‹ De la puissance américaineChapitre 106 sur 135 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

DE LA DÉFENSE NATIONALE

CHBHIHS DE PBB.

Origine des chemins de fer. — Il existait anx États-Unis de nombreuses routes ordinaires ayant l'introduction des chemins de fer. — Caractère distinctif des chemins de fer américains^ empruntant son cachet au génie particulier des habitants; comment le chemin de fer se rattache directemeut à la détexue du pays. — Exemple de son application an transport des troupes, des munitions de guerre. — Economie qu'il doit procurer. — Renseignemenfs techniques sur les chemins de fer américains. — Leur classiGcation ; leur développement; dépenses totales; frais d'entretien ; rendement; mode de oonstmction. — Locomotives américaines. — Établissement où elles sont fabriquées ; voitures de voyageurs^ waggons. — Frais d'exploitation. — Tarif des voyageurs, des marchandises. — Embarrassement financier réaoltant du développement extraordinaire donné à la construction de ces ooayelles voies. — Avenir.

Le caractère distinctif des Américains c'est d'être un peupjie éminemment producteur. Aucun pays^ comparatiTement à sa population^ n'a encore peutêtre autant produit ; mais dans aucun pays aussi, on n'a mis autant d'activité et de constante application à procurer aux produits du sol et de l'industrie des moyens d'échange ou de nouvelles facilités pour leur débouché ! '

C'est surtout dans l'application, pour ainsi dire, gigantesque des moyens de communication et de transport que présentent les chemins de fer, que, le

42$ DE LÀ PUISSANCE AMéftlCÀINE.

peuple américain a montré toute Fintelligence qu'il possède et Tinstinct sî sûr de ses intérêts qui le caractérise. Il semble, en effet, avoir fait son objet principal et presque exclusif de l'emploi de toutes les ressources que la nature a si généreusement réparties sur son vaste et admirable territoire, pour en développer le commerce et la richesse, sources principales du bonheur public.

L'Américain semble avoir confondu dans la même signification comme synonymes, quant à leur tendance, les mots démocratie, libéralisme, chemins de fer; soit qu'en effet ils expriment tous également l'objet constant des efforts humains vers l'amélioration graduelle de la condition sociale de l'homme, ou l'beureuse influence que doit exercer la diffusion des lumières dans tous les rangs de la société.

Lorsqu'il s'est agi de l'exécution de ces voies rapides qui devaient si puissamment seconder le génie actif des Américains, l'opinion publique 'seule fut appelée à se prononcer; l'État n'eut rien à décider sur la qoestioh de savoir si on appliquerait immédiatement an pays cette innovation telle qu'elle se présentait, avec toutes les imperfections inhérentes à une découverte récente, ou si, au contraire, il ne valait pas nieu attendre que quelque autre pays se fût chargé de Fexpérimenter. Je me rappelle encore cette circonstance. Il n'y eut pas un moment d'hésitation parmi les AfflA» ricains : ils prirent cettQ^découverte à son origine, l'appliquèrent tout de suite à leur pays, à leurs besoios^ suivant les localités; quaaoït aux perfectioaRettmto

qu'elle devait néce^airement recevoir par suite de la pratique, ils s'en rapportèrent à leurs propres observations et à leur aptitude.

Ce mode de procéder était en effet rationnel, car il est difficile de devenir juge compétent d'une industrie quelconque et des améliorations qu^elle est susceptible de recevoir, si on ne comi^ence par acquérir l'expérience de son usage et de ses effets utiles. C'est ce que les Américains ont invariablement fait dans tout ce qu'ils ont entrepris. Ils n'ont point cru que toute ehone pouvait être importée parfaite dans leur pays, mais qu'en fonctionnant entre leurs mains ils seraient plus à même d'y apporter les perfectionnements que l'expérience seule pouvait donner pour chaque pays dans ses conditions spéciales et différentes.

