‹ De la psychologie de PlatonChapitre 72 sur 115 · CHAPITRE OBUXtfcltB · texte numérisé non relu

CHAPITRE OBUXtfcltB

cessaires àraecroissemeni du corps y entre avec moins d*impétnosité , que les facultés de Vàme retrouvent

leur régularité, la proporlion exacte des éléments qui fait leur spécialité, leur puissance et leur rectitude* Les illusions etles erreurs ne sont que de fausses directions des facultés de Vàme; de même que la direction régulière des facultés qui appartiennent à la sensatiiHi, produit les opinions et les croyances vérita- Mes et solides^ de même le cercle du même roulant avec régularité produit Tintelligence et la science parfaite. *

La sensation ne se trompe pas, quand le jugement ne fSsdt qu'affirmer Texistence de la chose teUe qu'elle apparaît La vue des lettres d*une langue inconnue nous fait connaître que ces lettres ont telle couleur et telle forme» et cette connaissance est vraie, * ïoutesi les fois que les idées transmises par la sensation sont! simples, n'emportent pas de contradiction, le juge- \ ment est bon ou du moins suffisant. * L'oreille nous fait connidtre» en nous transmettant les sons d'une langue inconnue, qu'elle renferme des sons graves et des sons aigus, et nous en fait connaître la différence réelle ; mais il n'eu est pas de même des circonstances où la sensation enferme deux idées contraires, et cela arrive pour toutes les qualités, comme la grandeur et la petitesse , la grosseur et la ûnesse , la mollesse et la

1 Tim., p. 37.

i Thért. . p. 184.

:j Hép., Ml, p. Ô-23.

DBDXltalB PARTIS.

dureté. * La Tue nous dit que le doigt est un doigt et n'est pas autre chose qu*uii doigt ; elle ne peut pas se tromper ; ' mais si elle ajoute que l'index est grand psur rapport au pouce, et petit par rapport au médium, alors elle peut se tromper. L*àme est troublée par ces témoignages contradicloires, et ne sait si ce doigt est en vérité grand ou petit, gros ou mince: la sensation ne lui apporte à cet égard que des notioDS obscures, confuses et même contradictoires ; c'est alors que pour sortir du doute ([ui la travaille, rânie s'adresse à l'entendement. Cependant la sensation nous trompe aussi en quelques autres circonstances : les notions de grandeur sont modifiées ou altérées par la distance des objets; un bâton droit paraît courbé à nos yeux tromj)és si on le plonge dans l'eau. ' Les songes, le délire prophétique, la maladie, modifient nos sensations et en altèrent lès rapports; nous n'avons même aucune preuve certaine pour distinguer l'état du rêve , de nos perceptions dans l'état de veille. * Ces erreurs viennent toutes de la nature et de l'essence propres aux objets de la connaissance sensible.

La sensation ne nous fait connaître que des ombres, des images, des fantômes : la vie de la sensation n'est presque qu'un rêve, le songe d'une ombre, comme dit le poêle ; et de ce rêve éveillé de la vie aux songes

1 Kép., vu, p. S33.

% Aristote» H/f.» lY, 5. « La sensation ne tcompe jamais. » Cf. ItaiAé

dr l'Ame.

4 I hêél. , p. 159 , A.

£HAPnai DBUXlftMB

dusommeililn'y a presque qu'une différence de degré. Les choses sensibles, et l'iiomme in^me en tant qu'entre sensible, admettant à la fois les eoutraires, la grandeur et la petitesse , n'ont ni l'essence de la grandeur, niVessence de la petitesse, qtii s'excluent : le monde des sens n'a pas plus d'être que d'essence; il n'est qu'à moitié, comme il n'est qu'à moitié intelligible ; c'est le reflet d'une réalité intelligible, dont la matière est comme le miroir ; ce miroir, substratum informe et vague, contient, sans la posséder, la ressemblance de l'idée, vaine copie du modèle éternel. La matière tient cependant à l'être intelligible, mais d'une manière tout à fait inexplicable ; nous la connaissons bien par la raison, mais par la raison bâtarde, troublée, qui nous la fait apparaître comme dans la vision fantastique d'un songe , et non dans la vue éveillée de l'être ; nous avons bien de la peine à y croire , et nous n*y croyons qu'en vertu d'un raisonnement , et parce qu'il faut bien que tout être soit quelque part et occupe quelque place. ^ Il n'est donc pas étonnant que l'erreur naisse dans l'esprit à l'égard de ces objets multiples mobiles, incessamment changeants, parce qu'ils contiemient tous de la matière.

