CHAPITRE XXIII
DBS CL188B8 OUVaifcfiBS ACX ÉTATS-UNIS.
Division feiritoriale des Etats-Unis par genre de production et déterminant ainsi la position' relative des travailleurs. — États de la Nouvelle-Angleterre, du Nord, du Milieu, du Sud et de l'Ouest. — Situation morale des ouvriers dans les manufactures de la Nouvelle- Angleterre. — Prix de la journée. — Ouvriers des grandes villes. — Situation du travailleur esclave dans les États du Sud. — Classes pauvres aux États-Unis. — Leur situation. — Leur avenir. — Ressources qu'ofire l'Amérique du Nord aux classes laborieuses.
En parlant des classes ouvrières aux États-Unis, de leur condition morale et sociale, il est d'abord nécessaire d'établir la différence que fait naître Fesclavage dans certaines parties de l'Union, que caractérisent du reste des productions spéciales, et, par suite, des mœurs et des habitudes différentes ': car, dans les États où la servitude existe encore, elle a imprimé son cachet indélébile sur les classes ouvrières, donné aux blancs une certaine allure, et complètement changé les relations ordinaires qui s'établissent entre les maîtres et les ouvriers. Enfin l'exécution même du travail porte avec elle son empreinte distincte : tout ce que fait l'ouvrier blanc, étant payé, est plus exact, plus prompt, plus complet ; l'ouvrage de l'esclave, n'étant pas rétribué, est moins exact, beaucoup plus lent, et surtout toujours imparfait.
$9$ Di LA PUISSANCE AUÉiUGAlNB*
Les États de la Nouvelle-Angleterre, du Nord et quelques-uns du Milieu sont à la fois agricoles, manufacturiers et commerçants ; on y récolte généralement des céréales, du mais et du blé. Les États da Milieu et de l'Ouest sont en même temps cultivateurs et manufacturiers ; ils produisent des denrées de toutes espèces, des céréales, du tabac, et élèvent de nombreux troupeaux.
Les États du Sud sont presque exclusivement cultivateurs, et produisent du riz, du tabac, du coton, du sucre.
Telles sont les sources diverses de ricbèsses qui caractérisent les trois grandes divisions territoriales de l'Union ; elles indiquent, suivant leur nature, la valeur intrinsèque du travail de Thommé libre ou de l'esclave, et déterminent, par suite, la position relative des deux races qui habitent les États-Unis.
Dans la première division, du Nord et de l'Est, la servitude n existe plus déjà depuis longtemps; elle n'y a même jamais été très-répandue, car son travail ne pouvait y être avantageux.
Dans la seconde division, du Milieu et de TOuest, elle se maintient encore, mais tend tous les jours à s'en éloigner, car l'expérience prouve qu'elle ne peut être avantageuse là où les céréales sont cultivées; elle finira donc indubitablement par y être entièrement abolie avant peu.
Dans la troisième division, celle du Sud, où les produits sont, au contraire, plus avantageusement ob-
ht LA PtJIftSANCË AMÉAIGAIIW. SH
tenun par l6 travail des esclaves, se trouve la grande masse des noirs esclaves.
Le fait même de l'introduction du travail par esclaves aux États-Unis ne peut être directement reproché aux Américains ; cette lèpre de leur pays a été importée parmi eux et imposée, en quelque façon, sur eux paï* l'avarice, la cupidité et la jalousie de la mère patrie^ dont le gouvernement, sous l'influence directe de la couronne et du parlement, autorisa, sanctionna et favorisa l'odieux commerce des noirs esclaves, dans le but d'en peupler les colonies anglaises de l'Amérique (1). La mère patrie voulait par là arrêter le dé* veloppem^t que ces colonies pouvaient prendre au préjudice des intérêts de la métropole, les émigrations de blancs menaçant alors d'appauvrir l'indud^ trie anglaise , enfin obliger les colonies à rester dé^ pendantes de cette même industrie anglaise, qui dé tout temps a visé au monopole par tous les moyens en son pouvoir.