Ce sentiment pratique des choses est porté par les Américains dans tout ce qu'ils entreprennent, et c'est, suivant moi, une des causes qui doivent placer cette nation à la tête des autres peuples dans tout ce qui regarde les arts industriels.

Dans tous les cas, on ne peut leur refuser d'avoir porté l'application de la vapeur beaucoup plus loin dans toutes les branches de l'industrie et principalement dans celles qui ont rapport aux transports par eau et par terre, à la substitution du travail mécanique à celui des hommes que tous les autres peuples du monde.

On a souvent répété que les États-Unis n'avaient que des voies peu nombreuses pour réunir les popu-

lations éparses sur leur immense territoire, lorsqu'ils ont eu à leur substituer les nouvelles voies à la vapeur. Cette assertion ne me parait pas exacte.

Certes les États-Unis n'ont jamais possédé des routes aussi dispendieusement établies que nos routes royales en France, mais le nombre des voies praticables y était comparativement plus (jpnsidérable. De tout temps les Américains ont porté des soins constants à l'ouverture des routes, à leur entretien ; ils ont établi des communications nationales que j'ai été appelé moi-même à tracer sous les ordres du général Bernard : les unes traversent tout le pays, des bords de l'Atlantique aux rives des grandes rivières de l'Ouest ou aux bords même du golfe du Mexique ; les autres forment une ceinture le long des bords de FÂtlantique, embrassant dans son parcours toutes les capitales du commerce, depuis le Maine jusqu'à la Floride. Enfin, divers États ont eux-mêmes ouvert, à grands frais, des routes à travers leur territoire, et de nombreuses compagnies particulières avaient également exécuté des routes à barrières sur lesquelles elles recevaient un péage qui, encore aujourd'hui, est assez productif pour couvrir les frais d'entretien et donner un faible dividende aux actionnaires. Enfin, dans aucun pays on ne voyage autant qu'aux États-Unis ; et, pendant le long séjour que j'ai fait dans ces contrées, je ne me rappelle pas avoir jamais été arrêté une seule fois par le manque de communications pour un chariot à quatre roues; et certes, l'ouverture de toutes ces routes, leur nombre et leur ensemble, quoique légèrement établies,

avaient été une œuvrecoûteuse et avaient exigé de longs travaux, lorsque la vapeur est venue changer toute la face des choses dans le mode de transport.

L'établissement des voies rapides de communication était pour les États-Unis un besoin essentiel au mouvement commercial, au génie actif des habitants et à la prospérité générale de ce pays, où chacun sait si bien apprécier tous les avantages du bon emploi du temps ou des forces productives dans les divers genres d'industrie.

En outre, les Américains ont su dépenser avec la presque certitude de perdre une portion de leurs capitaux, dans certains cas, mais sachant d'ailleurs s'assurer des bénèûces importants, soit par une plus grande consommation, soit par une plus grande fabrication, soit enfin par un commerce mieux alimenté. C'est là le ressort des étonnantes entreprises qui ont développé d'une manière si surprenante la puissance de la nation américaine dans ces dernières années.

Aussi, aux États-Unis, l'établissement des chemins de fer n'a été soumis qu'à la simple demande en autorisation, pour leur exécution aux frais et risques des particuliers. Dans quelques circonstances cependant, et lorsque les intérêts généraux Font demandé, le trésor public des États particuliers est venu appuyer de sa garantie l'exécution de certaines lignes.

Le chemin de fer américain a son caractère d'exécution, comme tout ce qui sort des mains de ce peuple, si bon appréciateur de la valeur et des avantages

de toutes choses. Ainsi, en général, il se fait reinar- II. 9

no DE LA PUrSSÂNCE AMÉRICAINE.

quer par la simplicité de son établissement : point d^ travaux dispendieux, de ponts- viaducs monumentaux^ de mouvements de terrasse coûteux pour obtenir de^ pentes réduites en de longs paliers horizontaux. Ra^ rement on laisse Iç chemin de fer pénétrer au cœa. i des cités, à moins que cela ne soit exigé par les avar^ . tages de la navigation, à laquelle les raiWays améri. cains se rattachent toujours. En un mot, les Âmérfcains ne montrent jamais dans leurs travaux un luxe coûteux et mal placé, mais leurs constructions sont en tout dirigées vers les résultats profitables à leurs intérêts.

