‹ De la psychologie de PlatonChapitre 82 sur 115 · CHAPITRE CniQUiillE · texte numérisé non relu

CHAPITRE CniQUiillE

la contemplation du divin amène l'assimilation, à^uMm^^ au divin; en y regardant, en y contemplant par un

retour sur soi, Vessonce do ce qui est divin, la sagesse, c'est à dire Dieu même , on pourra se comiaître soi-même. ^ Ainsi, c'est des profondeurs de l'âme que Fàme tire la connaissance de Dieu, et Tàme, qui n'a pas encore trouvé en oUe-mAme ce côté divin de sa nature, ne se connaît pas elle-même. On ne peut pas connaître l'essence individuelle, le moi, «àro to lxa<rrov, sans connaître Dieu, c'est à dire Pessenee absolue, aÙTo TO opjTo. ' C'est du moins ainsi qu'Olympindore en-' tend ce passage : a En se repliant sur lui-même , en se faisant le spectateur et le contemplateur de lui-même, l'homme verra l'essence divine en entier, «iww. Ce recueillement, ce retour sur soi, est comme un marchepied dont il se sert pour monter, pour s'élever à la contemplation et à la vision parfaite du divin. » Il est impossible de mieux marquer la présence de Dieu en rtous par son idée, qui fournira à S. Anselme sa fameuse démonslraliun. Le moi ne pcnl se penser sans penser l'infini; l'idée de l'être, et de l'être absolu, enveloppe et circtmscrit toutes nos idées; nos connais^ sancps, parleurs limites mêmes, impliquent et révèlent quelque chose qui les limite et les domine. L'homme ne peut se connaître lui-même sans con-

1 1« AMk., p. 134.

9 l«r AMh.t p. 139, 130. Cf. les notes de co' passage d«nR M. V. Cousin.

naître Dieu, et vûilà pourquoi c'e»t là soa souverain bien.

Plotîn a tiré de cette grande vérité une redoutable

erreur ; il en conclut, en eflct, que la conscience n'est pa» le sentimeut de la personnalité individuelle, et tout au contraire. L'àme n'arrive à la pleine connaissance d'éUe-mène que dans la contemplation de son essence, et cette essence est divine, c'est à dire universelle. L'âme humaine n'est individuelle que parce . qu'elle a été détachée, à la suite d'une chute fSeilale, de ràme et de l'intelligence universelles, son principe, sa source, son essence, sa substance. A mesure donc que la conscience de son essence, et par conséquent la connaissance d'eUenuéme, devient pins claire et plus profonde , le sentiment de l'exislence individuelle s'affaiblit ; l'âme se sent moins une personnalité ; elle se détache de la partie la plus grossière d'elle-même pour se rattacher plus étr<»tement à son essence, et lecon* naît enfin clairement sa Téritable nature ; elle a, ^ un mot, la parfaite connaissance d'elle-même quand elle voit le divin qu'elle porte en elle, quand elle a la consciefice de sa propre divinité et se recomiall elle^ même Dieu. *

1 PloUo, Ennéad., tV, 4, 2. « L'âme est et devient les choses duiit elle •e soBvient. L'âme et Tintelligible ne font qu'an. Lorsque l'âme se détadie des choses qui loi appartiennent, pour se Umnier vers eUe-mAme , alors TiTsnt poreamit dans le monéà inteUigttile, die participe k son imnntalriUlé : eUo est Umt ce qu'il est; et elle a en mâne temps eonsdience d'elle-même, parce qu*^ ne Adt pins qn'nns sente et même chose avec le monde intelligible. »

CHAPITKB OKOiniHB.

On Yoit les consé(piences de cette mterprétatkm subtile , profonde, mais fausse du yvu(K omnm de Socraie

et de Platon : Thomme est Dieu, et Dieu est une substance universelle, dont les individualités ne sont que des fragments un instant détachés et qui aspirentàrentrer an sein de Vétre universel. 0 est certain que can'est pas là la vraie doctrine de Platon. L'âme , suivant lui, \ ne porte pas dans son sein le monde intelligible de ma- \ nière à n'en pas difiEérer ; les idées ne descendent pas ainsi dans les âmes, puisque tout en les pénétrant, en les formant, elles les dominent, et par conséquent ne les constituent pas. L'âme ne lait que participer de ridée ; elle n'est pas, à proprement parler, une idée véritable, elle a seulement avec Vidée une affinité et comme une proche parenté ; le divin qui est en elle n'est pas Dieu même ; c'est une image, une vertu , un rayon de lumière dont il l'éclairé et l'inspre , et l'jàme en a conscience. De plus, la perfection dé cette idée lui prouve qu'elle ne lui appartient pas; car elle a conscience de sa propre imperfection. L'âme est donc distincte de ïAexu Nous ne pouvons cependant nous fedre iUusioa sur la valeur de ces mots : afimté, porrenté , qui ne sont é\idemment que des métaphores qui établissent à la fois le rapport de l'âme k Dieu et , la distinction de ces deux êtres.. Mais si nous nous rap- ; pelons que Vâme humaine est formée de la même sub-! stance que l'âme universelle , que l'âme universelle ne reçoit de Dieu que des conseils qu'elle écoute volontairement, et que par conséquent elle -est co-éternelle àlui, et, pour ainsi dire, égale, il n*est guère

DBUXièMB PARTIR.

