‹ De la puissance américaineChapitre 130 sur 135 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

DE LINDDSTBIE MiNCFiCTURIMB.

L'Angleterre s'efforce d'empécber l'introd action de l'industrie inaoufaclnrière dans les colonies de la Nouyelle-Ângleterre. — Développements que prend néanmoins cette industrie. — Chapellerie. — Tissus de lin, de laine.— Forges. — I.é|;islation du Massachusetts en faveur des inanuractares. — Introduction de la première machine à filer le coton . — Arrivée de célèbres industriels de l'Angleterre, de France. — Samuel Slaters. ~ Dupont de Nemours. — Loi prof)Osée par Alexandre Haniilton en faveur des manufactures. — Le congrès de 1789 l'adopte. — La guerre de 1812 donne une nouvelle impulsion aux manufactures. — Système protectif adopté par le congrès et niaiiiteuu jusqu'en 1832. — Introduction d'une nouvelle loi dite de compromis. — Crise commerciale. — Défîcit dans les revenus de l'État. — Continuation de cet état de choses. — Nouveau tarif. —Importance actuelle de l'industrie manufactuiière.

Pendant la période du système colonial, les Américains tournèrent leurs vues presque uniquement sur l'industrie agricole; la mère patrie, ayant intérêt à cet état de choses , chercha par tous les moyens en son pouvoir à le maintenir aussi longtemps que possible. Cependant Tintelligence native des premiers habitants, leur rare activité, se firent jour malgré les obstacles de tous genres imposés par la métropole, et une tendance industrielle se manifesta de bonne heure dans toutes les classes de colons.

La métropole, jalouse de conserver ses colonies américaines comme débouché à ses produits industriels , s'alarma du germe manufacturier qui prenait

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de jour en jour plus d'extension, et chercha à Tétouffer dès son origine par des mesures administratives.

En conséquence, dès 1699, le parlement anglais lança un décret défendant Tintroduction d'aucuns produits provenant de l'industrie américaine dans les possessions de la Grande-Bretagne ou dans aucune de ses dépendances.

En 1710, il fut solennellement déclaré, dans le parlement anglais , que l'introduction de l'industrie manufacturière dans les colonies anglaises de l'Amérique ne pouvait avoir d'autres tendances que de rendre ces colonies indépendantes delà mère patrie; qu'il fallait , par conséquent , comprimer cet esprit de rébellion par des mesures rigoureuses.

Malgré les entraves apportées à l'industrie en Amérique , le génie de ses habitants ne se développa pas moins et fit môme des progrès assez remarquables. Dès 1731, par exemple, on commença à voir quelques fabriques dans le Massachusetts ; une papeterie, entre autres, prit une assez grande extension.

Dans le Connecticut, le Rhode-Island, le New- York, en Pensylvanie , les colons s'occupaient industrieusement de fabriquer des draps, des toiles, du fer pour subvenir à leur propre consommation.

On cultivait déjà , sur une assez grande échelle , le chanvre , le lin, dans presque toutes ces colonies ; on en fabriquait des tissus grossiers , des toiles d'emballajge qui étaient préférées à celles importées , parce qu'elles étaient de meilleur usage, et quoique la maind'œuvre aux colonies fût alors de 20 p. 100 plus éle-

vée qu'en Angleterre , et que ces mêmes objets pussent être importés à 50 p. 100 au-dessous du prix de fabrique en Amérique.

A cette époque, le New-Hampshire avait déjà acquis une certaine célébrité par l'importance de ses pêcheries et ses exploitations de bois de construction.

La chapellerie était aussi du nombre des industries qui avaient pris le plus d'extension , par suite des avantages qu'avaient les colons de se procurer sur les lieux, par leur commerce de pelleteries avec les indigènes, des castors de premier choix et à des prix peu élevés. Cette industrie avait même acquis une certaine célébrité lorsque le parlement, dans un esprit d'étroite jalousie , crut devoir en arrêter l'essor en défendant par une loi l'entrée de la chapellerie américaine dans toute la Grande-Bretagne.