Cinq États du Sud, où le riz, le tabac, l'indigo et le coton formaient les objets principaux de la culture^ importèrent le plus grand nombre d'esclaves. Dans 1* Nouvelle-Angleterre, au contraire, et particulière* ment dans le Massachusetts, comme on ne sentait pas aussi immédiatement le besoin d'esclaves pour le tra* vail de la terre, Topinion publique se prononça forte-
(4) Dumonty traité de commerce et de Dayigation, signé à Utrecht« 4713, et Walsh : Jppeal front tke judgment of Great-Britain, respecting the JftHted'^Sîates, deoiième édition.
ment contre l'introduction des esclaves; aussi n'y a-t-on vu jamais que très-peu de nègres.
Le fait est que les colonies de la Nouvelle-Angleterre furent fondées par une classe d'hommes qui tenaient le travail en honneur, et qui furent dès lors les artisans directs de l'édifice social. Chez eux le travail se confondit avec l'idée du bien-être et des progrès; il stimula leur activité, leur intelligence; il servit admirablement au développement de leur génie entreprenant.
Le principe du travail parmi les habitants de la première division, c'est que chacun doit pourvoir luimême à ses besoins. Chaque individu a donc pour but son bien-être ; pour avenir, le progrès, son indépendance. Citoyen d'un État libre, jouissant dé toutes les prérogatives attachées à cette situation civile^ il convoite celle de Tindépendance de fortune qui doit lui assurer le titre précieux de propriétaire.
L'objet qui, par conséquent, anime tous les efforts de l'ouvrier blanc, dans les États du Nord et de l'Est, c'est dé pouvoir amasser suffisamment, par son travail, pour être à même d'acheter dans les vastes contrées de rOuest des terres du gouvernement, qu'il est toujours sûr de se procurer à raison de 15 à 20 francs l'hectare.
Cette idée de pouvoir un jour devenir propriétaire de son champ exerce sur la qjlasse des ouvriers de la Nouvelle-Angleterre, sur leur conduite, leur travail, leur dignité personnelle, une influence dont il est difficile, de ce côté de l'Atlantique, de pouvoir ap-
précier toute la portée. L'estime de soi-même, de sa condition est, dans le cœur humain, un sentiment naturel, et s'il ne se fait pas jour en Europe avec autant de force qu'en Amérique, c'est qu'aussi il n'y rencontre pas le même succès. En Europe les rangs sont serrés, la place manque; aux États-Unis il y aura encore de la place pour des siècles à venir sur ce vaste territoire, dont une faible partie seulement est entre les mains de la civilisation !
Ce même esprit de dignité personnelle, d'indépendance, existe dans toutes les classes ouvrières blanches, chez l'ouvrier ayant un état comme chez l'artisan, chez l'engagé sur les fermes comme dans la plus nombreuse population ouvrière des manufactures; car déjà les États-Unis comptent parmi les nations manufacturières, ainsi que je l'ai fait voir dans un précédent chapitre, et ils promettent de ne pas le céder en industrie, en économie, en exécution, aux nations les plus avancées. Mais aussi, par suite, il n'existe pas aux États-Unis, à proprement parler, de population fixe d'ouvriers, c'est-à-dire uniquement destinée à cette spécialité, ou qui transmette de père en fils, de génération en génération, l'industrie avec ses habitudes, ses mœurs et ses vices.
Dans la Nouvelle-Angleterre, les quatre cinquièmes de la population ouvrière engagée dans l'industrie manufacturière se composent de filles qui quittent leurs villages pour s'occuper pendant trois à quatre ans dans les fabriques, y venir faire quelques économies qui doivent contribuer à leur établissement comme fem-
A^ DE Là puissance américaine.
mes mariées; car aux États-Unis le mariage est le but de totîtes les jeunes filles. Rarement après le mariage voit-on unô femme rester à la fabrique. Elles ïe tournent donc au village d'où elles étaient parties, rentrent dans la vie domestique, et* deviennent des mères de famille respectables.
