CHAPITRE CINQUIÈME
mœurs, si les mœurs sont la connaissance et la pratique habituelle du devoir, si le devoir est pénible comme un effort et amer comme un sacrifice, Vart ne sera jamais l'initiateur de Tàme à la vie murale. L'apprentissage du devoir est plus sérieux , plus grave, plus trbte, et, comme Platon Ta reconnu lui-même, le meilleur instrument d'éducation morale , c'est d'abord la leçon sévère, et ensuite et surtout l'exemple du devoir rempli , l'enseignement de la pratique de la vertu. L'exemple lui-même ne suffira pas toujours ; car s'il est des vertus que nous tenons de l'habitude, rudeexercice de la volonté, màle et sainte discipline du devoir, il en est que nous tenons de la nature, ' c'est à dire d'une influence mystérieuse dont la loi nous échappe ; et ceci nous amène à un problème grave où Platon semble avoir, par une solution fausse, compromis la grandeur et la pureté de sa morale : je veux dire le problème de la volonté et de la liberté.
1 £ow, U, ih «56.
GHAPiTR£ SIXIÈME.
DES FAlïS MOiiÀUX DE L AAIË. — LIBRE ARBITRE. ORIGINE DU MAL. VICES ET FAIBLESSES DE L^AHE.
Avant d'en rechercher la causé» constatons quelles sottt les feiblesses auxquelles Tàme humaine est sujette.
Il y a dans râme trois espèces de fautes, que des subdivisions peuvent porter jusqu'à cinq. ^ Laprendère est le chagrin qu'on appelle la colère et la crainte ; car il y a dans l'âme une passion ou partie de sa nature , une puissance irritable et dillicile à apaiser, susceptible de sentiments et d'actes généreux , mais qui, par une violence dépourvue de raison , cause souvent de grands ravages. La seconde est le plaisir et le désir : cette cause de nos fautes ne doit pas être confondue avec la précédente ; car au lieu d'employer la violence emportée, elle exerce son empire par une puissance contraire , par un art de persuader et de tromper, qui engage Tàme à faire ce que rinclinaiion demande, ce que
\ Iw.v. I.\ , p. 8G1.
la volonté veut. ' La troisième est l'abandon * des opimons et des idées vraies sur la nature du bien, ou Vignorance. H y a deux sortes d'ignorance : l'une simple, qui nous fait faire mal, parce que nous ignorons que c'est mal, cause de fautes légères ; la seconde est double, car on est dans Terreur non seulement par ignorance simple , mais par une fausse opinion de sagesse, comme si on avait une coniiaissaiico parfaite de ce qu'on ignore absolument. ' Mais la plus grande ignorance, c'est, tout en jugeant qu'une chose est belle et bonne, au lieu de l'aimer, c'est l'avoir en aversion, et l'inverse, aimer et pratiquer ce qu'on reconnaît être injuste et mauvais; c'est cette «apposition entre nos sentiments de plaisir et de peine d'un côté, et le jugement de notre raison de l'autre, qu'on appelle la dernière ignorance : l'âme ignore, en effet, où est en définitive le vrai bien; elle se révolte contre ses maîtres . légitimes , la science , le jugement, la raison. *
C'est déjà là une grande concession faite à la vérité par le bon sens de Platon : nous nous révoltons contre \ la raison; nous savons qu'une chose est bonne. et par \ conséquent qu'elle est obligatoire, et cependant noi»
1 Lois, IX, p. 863. Il poUu|9<f UA^.
2 Le sens de cette phrase que tous les critiques s'accordent à considérer corame corrompue, est très douteux. C'est le mot l?t»^ qui fait la difliculté. M. V. Cousin le supprime; Grou le remplace par ; ne pourrait-on pas le remplacer par û^i«, l'abaissement, i'obscarcissemcnt de la notion 9à bien, éteinte on affaiblie, abaissée en nons. C'est nn terme de la philosophie néo-i^tonieienne. Cf. Proclas, In$t, Théol. , p. 196.
3 lois, IX, p. 863.
4 ttrin, m, p. 689.