Les Américains avaient également créé de nombreuses tanneries, et porté leurs soins sur la préparation des cuirs , industrie trouvée très-profitable dès les premiers temps.

Enfin, on comptait déjà dans toutes les colonies anglaises de l'Amérique 19 forges et 5 fourneaux, dont les produits formaient environ un vingtième de la consommation des habitants.

Telle était, avant le commencement de la guerre de la révolution , la situation industrielle et manu&ctarière des colonies anglaises. Quelque peu importante qu'elle paraisse, elle n'en dévoilait pas moins chei les Américains une grande aptitude, et prouvait^ en outre, que souvent; sans secours, sans protection, et malgré

même des entraves législatives, l'industrie peut se déyel(^per dans un pays , par suite des seules causes naturelles qui y sont favorables : telles que les avantages du sol, du climat, des habitudes et du caractère des habitants , enfin d'autres circonstances indépen* dantes de toute prévision.

Mais rappelons aussi qu'à cette même époque, les habitants des colonies anglaises de 1^ Amérique du Nord avaient des mœurs pures, sévères, simples, frugales , et qu'ils étaient surtout économes et ennemis du faste ; tous étaient habillés d'étoffes travaillées , soit par leurs femmes, soit dans leurs familles, et personne n'eût osé, dans ces t«mps, se faire remarquer par des dehors fastueux; les rapports de bon voisinage existaient peut-être plus encore qu'aujourd'hui et à de plus grandes distances ; pour les entretenir on n'avait que la simple monture sur laquelle on se rendait le dimanche au service divin avec sa femme en croupe, comme cela se pratique encore dans l'intérieur du pays ; enfin , les riches équipages et leurs insolentes suites n'existaient pas alors !

Le premier symptôme d'intérêt politique manifesté par le gouvernement colonial de Massachusetts pour Findustrie fut, en 1774, lorsque le congrès provincial appela l'attention publique sur l'importance de l'agriculture, et des manufactures, sur l'économie et le bien-être de la société. Il fut même adopté, dans le cours de cette année , des mesures générales pour la défense du pays et sa sécurité, dans le but avoué de maintenir ses droits d'indépendance. Grand exemple

donné par le jeune peuple de ces colonies du noble usage qu'il savait faire de la démocratie. On recommanda aux habitants de s'associer, afin de pouvoir faire réussir telle industrie que des particuliers isolés ne pouvaient entreprendre. On enjoignit en même temps aux citoyens de donner aux objets de manufactuie domestique la préférence sur ceux importés.

Quant au gouvernement fédéral , le premier acte d'encouragement qu'il manifesta pour les manufactures ne fut adopté qu'en 1789, à l'issue de la guerre de la révolution.

En 1791, Alexandre Hamilton fit son célèbre rapport sur le même objet, ^ obtint le titre honorable de père du système américain ; depuis, un patriote de notre époque , non moins distingué , Henri Clay, da Kentucky, en devint le plus zélé champion.

Cependant, dès 1786, on avait établi à East-Bridge- Water, dans le Massachusetts , la première machine à filer le coton , et tel fut l'intérêt public avec lequel cette nouvelle machine fut reçue dans la colonie, que la cour générale vota 1,000 francs de récompense à son constructeur; l'année suivante, un nommé Orr reçut 100 francs de gratification pour livrer à la publidté toutes les connaissances pratiques qu'il possédait sur cette invention.

En 1787, les propriétaires des manufactures de coton de Beverly, dans le Massachusetts, firent quelques tentatives pour substituer le travail mécanique à celui des bras, en imitation de ce qui se passait alors en Europe; ils adressèrent des pétitions à la cour giwh

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raie pour les favoriser dans leurs vues, et en obtin* rent rautorisation de lever 25,000 francs par loterie*

Le troisième essai de filer le coton à la mécanique fut fait en ^788, à Providence, dans le Rhode-Island. Dans la même année, on éleva une filature à Philadelphie, qui eut un plein succès. Et dès lors, il se constitua en Pensylvanie une société pour l'encouragement des manufactures.