En général, les personnes appartenant à la classe ouvrière s'établissent de bonne heure : un grand nombre des jeunes gens se marient de 20 à 25 anis, et les filles de 18 à 22 ans; et il est extrêmement rare de trouver une utiion que lé mariage n'ait point sanctionnée, cette situation étant susceptible d'être punie par la loi.
Le fait est que le concubinage ou le célibat ne peuvent devenir un état normal, comme en Europe, parmi là classe ouvrière, puisque le mariage n'est point pour elle un sujet de charges nouvelles ou d'impôts, mais au contraire une source de richesse et de bien-être. L'ouvrier marié double son revenu, double ses économies, et bientôt il se voit en possession d'avances assez considérables pour avoir le choix de continuer à améliorer dans sa ville natale sa position, ou, si le pays qu'il habite ne lui présente plus assez de moyens de satisfaire à son ambition, de s'expatrier vers ces régions où son industrie trouve d'inépuisables ressources, et qui offrent à son activité des appâts toujours croissants.
L'autre cinquième est composé en grande partie de jeunes gens qui ont l'ambition d'apprendre l'industrie manufacturière pour s'élever à la situation de contre-
matCrés^ Commis, ou agents directeurs. Cette classe est plus permanente ; l'autre, au contraire, se renouvelle sans cesse. Ce mouvement continuel dans la classe ouvrière manufacturière est évidemment désavantageux aux intérêts du chef de la manufacture^ car il perd nécessairement dans le changement dé ses ouvriers; mais ce qu'il perd dans l'habileté, il le gagne dans l'application et le moral des nouveaux engagés. Enfin un immense avantage pour la morale publique, c'est que de cet état de choses il ne résulté pas pour le pays l'acquisition d'une population entièrement dépendante de l'industrie des manufactures, sanâ caractère comme sans morale.
Un autre système particulier aux manufactures de la Nouvelle- Angleterre, et qui produit d'excellents résultats , C'est que les ouvriers sont tous logés et nourrîÉT dans des pensions appartenant au chef de l'établissement, qui les donne en location pour cet objet à certaines personnes chargées de ce soin, et veille luimême, en quelque façon , sur la police intérieure^ lë régime alimentaire et la propreté de ces espèces de pensionnats.
Un dernier avantage du système si^ivi dàûs les ma-^ ntlfactures de la Nouvelle -Angle terre, c'est qu'on y admet très-peu d'enfants, encore sont-ils toujours âgés de 12 atià au moins. Une loi de l'Ëtat du Massachusetts oblige les maîtres de manufactures à nëgàrdet" leé enfants au-dessous de 15 ans que pendant 9 moiâ de l'année dans lei; fabriques , et imposé robIigatit)n de les envoyer trois mois au moins à l'école.
ces villes , Taspect de la société y comme celui de la classe ouvrière , ne peuvent nullement donner unç idée du caractère fondamental de la société américain^ dans rintérieur du pays.
Il faut donc considérer ce que je viens de dire des classes ouvrières dans les États où l'esclavage n'existç plus, comme étant une peinture des mœurs, des habitudes de la classe travaillante qui habite les villes, ]âs villages , les campagnes éloignés du contact journalier des arrivages d'Europe, et telle qu^ je l'ai yu$ dans les contrées arrosées par le Penobscot, la Merri^ park, le Çonnecticut, l'Hudson, la Susquehannah, le Muskingum, le Scioto ou l'Ohio. Partout ^ur les rives de ces cours d'eau, la présence de l'homme laborieux était signalée par de riches moissons, par d'élégantei demeures annonçant le goût , les soins , la prospérité de ses industrieux habitants; de toute? parts, l'aisance se révélait à côté de l'industrie , l'homme paraissait riche de son travail, l'ouvrier était propriétaire d'uu çbavip bien cultivé et d'une habitation confortable, où il m'est arrivé spuyen|^ de dçp^^der et repevoif l'bo^ pit^Uté»
/Slaii;; ç^ ç^ caractérise essentiell|ça)tent l'o^v^f^f libr^ antérioaip » c'^st qu'il jouit de3 mémçi^ dpQÎtf électoraux que ceux qui l'emploient \ Il peut dono M présenter jour voter avec le môme 4ftgr4 4'ipfliMflace que les mieux favorisés de la foxtuue ; il siège §ur le banc des jurés , à l'égal des autres membres de I9 société, et prend son rang dans les miUç^s national^; m ^^ mot, il est citoyen Ub,r§ 4'ij3a m^^^J^ 'm^mi^
DE Lk PUISSANCE AMÉRICAINE. 4W
dante, et jouit de tous les avantages, de tout09 les pré? rogatives attachés à ce titre.
