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CHAPITRE XIL

DE LA DÉFENSE NATIONALE

Là MILICE.

La milice, le principal élément de la défense nationale. — Aptitude spéciale des Américains pour la guerre d<^fensi?e. — Force numérique de la mi* tice. — Aucune loi de l'État ne défend les rassemblements de troupes sur le Heu des élections. — Les luis réservent aux citoyens l'action libre de leurs droits électoraux.

<c La meilleure muraille d'une ville, disait Âgésilas, c'est sa population. » « Les meilleurs défenseurs des libertés d'un pays, de ses institutions, de son indépendance, disent les Américains, c'est la milice citoyenne. » C'est qu'en effet dans un pays véritablement libre, tout citoyen doit être soldat, tout soldat, citoyen. La défense du sol doit reposer non-seulement sur les armées régulières , mais surtout sur les milices citoyennes. Or la nation américaine, par ses institutions politiques, se trouve composée d^ citoyens animés d'un esprit national et de l'ardent désir de conserver sa liberté ; elle est donc forte : les ressources de la guerre entre les mains d'une pareille nation sont immenses ; car, lorsqu'elle fait appel aux armes pour défendre ses droits , son indépendance , son honneur, elle se lève en masse comme un seul homme , et de-

vient dès lors toute - puissante par l'unité de son action.

Les milices citoyennes sont donc pour les Américains le principal élément de la force publique. Dans leur système de défense, l'armée régulière forme Tavant-garde , et les milices constituent une résene puissante , sur l'active coopération de laquelle reposent les destinées du pays. Aussi dans le problème de la défense du sol américain , les données ont toujours été, pour ceux qui se sont préoccupés de sa splution, de procurer toutes les facilitas pour concentrer, par les voies les plus promptes , sur des poi;ition$ fortes, les plus grandes masses possibles de milices citoyennes autour des points les plus vulnérables du territoire. C'est d'après ces principes que New- York, la métropole du commerce américain sur l'Atlantique , et U Nouvelle- Orléans , à l'embouchure de Tiinmen^e ||i|ississipi , ont été fortifiées. On a pu voir, dans le chapitre où j'ai traité le sujet des voies de comqaunics^tion, que plus de 200,000 combattants peuvent être ççncentrés sur ces points en quelques lieuses ^ soH ^ moyen des chemins de fer, soit au moyen de la m^gation et de la vapeur.

Cependant, il faut le reconnaître, on ne peut at* tendre de ces soldats improvisés la môipe obéigsanoo aveugle , minutieuse , résignée et toujours égale 4^ troupes régulières , disciplinées ; leur éducation, conime leur composition, diffère essentiellement; iqaii ce qui leur manque en esprit de subordination, qui£ût la force dç nos années européennes, le patriottsmai

cette noble ardeur que donne la liberté, et par-dessus tout cette juste appréciation de lui-même, rendent au* milicien américain un immense avantage ; car alors son intelligence a toute la vigueur nécessaire pour s'élever à la hauteur des difficultés et des éventualités de la guerre.

Le milicien américain ne conserve pas moins un très-grand avantage sur le soldat européen dans ses aptitudes physiques pour les fatigues de la guerre ; accoutumé à manier un cheval dès son enfance, à faire de longues marches à pied, à nager, à camper, à chasser, dans ses voyages ou dans Texploration de terres lointaines, à peine peuplées, en partie inculpes, îi tra-^ vers des rochers, des marais, des rivières, des forêts sauvages , sous divers climats , aussi variés que ceux de l'Europe et de l'Afrique , son tempérament vigoureux est devenu actif et hardi, autant que son esprit est pénétrant et sagace.

Ainsi les Américains ont toutes les qualités voulues pour faire d'excellents soldats ; leurs intérêts et leurs goûts les écartent, il est vrai, de la guerre ; mais, par leurs habitudes physiques et morales , par leurs vues spéculatives et aventureuses, ils sont préparés à la bien faire. Et quoique la guerre soit un fléau réel qu'ils cherchent à éloigner autant qu'il est en leur pouvoir, ils ne la redoutent cependant pas ; car ils savent qu'elle ne peut tourner qu'à leur avantage en leur assurant la victoire sur leurs ennemis et en contribuant tout particulièrement à les avancer comme nation dans |a voie de toutes les améliorations sociales.

Je crois donc sincèrement, d'après mes connaissances personnelles de toutes les ressources que la nah tion américaine possède tant en moyens naturels que dans ceux qu'elle a eu la sagesse de préparer à Tavance, que cette nation est toute prête à déjouer les projets qu'une audacieuse rivale pourrait avoir combinés contre elle pour l'arrêter dans sa carrière de prospérité et paralyser sinon détruire la puissante concurrence que lui fait son industrie sur les marchés qu'elle avait seule approvisionnés. Mais je crois également que l'esprit démocratique du peuple américain, entaché du vice d'insouciance inhérent à sa nation , fera toujours qu'au début d'une guerre, il sera réellement peu préparé à résister aux attaques vives d'un ennemi puissant et audacieux, qui, en quelques jours, au moyen de la vapeur, pourrait fondre inopinément sur un des points de son injmense littoral , pour y porter le feu et la désolation. Mais le peuple américain ne saurait se laisser abattre par un premier revers ; car les chances pour lui augmenteront toujours avec la durée même de la guerre.