Les essais faits dans le New- York et dans le Connecticut ne furent pas aussi heureux, non que les habitants manquassent de persévérance ou d'intelligence, mais parce que les machines importées dont on fit usage étaient imparfaites.

En 1790, un des mécaniciens les plus distingués alors de l'Angleterre, Samuel Slates, émigra en Amérique. Cet industriel renommé était associé du célèbre sir Richard Arkwright, inventeur d'un métier à filer le coton, qui porta son nom, et vint élever la filature de Pawtucket , aujourd'hui même encore un des établissements les plus renommés des Etats-Unis.

En 1793, ce même mécanicien s'associa à MM. Brown et Almy, éleva une seconde filature et manufacture de coton qui réussit complètement.

Vers la même époque, d'autres parties de l'Europe fournirent à l'Amérique de généreux émules dans l'importation des arts industriels; au nombre de ceuxci , je dois particulièrement distinguer les frères Du- . pont, fils de M. Dupont de Nemours, l'idéologue. Cette intelligente famille se fixa sur la Brandyvnne, dans le Delaware, et fonda des établissements industriels qui

imprimèrent un immense mouvement aux manufactures dans cette partie de l'Union j et rendirent aux Ëtats-Unis, dans des circonstances criticjueS; d'importants services ; l'un des frères Dupont créa une manu* facture de poudre de guerre, dont le nom et la répih tation sont suffisamment connus en EuropOi pour dispenser de tous autres commentaires. Le second frère éleva sur la rive opposée de la même rivière une manufacture de draps , qui a servi de tous temps à l'habillement de l'armée américaine.

La loi proposée par Hamilton et adoptée par le coa^ grès américain de 1789 releva l'esprit industriel des Américains, que de nouveaux rapports commerciaux avec l'Angleterre^ à la suite de l'heureuse issue de la guerre çle l'indépendance » avaient un peu ralenti.

La guerre de 1812^ la seconde que les Ëtats-Uaii aient eu à soutenir contre l'Angleterre ^ donna uoe nouvelle impulsion aux manufactures qui s'étaient déjà enrichies des découvertes d'Arkwright, Hargrave, James Watt, et de celles non moins précieuses des Américains Whitney {\ ) el Fulton.

Mais en 1815 elles reçurent un nouvel échec <k l'introduction des marchandises anglaises. Cependant l'esprit public en Amérique s'était éveillé sur l'importance de conserver aux manufactures les moyem d'existence et de se perfectionner ; on proposa et le congrès national adopta un tarif de douanes destiné principalement à protéger les fabriques de coton et de lainC; les plus importantes pour le pays.

(I) Wliitocy lit l'iafentear d'une madiine à i^rer le cotoa 4e ft graiiè.

Par la nouvelle loi sur les droits d'importation^ un droit de 25 p. 100 ad valorem fut prélevé sur tous les tissus de laine importés^ de juin 1816 à juin 1819^ et de 20 p. 100 seulement à dater de cette dernière époque.

La même loi portait que tout article fabriqué en coton , dont la valeur originaire serait au-dessous de 1 franc 36 centimes par mètre ^ payerait le même droit que si sa valeur était réellement de 1 franc 36 centimes par mètre; cette clause était ainsi rédigée pour atteindre tous les articles communs importés des Indes, et de protéger ainsi la fabrique du pays, qui commençait à faire concurrence à ces objets. On préleva, en outre , un droit permanent de 30 p. 100 sur l>eaucoup d'autres articles, tels que la chapellerie, les meubles , les voitures, les cuir&, les papiers, dont la fsJ^rication aux États-Unis avait déjà acquis de l'importance*

La culture du sucre indigène fut également secondée par im tarif protecteur.

En 1818 , une grande partie de ces droits fut enease augmentée ; mais en 1824, une révision des droits prélevés^ sur toutes les marchandises en coton et laine exportées de l'Angleterre eut lien, et une réduction en fut la conséquence , afin de eonibattre l'effet du tarif américain.

