CHAPITRE XIIL
DU SBNTIMIflT DE CONQOÉTI GHBZ L* A ■Bll GAIN.
Origine de la société américaine ; inflaeoce de la race anglo-saxonne surin difers éléments dont elle se compose. — Esprit d'empiétement qui la can»térise. — Son actiTîté extraordinaire exige qu'elle puisse s'étendre.
Dans la politique des peuples^ les questions d'atenir ne se résolvent pas directement d'après des principes arrêtés et préconcertés à Tavance. La Providence a son influence légitime ; elle pousse le plus souvent les nations dans des voies dont elle seule connaît tes termes, tandis que les peuples eux-mêmes peuvent à peine les soupçonner.
Néanmoins, il est toujours possible d'apprécier quelïes sont les tendances d'un peuple d'après son origine, ses antécédents, ses institutions politiques, sa forme sociale, et surtout d'après les besoins qu'il est obligé de satisfaire comme constituant son existence en corps de nalion.
L'origine des Américains est suffisamment connue; elle a été d'ailleurs développée de nouveau dans le premier volume de cet ouvrage : elle est anglaise. Le corps de la société américaine est donc de race anglosaxonne, dans laquelle sont venues se fondre des races
ibériennes, Scandinaves, françaises, celtes, etc. Sans doute, ces races ont apporté avec elles les mœurs, les habitudes, les religions de leur origine distincte; mais toutes ont bientôt subi le joug de la majorité, c'està-dire que celle-ci, qui était anglaise, leur a transmis ses sentiments, ses impressions, ses vues, sa manière de comprendre Tordre social et de contribuer à la marche, au progrès de la société 'par le levier toutpuissant des intérêts individuels.
. Ainsi, sur plusieurs points des États-Unis, on retrouve un nombre d'Allemands assez considérable et influent pour avoir des organes publics de leurs intérêts dans leur propre langue; on compte, par exemple, 38 journaux publiés en allemand aux États-Unis. . Mais ces Allemands sont complètement américanisés quant à leurs idées de droit, de propriété, de liberté; ils n'ont retenu de leur origine que leur idiome, qui même à la seconde génération s'efface et disparait presque toujours ; leurs habitudes plus sobres, plus laborieuses, plus parcimonieuses.
Dans la Louisiane, cette dernière des colonies françaises en Amérique, le nombre des Français d'origine et de langue est encore assez considérable ; mais néanmoins déjà ils parlent à peine français ; leur caractère a complètement changé ; devenus graves comme leurs concitoyens de race anglo-saxonne , ils songent sérieusement aux intérêts individuels, et sont fortement attachés aux institutions américaines, auxquelles ils doivent leur bonheur, leur prospérité, leur puissance.
Âinsi^ on le voit, c'est Fesprit de la race anglosaxonne qui domine ; or les antécédents de cette raoe sont parfaitement connus dans le inonde entier.
En Amérique, l'esprit d'empiétement, d'envahissement, qui caractérise cette race a soumis à sa domination, en moins d'un siècle, tout cet immense territoire que d'autres nations, avec autant de droits qu'elle, avaient précédemment colonisé et établi.
Dans le précis historique au commencement de cet ouvrage, le lecteur aura pu apprécier par quels moyens l'omnipotence anglaise était enfin parvenue à couvrir tout le continent ; l'influence des mœurs politique^ et religieuses des premiers habitants ; comment chaque progrès de la nouvelle société anglo -américaine avaft été marqué par des actes d'envahissement qu'avait amenés l'accroissement de puissance de cette même société; comment enfin le besoin de s'étendre s'est identifié avec l'existence même de la société américaine, et est devenu, de fait, une nécessité pour lé maintien de la démocratie.
Deux choses paraissent également indispensables au repos et au succès des républiques américaines : il faut qu'elles puissent s'étendre, et qu'elles trouvent un aliment, un débouché à leur prodigieuse capacité productive, à leur industrie !
Tels sont les besoins de la nation américaine, besoins qu'elle doit à son origine anglaise, mais que sa position géographique et ses institutions politiques ont contribué à développer.
La position géographique des États-Unis a donné
en effet à la nation américaine d'immenses avantages pour le commerce ; prospère et heureuse par Tagriculture, qui est la source de tous ses biens, elle n'est riche cependant que par ses échanges. L'étendue, la variété et la fertilité de son sol la placent au premier rang des nations agricoles ; mais l'immensité de son littoral, en lui donnant accès à toutes les parties du globe, la met également au premier rang comme nation commerçante et maritime. Aussi voit-on sa marine pénétrer dans touteè les mers, et assurer dés marchés aux produits de son industrie partout où elle peut trouver un échange avantageux.
Le génie américain a su approprier à un seul et même but, celui d'acquérir des richesses, cette double position d'agriculteur et de commerçant ; et s'il est vrai que les nations poursuivent, comme les individus, leur but favori et leur objet principal par des voies différentes et avec des moyens différents, il est vrai aussi qu'elles arrivent au même résultat.
Ne doit-on pas conclure dès lors, de Foriçiné et de la tendance de la société américaine, que les États- Unis marchent à la domination et à rempîétement tf après les principes du commerce, et que, tout en cherchant à accumuler des richesses pour eux, ils gagnent un ascendant marqué à Textérieiir?
4S4 DE LA PUISSANCE AMERiaj.NE.