Aux États-Unis, le chemin de fer recherche les terres désertes, parce qu'elles sont moins chères ; il s'enfonce dans les ravins, gravit les montagnes par de9 plans inclinés | faire perdre la tête; quelquefois, moins audacieux, mais plus courageux, il les traverse en souterrain ; d'autres fois, par de hardies constructions, aussi légères que solides néanmoins, il semble prendre son vol à travers quelques profondes vallées, de larges rivières, d'immenses marais ou prairies tremblantes, ou même de longues nappes d'eau que présentent des lacs intérieurs. Â cet effet, il emprunte aux forêts qu'il a traversées, des arbres qu'une machine à vapeur mobile prépare en pieux, enfonce à intervalles égaux sur un double rang, et recèpe à la fois au niveau déterminé, le confectionnant ainsi au fur et à mesure de son avancement vers l'extrémité qu'il doit atteindre. Par ce procédé aussi ingénieux que simple, les chemins de fer s'exécutent.

pour ainsi dire, par enchantement ; car, immédiatement derrière cette sonnette à vapeur, qui peut procéder ainsi à Texécution d'une voie de chemin de fer, à raison de A kilomètre par mois, une locomotive peut être mise en mouvement avec son convoi, et le chemin livré à une exploitation profitable.

Dans les localités où son tracé rencontre des terrains accidentés, et où, par suite, son avancement pourrait être ralenti par les mouvements de terre, toujours lents et coûteux, la vapeur vient remplacer la force ordinaire des bras, et s'ouvre en quelques jours un passage qui aurait employé quelques mois par les moyens ordinaires. En résumé, rien ne Tarrête; il faut qu'il arrive, qu'il atteigne son but par le trajet le plus court, car tout, en Amérique, est soumis à la mesure du temps, à sa valeur relative, à ce qu'il peut et doit produire.

Aussi, aux États-Unis, chacun se hâte, se presse; il semble que la terre ne soit pas assez grande pour contenir tout ce monde qui s'agite, comme si ri>omme était lui-même sous l'influence de cette force formi- ()able qu'il a engendrée, qu'il a soumise à sa volonté, sans lui enlever cependant son caractère indpmptable; car parfois l'Américain paye le prix de sa tén^érite : la machine éclate, et l'éternel repos vient punir l'activité sans limite et sans frein.

Le chemin de fer animé de sa puissante locomotive me parait être la personnification caractéristique de l'Américain : en effet, ils s'entendent, ils se comprennent, ils semblent faits l'un pour l'autre, et

ne peuvent se passer l'un de Fautre. Il est devenu la force, la puissance de l'Union américaine ; c'est lé premier^ le plus actif des instruments de sa civilisation. Le chemin de fer est d'un usage constant^ et n'est point, comme son rival le canal, arrêté par les glaces de l'hiver ou les grandes sécheresses de l'été : en tout temps il offre une libre circulation aux hommes et au transport de leur industrie ; les montagnes ne l'arrêtent pas plus dans sa marche audacieuse que les fleuves ou même les lacs ; il étend ses bras vers toutes les villes, tous les villages ; il pénètre au delà des chaînes de montagnes qui, sans lui, formeraient une barrière infranchissable aux habitants des deux versants opposés ; en un mot, il peut étreindre de sa main de fer toutes les parties du plus vaste des empires.

Mais si le chemin de fer est devenu pour la prospérité de la république américaine un besoin immédiat, une véritable nécessité de l'organisation physique de son vaste territoire, comme de l'organisation morale de ses ardents et actifs habitants, il n'est pas moins indispensable à la défense nationale, dont il est de fait un des plus puissants éléments.