Dans sa classification comme industriel^ il fait par** tie d'associations qui ont pour but de pourvoir aux chances éventuelles de son état^ à son éducation pro*^ fessionnelle, morale et religieuse ; il en retire secours et assistance dans le besoin , y puise de nouvelles lumières et de nouveaux moyens pour développer les ressources de son génie. Aussi peut-on dire que Fott- • vrier américain se distingue par «on intelligence^ son activité; sa rare aptitude au travail utile.
L'ouvrier libre se trouve donc aux États-Unis, d'à-» près ce qui précède^ par rapport à la société civile et politique, dans le même droit commun qui régit toute la société américaine ; aussi est*il excessivement rare qu'il surgisse entre la société et la classe ouvrière a^ cune collision; cependant j'ai été témoin d'une <m deux circonstances dans lesquelles une certaine partie de la classe ouvrière refusa de travailler si on ne faisait droit à ses réclamations : le premier, c'était la classe des tailleurs , à Philadelphie , qui demandait que les femmes ne fussent pas chargées de la confection des pantalons, partie de travail qui appartenait de droit à leurs professions, tandis que les femmes pouvaient trouver d'autre emploi par leur industrie ; uilè autre fois , c'étaient les ouvriers terrassiers d'uft chemin de fer qui ^ n'ayant pas été ]^ayés par l'entrepreneur, s'insurgèrent et sé portèrent à dés iroies dé fait sur rétablisseïnent même du chemin.
Dans le premier cas, un àrraifigeiaieâl 6 FaiAiAMê téi
conclu entre les maîtres et les ouvriers tailleurs ; dans le second, justice fut rendue aux ouvriers, quant à ce qui leur était dû par l'entrepreneur qui s'était enfui; mais justice fut pareillement rendue contre eux, comme auteur de dommages, en les condamnant aux frais et dépens pour tous les dégâts commis à la voie et au matériel de la compagnie.
En général, lorsqu'un sujet quelconque de collision * ou de lutte surgit entre des travailleurs et des mattres, c'est toujours par un compromis à l'amiable que tout s'arrange; jamais l'autorilé de la loi n'intervient que pour protéger la paix publique violée par des voies ' de fait.
Dans les Ëtats du Milieu et Occidentaux, où l'on cultive particulièrement les céréales, le tabac, les protisions, etc., on a remarqué que l'esclavage était un moyen dispendieux d'obtenir ces ricbesses naturelles du sol ; l'esclavage a donc sensiblement diminué dans ces Ëtats, et Touvrier blanc, payé, y a substitué son travail plus prompt, plus intelligent, plus lucratif; car il ne peut pas y avoii; de concurrence avantageuse entre le travail du blanc et celui du noir dans les pays où les céréales sont cultivées.
Les trjivailleurs libres s'emparent donc de l'industrie dans les Ëtats à culture; bientôt le travail de l'esclave n'y sera plus possible , car il aura entièrement cessé d'être productif ; l'esclavage sera alors obligé de se réfugier dans les Ëtats où l'on cultive uniquement le coton et la canne comme sources principales de la richesse du pays.
