‹ De la psychologie de PlatonChapitre 75 sur 115 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

si noble jouissance : c'est une joie digne, * sereine et \ profonde, une palpitation délicieuse et pure deTème

que visitent la vérité et la beauté. '

Parmi nos plaisirs, comme parmi nos jugements , les uns sont vrais, les autres faux. Il y a une différence entre le plaisir accompagné de science ou d'opinion droite, et le plaisir qui naît souvent accompagné de mensonge et d'ignorance. ' C'est de la mémoire, gardienne de la sensation, que naît Topinion; c'est elle qui garde les éléments que VAme recueille et lie dans l'unité (lu jugement. Lorsque la mémoire écrit dans nos âmes des discours, que l'imagination y peint des images d'accord avec nos sensations, c'est à dire conformes aux réalités, nos opinions sont vraies ; elles sont fausses dans le cas contraire. Le plaisir qui naît à la suite d'une opinion fausse est faux; les images qui se peignent dans l'âme des méchants sont fausses , et £aux sont leurs plaisirs ; en effet, quoique les images soient réelles en notre âme, les objets de ces images ne le sont pas. ' 11 y a donc de faux plaisirs comme de fausses douleurs : c^est ce qu'on peut encore démontrer comme il suit.

Le plaisir et la douleur admettent le plus et le moins ; ils ne sont pas absolus et varient d'intensité. Vus de près ou de loin, dans leurs alternatives continuelles, et mis en comparaison les uns avec les autres, les plaisirs,

I F.^f^'v£<i'ja . Protag. . p. 338.

■> l'htlcb . p.

3 Philèb. , p. ;î8 , 39.

DEUllèMB PARTIE.

mis en comparaison avec les douleurs, paraissent plus forts qu'ils ne le sont réellement; les douleurs mises en

comparaison avec les plaisirs, paraissent plus petites et plus faibles ; or» puisque les plaisirs et les douleurs ue sont pas réellement plus ou moins grands, mais le paraissent être seulement, Vexcès qui se troure en eux n'est qu'une apparence; cette apparence est fausse et n'a rien de légitime el de réel. Or, comme cet excès fait partie du plaisir éprouvé, il communique au plaisir comme à la douleur un caract^e d'erreur et de fausseté. ' •

La mémoire et l'espérauce cuntribueut à faire varier llntensité des mêmes plaisirs et à en montrer le caractère mobile et faux. Ainsi la mémoire adoucit parfois nos peines; parfois aussi elle en irrite la violence, en rappelant à l'âme d'autres soutlrances semblables, et le désespoir de les voir cesser. L'espérance, au contraire, atténue la blessure, émousse les flèches aiguës de la plus vive douleur, en nous montrant les plaisirs ouïes biens qui la suivront, et l'image de ces plaisirs futurs, déjà présente par la force de Timagination, réagit contre la douleur actuelle; mais cette atténuation est purement imairinairc et communique un caractère faux au sentiment où elle se mêle. * U y a trois espèces de plaisirs; une seule est Traie, les deux autres sont

^ feusses : * ce sont d*une part les plaisirs de la sagesse ;

1 Plulèb.. p. 13.

■2 Pkilèb., p. iej.

1 Uép., IX, p. :.H7.

CHAPmS TBOlSlÉaiE.

d'autré part, ceux de l'orgueil et de la volupté.

Tous les désirs et les besoins de Vhomme peuvent se ramener à trois. ^ Ce sont d'abord le boire et le manger qui naissent avec nous, objet, chez tous les êtres animés, d'un amour inné, * plein d'emportement, incapable d'écouter quiconque voudrait lui persuader qu'il faut faire autre chose que suivre son inclination , et contenter le désir qui l'entraîne vers ces objets et le pousse à se délivrer ainsi du tourment qui le sollicite. Le troisième de ces besoins , et le plus grand , celui qui provoque le désir le plus impétueux, est celui de la génération ; il ne se déclare que longtemps après les au^ très , mais à son approche l'homme est saisi oomme des accès d'une fièvre ardente qui le met hors de lui-même et l'enflamme d une fureur insensée. Telles sont les trois maladies, les trois infirmités de la nature humaine qui la poussent vers le plaisir et qu'il faut s'efforcer de guérir par trois puissants remèdes, afin d'en maîtriser la violence et d'en éteindre les ardeurs : ce sont la crainte , la loi et la raison, auxquelles il faudrait ajouter les Ifuses, ou l'influence de l'éducation. ' n y a des désirs nécessaires et des désirs qui ne le ' sont pas. Les désirs nécessaires sont .ceux qu'il n'est

I Loi», VI, p. ,»'t teifi^iot: On n'y comprend pas l'amoar de la

vérité , ni celui de la luiauté, parce que le plaisir do la vortii et les jouissances (les ,'irfs in; sont précédés d'aucun désir, d'aucune privation , du nioiuâ st iitic, ot ({uo par conséquent celte privation noa sentie ne constitue pas une soutlrance.

H Lois. VI , p. 7»T.

DRVXIÈMB PARTIE.

pas en notre pouvoir de réprimer, et qu*il noas est d'ailleurs utile et bon de satisfaire. Les désirs qui ne

sont pas néccssairos sont ceux dont on {«eut so défaire, si Ton s'y applique de bonne heure, et dont la satisfaction, loin de nous procurer aucun bien, nous cause souvent de grands maux . Les uns sont des dénrs ruineux, les autres des désirs avantageux. '

Parmi les désirs non nécessaires, il en est qui de plus sont illégitimes : * ils naissent dans l'âme de tous les bommes ; mais chez les uns , ils sont réprimés par les lois, et par d'autres désirs meilleurs et raisonnables, en sorte qu'il n'en reste qu'un petit nombre qui sont sans force; chez d'autres hommes, au contraire , • ces désirs illégitimes sont les plus nombreux et les plus forts, et arrivés à cette violence, ils constituent les passions. Les passions, animales et pour ainsi dire féroces, emportent les âmes jusque dans les heures consacrées au sommeil , et cherchent à satisfaire même en songe leurs désirs furieux. Ce sont elles qui évoquent ces rêves insensés , fantômes impurs qui souillcntnotre âme et encbainent notre raison ; ce sont elles qui poursuivent, souvent même après le réveil, notre imagination troublée de leurs visions lascives et des tableaux de voluptés coupables. Nos songes , dont nous ne sommes pas maîtres, prouvent cependant qu'il y a en chacun de nous , même dans ceux qui paraissent le mieux vaincre leurs passions, une espèce de désirs

î Réf., IX. p. 571.

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