‹ De la psychologie de PlatonChapitre 94 sur 115 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

en effet, non seulement les raisons de Vêtre ou de la métaphysique , mais les raisons de la connaissance ou la psychologie, et ce sont les mêmes. C^est l'acte de la pensée et la conscience de cet acte qui nous introduisent directement, immédiatement dans la connaissance de l'être. Toute question sur la nature et la destinée de l'âme, sur Vorigine du mal, sur l'être, le bien, le beau, aboutit k la question de saroir comment la raison pure s'élève à la connaissance des idées. L'âme étant essentiellement une raison, toute la psychologie se ramène à une théorie de la connaissance. D'un autre cêté , rechercher ce que c'est que l'homme, ou plutôt ce que c'est que l'àme de l'homme , ses facultés actives et passives, c'est l'œuvre unique de la philosophie : * ainsi la philosophie est la science de la connaissance Téritable, qui du jour ténébreux qui l'environne, élève l'âme jusqu'à la vraie lumière de l'être.

Toute connaissance humaine a ses racines dans la sensation; mais parmi les choses que la sensation nous ftdt connaître , il en est qui ne provoquent pas l'entendement à les considérer, parce qu'elles sont bien jugées par rintermédiaire des sens. * Ainsi il y a, comme nous l'avons déjà vu, deux espèces de perceptions : celles dont les sens sont jugés compétents, et celles que les sens seuls ne sont pas capables de produire et qui ^gent l'interrention de )a raison. Ces notions sensibles ordonnent pour ainâ dire à l'enten-

1 Thiit,,p. m.

1 Lqu, Vit , p. m

DBCXIÈME PAATIE.

dément d'examiner la sensation, parce qu'elle n'a produit aucun résultat satisfaisant, aucune notion saine, oùf^Êv y^'ie; , et voilà d'où naissent ou plutôt comment se réveillent en notre âme les idées universelles et nécessaires; chronobgiqnem^t elles n'âpparaiss^t qu'après les idées particulières et sensibles qui en ont occasioruié la rémiuiscence, * mais réellement elles sont antérieures à la sensation , car elles sont les réminiscences des idées qu'a contemplées l'Âme avant d'entrer dans un corps, et avant qu'elle ait éprouvé aucune sensation, puisque sans le corps il n'y a pas de sensation.

Par objets qui n'invitent pas l'Ame à réflédbir, il

faut entendre ceux qui n'excitent point en elle deux sensations contraires ; par objets qui provoquent l'âme à la réflexion, au retour sur la sensation et sur elle* même, il faut entendre ceux qui font naître deux sensations qui se contredisent, ce qui arrive lorsque la sensation nous dit qu'une môme chose est à la fois grande et petite, dure et molle, pesante et légère. Or, il n'est pas possible qu'une même chose soit à la fois et ne soit pas : * inquiète et troublée de ces témoignages contradictoires de ses sens, l'âme refuse de les croire ; elle s'en étonne , etTétonnement, phénomène intellect tucl (jiracconipa^ne le désir curieux de connaître la cause qui Ta produit , devient le commencement delà

1 Phèdre, p. 519. Rép., VI, p. 510. Rép., Vli, p. 532. -2 Euthyd., p. 293.

CiiAPillŒ SEPTIÈME. 409

science el de la philosophie. ' L'âme appelle à son secours TeatendemaDt et la raison, ).oyi<îp.ov Te y.al vo-ziaiv; " elle leur ordonne d'examiner si les choses révélées par la sensation n'en font qu'une ou en font deux.

Si chacune d'elles parait deux choses, chacune de ces deux choses paraîtra une et distincte de l'autre; et si chacune parait une, et que l'une et l'autre fassent deux , la raison les conçoit comme distinctes et même séparées ; ' car si elles n'étaient ni séparables ni séparées, elles ne formeraient qu'une seule chose et non deux, et elles seraient conçues comme telles: or, la vue , par exemple , voit la grandeur ella petitesse réunies et confondues dans un même objet. Pour dénit^ler cette contradiction qui la choque , l'àme demande à la raison pure ce qu'est en soi la grandeur et la petitesse, et c'est ainsi qu'elle découvre dans le sensible , niais le dominant , un élément purement intelligible. Tout ce dont nous obtenons par la sensation une connaissance suffisante en soi * est une chose sensible ; dans le cas contraire, c'est une chose intelligible. Far exemple, pour savoir si le nombre et l'unité sont des objets intelligibles ou des objets sensibles , il faut se demander si la notion de l'unité nous est fournie suffisante par la vue ou par quelqu'autre perception de nos sens : dans ce cas l'àme ne serait pas induite à chercher ailleurs

1 Thm,, p. 155. Cf. Ariat., JMf., I, 9.

s Rép.» VII, p. 584.