Si l'erreur y est possible, on ne peut donc pas dire que les sensations sont toutes vraies, sans quoi il faudrait accepter la maxime de Protagoras : l'homme est la mesure de toutes choses, ' maxime qui détruit

1 Tim., p. 51, 52.

i Théét., p. 161.

toute dialectique et qui se détruit elle-même ; car à supposer que toutes les choses sont emportées par une mobilité que rien n'arrête , la sensati<m elle-même périt. La sensation, dit Protagoms, est la règle unique et solide du jugement, puisque représentant à chacun (l'entre nous les choses telles qu'il les sent, elle est toujours réelle et vraie pour lui; mais si Ton admet une perpétuelle et universelle mobilité, oh tout s*écoule toujours , et où tout devient à chaque instant autre qu'il était auparavant , on ne peut pas dire ce que Protagoras lui-même dit : que Théétète voit ou qu'il ne voit pas , ni qu'il a telle sensation plutêt que telle autre. * Les choses elles-mêmes qui deviennent, on ne peut pas dire qu'elles ne sont pas ; car elles sont déjà ce qu'elles vont devenir ou sont encore ce qu'elles n'ont pas cessé d'être : il y a de l'être dans le devenir. Pour qu'Héraclite ait raison, pour qu'il n'y ait aucune fixité véritable, il faut qu'il n'y ait pas même de devenir. ' D'ailleurs, si toutes les opinions sont vraies, cette opinion que l'homme n'est pas la mesure des choses, et que la sensation n'est pas la règle unique pour en juger est donc vraie aussi , en sorte que Protagoras se Contredit et se réfute lui-même, n peut donc y avoir des opinions fausses comme des

opmions vraies.

^ C'est de la mémoire et de la sensation que viennent 1 en nous l'opinion et la résolution de nous fàire une opr

X TMét., p. 183.

i Thiit . p. iS8.

GHAPITRB DSUXIÈHB. 887

nion. * Un homme , pour aroir vu de loin un objet peu

distinct, veut juger, xpivciv, ce qu'il voit, et la précipitation comme la témérité égarent son jugement; ce jugement, qu'il se dit intérieurement à lui-même, peut être eiprimé par la parole, et alors l'opinion deyient proposition , ^oyo;. Notre âme alors ressemble à un livre où la mémoire, d'accord avec la sensation et les affections qui en dépendent, écrit des discours. Lorsque la yérité s'y troure écrite, il naît en nous une opinion vraie ; mais cet écrivain intérieur peut y écrire ' des choses fausses. On voit le grand rôle que joue la mémoire dans le jugonent qui porte smr un objet sentie. Pour lier toutes les impressions sensibles'qui en composent l'essence et les unir dans la forme du jugement, il faut évidemment les avoir présentes à l'esprit, et comme elles sont nécessairement passées, puisque la sensation proprement dite est instantanée , la itiémnire seule peut les recueillir , les conserver, et seule permet de les lier : la mémoire , gardienne de la sensation, est la condition du jugement de s^osation. La théorie de Kant a profité de ces indications.

Non seulement il y a dans la mémoire un écrivain , il y a un peintre , qui dessine et colore dans Tâme, qui peint sous formes d'images les choses que le discours ne faisait qu'énoncer. En effet, quand nous empruntons à la vue ou à tout autre sens, les objets de nos opinions ou de nos discours , on voit en quelque sorte en soi-même les images des choses qu'on pensé et

1 mièb., p. 38.

DBUXIÈaiB PARTIE.

qu'on éii ; mais cette iSACulté représentative est susceptible d'erré; les images des opinions yraies sont

vraies ; celles des opinions fausses sont fausses. * L'imagination comme la mémoire, comme l'opinion, comme la pensée, toutes choses qui sont de k même famille que le discours, peuvent être fausses. *