Par suite de ces dispositions du gpuvernement bri* tannique , les fabricants américains s'adressèrent atf congrès et lui demandèrent de leur venir en aide. Le résultat de ce nouvel appel de l'industrie manu-

facturière des États-Unis à la protection du gouvernement général fut Tadoption du célèbre tarif de 1828, qui augmenta considérablement les droits d'entrée sur tous les articles de laine^ de 45 à 50 p. 100 ad valorem, et mit des droits proportionnellement plus élevés sur tous les autres objets.

Le congrès national continua son système protecteur des manufactures américaines jusqu'en 1831, époque à laquelle, par suite de l'extinction de la dette publique^ on proposa une nouvelle révision du tarif.

Dans cette circonstance, l'opinion publique fat consultée par ses voies ordinaires : des conventions furent convoquées, des assemblées eurent lieu où, d'un côté, tous les partisans de la liberté du commerce furent entendus ; de l'autre, tous ceux qui y étaient opposés et voulaient, au contraire, la continuation du système protecteur, mais seulement approprié aux circonstances et aux besoins des intéressés.

Ces assemblées pour et contre eurent lieu à Philadelphie. Dans celle favorable à la liberté du commerce, on proposa de réduire tous les droits d'entrée aussi bas que possible; dans celle favorable à la pro* tection des manufactures américaines, on proposa la réduction des droits seulement sur les articles qui ne pouvaient en aucune manière influer sur la marche progressive des manufactures et des produits indigènes.

En 1832 le congrès national émit une nouvelle loi sur les droits d'entrée, entièrement conforme aux

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suggestions de la majorité; c'est-à-dire partiellement protectrice des intérêts lûanufacturiers et producteurs.

L'année 1833 eut la triste célébrité de voir certains membres du corps politique de la Caroline du Sud émettre des opinions relativement à la liberté du commerce qui semblaient devoir menacer l'Union même des Ëtats; et par suite de leurs efforts, de leurs déclamations, l'État de la Caroline du Sud se montra, pendant un temps très-court il est vrai, en rébellion ouverte avec les lois de l'Union.

L^ vigoureuse énergie du président Jackson, auquel étaient confiées par les lois la protection de la constitution et sa mise à exécution, et, par-dessus tout, la puissance de l'opinion et de la raison publiques, redonna bientôt aux lois de l'Union l'autorité qui leur appartient.

Cependant les nouvelles réclamations qu'avait provoquées la loi de 1832 firent adopter par le congrès, avant même qu'elle eût pu être mise à exécution, une modification qui prit le nom à^Acie de compromis; cette mesure, prise sur la proposition de Henri Clay, du Kentucky, fut un véritable service rendu au pays, en arrêtant dès l'origine les actes de violence auxquels s'était si imprudemment laissé entraîner un des Ëtats les plus influents du Sud.

Cet amendement reçut la forme de loi pendant l'hiver de 1833, et devait être en vigueur jusqu'en juin 1842. Il fixait que toiis les droits qui dépassaient 20 pour 100 ad valorem seraient réduits annuellement au II. 22

2S$ DE LA fUISSANCE AMÉF^ljC^IME.

taux d« 20 pour 100 jusqu'en j^in 184? ; il affranchissait même de tout drftit non^bre 4'aTticle^ d'uBfi pfti^T sommation considérable : les soieries étrangères, j^f ewmple ; enfin il proposait de Umitfi? h Wiiveaw fetiif des douanes h adppter après cette époque j^ ^Q pQur 100 sur la valeur 4@s ifQpqrtatiou^ ; il pre^rivaît en outre qu'auGui^e noi^velle augmentation d^ drpit^ â# douane ne poun^aiit avoir lieu ayant le S^Q juin ^ ^^. ^ais la période décennale de 1832 ^ tM% devait être rendue trop célèbre par )a po^itîoii pxtrêine du système financier américain ; par sa trèf;-grand(9 prospérité qui permil le remboursement ppn^plp^ de la dette nationale, ^t }a répartition de la yeptq de^ terre* parmi les Ëtats ; et son abaissement immédiat, presque avs^i grand, qpi mit le gouvernement général fo d^mpur^ d^^ ppurroir par des mesures extraordinaictg aux moyens de couvrir ses dépenses 1