4 Rfy,. VIII, p. 6S4. ia«A« «MiMtlW.

410 DËLXiKMK PARTIK. *

l'essence de T uni té ; mais si au contraire la notion de l'unité obtenue par la sensation est troublée par quel- <iue contradiction, en àorte que la chose ne paraisse pas plutôt être une que plusieurs» il fout un arbitre pour décider entre ces témoignages contradictoires de la sensation. L'éme, malheureuse du doute qui la ira- Taille, a^te en elle^mâne la puissance de Tentendement , ' et se demande ce que c'est que l'unité en soi, aùTo To ?v. Ainsi il faut ranger l'unité et l'étude de l'unité dans les choses intelligibles , c'est à dire dans la classe des cdbgets qui conduisent rème* par Toie d'induction et de réfleidon, * à voir l'être en soi. '

L'élude des mathématiques est donc le degré intermédiaire par lequel l'esprit monte du sensible au soin- . met de l'inteUig^le et de l'être , à l'idée suprême du bien ; mais cette étude n'est que le plus bas échelon de ces hautes spéculations ; elle prépare l'esprit à la véritable «oience et ne la lui donne pas; le plus §;rand avantage qu'elk procure est d'exciter Tesprit engoutifi et indocile, et de lui donner, par une espèce de gym^ nastique intellectueliôi de la facilité, de la pénétration et de la mémoire; ces ^recherches abstraites «don^ nentlerêve, etnonpas la vue éveillée de l'être, et au lieu des avantages qu'on en espère on n'en retirerait qu'une habileté miséra];^e, un méprisable savoir-^^re, si Ton n'y joignait des enseignements plus purs et de

1 fit» tmm»,

i Ta* éfwfln wA |ttt«VTfi«tia*«.

3 Rép., VII, p. »2S.

plus nobles disciplines. ' Voici comment il faut entendre la devise de Vécolfi platonicienne : nul n'entre ici s'il n'est géomètre ; on n'entre pas à l'école de Platon pour devenir géomètre, mais philosophe, et Von ne peut pas aspirer aux grandes , aux sublimes conceptions de la philosophie, si l'habitude des abstractions mathématiques n'a pas préparé Tâme^ À recevoir et à Contempler les idées pures et universelles, ou au menas leurs réminiscences.

Les sciencesmaihématiques se divisentainsi : l'arithmétique a pour 6b}ei les nombres; la géométrie, les plans; il y a une science des solides en repos qui n'a pas reçu de dénomination et qui est un désidérata ; et enfin deux sciences des solides en mouvement

Parmi les nombresily en a qui ne tombent pas sous les sens et que peut seule saisir la pensée : ■ ce sont ceux dont s'occupe la géométrie , qui ne considère pas du tout l'espaice réel que Ton a sous les yeux , mais tout le genre d'espaces compris dans la définition de celui qu'elle considère, et dont elle ne met la représentaticoi figurée sous les yeux que pour aider l'esprit et porter secours à ses déMUances. La géométrie oblige donc déjà l'âme à se tourner vers le lieu où est cet être , le plus heureux des êtres , qu'elle doit s'efforcer de contempler; elle tend, dans ses plus hautes parties , à rendre pfais facile la oontemf^tion du bien, parce qu'elle est déjà une contemplation sinon pure,

l Réf., y II, p. SSa, toit, Y. p. 747.

!2 A^., VII, p. 586,528.

DEUXIÈME FAftïlË.

. du moins abstraite , et générale sinon universelle ; elle n*a pour objet <j[ue la connaissance , et non une fin pratique, la connaissance de ce qui est toujours, et non

de ce qui naît et meurt sans cesse.

L'astronomie doit venir après la science non définie des solides en repos; on y doit étudier moins la beauté et l'ordre des astres, que la beauté véritable que produisent la vitesse et la lenteur dans leurs rapports mutuels, et la constance des mouvements communiqués par le mi nombre et les yraies figures. La beauté du ciel visible , l'ordre de ses mouvements sont toujours troublés; ce n'est là que l'image imparfaite du ciel intelligible dont ils réveillent en nous l'idée, et de l'ordre idéal que rien ne trouble et ne dérange. *

C'est encore dans cet ordre d'idées et dans cet esprit qu'il faut étudier la musique, sœur de l'astronomie, conune disent les pythagoriciens, et Platon après eux. Les accords sensibles ne sont qu'un moyen pour l'entendement , de découvrir quels sont les nombres harmoniques et les lois de l'harmonie intelligible. *

Voilà les degrés inférieurs de la dialectique, qui, toute spirituelle qu'elle est, suit la même marche et obéit à la même loi i\m l'organe de la vue, lequel s'élève graduellement du spectacle des animaux les plus humbles de la terre à la contemplation du soleil , astre radieux du jour terrestre, source éblouissante de la lumière visible.

