CHAPITRE CINQUIÈME
juste, le beau, le bon. Cette maxime a du moins cela d'avantageux, d'encourager les,honunes à la justice, et pour ainsi dire de les séduire à la vertu ; le bonheur se
rencontre nécessairement avec la vertu, et Fénelon a (lit aussi quelque part : il ne faut pas séparer le plaisir de la vertu. ^
Aucun de ces états de l'âme n'étant suffisant par luimême pour remplir les secrètes exigences du cœur humain, il reste donc que le bien soit un étiit mixte répondant à la nature complexe de Thomme. Mais il ne suffît pas de savoir que le bien est un mélange du plaisir et de la science , de la vertu et de l'agrément , il faut encore savoir comment est fait le mélange , et dans quelle proportion y entre chacun des éléments quî-le composent; * car, sans cette mesure, ce ne serait plus un mélange, mais un pêle-mêle confus, aussi imparfait dans sa confusion et plus insuiiisant que les éléments isolés qui l'auraient formé.
n y a quatre espèces d'êtres : l'infini ou la matière, le fini ou la forme, l'être réel, résultat de leur com- ; binai^on ; car il n'y a pas de forme qui ne subsiste en un sujet d'inhérence, pas de matière qui ne possède / quelque forme et quelque principe qui la différencient /
1 Lois, II, y. 063. Lois, \, p. 743. ^'ous verrous uièmo Platon ailur plut loin, ot d^fr la rerta, Vnt de peser on de metorer l'eieâs du plaisir vrai sur la douleur mie. Mettant son principe en pratique, notre . pliiloaoplie a trouTé que la condition du juste, sons le rapport dn plaisir, était sept cent vingt^euf fois plus agréable que celle do l'honimo parfai- tement injuste. Cf. Rip. , IX , p. 588.
3 Philèb., p. 65.
et la qualifient; enfin, la cause qui ordonne le mélange et y met ia proportion et la mesure. Le plaisir appartient à la classe des choses infimes et ne saurait être
le bien, qui possède toute la plénitude de la perfection. L'intelligence, qui appartient à la classe du fini, est dumème genre et de la même famille que la cause;* elle est au prmier rang de Vessence ; mais elle n*existe réellement que dans un sujet ; c'est elle qui produit le mélange, et le produit avec mesure, parce que la mesure accompagne toujours le fini ; c'est par elle qull y a du bien dans le mélange , et même aussi dans le plaisir pris séparément, parce que le plaisir, sans mesure et sans frein, se perdrait dans une indétermination absolue et une dissolution perpétuelle.
Le plaisir n*est pas le bien, le seul bien de fàme, sans quoi il serait la règle de la morale et la mesure de la vertu; quiconque ne goûterait pas le plaisir, serait méchant; on serait Tertueux dès qu'on comiattrait les. jouissanees du plaisir, et d^autant plus Tertueux que les plaisirs seraient plus nombreux et plus intenses : de même nous avons déjà démontré que la science , et la plus pure des sciences, ne constitue pas le seul bien. Semblables à des échansons, versons donc, pour faire le mélange, le miel elle vin que contient la fontaine du plaisir, et la liqueur austère que contient la fontaine sobre de l'intelligeiica. Pour que ce mélange constitue le bien , la règle est de n'y faire entrer aucun plaisir qui répugne à la sagesse, puisque c'est k elle que doit
1 I>fci(é6..p. di.