Sans doute la guerre peut faire du mal au commerce, détruire quelques industries, réduire en cendre quelques villages, désoler quelques parties de la côte; mais , par cela même , elle réveillera l'esprit lentement irritable de la masse des Américains ; et lorsqu'ils auront une fois souffert les vicissitudes du premier choc d'un ennemi vainqueur et brutal, alors la nation entière s'ébranlera jusqu'à son centre ; alors 1 es belliqueuses milices des États occidentaux rivali-

seront avec celles de la Nouvelle- Angleterre et du Sud, dans l'achèvement de choses prodigieuses au nom de la liberté ^ pour la défense de leurs propriétés et de leurs institutions.

Et d'ailleurs FAméricain n'ignore pas la vérité que le passé s'est chargé du reste de lui démontrer : « Que les peuples libres ne peuvent prétendre à la paix lorsqu'une fois ils ont rompu avec leurs ennemis, mais à la victoire. » Il sait donc qu'il doit toujours être préparé à pousser le combat jusqu'à cette issue pour laquelle il trouve en lui et autour de lui tant de chances favorables.

Je crois inutile d'entrer ici dans de nouveaux détails . sur la composition matérielle de la milice, ayant traité ce sujet dans mon précédent ouvrage sur la démocratie; mais j'ajouterai que, d'après de nouveaux ren^ seignements officiels obtenus par le recensement de 1840, l'effectif de cette force, réellement nationale, s'élevait à plus d'wn million et demi d'hommes armés ! C'est là, en vérité, une puissance et une ressource formidable pour la défense des institutions américaines; car il ne faut pas oublier qu'une arme à feu entre les mains des Américains n'est point, comme dans celles des Européens, un moyen de bruit plutôt que d'effet : tout projectile lancé par un Américain est presque toujours fatal, car il a pour habitude de retenir son feu jusqu'à ce qu'il soit sûr de l'objet mis en joue^ sa vie de chasseur lui ayant appris de bonne heure le prix d'une charge.

Jusqu'ici les lois américaines sur les milices se sont Jl. ^2

bornées k obliger tous les citoyens valides de constatecrr par leur présence sous les armes, pendant q[u^tr^ jours, à de$ inspections anniieUes, de leurs disposi*. tiens à remplir le plus important des deyoirs ; ms^ç aucune loi n'a pu être encore adoptée relativeiiient à leur organisation uniforme, à leur instruction, à leur discipline. Néanmoins, à ces inspections^ x^n millioii et demi d'hommes ne manque jamai^ de se présenter avec leurs ar^es et leur fourniment en bon é^t : cç qui n'empêche pas les compagnies volontaires, dont chaque État possède un très-grand nombre, de se réunir fréquemment dans les principales villes des bords de l'Atlantique, pour s'y livrer aux divers exercices des tirailleurs et de l'arlilleur.

^ucune loi n'interdit la réunion de troupes sur un point du territoii^e où se fait une élection ; mais quelques Éta^ ont jugé nécessaire de défendre par des lois la réunion des milices les jours d'élection. L'objet de ces lois s'explique du reste facilement : « Aux États- Unis tout citoyen jugé capable de porter les armes est électeur ; » le législateur américain n'a donc pas voulu priver les citoyens d'exercer le premier et le plus sacré de leurs droits, celui du suffrage, en leur imposant pour ce jour-là de nouveaux devoirs à remplir.

En résumé, je pense avoir suffisamment démontré, par l'ensemble des documents renfermés dans les chapiitres précédents, que le gouvernement américain a cQu^^tamment porté, sinon depuis son origine, du moins depuis plus d'un quart de siècle, toute son énergie sur la défense nationale, sur la prospérité

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intérieure et sur la répartition de la justice. Tant que ces objets continueront d'appeler l'attention de la nation, on ne doit rien appréhender des partis, de leur collision ou de leurs vains efforts pour affaiblir la marche de l'ordre public et la prospérité de la république. La discussion de ces divers objets faisant appel au bon sens et à l'opinion du peuple, toiyours opposés aux vues étroites des individus et aux décla- Viations ou demandes exagérées des partis, devient une nouvelle garantie, par le fait, d'une sa^e législs).tion. Et d'ailleurs les mesures nécessaires pour atteindre cet objet national sont, ainsi que je l'ai fait voir, rçUéeç çntre çU^s, ^gisi^ent ^imiiltanément et souvent sm% \efSf mêlées.

CQnclupps donc que les inoye^^ préparés pour re- ]p9U3ser ^ne invasion concoui^^nt puiçs^i^inent an i^dp^ien de la paix intérieure, en asp^urs^it le bopheur et la prospérité de la natioq, et que les lois faites pour garantir les droits et les libertés ^e$ citoyens f^vo* 7Âse|it l'accroissement de la population et le pommerce.

Qe\irc!^x pays> où les hommes et leurs actes peuvçnt S|Ù^i, so^s la même influence, concourir au maintien de Içuj^si institutions , sauvegarde de leur prospérité !

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