Mais les opinions fondées sur la sensation même quand elles sont vraies, ne constituent pas encore la .science; car la science est la science, de Tessence, k /connaissance de k cause : ce sont là des idées qui ne : nous arrivent point par la sensation , mais que l'âme connaît directement, immédiatement, oùtt. .«ùt^c. La sensation ne peut atteindre à ces notions pures et universelles , et ne peut pas par conséquent réaliser la science, naine au njoyen des opinions vraies. Il y a plus ; si l'on renfermait la sensation tout entière dans rimpression organique faite sur chaque sens, il n*y aurait nul jugement contenant Teiistenco, nulle idée de relation qui pussent lui être attribués; mais Platon, définissant la sensation un. acte par lequel TÂme connaît au moyen des organes, ne peut être accusé d'en avoir ainsi réduit le rôle ; caria sensation est un acte et un mouvement de l'âme : or il n'y a dans l'âme nulle partie , nulle faculté , nulle puissance qui ne contienne un mékn|^ des trois essences; nul acte par conséquent émanant d'elle n'est absolument dépourvu de Vidée du mvme; il n'en est aucun i^ui n'euveloppe à

1 Philèb. , 1». 38.

i Svphùt., p. 2t>4.

Digilizedby

CHAPITUK DEUXIÈME.

un degré quelconque l'universel , le nécessaire , Tessence, l'être.

£n résumé, la sensation ^st un acte intellectuel, mais qui exige le concours des sens. Le corps ne peut rien connaître, ni rien sentir; car sentir, c'est déjà connaître. L'àme connut par elle-même et sans l'auxi- Haire de la sensation, les idées pures, Tessence de la chose en soi, Vètre absolu, uniyersei et nécessaire; raaisles choses particulières ont aussi, bien qu'à un degré inférieur, une essence individuelle ' que l'âme ne connaît que par l'intermédiaire du corps, et par ce groupe de facultés qui porte le nom d*opimon et répond en partie à l iiituition sensible. Le jugement fondé sur la sensation , ^Lotvoia , roule sur les choses qui sont à la fois connues et senties, et tourne dans ces limites. L'erreur de nos jugements vient du commerce de la sensation avec la pensée pure ; elle consiste k dire ce qui n'est pas comme étant, ' ou plutôt elle porte sur les choses qu'on ignore et qu'on croit connaître. •

Cette explication, qui fait remonter l'origine de nos erreurs au commerce des sens avec la raison, ne peut s'appliquer aux erreurs qui portent sur les notions

S Sopkitt., p. 939. l^Akib., p. 117. SophUt», p.' 968. « Un diseoura doit B^cessainiBeiii être dit d« quéiqiM cImm. te diseoun- vrai dit ce qai est eomme ëtuit; le feux dit, au contraire , autre chose «pie ee qui est, c'est à dire , dit comme étant ce qai n'cet pas. C'est affirmer ce qui est antre par rapport à quelqu'un comme ^tant ie m^me. »

.800 DBUXlftMB PARTIE.

abstraites, et Platon n'a pas limité le doDoaine de Terreur à la croyance et à l'opinion, mais il l'a étendu expressément à la pensée pure, li^o^, et à tuul ce que la parole peut énoncer, sans s'expliquer il est vrai. ' Platon en effet, dans le Tkéétèle , montre lui-même qu'il est impossible qu*on pense ou qu'on croie une chose qui n'est pas, et c'est pourtant en cela que dans le Sophiste il fait consister Terreur. Il y a contradiction évidente. Imaginer pour sortir d'embarras un non être qui est, un être qui n'est pas, c'est un sophisme, et des plus subtils : l'autre n'est pas le non être. L'impossibilité où se trouve Platon d'expliquer Terreur, vient de ce qu'il n'a pas voulu voir qu'il y a dans notre esprit des idées tirées par l'induction qui n'ont pas d'objet hors de l'esprit, et qui par conséqutîut peuvent s'accorder ou ne pas s'accorder avec la réalité; mais donnant uneréalité exlMeure àtout ce que pense notre esprit, l'erreur était pour lui inexplicable. Du moins triomphe-t-il facilement dans la réfutation de toutes lés solutions qu'on proposait déjà de son temps, et qu'il discute dans le Théétète : il combat celte théorie du jugement, considéré comme un rapport de convenance ou de disconvenance de l'idée qui est dans l'esprit avec son objet , et Leibnitz comme Reid n'ont guère fait que reproduire ses arguments. L'erreur de nos jugements , dit-on ,* consiste dans une fausse relation de l'opinion, de l'idée à son objet, par suite de laquelle Tâme se représente Tobjet comme étant au-

i Sophist. , p. 364. T<i •{>tvi«« iv iiAvoiy Tt act M-^tf*

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