‹ De la psychologie de PlatonChapitre 86 sur 115 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

élevée saisit avec une sagacité rapide le beau dans les ouyrages de la nature et de l'art; elle le loue ayec transport , le recueille en elle-même et décrient ainsi aussi bonne que belle, ^a>oç te xal orj'oôoç. * Le plus beau des spectacles, pour quiconque pourrait le contempler, .est celui de la beauté de Tàme et de la beauté du corps unies entr'elles dans une parfaite harmonie. Ce qui est très beau et aussi très aimable , et ce qu'on aime est ce qu'on croit en communauté d intérêt avec nous, ce dont nous pensons que le beau et le mal doivent fiedre notre mal et notre bien. * L'impression du beau pro-duite dans l'Ame par les sensations de la vue ou par celles de l'ouïe , est comme un air pur et sain qui lui apporte la santé, la dispose à aimer le beau, à l'imiter, à mettre entre elle et lui le plus parfait accord.

Les arts d'imitation [)roduisent un plaisir {)ar la reproduction de la réalité sensible : car l'imitatioa plaît par elle-même ; mais il &ut en outre qu'ils possèdent une beauté intrinsèque qui est le rapport d'égalité entre l'imitation et la chose imitée; ' or, l'égalité et la proportion ne se voient pas , ne se sentent pas ; elles ne reposent m sur l'imagination ni sur la sensibilité , ,' mais sur la Vérité seule : ce n'est doue pas le plaisir qui est le \Tai juge des arts qui consistent dans l'imitation

ment à la jenoeate, nuds à toute la vie; c'eat eelle qeiooaaiate, non pas reprendre les fkntea d'antmi, maia à flaire oonatamment ce qu'on dirait aux antres de faire , si on les' reprenait. Loi», V, p. TSO.

1 Jli^.p III,p.m.

» Jt<|p.,ni.p. 413.

9 Loi» , II » p. 668.

DRIXIKMK PAKTIK.

et le rapport d'égalité. Le plus beau des arts est celui qui reproduit la ressemblance la plus parfaite de la réalité, conforme elle-même au type du beau, et non celui qui cause le plus d*agrément; ^ outre le plaisir, il y a un élément sérieux et grave, a-oj^ktav, dans tous les arts. En effet , pour connaître la justesse et la vérité de la représentation , il faut évidemment connaître la chose représentée, et connaître en outre ce qu*estla boauté en soi, pour savoir si cette chose représentée est belle : or, la vérité, qui est dans le rapport exact des deux choses, cfst le premier des biens, et comme la source de toutes les vertus.

La musique est la partie principale de l'éducation , parce que le rhythme et l'harmonie ont, au suprême degré, la puissance de p^étrer dans l'àme, de s'en empth rer, d'y introduire le beau : * rbarraome, en efifet, a des mouvements analogues h ceux qui se passent dans notre âme. ' L'agrément du rhythme consiste dans sa

1 n 7 a dans le texte Quelle est cette imitation du beau h laquelle l'art, qui a'aatloiHnéme qu'une imitation, doit s'eflForcer de produire uno parfaite ressemblance? l a République (liv. X] donne la solulion de la (|uestion. 11 y a trois choses à considérer, l'idée, la réalité sensible qui en est la copie, l'objet d'art qui est la copie de la réalité; l'art doit donc choisir dans les réalit(';s, celtes qui sont eraforoMt et ressemblantes en been même , pour en produire bs idoe ptrfàites imitalioas.

9 Rip„ III, p. 408.

8 Tm., p. 47. « C'est poiur réduira les révtdntions de notre âme à l'ordre et k l'aooord àrec elles-mêmes que les mnses noos ont donné Fhsrmonie qui a des mouvements semUebies aux réTolnlioas de l'âme; et le rhylhmc nous n (Hé donné par elles à même fin. » Cf. Plut, Dé Mu*U, ÂrisU, Politiq., VI H, 5.

CUi.PliRË aNQUlËMË. SIS

beauté; la beauté du rhythiiie reproduit en l'imitant la' beauté du discours et l'harmonie des paroles , tandis que la manière de dire, le discours lui-même est Tex-j pression de Tàme ; la beauté du discours, ainsi que son agrément , est l'expression de la bonté de l'âme, et par! bonté il faut entendre un vrai caractère moral de( bonté. C'est le rhythme qui règle Tâme : ^ le défaut du sens du rhythme est la marque d*un esprit et d*un cœur mal faits. ^ La musique, qu'on peut considérer comme l'art tout entier, qu'elle renferme, sera donc rart qui, réglant la voix, passe jusqu'à l'âme is^i lui inspire le goût de la yertu; * aussi on ne saurait toucher aux règles de la musique sans ébranler les lois de la morale, et, par là même, sans nuire à la stabilité ; de l'Etat.* ]

La g}'mnastîque elle-même n'a pad tant pour but de i développer la force physique que la force morale, le j courage de l'àme , tq ôu^toei^e^ ^ elle vise à former l'âme aussi bien que la musique. D y a plus : e*est par l'âme \ que le corps devient robuste ; ce n*est pas le corps , si j bien constitué qu'il soit, qui rend, par sa vertu, l'âme f bonne : c'est au contraire l'âme qui, lorsqu'elle est | bonne, donne au corps, par la vertu qui lui est propre, i