1 Ilrp.. VII , p. MO.

2 Cf. rioUn, Knnéad., l, iiv. 111 , ^ 1 , irad. Bouillct.

Toutes ces éludes ne sont qu'un prélude : il faut en Tenir maintenant à l'air lui-même. La partie supé^ rieure de la dialectique , la dialectique même , s'interdit absolument l'usage des sens ; l'intelligence pure est pour Platon, comme le dit Aristote, le lieu des formes, ou, pour mieux dire, le lieu des idées; * elle s'élèye par la raison seule jusqu'à l'essence des choses, et elle s'y élève par la réminiscence, théorie pythagoricienne par son caractère ontologique, mais à la- . quelle Platon a imprimé une toute autre portée par sa signification psychologique. C'est en effet par la doctrine d'une vie de l'âme , et même d'une série indéfinie de yiés de l'âme, antérieures à la vie présente, que Platon peut poser et expliquer ce principe : la science, ou, ce qui reWent au môme, la science des principes , est infuse dans notre âme , ' nous ne l'apprenons pas. L'intelligence possède et tire d'elle-même plutôt qu'elle ne produit les connaissances qui lui appartiennent , parce qu'elle en avait vu les modèles o\i idées avant d'être unie à un corps; ces idées sont les principes de l'être, en sorte que les principes de l'être sont les formes mêmes de notre esprit. G*est par la réminiscence que l'âme peut gravir juscju'aux sommets du monde intelligible, par l'opération de la pensée absolument

1 Arist. . De Anim., III, c. 4, $ 5. t^ov tlla». Aristotc ne nomme pas Platon ; mais Philopon n'hësitc pas h croire que la forme indéfinie , û Ki f.y.i; , s'adresse à lui , et quoiqu'on ne puisse citer le passage de Platon qui roiiticiit cette idée , et encore moins cette locution, le savant tradacleur des œuvres d'Aristote accepte le sentiment de Philopon.

2 Réf., Vil, p. 518,

pure, sans mélange d'aucune sensation; c'est soutenue par elle que Tàme, appuyée sur des idées pures, tra- ▼ersant des idées pures , arrive enfin à la plus pure des

idées, à la fleur lumineuse de l'être, au bien absolu et universel, dont la science et la vérité ne sont que des reflets : cette idée plane au dessus du monde inférieur des essences auquel elle n'appartient point, qu'elle domine par sa dignité, qu'elle embrasse peutêtre dans son immensité, qu'elle efface par sa puissance : source de la lundére invisible qui domiB aux choses leur intelligibilité, et à la fois principe de leur essence et de leur être. C'est là le terme de la comiaissance et même de l'intelligible ; c'est là la fin du voyage de ràme, de sa marche dialeotiqae, et c'en est aussi la récompense et le repos. *

Considérée dans sa signification psychologique, la réminiscence exprime cette pensée profonde : en apercevant quelque chose par Vun de nos sens, nous pouvons penser à une autre chose que nous avons oubliée, et à laquelle celle qu'on aperçoit a quelque rapport, soit qu'elle lui ressemble, soit qu'elle ne lui ressemble pas. Ainsi, en voyant deux arbres, nous pouvons penser qu'ils sont égaux, ce qui n'est autre chose que nous rappeler l'idée absolue de l'égalité. U £aut bien remarquer que cette seconde connaissance , pour que le phénomène soit ce que Platon appelle la réminiscence, doit être d' un tout autre genre que la première ; "

1 Rép., VII, p. .')3-2.

•2Phédon,p.U.