Dans cette dernière application du chemin de fer, ses rapports, ses effets sont directs, et peuvent être calculés à l'avance : c'est là, sans contredit, stratégiquement parlant, un des plus grands mérites du transport à la vapeur. Il devient, en effet, à la fois un instrument de guerre des plus formidables par les masses de combattants qu'il peut instantanément

jeter sur un point donné, et une source puissante d'économies pour i'Ëtat, sous le rapport du temps et des dépenses.

L'avantage résultant du transport des troupes ou du matériel de guerre par chemin de fer doit être immense dans toutes les conditions possibles et dans tous les pays, mais plus encore pour les États-Unis, où les distances qui séparent les points attaquables des parties d'où peuvent arriver les secours, sont si grandes. En outre, aux États-Unis, c'est la milice, cette force citoyenne, qui forme la principale ressource de la défende : or on ne peut compter sur sa disponibilité que pendant un temps donné, généralement très-court; car ces citoyens soldats apprécient trop leur liberté et le parti utile qu'ils peuvent tirer de l'emploi de leur temps chez eux pour pouvoir être assujettis longtemps à la discipline des camps. Le chemin de fer doit donc assurer toute l'économie du travail utile qae serait capable de produire à la société tout citoyen soldat retenu inutilement sous les drapeaux.

Enfin le chemin de fer aura le très-grand avantage de faire éviter la consommation d'un temps précieux en marches et contre-marches, non-seulement toujours très-fatigantes pour les troupes, mais souvent plus mortelles encore que le feu de l'ennemi. . Au moyen des nombreuses lignes de canalisation , mais surtout des chemins de fer qui sillonnent aujourd'hui le vaste territoire de l'Union, dans presijue toutes les directions, les États-Unis pourront toujours faire £sice à une guerre étrangère, quelque menaçante

tju'elle soit , avec des forces bien inférieures à celles qu'aurait exigées la protection d'une frontière aussi étendue que la leur, s'ils n'avaient pas leur système actuel de voies de communication.

Il ne sera plus nécessaire de tenir concentrées sur chacun deâ points menacés, des forces nombreuses^ puisqu'au moyen des lignes de chemins de fer parallèles à la côte et de celles qui y sont convergentes , oii pouita toujours , en très-peu de temt>s et à ^peu dd fi^is j appeler sur un point donné des forces toutes fraîches et de beaucoup supérieures à celles des assaillants.

Ces forces marcheront en corps compacte, pour agir simultanément à leur arrivée , tandis que, par les voies oMinaires , leur action se serait réduite à celle de faibles détachements. La simultanéité des mouvements , Tétat compacte des corps marchant , et l'absence complète de toutes fatigues corporelles, par conséquent, l'excellente disposition morale des combattants, constituent l'immense avantage des voies nouvelles à la vapeur sur les anciennes, avantage que celles-là conserveraient encore lors niéme que l'oa n'emploierait ^uë la force animale comme moyen de traction.

Car rien n'empêche que 4 sur un chemin de fer, on fasse servir une partie des chevaux d'un corps d'artillerie à traîner l'autre , ou d'opérer de la même manière pour le transport d'un corps de cavalerie ; car, dans ce cas, la vitesse des transports n'est pas le point

le plus essentiel à satisfaire , mais bien la régularité des mouvements.

Les économies que FÉtat devra retirer de l'état actuel de ces moyens de transport, tant par la canalisation que par les chemins de fer, sont incalculables : dans une seule campagne, elles ne pourront pas s'élever à moins de la somme qu'a dû coûter l'exécution entière de ces admirables voies de communication !

Du reste y il est facile d'établir par des chiffres la preuve de cette assertion.