Cettp de^nièrg prise commerciale commença en 1837;^ peu de temps après l'expiration de la char|;e de la banque dei; É)4ts-Unis, qui avait servi jusqu'alors d'une espèce de modérateur contre le dévergondage des banqties locales et des spéculations particuillères qni s'y alinientaient. Pepuis lors, poue la première foi? pent-^trp depuis rinçtallation du goavemeinent améripain» l^s institutions déipocratiques ont semblé faillir aux difficultés qui agitaient la nation; ou plutôt Ip pepple e^^aya ejQ vain plusieurs foi^ de forpauler sa yolont^ : jamais il ne put trouver dans les repré^ntants cpt ensemble d'sfctioa, ce désintéressement qui seuls pouvaient permettre de trouver

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un remède à la plaie de la société américsiine, F esprit de spéculation porté outre mesure^ et le lui.e qui raccompagne et qui finit toujours par appauvrir 1% nation qui s'y abandonne.

Cette crise financière et commerciale a malbeuT reusement duré trop longtemps ; elle a jeté des germes profonds de corruption dans la société américaine, ce qui, suivant moi, est un mal beaucoup plus grand que celui des pertes matérielles qi|'a soufferte^ son commerce : car op peut toujours se relever d'embarras financiers, ceux-là ne sont que passagers; mais les qualités morales d'une société, lorsqu'elles sont une fois atteintes, celles-là ne se recouvrent pas aussi aisément. Aux premiers il ne faut qu'un peu de temps; aux autres il f^ut un retour sincère aux vieilles traditions, aux principes d'honorable simplicité des hommes de la première époque, de ceux qui se contentaient d'être hommes libres^ et non les rivaux de l'aristocratie vicieuse des vieilles monarchies !

I^ leçon a été a^sez dure pour qu'elle profite, et je souhaite sincèrement que les Américains appren^ n^t à vivre avep p}us de simplicité et plus conformémeitt aux sages précepte^ des patricien^ de leur glorieuse révolution.

Cependant l'époque fi^ée pour l'expiration de la mise en vigueur du bill de tarif du 1838 arrivait, et lès discussions du congrès national n'ai^enaient fiucufi résultat; pendant cet intervalle, le gouvernement central, pour couvrir ijies dépenses, fut obligé de mettre en circulation des bons du Trésor, qui, vu la position

financière du pays, furent dépréciés au-dessous de leur valeur réelle. Ainsi, en pleine paix, au milieu de tous les éléments d'une prospérité matérielle dont rien ne saurait approcher, le gouvernement de l'Union s'est vu réduit à émettre du papier qu'il a eu de la peine à négocier au pair !

Un tel état de choses n'indique-t-il pas un vice dans la constitution financière de cette puissante république? Et lorsqu'une taxe directe, n'excédant pas notre centime additionnel, suffirait pour assurer au gouvernement général toutes les ressources financières nécessaires pour répondre aux besoins du service courant, ne doit-on pas déplorer qu'on ne puisse aujourd'hui recourir à ce moyen rendu impopulaire par l'imprévoyance de l'administration du président Monroe, qui, pour faire sa cour aux passions populaires, a commis la très-grande faute d'abroger la loi qui avait créé une taxe de guerre?

Toutefois, après de longues discussions parlementaires et des concessions réciproques consenties par les parties, la chambre des représentants vient enfin d'adopter un nouveau bill du tarif, qui porte, du rest«, un caractère prohibitif éloigné des justes principes de la liberté commerciale que nous désirerions voir prévaloir dans l'intérêt des peuples. Ce nouveau tarif nous paraît être un moyen transitoire conçu dans l'espoir de parer aux dépenses urgentes; mais il est douteux qu'il atteigne le but qu'on s'est proposé. Les intérêts des manufactures y gagneront, mais ceux de la nation entière en souffriront. Aussi me pa-

rait-il probable qu'il sera prochainement modifié. Le nouveau tarif fixe les droits d'entrée à 30 pour 100 de la valeur des objets importés ; les droits doivent être soldés en espèces dans un délai de 60 jours, ou les marchandises vendues pour compte.

