‹ De la psychologie de PlatonChapitre 81 sur 115 · CHAPITRE ClNQLlÈMli · texte numérisé non relu

CHAPITRE ClNQLlÈMli

s*umr le plaisir ; on peut et on doit y faire entrer toutes les sciences; mais la raison et le plaisir lui-même défendent d'y introduire les plaisirs violents et grossiers. On ne peut unir à la sagesse que les plaisirs purs qui accompagnent la santé, la tempérance, et forment, pour ainsi dire , le cortège de la vertu ; * enfin , il faut que la proportion et la mesure président au mélange.

Mais la mesure et la proportion c'est la beauté, et voilà Vessence du bien qui va se jeter et se perdre dans l'essence du beau ; en toutes choses, en effet, lame- ' . ^ sure et la proportion constituent la beauté aussi bien ' ^ qpie la vertu; la vérité entre dans le mélange, puisr- \ ^ qu'il est produit par Tintelligence. Si donc nous ne ' ; pouvons pas saisir le bien sous une seule idée, on peut du moins l'enfermer et le définir par trois idées : * celles de la beauté, de la proportion, de la vérité; et ces trois choses réîmies sont lai vMtable cause de Yhtcellence du mélange. En résumé, on peut dire que :

Le premier bien est ce qui aune nature étemelle, la mesure, la modération, l'à-propos, xAiptov;

Le second est la proportion , le beau , le parfuit ;

Le troisième est rintelligence et la sagesse ;

Le quatrième, les arts, les sciences, les opinions vraies qui appartiennent à l'âme séide ;

Le cinqiuème comprend les pbddrs que nous avons dit être exempts de douleur, les nommant des percep-

1 Philèb. , p. 64.

i Phiièb. , p. 65.

tions pures de Vàme venant à la suite de sensations. *

Ainsi lo bien est une idée complexe ou plutôt universelle, qui enveloppe dans sa (*ora|)réhension trois idées : la vérité , la mesure et la beauté, puisipie tel est le caractère du mélange : cela revient à dire que la Raison on est l'élément foudiunental, puisque c'est elle (jui préside au mélange, mais non pas l'unique élément. C'est ainsi que, pour Kant aussi, la vertu, dont le principe est dans le devoir, idée universelle et nécessaire fournie par la Raison, la vertu ne peut être regardée connue ie Lien suprême que lorsijue le bonheur y est réuni ; c'est que la nalure a déposé en nous le désdr irrésistible et incompressible du bonheur. Il répugne à la notion du bien absolu (jne Vhomme qui a besoin du bonheur ne puisse pas y atteindre : et l'homme, en eûet, peut l'atteindre, puisque le bonheur est la conséquence du devoir rempli; comme le dit Platon, c*est le cortège de la vertu. La vie morale constilui! un .droit; elle nous mérite le bonheur où aspirent et que réclament les besoins de la natiire , les penchants innés qu*il est permis à Vhonune et quelquefois nécessaire de satisfaire. Le besoin réclame , et la vertu justifie la réclamation de la nature; elle fait d'un désir, d'un instinct sans valeur et saiis prix, un droite c'est à dire quelque chose de rationnel, de moral, de sacré. Le bonheur est lié à la vertu dans le bien suprême, mais la vertu reste i'élémeut fondamental et le motif unique de Facte vraiment moral. Nous ne devons agir que

l PhiU'b. , p. ti<j.

CHAPliHE CINQUIEME.

pour obéir à la loi obligatoire que notre raison nous fait connaître, et noa eu vue du bonheur qui doit en être la récompense ; car alors le mérite de TacUon aurait disparu, et avec le mérite le droit à la récompense, et la récompense elle-même.

riaton n'a pas indiqué peut-être avec la netteté et la forte préciâoQ de Kant, cette dernière distinction, et M. V. Cousin, qu'il fout toujours consulter, et qu'on ne ( (uisuite jamais sans fruit, surtout quand il s'agit de i^iatou, a pu reprocher à sa pure et noble morale de comprendre un plaisir réclamé par notre sensibilité seule. Les besoins de notre nature ne constituent pas à eux seuls des droits; ces plaisirs purs, exempts de douleur , ({ui accompagnent la santé et la tempérance et en sont la récompense, ces perceptions pures, ces sciences de Vâme venant à la suite de sensations , ne sont-ce pas, en dernière analyse, les plaisirs de l'intérêt bien entendu? Cependant, ([uant aux plaisirs qui sont le cortège de la vertu, la sensibilité, il me seqible , n'a rien à y voir , si ce n*est une sensibilité toute morale; car ce n'est que le plaisir secret, la jouissance intime d'avoir accompli le devoir et obéi au précepte de la.loi morale : en un mot, c'est la conscience d'avoir bien agi. Je trouve Kantbien sévère de ne pas vouloir accepter ce sentiment comme vraiment moral, et de distinguer le respect et l'estime de soi-même, le sentiment de sa dignité , cette approbation intime et toute morale dont Platon parle aussi dans l'Àldbiade, de la conscience d'une bomie action et du plaisir qui en est la suite.

