k substance des choses sensibles. Toutes les choses de cette nature s'écoulent et se fondent sous nos yeux ^rec une mobilité si rapide que nous n'en pouvons rien aflirmer de certain; mais, comme Ta fait solidement observer M. Ad. Garnier, cette connaissance même que les choses passent, ne passe pas du

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moins et est certainement fiie ; et d'après la théorie

même de Platon , elle ne peut manquer d'avoir pour objet une réalité. 11 faut bien d'ailleurs , comme le dit Platon lui-même, si le changement s'opère, qu'il s'opère dans quelque chose. Platon s*est partout efforcé de tenir la balance entre l'unité absolue des Eléatés et la variété infinie et infiniment mobile des Ioniens» et rien ne peut ébranler celte proposition fondamentale de la psychologie platonicienne : tout ce qui est connu a un (»bjet réel, d'où l'on conclut constamment et solidement : les objets que nous voyons et tous ceux que nous sentons ont une réalité véritable* ^ Sans doute Platon en a peut-être confusément et faussement déterminé la nature. Distinguant dans les objets sensibles la forme et la matière, et mettant toute la réalité et l'intelligibilité dans la forme, il lui est difficile d'expliquer la matière ; mais, dans les choses de cette nature, Platon n'a fait qu'une distinction rationnelle et non réellement une séparation, et sa théorie de l'origine du monde nous présente, je crois l'avoir démontré, une matière toujours en forme. Quant à expliquer la nature de la matière, en la considérant séparée de toutes formes , qui donc a réussi? et n'est-Hîe pas un vain problème?

On peut se demander à quelle partie de Tàme appartiennent les facultés dont nous venons de faire l'énumération et d'analyser les fonctions : mémoire passive attachée à la sensation, imagination, foi ou croyance.

CHAriTRE DEUXIÈME.

dont le genre est nommé l'opinion ; car on se rappelle qu'il y a dans l'âme trois essences, dont l'une est l'essence indivisible, douée du mouvement du même; la seconde Fessence divisible, douée dumouyement de rmtre; la troisième, une essence mixte et intermédiaire, participant de ces deux mouvements.

Ces essences ne sont pas demeurées isolées dans Vàme ; elles n*y existent pas séparément; eDes ont été mélangées, et l'essence totale qui en est résultéé a été di\isàe en parties qui contiennent toutes et chacune un mélange des trois essences. Ce mélange explique tout le mécanisme de la connaissance. En effet, la sensation, contenant un jugement, contient wie idée générale et même univers<'lle, que l'essence divisible et le mouvement de l'autre seraient par eux-mêmes inca-' pables de connaître; mais chaque partie de l'âme contenant les trois essences, l'essence divisible n*est pas sans rapport avec le mouvement du mrme, c'est à dire que l'âme unie avec harmonie et divisée avec proportion, peut porter des jugements vrais sur l'existence même des choses qui ont rapport au mouvement de l'autre. *

Le mouvement de l'autre, dont est douée l'esseuce divisible, est lui-même divisé en six cercles ou six mouyements circulaires inégaux entre eux; ces six mouvements, appelés en avant, en arrière, à droite, à gauche, en haut, eu bas, sont des mouvements de Tâme communiqués ou altérés par les mouvements

i Tim. . p. 37.

DEUXiÈMË FAHTiE.

propres du corps : ' ce sont évidemment des lacultés enfermant quelque sensation. Ces six cercles ajoutés au cercle indivisible du mouTement du même, fonneni entre eux la suite des nombres que Ton rencontre dans la composition de l'ânie, dont les parties forment la série proportionnelle suivante :

Ces nombres se trouvent tous dans le diagramme des cinq octaves consécutives du genre diatonique de Platon. * Bien que le savant auteur des Etudes sur le Timée applique exclusirement ces cercles aux révolutions des planètes , je serais disposé à y voir également figurées les diverses facultés de Vâme, combinées, divisées et unies entr elles. Platon n'a donné nulle part la clé de l'analyse psychologique cachée sous ces nombres symboliques, et s*est contenté de ces indications générales et obscures; en un sens peut-être a-t-il eu raison, car il lui eût été difficile de justifier les rapports numériques et les intervalles musicaux û précis qu'il établit dans la gamme de nos facultés , et* qui font la pleine harmonie , l'accord parfait de l'âme. L'âme est divisée en plusieurs facultés, dit justement Plotin ; ' mais qui pourra déterminer le rapport précis ; avec lequel s'opère la combinaison de ces facultés? ^ Quoi qu'il en soit, Platon a certainement raison quand il veut montrer, par ce symbole, que chaque

1 Tîm. , p. 13.

2 M. Th.-H. Mai lin . Etudes sur le Timée, tom. Il, p. 46. 'i PloUo, Etméad., l, vi , 1.

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