Dans ces États ^ ce sont les nègres qui remplacent la classe ouvrière , et on n'y rencontre que peu d'ouvriers appartenant à la race blanche. Encore ceux-ci remplissent-ils le rôle de maîtres, et les nègres celui de tâckerons.
Les services d'un nègre, dans ces États, sont estimés de 375 francs à 1,000 par an, non compris une certaine quantité de vêtements qu'on est obligé de lui fournir.
Le maître est en outre chargé de veiller sur sa santé; aussi l'influence de ces soins, ou peut-être aussi de l'excellente constitution qu'il a reçue de la nature, est telle, que la race noire fournit un plus grand nombre d'exemples de longévité que la race blanche.
Si en effet on consulte les tables qui accompagnent le quinzième chapitre , on y retrouve les éléments de la comparaison suivante entre les personnes des classes blanches et de couleur qui ont dépassé 100 ans.
Sur l'ensemble de là population blanche , de 14,489,108, on trouve que le nombre de personnes qui ont dépassé 100 ans est de
Hommes 471
Femmes • . . 315
Total * 786
ou 0,005 millièmes pour cent de la population entière.
La population de couleur, libre, est de 386,245. Le
nombre de personnes qui ont dépassé 100 ans a été de
HooMiies ' 471
Fenunes 515
Total 786
OU 0|16 centièmes pour cent de la population de couleur libre.
La population de couleur, esclave, est de 2,487,215. Le nombre de personnes qui ont dépassé 100 ans a été de
Hominef. . , 75S
Femmes • . » . S80
Total 43$3
ou 0,053 Ddillièmes pour cent do la population esclave.
Et sur l'ensemble des deux populations de couleitri libre et esclave, s'élevant à 2,873^4601
Le nombre des personnes qui ont dépassé 100 an; e3t de 1,980, ou de près de 0|07 centièmes pour cent.
Ainsi, le noq^bre des noirs egQlave^ qui ont dépassé 100 ans est 10 fois 1/3 plus grand que celui de la race blanche ! Ne peut-on pas conclure de ce fait que cette classe de travailleurs ne se trouve pas dans une situation aussi iûalhéureusê que pourrait le faire supposer le rang qu elle occupe dans la société américaine ?
Pour ma part , j'ai beaucoup parcouru les États du Sud, j'y ai même séjourné pendant quelques années, par suite de mes travaux ; j'ai eu sous mes ordres un
p)5 LA JPfJjfiSANCÇ AMÉPICAINB. 4ii
gr^ud noi»br§ de tje$ trav^iUeurs; j> lestai vus égaler ment sur le^ Jiabitaltionç , et ja $uiis prêt à porter té« pioigi^age que copame hommep, mmmfi travaUlwr*, je les ai toujours vus heureux et cpatents.
Le fait est que dans les États à esclaves, la condi^ tion morale y religieuse et physique de^ nègres $'est considérablement améliorée dans ces dernières années, les maîtres trouvant leurs avantages à les bien trait^ri à veiller à leur santé , à leur bien-être*
Aux États-Unis ; au Nord comme au Sud, l'oisiv^tâ est tournée en mépris; tout homme travaille avec plus ou moins d'énergie , suivant le climat qu'il habite eJt la vigueur de sa constitution; mais enfin tout individu paye tribut à la conditioi^ impérative que l'homme est né pour le travail. Par suite , dans le Sud même, uu très-grand nombre de blancs, petits propriétaires ^ travaillent avec leurs nègres. J'en ai vu une infiaité d'exemples aux Âttacapas, sur la rivière La Fourçhei à la cête des Allemands, dans la Louisiane, dans la Floride , et dans la Caroline , la Virginie ou le Tei^^ nessee. Les propriétaires blancs , dans %iM condition plus aisée , suivent par eux-mêmes les travaux agri^ coles de leurs plantations , et TexoeptioA à c^te rii^la est de rare occurrence^
Les maîtres étant eux-mêmes les agriculteurs diri'» géant leurs travaux, les nègres travailleurs peuvent obtenir aisément justice de leurs réclamations, dxmi k loi comme l'humanité commai^lent aux proprié» taires de faire usage envers leurs esclaves^ Il n'en est donc plus aux États-Unis comme autrifoét aut cdl^
nies, où les soins, l'administration, l'emploi des nègres étaient confiés au despotisme d'un gérant qui, ayant rarement un intérêt direct à traiter avec humanité les nègres de la plantation qu'il régissait au nom d'un propriétaire absent, écrasait les nègres de mauvais traitements ou de travaux au-dessus de leurs forces.