. CHAriTHIi; SEPTIEME

qu'elle a nécessairement pour objet des intelligibles , c*est à dire des idées pures, universelles et nécessaires» telles (fue l'égal, le juste, le beau, le ssdnt» en un mot toutes les choses que nous marquons du sceau de l'existence réelle et dont nous avons eu la connaissance avant que de naitre. U est évident qu'il n'en saurait être autrement, puisque cette connaissance n*est qu'un sourenir de ce que Vftme a vu dans une vie où, affranchie du corps, elle a contemplé les idées et rien que les idées. La réminiscence n'a qu'un rapport purement accidenté avec le corps, et la sensation n*est que l'occasion et non le principe des connaissances rationnelles pures qui ne sont pour Platon que des souvenirs. U n'y a là ni induction, ni abstraction, ni généralisation : d'un bond l'âme s'élance dans le sein de l'être ; de l'imparfait qui la choque et la frappe, elle entre , ou plutôt elle rentre dans la vue claire de la poriectioD.

n y a dans cette théorie de la réminiscence, qu'on ne peut Irop s'étonner de voir si peu considérée par Aristote dans sa sévère critique, une vérité psychologique que nous avons déjà fait remarquer : les notions universelles et nécessaires précèdent logiquement et réellement , quoique virtuellement , les notions sensibles que nous y rapportons; de plus, Tàme humaine ne doit point être considérée comme une table rase, * et

1 M. V, Cousin a fait observer que la table rase d'Arislote était probablement empruntée à un passage mal colendu de Platon. Rép, , VI . ûmj,

DEUXIÈMË PAHÏIË.

comme on poumiit dire aujourd'hui, ce n'est pas une. plaque photographique , douée uniquement de sensi-j^

bilité passive , et sur laquelle les objets extérieurs, par

riutcrmédiaire d'un agent moteur et d'un milieu lumineux, déposent eux-mêmes leur image 4écolorée et leur ressemblance inaniméé. L'âme est essentiellement une puissance active; elle n'est jamais vide, n'a jamais été vide de connaissances ; elle a toujours su quelque chose : * sou essence est de connaître, et les formes delà connaissance sont son être même, car elle est aussi une idée; c'est une force, ' et la notion de force, pour Platon comme pour Leibnitz, enveloppe nécessairement l'acte , ou du moins l'eifort qui est encore un acte. La réminiscence n'est pas simplement la mémoire qui n'est que la gardienne de la sensation; • la mémoire ne nous fait pas quitter la région du sensible ; la réminiscence nous introduit dans Tintelligible même; elles diffèrent donc essentiellement l'une de l'autre. Lorsque l'âme sans le corps, recueillie en ellemême, repliée sur soi, reprend connaissance des choses qu'elle a autrefois éprouvées avec le corps , ou lorsqu'ayant perdu le souvenir, soit d'une sensation, soit d'une connaissance abstraite , elle se rend à ellemême ce souvenir , c'est la réminiscence. * La signification du mot s'étend ici à toute opération par laquelle,

1 Ménon, p. 86.

2 Réf., VU. p. 518.

3 Philèb.. p. 34.

4 Philèb., p. :U.

€HÀPlTa£ SKPHÈME.

à Taide de signes imparfaits, Tàme remonte à des connaissances plus parfaites, sam le eorp$; mais il. faut pour cela un effort de volonté que Platon signale ayee force , par lequel commence la vie morale , mais où je crains bien que s'épuise toute l'activité de l'âme. La réminiscence nous montre dans Tàme un procédé pour passer des objets semblables ou dissemblables , à celui qu'elle cherche et qu'elle ignore, une faculté de l'esprit de refaire seul par son efiort des souvenirs incom-^ plets; enfin un acte de volonté appliqué à cet effort. L*âme est évidemment active dans l'effort volontaire ; mais est-elle réellement active dans l'opération intellectuelle ? La théorie des idées ne le lui permet pas : Tftme les voit et ne les produit pas. De même que les objets sensibles dé})osent dans la sensibilité vuic trace et une empreinte d'eux-mêmes, de môme, et à plus forte rai^ son, les idées ne font qu'imprimer dans Tàme une image qui sera plus tard une réminiscence , et la réminiscence d'une image. L'àme donc est ici un miruir et son activité intellectuelle disparaît ; d'ailleurs , en effet, quelle action pourrait>elle exercer sur les idées, êtres étemels qui la dominent, Véclairent et en même temps l'aveuglent de leur splendeur ; elle ne fait que subir leur action. C'est ainsi que Mallebranche a dû interpréter Platon, et qu'on peut interpréter Mallebranche : si nous voyons tout par les idées , nous voyons tout en Dieu; et si nous voyons tout en Dieu, nous voyons tout par Dieu , c'est à dire Dieu est l'auteur, le seul auteur de nos connaissances; il nous découvre les choses; nous ne saisissons, nous ne comprenons.

miUXIÈHE PARTIE.

