‹ De la psychologie de saint AugustinChapitre 5 sur 22 · DE L’ORIGINE · texte numérisé non relu

DE L’ORIGINE

Dieu , en produisant ce système de corps qu’on appelle le monde , aurait été mu , non par le désir de faire des choses bonnes, mais par celui d’en réprimer de mauvaises, et il faudrait chercher la raison d’être de la création dans sa justice sévère plutôt que dans sa bonté ineffable. Combien l'Écriture parle plus dignement du Créateur, quand elle nous le montre contemplant dans un ravissement divin la réalisation de sa pensée éternelle, et déclarant que chacun de ses ouvrages est bon! Qu’est-ce à dire, sinon que le monde est sorti admirable de beauté des mains de l’auteur des choses, et que le péché du premier homme en a seul altéré la sublime ordonnance? Encore cette altération n’est-elle pas tellement profonde que le bien ne l’emporte de beaucoup sur le mal dans l’univers, et que la souveraine sagesse ne puisse convertir ce mal lui -même en bien et le faire tourner, comme les ombres dans un tableau, à la beauté de l’ensemble.

En outre, si les corps les plus pesants sont échus , comme le prétend Origène, aux esprits les plus pervers, et les corps les plus légers aux esprits les moins coupables , comment se fait-il que les démons aient des corps aériens , et que l’homme , dont la corruption est bien moindre , que l’homme , même avant son péché , ait été emprisonné dans un corps terrestre?

En troisième lieu, un système n’est-il pas jugé quand l’auteur est amené par ses principes à soutenir que s’il n’y a qu’un seul soleil dans le monde, cela vient, non de ce que le suprême artiste, de ce que le père des êtres a trouvé cette combinaison plus favorable que

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toute autre à la beauté et à l’utilité de l’univers, mais de ce qu’une âme a mérité par ses péchés d’être enfermée dans ce globe de feu? A ce compte il faudrait dire que, si plusieurs âmes s’étaient rendues coupables des mêmes fautes, Dieu aurait lancé deux, trois, que disje? cent soleils dans les espaces du firmament.

Ajoutons, dit Augustin, qu’à cette doctrine se rattache la croyance , non-seulement que l’âme a traversé un cercle indéfini d’existences antérieures pour arriver à son état actuel , mais encore qu’elle reprendra, après un certain nombre de siècles , le fardeau de ce corps corruptible. Or n’est-ce pas là une opinion tout à fait insoutenable? Si nous l’admettons, il n’est pas un seul juste dont l’avenir doive nous laisser sans inquiétude; car il n’en est pas un seul qui ne soit exposé à être précipité du sein du bonheur dans un abîme de misères. Si, en effet, l’àme a péché avant d’entrer dans le corps, qui nous assure qu’elle ne péchera pas après en être sortie 1 ?

Quelque disposé que nous soyons, en notre qualité d’historien et de commentateur, à donner raison à notre auteur contre tous les autres, nous avouons ingénûment que les arguments de saint Augustin contre Origène ne nous paraissent pas tous également démonstratifs.

Nous l’approuvons fort quand il relève dans Origène quelques-unes de ces singularités qu’on trouve chez tous les inventeurs de systèmes, chez tous les esprits vraiment créateurs, et qui semblent l’accompagnement obligé de leurs conceptions puissantes. Ce soleil qui a

' De Ch. D., 1. XI, c. 33. Cpist. CLVI, c. ü.

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