Le mariage chez les nègres est l'état le plus ordinaire ; «t quoique la cérémonie soit rarement célébrée par les ministres de la religion, il n'en est pas moins un acte civil conforme aux règles et usages prescrits. Sans doute des exemples de concubinage existent; mais, en général, Topinion des nègres est fortement prononcée contre ce désordre. Souvent, trop souvent, dans les États du Sud, dans la Louisiane surtout, l'homme blanc fait de la négresse la compagne passagère de ses plaisirs, en a des enfants, et une race nouvelle, de sang mélangé, se crée ainsi et augmente tous les jours. Néanmoins j'ai toujours vu le nègre exprimer son dégoût pour ces sortes d'alliance, et mépriser souverainement la race qui en provient. Aussi je crois qu'il y a pour le moins autant d'antipathie entre les nègres et les mulâtres qu'entre les nègres et les blancs, comme races.
Mais un fait remarquable dans la situation sociale des esclaves dans les États du Sud, c'est que le mattre blanc travaillant souvent avec son esclave et partageant ainsi ses travaux, il en résulte des rapports plus favorables aux nègres. De bonne heure le nègre se considère comme membre de la famille de son maître, qui dès lors devient son protecteur naturel ; un gou-
vernement patriarcal s'installe, en quelque sorte, dans l'administration de cette famille composée de blancs et de noirs travailleurs. L'esclave dépend de son maître pour son bien-être, ses joies, ses récompenses et la rétribution de la justice; d'un autre côté, le maître comprend qu'il est de son intérêt d'alléger autant que possible les douleurs de l'esclavage. Aussi intéresse-t-il ses esclaves à la culture d'un petit champ qui devient leur propriété, et dès lors un moyen de leur procurer quelques douceurs par ses produits, soit par l'usage direct, soit par la vente. Chaque nègre a donc à lui appartenant un petit champ (imck patch) de 40 à 80 ares, qu'il travaille dans les heures réservées à son repos.
Quant aux nègres affranchis, ils sont en général dégradés, de mœurs et d'habitudes vicieuses ; ils se concentrent dans les villes, où ils se chargent des plus grossiers travaux. Leur existence précaire et misérable les conduit souvent sous la main de la justice.
Néanmoins il en existe aussi un grand nombre qui forment exception à cette règle, et qui trouvent des emplois honorables sur les bateaux à vapeur ou dans les hôtels, comme intendants ou cuisiniers. Du reste, en général, comme l'état de domesticité aux États- Unis n'existe pour ainsi dire pas pour la classe blanche, ce sont des affranchis, leurs fils ou ceux qui naissent après que l'esclavage a été aboli, qui remplissent les fonctions de serviteurs. Ils peuvent donc trouver facilement à s'employer, pour peu qu'ils le veuillent ; et s'ils tombent dans la misère, c'est que
444 DB Lk mSSknCÊ AHÉRiaAlNË.
kt débaucbe paratt è%te leur état naturel^ et qu'il est dand leur bature de craindre le travail.