nous ne faisons rien ; toute notre aetiTité se résume dans la capacité de notre àme à receToir l'image ,

rempreinle , la ressemblance des espèces intelli^bles ; c'est pourquoi la science uous est infuse : * renseignement ne saurait la coromunicpier, pas plus quelaTertu; elle est en nous iine puissance que Platon ne «fistingue pas de l'acte , et qui se déploie , non par la vertu propre de l'âme, mais par la vertu des idées qui sont en elle. Grâce à ces idées universelles que l'âme, par le recueillement intérieur , trouye et réveille volontairement en elle, Thomme peut arriver à la connaissance ; l'homme ne peut comprendre que le général; * l'être qui n'a pas d'idées générales n'appartient pas à Tbumanité. Pourquoi ftiut-il que l'ftme ait contemplé les essences? c'est parce qu'elle doit devenir humaine, et que l'homme ne peut comprendre que le général » ce qui est dit sous une espèce ou un genre^ * Comprendre c'est lier, c'est réunir sous une seule idée toutes sortes d'impressions sensibles isolées ; c'est rassembler ce qu'il y a de commun dans plusieurs sensations pour en faire une unité. La matière, et toutes les notions sensibles, sont du domaine de l'indétermination; il faut ramener cette diversité sensible, cette succession mobile de phénomènes sans lien et sans constance, à un point fixe, à une unité intelligible. L'intelligence est la détermination même.

1 Rép. . VII , p. 519. Ti» iMfiMv héÊxti» AitM^uv tv n 4«xi«

•2 Vliîdi ff . p. ilO.

3 Phèdre, p. Kcrùtot Xt^ô^iM*.

CHAPITRK SBPTIÈIIE.

La ooimaÎMaiice du nombre ou rabstraedon, et Vintuition pure des idées représentée par la réminiscence, sont opérées dans l'âme par le cercle du m^ni'', par kréTolutioa de ce qui reste toujours identique à soimême. ^ C*est un mourement intellectuel semblable au mouvement circulaire qui se fait sur place , à la rotation d'une sphère sur le tour ; * ce nom lui convient parfaitement, puisque le propre de cet acte de Vàme est de l'unir à Tobjet, avec lequel elle a d'ailleurs, par son essence, une affinité naturelle. ' C'est donc le même qui voit le même , une idée qui voit les idées , l'esprit qui contemple l'esprit, la pensée qui pense la pensée.

Il ne faut pas oublier que l'analyse des facultés de l'âme est faite par Platon à un double point de vue. D'abord il considère l'àme comme une faculté générale de penser, ce qui est pour lui uniquement connaître ; il la considère, dis-je, dans son essence, dans sa puissance, et non dans son acte même. Si donc on fait abstraction de la chose particulière que pense Vftme , quand elle pense, car elle pense toujours quelque chose de particulier , on trouve que sa puissance générale de penser enferme les facultés de l'intuition sensible , de l'intuition suprà-sensible et de la généralisation : cette dernière mixte et intermédiaire entre les deux autres. Si au contraire on étudie Tâme in-

1 ftni. t p* S9* 3 Lm$, X, p. 88.

S Fhm.,p. 59.

lellective eu acte, comme l'acte est toujours particulier, on reconnait que chaque acte intellectuel enferme un mélange, exige le concours de ces trois facultés. Alors ou peut diviser l'âme eu une série de facultés, d'après les proportions du mélange, et cette série de facultés s'échelonnent et se proportionnent comme la série des nombres musicaux ; mais Platon s'est borné à cette indication générale, et n'a nulle part dénommé, défini, classé ces facultés ainsi sériées ; on ne saurait donc découvrir à quelle faculté il rapportait, dans cette analyse, la connaissance du nombre; mais, dans le premier point de vue, il la rapportait, cela est certain, à l'essence mixte de l'àme, qui n'a pas de mouTement particulier, mais est douée du mouvement du même; comme Vessence indivisible, forme de l'intuition pure. En effet, l'objet de l'une se rapproche beaucoup de l'objet de Vautre, car le géaéral est très voisin de l'universel, et si voisin que Platon passe pour les avoir confondus.

Quoi qu il eu soit, au dessous de l'acte pur de l'intuition suprà-sensible, de la réminiscence , qui monte directement aux idées, il y a place pour une connais^ sance moins pure, mais liante et pure encore. Lorsqu'on veut coimaitre un objet, il faut d'abord monter à l'unité de son genre le plus élevé; mais cette connaissance vague ne serait pas beaucoup plus avmtageuse que de rester dans l'indétermination de la pluralité infinie. C'est pourquoi après avoir placé l'objet sous son idée la plus générale , qu'on trouve toujours , parce que toutes choses sont composées, même celles

Oigitized by

Page 1