‹ De la psychologie de PlatonChapitre 96 sur 115 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

nous voyons Dieu en nous par une intuition directe. Ce n'est pas Timparfait qui nous donne la notion du parfait ; si donc nous nous connaissons cause imparfaite et substance défectible, c'est que nous avions eu , antérieurement, ou au moins simultanément, l'idée ^de cause indéfectible et de substance absolue. Or, nous ne connaissons rien avant de nous connaître; c'est dans 1 acte de la conscience que Dieu se révèle à nous ; c*est dans la connaissance de notre, âme que nous le trouvons ; c'est dans notre âme qui se cherche qu'il a{i[)araît à noire Ame: donc Dieu est en nous, myslérieusemcut uni à notre ànie, mais réellement présent en elle. C'est, du reste , le sentiment qu'adoptent les Pères, qui le restreignent, comme Plotin qui l'exagère. *

Nos philosophes de prédilection, dit saint Augustin parlant des platoniciens, ' déclarent nettement ce que cette lumière de nos intelligences qui nous fait comprendre toutes choses, c'est Dieu môme; » et Bossuel, plus expUcile encore : ' a. l'entendement a pour objet les vérités étemelles... qui sont quelque chose de Dieu, ou plutôt sont Dieu niAme. L'âme, faite à l'i-* mage de Dieu, capable d entendre la vérité qui est

1 Plolin, Etuii'ad , V, V, 7. « Ce n'est pas hors de nous que nous devons

(lien lier Dieu, rest on nous-mi'mes. ^ Enncad. .V, i. 11. « Par une des parties ih) noiis-iiii'nies nous tnuclions à Dieu , nous nous y unissons, nous y sommes en quelque sorte suspendus, nous sommes édiAés eo lui,

'2 S. Aug., Cité de Dieu. Vlll . 7, trad. de M. Emile Saissel. , •i irailé de la rmnaissance de Dieu, r. 1 , .'i, ij. lo.

DëUXIÊMë Pi.KilK.

Dieu même , se tourne actuellement vers son original , c'est à dire vers Dieu qui est toujours et partout iu- Tisiblemeat présent; Vàme l'a toujours en elle-même; car c'est par lui qu'elle subsiste. » Dans sa lettre au pape Innocent XI, ' Bossuet est, s'il se peut, plus clair et plus précis encore : « Nous faisons voir, dit-il, qu'un homme qui sait se rendre prêtent à Im-même trouve Dieu plus présent que toute autre chose..., selon cette parole vraiment plùlosophique de TApôtre : Il nest pa$ loin de chacun de nous, puisque c'est en lui que nous vivons, que nous sommes mùs, et que nous sommes. »

Ënûu, dans un autre langage, moins clair peut-être, mais non pas moins profond, un homme qu'on peut citer encore après ces grands noms, exprime à peu près les mêmes opinions : « La substance du moi , » dit M . V. Cousin, ^ (c comme substance du moi, doit être une force, et, comme substance, doit être une force absolue. Or, c'est tin fait que, sous le jeu varié de nos facultés, et pour ainsi dire à travers la conscience claire et distincte de uotre énergie persomielle , est la ' conscience sourde et confuse d'une force qui n'est pas la nôtre, mais à laquelle la nôtre est attachée ; ([ue le moi, c'est à dire toute l'activité volontaire, ne s'attribue pas, mais qu'il représente, sans toutefois la représenter intégralement, à laquelle il emprunte sans cesse, sans jamais l'épuiser, qu'il sait antérieure à

2 Arg. de Vàktb. , p. 8.

lui, puisqu'il se sent venir d'elle et ne pouvoir subsister sans elle, qu'il sait postérieure à lui, puisqu*après des défaillances momentanées il se sent rendtre en elle et par elle... C'est Dieu... Plus (rAme) s'attache à l'élément sacré, au Dieu qui habite en elle, mieux elle se connaît elle-même ; car elle se connaît non seulement dans son état actuel, mais dans son état priinitif et futur, clans son essence. » Voilà donc cette idée du bien, ce principe suprême de la connaissapce et de l'être, que Tàme concentrée en soi trouve dans les profondeurs les plus secrètes de l'acte de conscience, et qui fait l'objet et la dignité sans rivale de la dialectique. La dialectique nous ouvre le monde intelligible, le monde lumineux de Tétre yéritable. Toute autre connaissance ne saisit que des fantômes, dont on n'a qu'une opinion confuse et incertaine ; et la vie de rhomme qui ne peut pas s'élever plus haut, n'est qu*un sommeil amusé et abusé par des songes.

Telle est la théorie de la connaissance suprà-sensible dans Platon, et il est facile d'y reconnaître ce que l'on appeUe aujourd'hui l'entendement et la raison. Tout repose sur la théorie des idées dont la racine est toute [)sycliologi([ue , [misqu'elle n'est, sous une de ses faces, qu'une expUcation de l'origine de nos connaissances, et que son fondement est un fait de conscience, à' savoir, qu'antérieurement À toutes nos perceptions et à nos sensations, notre esprit [)ossè(le à l'état de virtualités des notions universelles et néc(^ssaires , sans lesquelles aucune connaissance n'estpossible : l'hcmune ne comprend que le général. Toute science est une dé-

DEUXIÈME PAHIU:.

finition , et la définition ne porte que sur le c:énéral , To TuxHfjio'j, Mais la défiuition a pour objet l'usiience: Tessence, c'est donc le genre, ou le général; les principes de l'être sont donc les principes de la connaissance. Il y a lî\ une vérité et une erreur. Si l'on entend par général l'universel et l'absolu, il est certain que les choses sensibles ne se suffisant pas à elles-mêmes, n*ont leur raison d'être et la raison de leur essence que dans V(^tre universel et absolu , dans ce que Platon appelle les idées, le monde intelligible , et qui est pour nous Dieu. Si Ton entend par général les générsdités abstraites , les genres artificiels que l'abstraction et la comparaison créent au moyen du langage, ce général ne sera évidemment pas l'essence des choses, et en leur donnant une essence semblable on les dépouille de toute réalité. Or il est certain que Platon n'a jamais (bstingué nettement le général de l'universel, et qu'il leur attribue à tous deux une réalité non pas égale, mais supérieure à la réalité sensible. On peut donc, à juste titre , accuser Platon de n'avoir pas clairement et nettement déterminé les limites de la logique et de la métaphysique ; mais , sans les avoir distinguées suffisamment, est-ce à dire qu'il les ait confondues, là où vraiment elles se dislingULiii ? car il est certain que Dieu est le principe de notre être et le principe de notre connaissance , et qu'il est la raison dernière de notre essence comme de notre intelligence. Platon a distingué l'idée absolue de l'idée abstraite, en distinguant la raison discursive , ^tavoia, de la raison pure, voOc, par laquelle s'opère la réminiscence; il les a dis-

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