CHAPITRE 9aiÈME
nous refusons à la faire; nous savons qu'une chose est mauvaise , et cependant nous n'hésitons pas à la
faire. 11 y a donc, dans l'âme, à côté de la puissance qui connaît le bien, une puissance indépendante, une force libre de faire le mal : la volonté est donc libre. Platon , qui cependant prétend que nul n'est méchant volontairement, se contredit encore plus expressément dans le Sophùte, * Dans l'âme des méchants, dit-il, les opinions sont enlutte avec les désirs, le courage avècles plaisirs, la raison avec la tristesse ; ce conflit, ce désordre, c'estla maladie do l'âme, c'est la méchanceté même, et comme la malice du péché. La tyrannie qu'exercent dans ràme la colère , la crainte, le plaisir, le chagrin, Venvic, les désirs, c'est l'injustice ; 'mais il y a une autre sorte de mal, /.oxia. L'injustice est pour l'âme ce qu'est pour le corps la maladie; l'autre mal est l'ignorance i qui eist pour l'âme ce qu'est pour le cc»rps la lai$Leiv. Cette laideur , qui est partout un défaut d'harmonie , consiste ici dans une aberration qui fait que rintelligence passe à côté de son but ; mais comme l'ignoranqe est involontaire, elle né. suffit pas à elle seule poidr rendre l'âme méchante et mauvaise. • H n'est pas difficile de tirer encore de ces détails la conclusion, qu'il y a en nous une puissance capable et libre d'agir en sens contraire aux prescriptions de la loi morale, qui est une idée de la raison , et aux enseignements de la sa-
1 Sophist. , p. 228, m.
2 Lois. IX , p. 864.
3 Sophist., p. 228. 22î).
gesse. Recueillons ces aveux qui modéreront peui-^tre
et en tous cas éclaireront le jugement qu'on doit porter sur la théorie platonicienne de la volonté.
A la suite de cette analyse des fautes où peuvent se laisser emporter la faible raison et la fragile volonté de rhoimne, qu'enflamme la passion, que corrompt la séduction du plaisir, Platon donne d'admirables conseils de sagesse pratique» qui montrent dans ce beau génie le sens de la mesure et des vertus possibles. On n'y pourra plus voir un idéalisme insensé , la chimère d'une vision philosophique et d'un impossible idéal : c'est la morale éterudle de l'expérience, de la tendresse et de la raison. Platon s'est souvenu de cette maxime : rien de trop, que les Grecs mettaient au niveau du femeux précepte : connais-loi toi-même, et qui n'en est peut-être qu'une autre formule : car rien de ce qui est absolu n'est fait pour l'homme.
Avant de se livrer au sommeil, Platon veut que l'homme tienne encore un instant sa raison en éveil; qu'il la nourrisse de pensées et de réflexions pures; qu'il s'entretienne silencieusement avec lui-même, et dans ce discours muet de rame , dans cet entretien solitaire, dans la paix de la nuit, dans le repos anticipé du sommeil qui va commencer, elle entendra la voix de Dieu toujours présent en elle. .Vaime cette recommandation simple et touclianle de la prière qui vient, comme la fraîcheur du soir après les brûlantes ardeurs du jour, apaiser les irritations du démon de Porgueil, chasser les impures visions de la volupté. Le mol n'est pas pro-
Oigitized by