Une taxe additionnelle de 10 pour 100 est prélevée sur toutes les importations faites sur des bâtiments autres que ceux des États-Unis.

Les principaux objets exemptés de droits par la nouvelle loi sont :

1° Tous les objets destinés au gouvernement général ;

2® Tous les produits américains exportés et réimportés; les livres et meubles des citoyens morts à l'étranger;

y Les peintures 9 statues des artistes américains résidant à l'étranger ;

4^ Tous objets à l'usage personnel et les instruments de profession des émigrants ;

5^ Tous objets généralement d'art, de science, de physique, de chimie, d'histoire naturelle, etc., importés pour l'usage d'une institution publique ou des collèges ;

6® Les préparations anatomiques, modèles de machines^ objets d'art mécanique ; collections de minéraux, d'arbres, arbustes, plantes, graines, etc., etc.;*^

T Les bois de teinture, les produits de la baleine, des pêcheries américaines, etc.; 8® Le thé, café, etc.; 9^ Le liège, les cloches, le vieux cuivre, le métal,

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le bois du Brésil ; soufre en poudre, en jtierre ; cddieïiille ; monnaie d'or, d'argent, etc.

10® Les livres obscènes et contre le» mœtiri kbnt interdits.

L'adoption du houveaù bill du tarif a eu Heu siinultânéftifiént aVec lé ra{>pel dé la Idi sur là distribuiibii du produit àjei Ventée dés terres domaniales, qui doivent de nouveau i^eUtrér^ jusqu'à nouvel ordre, dans lefe ressources de l'État.

Je désire ardemment que le nouveau bill produise sui* lès fihàhces de rUiiiori les HsUltats fàvdhbles qu'espèrent les Américains, mais, je dois rfcvrmer, je îi'en ai pas là convictidn ; car 11 faut aujoiiWhui q^ielque chofeé de plus qu'Un tarif pOur ireplaber la nation dans son état normal , il faut l'adoption d'iine ineisttre de finance qui rétablisse son crédit; Or> pour recouvrer son crédit, si fortemetit ébranlé et compromis i>ar les actes honteux de tes dernières années, je ne vois, ainsi (j[ue je l'ai déjà indiqué dans mon précédent ouvrage sur la Démocratie^ que la création d'une banque tiationale à Washington, ou de iDUte butre institution financière réunissant les avantages d'une banque nationale, quant à son influence sbrles blan(|uei§ Ibcales, à teu& de la solvabilité, de là kécurite et du contrôle, Amt l'État sieul peut offrir toutes les garanties.

Oh pourra fee former une idée du déVelo{)p'Sment surprenant qu'a pris aux États-Unis l'industrie manufacturière sous l'influence dés divers tarife adfoptés jU^Kt^'^oi) P** i^ ^^^^^ statistic^e l^i««9t dis l'fflipor-

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tance des capitaux qui s'y trouvaient engagés en 1840. Ces chiffres, mieux que tout ce que nous pourrions ajouter sur cette matière, démontreront clairement la marche croissante de la nation américaine dans cette voie de concurrence qui un jour doit avoir des résultats si fatals pour la paix des États ; ils expliqueront aussi, je crois, jusqu'à un certain point, à quelle influence est due l'adoption du nouveau tarif par les chambres américaines.

Les capitaux ehgagés dané les manufactures dans tous les Ëtats-Unis, en 1840, s'élevaient au chiffre énorme de 1,338,632,895 francs; la valeur des objets manufacturés, à 2,222,^60,100 francs.

En 1830^ on comptait à peine 30^000 personnes engagées dans l'industrie manufacturière; aujourd'hui il y en a plus de 500,000, dont les salaires an* nuels d'élèven$ à 500^00^,000 de frtncs^ cm e&i^ron 1^000 frànes fwr personne et par an.

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