étonnant que Plotin , formulant avec plus de rigueur les dangereuses conséquences de ces principes, en ait tiré l'identité de Vême et de Bien.

Ce Dieu est le premier bien de l'âme, le plus digne objet de sa recherche et de son amour ; ^ il est ce qui est véritablement, Tessenee immuable, étemelle, inac^ cessible aux vicissitudes de la génération et de la corruption. ' Pour le posséder elle réaliser en soi, il faut que Tàme le connaisse , qu elle en ait en elle les types, les modèles, les idées exemplaires, ' ou plutôt leurs images et leurs réminiscences. Portant nos regards sur ces objets divins qui sont la vérité même, comme des peintres, nous transportons aux choses d'ici-bas ces divins modèles, et nous nous efforçons, autant que la nature des choses sensibles le permet, d'y faire descendre les idées, c'est à dire que nous nous efforçons de faire pénétrer dans nos actes c»^ que notre pensée a saisi, dans le monde invisible des idées, d'honnête, de juste, de beau, de bon.

L'amour de la connaissance vraie, de la vérité, la philosophie, est donc la première marque de la sagesse ; * car, connaître Dieu, c'est évidemment le connaître tel qu'il est : de cette première vertu découlent et dépendent toutes les autres; car, s'il y a plusieurs vertus, les diverses vertus rentreut les unes dans les

1 £(Hf. vu . p. 808.

% 114»., VI, p. 484 , 485.

3 Jt^., Vf. p. 484, m,

4 A^., VI, p. 465.

autres , et toutes dans la science ou sagesse, La vertu est une. *

C*est ainsi que de Tamour de Diea^ qui est la vérité même , découlent l'horreur du mensonge , * la pureté (les mœurs et des plaisirs, le dédain des jouissances corporelles et de la richesse , qui sont si peu de chose au prix de la yolupté que Tâme trouve dans Famour de la vérité et la recherehe de la science ; enfin la tempé-, rance et la justice.

L'âme» qui embrasse dans son amour et qui atteint par sa connaissance l'éternel, l'immuable, l'absolu., ne peut admettre en elle aucune bassesse de sentiments ; elle n'a pas le loisir ni la pensée d'abaisser ses regards sur la conduite des hommes, de les combattre, de se. remplir contre eux de haine et de colère : c'est nécessairement une âme grande et généreuse. ■

L'Âme douée de ces qualités de grandeur et de générosité, qui porte sa pensée sur l'éternité des temps, sur l'universalité des êtres, quel cas ferait-elle de la vie présente? Elle est nécessairement courageuse, douce, affable, amoureuse de grâce et d'harmonie, parce que la vérité aime la mesure.

Mais une ftme modérée dans ses idées, exempte de cupidité, de bassesse et d'ignorance, comment pourrait-elle être injuste?

Pour aimer la vérité, il faut pouvoir la connaître et

l Protag, , trad. de M. Sehwaibë, p. 196.

9 Rfy., VI, p. 486.

a Rép,,\l, p. 486— MO.

JDEUXIÂMB PARTIE.

l'apprendre sans peine : de là les conditions préalables de la pénétration d'esprit et de la faculté de k mémoire , ' sans lesquelles la contemplation de la rérité seraîtwn efTorl laborieux, qui, loin d'en inspirerVamour, exciterait bientôt les dégoûts. 11 faut même et surtout que rftme ait de l'affinité arec l'objet qu'elle veut connaître : «c sans cela , ni la pénétration, m la mémoire n'y feront rien ; car rien ne rient sur un sol étranger. Ainsi, ceux qui n'ont aucune aiiinité ni aucun rapport avec le juste et tout ce qui est bien , quelles que soient la pri^niptitude de leur esprit et la facilité de leur mémoire, pas plus que ceux chez qui cette affinité naturelle avec le beau et le bien s'allie à uu esprit lent et une mémoire rebelle, ne parviendront jamais à connaître toute la vérité sur la vertu et sur le vice. » *

Ainsi donc, toutes les vertus, dont la première est l'amour de la vérité de laquelle découlent la grandeur d'âme, l'afiiAbilité, la justice, la force ou le courage, la tempérance, toutes les vertus dépendent de qualités, de facultés purement intellectuelles de l'entendement: la pénétration de l'esprit, et la solidité en même temps que la facilité de la mémoire.

Toutefois il ne suffit pas de connaître le bien, il faut encore le pratiquer ; il ik* sulUt pas de connaître Dieu, il faut s'elTorcer de lui ressembler, de s'identifier à lui; ce n'est pas, pour Platon, une absorption de

s J*ai cm pouvoir attrifmer à Platon ces détails , ftrés de la lettre inii , qui semblent appartenir à sa vraie doctrine.

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