1 Efy„ III « p. 414.

8 Rfy.t lU, p. 400. Cf. Diderot, OBw. CompL» tom. XIV, p. ISO. <r Ce n*ett pas à l'oreille seulement, e'est à rflone d'où die est âninée,

que la véritable harmonie s'adresse. No dites pas d'un poète ses, dur et barbare, qu'il n'a point d'oreilles, dites qu'il n'a pas asses d'âme. »

3 Lois, II. p. 6~3.

4 Rép,, lY, p. 415. '

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/toute la perfection dont il est capable. * Ainsi les qualités du corps viennent de l'âme ; mais les vices de Vàme Tiennent des infirmités du corps, ou simplement du corps qui est, par sa nature, atteint d'une incurable infirmité. • La parfaite éducation est donc l'harmonie de la gyiimastique et de la musique , qui rendent l'âme à la fois courageuse et douce; il faut que rhomnie sache manier la cithare et la lance, el , comme dit le poète , c*est précisément à l'homme armé qu'il appartient de jouer de la lyre.

l'aï eu ailleurs Voccasion de dire que cette confusion de Vàrt et de la morale avait des conséquences périllenses pour l'une et pour Vautre. Pour soutenir sa thèse, Platon est oblige de soumettre l'art à des prescriptions morales, à des règles politiques, de Tasservir et par conséquent de le détruire : Vart est essentiellemont une création libre , et n'accepte de règle que de lui-même. De sa république idéale, le voilà donc, non pas sans effort, ni même je crois sans remords, le voilà qui chasse Homère, le représentant le plus pcarfait (lu plus pur génie grec, le plus grand poète de Vhumanité. Tout l'avenir ou plutôt toute la destinée qu'il réserve à l'art, c'est d'être, comme en Egypte, un art hiératique ; Vart sacerdotal lui parait le type idéal, et l'Egypte lui semble en avoir réalisé toutes les perfections ; là, en eilet, les statues et les mélodies, cou^ tamment travaillées d'a{Nrès des règles uniformes et

1 Rép., Iir, p. 403.

3 Tim.

CUAPITRfi aiNUUlÈME. 375

invariables, fixées par la religion et par la loi, sont toujours semblables, et ne sont aujourd'hui ni plus ni moins belles qu*il y a dix mille ans. Après avoir chQisi et dé« terminé les modèles, on les.expose dans les temples, et il est défendu aux peintres et aux sculpteurs de rien innover, ni de s'écarter en rien de ce qui a été réglé et ooniirmé par des traditions sacrées. Cette ^eaae^ ajoute Platon avec un véritable enthousiasme, subsiste encore aujourd'hui, et pour les figures et pour toute espèce de musique. * Ainsi l'art, comme en Egypte, voilà l'idéal de Platon; c'est là qu'il veut trou* ver des chefe-d'œuvre, et c'est là ce qu'il appelle unè merveille de morale et de politique. Les faits auraient dù cependantlui ouvrir les yeux. L'Egypte soumise, dans son art et sa philosophie, à ccjoug sacré, n'a pas produit Homère, m Phidias, ni Sophocle, ni Aristophane ; elle n'a pas produit davantage ni un Socrate . ni même un Platon, et cet admirable artiste aurait dù comprendre combien la liberté politique et l'indépendance de l'esprit étaient nécessaires aux sacrifices généreux et aux dévouements volontaires du devoir et de la vertu, comme aux libres créations de Tarliste et aux libres méditations du passeur. L'art n'est pas la fàntaiffle afGrancfaie de toutes règles : c'est la liberté réglée , mais une liberté qui ne reçoit de règles que d'elle-même ; sa grandeur est à ce prix. Sans doute la^ poéâe est morale, non par la moralité de son but, mais par la moralité détournée de ses effets. Silemotplaire

1 Lois, 11, p. 037.

a quelque chose de trop peu noble pour exprimer le but des arts, Platon fera lui-même une distinctioa aussi neuve que profonde et vraie : il nous apprend en effet qu'outre le plaisir, i^BuAcn, il y a place dans l'âmo touch(^e par la beauté, pour un sentiment plus pur; c'est un état Je ravissement doux, une palpiUilion sereine .et profonde, une joie céleste, une sorte de charme iîidéfinissable et délicieux qui appartient à l'àmc seule et n'emporte aueune sfiisation ; voilà le plaisir épuré que produit la beauté goûtée, aimée, admirée. * L'art est moral par alliance, comme le dit Kànt, et pour ainsi dire par surcroit.

Si l'on n'admet pas cet art, qu'a rêvé Platon, absolument changé dans sou principe et dans son essence, l'éducation ne pourra jamais reposer entièrement sur Pari. Il est bien vrai que Part ravit Pâme ; mais si pur que soit le ravissement délicieux où il l'emporte, c'est cependant un état de l'âme d'où la notion grave de la M morale est absente. C'est le plaisir exquis et délicat attaché à la vérité et à la vertu qui les fait belles, dit M. V. Cousin, et c'est cette beauté que l'art exprime. Le plaisir attaché à la vérité est le plaisir de la connaissance; le plaisir attaché à la vertu est la joie qui accompagne et récompense le devoir rempli ; je veux \ que ce caractère de jilaisir donne une certaine beauté Và la science, mais est-ce là le plaisir que l'art >cau8e? est-ce là vraiment la beauté qu'il est chargé <)t.exprimer? Si Péducation a pour but de dresser les

1 Pntag., p. 888.

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