Lors de la dernière guerre en 1812, l'ennemi s'étant porté sur Washington , cette capitale ne put être secourue que par de faibles détachements de troupes fournis par Baltimore et les villes de l'intérieur, à grands frais , et épuisés par de longues marches qui les avaient rendus peu propres à prendre une part active dans la défense de cette position importante. Dans une circonstance pareille , l'état actuel des voies de communication, toutes les lignes se reliant entre elles, permettrait de se procurer immédiatement un matériel en locomotives, waggons et chariots de toute espèce, suffisant pour transporter dans ma même convoi OR corps de vingt à vingt-cinq mille hommes ^ avec tout l'attirail de qsunpagne d'une armée tout entière de cent mille à deux cent mille combattants y en dix fois moins de temps que psur les moyens ordinaires.

Ajoutons que cette armée n'éprouverait aucune fatigue, ne laisserait aucun h^nme sur sa route ^ ne ccmsommerait rien en chaussures, équipements, et qu'elle multiplierait enfin sa force, presque en raison

de la vitesse de ses mouvemenls ; qu'enfin les armées seraient ainsi préservées d'une des plus grandes causes de démoralisation, la lassitude. Ces considérations, on le voit , ne touchent pas seulement à la question d'économie , mais se rattachent directement à celle de l'humanité; elles méritent donc toute notre attention.

Dans la supposition qu'une des capitales commerciales des bords de T Atlantique se trouvât subitement menacée d'invasion par un ennemi puissant , d'immenses secours peuvent lui être immédiatement envoyés de tous les principaux centres de population, dans un rayon de plus de cent lieues , et lui parvenir en dix ou douze heures. Ainsi New-York, par exemple, venant à être l'objet d'une attaque imprévue, en moins de cinq heures cette magnifique cité se trouverait secourue par des corps de milices volontaires d'au moins cinquante à soixante mille hommes venant du Connecticut , des parties supérieures de l'Hudson , du New- Jersey et de Philadelphie ; et des réserves au moins aussi considérables pourraient suivre dans un délai égal. Toutes ces troupes prendraient des positions sur Long-Island, Staten Island, et Amboy, déjà déterminées comme couvrant les approches de New-York, tandis que des corps spéciaux d'artillerie se jetteraient dans les fortifications construites sur les points stnh tégiques et en disputeraient vigoureusement la pos-* session aux assaillants.

Or ce qui se passerait pour la défense de New- York serait également vrai pour un point quelconque da

littoral ; car, ainsi que je l'ai déjà dit, le grand mérite des voies de communication américaines, c'est d'être solidaires les unes des autres ; il n'y a pas aujourd'hui un point de ce vaste continent qui ne puisse compter sur des secours immédiats.

Quant à l'appréciation des économies réelles qui seront réalisées sur les transports par chemins de fer, il suffît de citer un seul fait pour les rendre évidentes. Ainsi, pendant la dernière guerre, le transport d'une tonne de fret de New-York à Pittsburg , sur l'Ohio, coûtait de 500 à 1 ,200 francs, et n'arrivait qu'en trente ou quarante jours ! Actuellement le même fret peut s'effectuer à raison de 45 à 50 francs, en trois à quatre jours : la distance est de 200 lieues.

Le gouvernement a été également obligé de payer, pour faire transporter une pièce de 12, de New- York àBufiTalo, à cette époque, 1,000 francs.

Les ingénieurs américains ont tenu compte de tous ces avantages pour la défense nationale, et ont fait entrer dans leurs calculs , sur les dispositions éventuelles à prendre dans le cas d'une guerre , ks services effectifs que ces voies rapides devaient rendre pour la concentration des troupes sur des points désignés à l'avance , dans un travail général soumis dès 1 820 , et faisant partie des documents offîciels au dépôt de la guerre.