Quoi qu'il en soit, il est certain que le dualisme du bien est le fondement commun du PkUèbe et de la Raison pratique.

Dés deux éléments du bien f>ottr l'homme , la vertu j est le plus grand et pour ainsi dire le seul véritable, V V puisque le plaisir qui s'y ajoute n'est que le plaisir de ^ sagesse et de la tempérance. La yertu, c'est la beauté, la santé et le bonheur de l'âme ; * elle consiste éminemment dans la science ou sagesse. ' C'est par la science que l'homme apprend à faire un bon usage de tous les biens qu'il possède : dés biens humains, c'est à dire la santé , la beauté du corps , la vigueur , la richesse, non pas celle où préside Plutus aveugle, mais celle que gouverne Plutus clairvoyant et marchant à la suite de la prudence; et aussi des biens divins, qui sont la prudence , la tempérance , la justice , qui fient du mélange de ces deux vertus avec la force, et le cou- ; rage .qui vient en dernier lieu. V Ces qualités ellesmêmes de r&me ne sont des biens que ^> nous suivant \ . en Mre un bofi usage , et tournent à notre préjudice ; quand nous ne le mvom pas. * Tout consiste donc , en ; d^nitive t à savoir ce que c' est que le bien ; la sagesse , ' la science est donc le vrai bien, Vignorance le seul vrai I \ mal de l'Ame ; ' être sage et posséder la raison» c'est

l TV, p. «45.

9 IMmni, p. flS. A Mfi».

BLoU^ i, p. 081.

4 Ménon, p. 88.

5 Buth$d»» p.

CUAPITHE CmQUIÈMË.

être vertueux : le contraire est le vice , * et la vertu c'est le bonheur. * La science est donc faite pour commander à l'homme ; VinteBigence hii suffit pour se défendre et défendre son âme contre tout «e qui peut l'attaquer; la connaissance du bien et du mal ne pourra ôtie surpassée par aucun bien , quel qu'il soit.' L'âme ne peot connaître et contempler Tidée àa bien , en admirer la beâtité, sans désirer s*uinr à lui, sans aimer à s'en rapprocher par un commerce de plus en plus intime, sans s'eiforcer de lui ressembler; * par cette union, par cet acccmpleinent divin, elle crée en efie comme un antre être , fait nattre en soi la vérité, parce qu'elle imite l'ordre et beauté de la divine idée du bien qu'elle contemple. C'est ainsi que, parla vertu pratique de l'admiratian du dhrin, l'âme devient divine éOe-mlme. *

Mais c'est en nous connaissant noiis-même que nous pouvons connaître les Inens qui nous sont propres; ' puisque, pour être heureux, nous devons nous rendre meilleurs; pour nous rendre meilleurs nécessairement il faut que nous sachions ce que c'est que

1 Lùis. X, p. 900, II, p. 053. « La perrection consiste à posséder la seienrc et l'opinion vraie fondée ea raison, et tons tes aotM biens renfermés dans ceux-là. »

% 1« ÀUib., p. 135.

8 Prolog., tracL de M. Schwalbé, p. SOO.

4 Rép,» VI, p. 490.

5 114»., VI, p. 490 et 600.

6 l«r ÀMh„ p. 184.

3dj8 DEUXIÈME FAHÏIE.

nous-méme : la sagesse est éminemmeai la connaissance de soi-même. '

Mais rhomme est une âme qui se sert du corps. * Nous connaître nous-méme, c*est donc connaître non pas notre corps qui est à nous , mais notre âme qui est nous-iuème. ' L'iiomme est une âme, et l'âme est une i'oroe et une cause; car se servir c'est plus que com- ^ • mander, c'est encore'être obéi. L*àme qui commande au corps et s'en fait obéir, déploie dans cette opération uue puissance efficace qui se réalise, et, comme dirait Âristot^, ;passe à TactC/; elle se sent une force, une cause, une volonté, un' moi puissant. C'est par là que riïomme se caractérise et se distingue ; il fait plus, il se:sépiM*e de ce qui n'est pas eu lui force et cause , mais mati^e et esclave; il est ce qui commande; ce qid sert et obéit n'est pas lui. L'homme est une âme, et l'âme est une force.

Pour se connaître l'âme (ioit s'étudier et se regarder en elle-même, * et dans cette partie d'elle-même où réside toute sa vertu, qui est la sagesse : c'est toujours par ce qu'elles ont d'excellent qu'on peut connaître l'essence des choses. ^ Cette partie de l'âme à laquelle se rapportent la science et la sagesse estdivine, puisque

1 CharaUd*j trad. de M. Schwalbé, p. 45. Bicam, tnd. de M. ScJiwalbé, p. 21.

2 Àlcib., p. 130.

3 1"^ Alrib., p. 132.

4 le> Àlcib., p. 133.

ô Phédon, p. 07. D. Philib. , p. 44.

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