Mais aussi jamais , dans leur plan de défense nationale, ils n'ont séparé les chemins de fer de la marine militaire à voile ou à vapeur , des fortifîcations et 4u concours d'obstacles flottants pour mieux défendre

l'embouchure des fleuves et de aertaines baies. Car chacun de ces éléments a un rôle spécial dans la défense qu'aucun autre ne peut remplacer ; et les fortifications permanentes sont aussi indispensables à la protection de la frontière américaine que les hommes et les voies de communication à la défense du pays. De tous les systèmes de défense, celui que les Américains ont adopté est sans contredit le plus économique et le plus efficace ; car il permet , à la marine de rUnion, ainsi que je Tai déjà dit, d'agir librement sur le vaste élément , son champ de bataille national, et aux troupes combattantes d'opérer , comparativement en petit nombre, mais cependant en force supérieure à leurs agresseurs, sur un point quelconque de la frontière où l'ennemi tenterait une attaque.

Sans aucun doute, les chemins de fer pourraient être d'une utilité beaucoup plus directe dans la défense d'un pays, si on pouvait à l'avance projeter, tracer et exécuter des chemins de fer d'après une combinaison stratégique arrêtée ; mais il est très-difficile de concilier au môme degré les exigences militaires avec celles du commerce ou du besoin des populations : tel côté d'un fleuve ou d'une rivière devrait être suivi, à cause de ses avantages stratégiques, qui présente à l'exécution du chemin même des difficultés de dépenses qui ne seraient nullement en rapport avec la population à desservir, qui aurait un avantage réel à voir le chemin établi sur la rive opposée.

Du reste, aux États-Unis moins encore que partout ailleurs, pouvait-on espérer d'arriver à un tel résultat;

car, dans ce pays, c'est l'intérêt individuel qui dirigé tout, et le pouvoir central exerce par lui-même peu d'influence sur les rapports intérieurs. Cependant, si les chemins de fer déjà exécutés ou en cours d'exécution ne présentent pas complètement un ensemble exclusivement préparé dans un but stratégique, ainsi que le proposait si sagement un officier général de l'armée américaine^ néanmoins ils s'en écartent sî peu, qu'en résultat ils arrivent au même but. Ainsi, aux États-Unis, Tesprit personnel des citoyens aura accompli ce qu'en d'autres pays on ne t)eut attendre que de la toute-puissance de la centralisation gouvernementale.

Tous les canaux, tous les chemins de fer, toutes les améliorations de voies de communication ont, ainsi que je viens de le faire voir, une action directe dans la défense nationale ; mais ils tendent surtout à développer l'industrie agricole du pays, base fondamentale de la fortune publique^ et à consolider la paix intérieure des citoyens. Ces travaux sont, en outre, des ressources fécondes pour les États particuliers, et forment ainsi un lien mystérieux entre les intérêts généraux de la patrie et ceux des citoyens; ils resserrent par conséquent I'Union. Ils repoussent également l'invasion industrielle et politique de l'Angleterre en favorisant le génie producteur des Américains, leur aptitude toute particulière pour les arts mécaniques et manufacturiers. Mais une influence non moins remarquable est celle qu'ils exercent sur le caractère moral des habitants en amenant, j^our ainsi dire, à la

4âO de Là puissance AMÉRICAINE.

porte de chaque citoyen, cette vie intelligente qui seule peut permettre à un peuple de vivre libre. Par eux, en effet, tous les habitants ont également accès aux dons précieux de l'éducation et de la religion ; la lumière du christianisme peut vivifier et éclairer presque au même degré tous les habitants de la république, qu'une éducation uniforme met à même d'apprécier les principes politiques qui les gouvernent.

Dans de pareilles circonstances, et lorsqu'un peuple a été assez sage, assez prévoyant pour donner le plus grand développement possible à l'instruction, fondée sur les principes immuables d'une saine religion, les lois ont un ressort trop puissant sur le cœur des hommes pour que jamais Fanarchie soit possible.

Telles ont été les conséquences du système démocratique si heureusement appliqué aux États-Unis, système qui fait appel à toute la force intellectuelle de la nation, en donnant au suffrage la plus grande latitude possible.

Page 1