Malgré cet état de choses^ la longévité parmi cette race d'hotnmeiâ^ comme dans celle des esclaves, est, ainsi que je l'ai fait voir plus haut, plus grande que èhez les blancs. J'ai déjà fait voir, Chapitre XV, que la progression d'accroissement cheï la race de couleur affranchie était de 23 pour 4 00 ; l'assertion que k classe des affranchis se trouve dans une condition si désespérée qu'elle doit succomber de ûiisère sous la civilisation des blancs n'est donc nullement fondée en fait. Et, au contraire, on peut avancer qtié fi\\r l'en- Seiîible de la population, la mortalité n'^t pas plus grande, à beaucoup près,, parmi les noirs affranchis que pài^mi les nègres esclaves.
Les classes pauvres ou ouvrières ne peuvent trouver Eut aucun point du globe peut-être les mêines avantages, les mêmes ressources que leur assurent lé vaste et fertile territoire de l'Union et ses admirables insti*tutions. Aucun individu, en effet, aux États-Unis, ne peut être si pauvre qu'il ne puisse espérer devenir un jour propriétaire dans les solitudes de l'Ouest. Le prix des terres du gouvernement est de 15 francs pat hectare. Pour 500 francs ou [1,000 francs, il peut donc acheter Uiie excellente' ferme de 32 hectares 1/2 ou demi-quarts^ où de 65 hectares ou qmrts (1). Dans une seule année, un ouvrier peut facilement gagner
(1) Lés lah ittr les terres du domaiae publie les partagent en carréidc 6, milles^ %9I^ mètres de côté, appelé towitship;\e township est difiaé exL 36 carrés d'un mille de côté, couvrant ainsi 289 hectares (640 acres) appelés
DE LA PUISSANCE AMÉRICAINE. Ui
lès moyens d'acquérir une propriété; il prend une femme qui contribue directement ou indirectement k cette nouvelle situation, et, plein de confiance et d*espoir, il tourne ses pas vers les grandes régions occidentales, où sa présence, son travail, son industrie sont en demande et peuvent toujours être bien rétribués. Dans la première année de son arrivée sur ses nouveaux domaines, il peut aisément, par son seul travail, pourvoir aux besoins de sa famille, acheter une vache qui lui donne du lait, et des cochons pour sa nourriture. Dans très-peu d'années, toutes ces choses ont grandi et multiplié autour de lui ; de nombreuses volailles, des cochons, des chevaux, des bestiaux animent sa propriété, riche en grains, en provisions de tous genres qu'il doit à son seul travail. Ce spectacle de tous les jours, de tous les instants de sa vie, remplit son âme de reconnaissance pour cette divine Providence qui Ta mis ainsi à même de devenir le père, le bienfaiteur de tout ce qui l'environne. Et lorsque les frimas de rhiver ramènent autour de sa retraite toutes ces créatures auxquelles il peut étendre les bienfaits de sa prévoyance et de ses greniers bien approvisionnés, alors un sentiment de pieuse reconnaissance augmente en lui, et lui fait tourner les yeux vers le ciel pour le remercier de la position heureuse qu'il lui a faite sur la terre.
sections. La section est partage en quarts de 68 hectares oa 160 acres, on en demi-quarts de 32 hectares 1/2 ou 80 acres.
La plupart det fermes cultivées i^ar les blanci sont d'an quari on d'un demi'quart.
Ses enfants partagent ces nobles sentiments^ car tous les jours ils en sont les témoins, et s'instruisent auprès de lui, à tous les instants de leur vie, de cette pensée dominante chez leur père, que Thomme, sous la protection immédiate du ciel, ne doit dépendre que de lui-même et de son travail ; que tout ce qu'il doit réclamer des hommes d'Ëtat que sa voix a contribué à appeler au timon des affaires, c'est la garantie de lois justes.
. Telle est la condition morale et matérielle ordinaire de l'homme de la classe ouvrière aux États-Unis ; les exceptions ne se trouvent que dans l'atmosphère des grandes cités sur l'Atlantique, où les nouveaux arrivants n'ont encore pu s'impressionner de l'heureuse influence des principes, des habitudes et de la couduite qui constituent le véritable caractère démocratique des Américains.
Toutefois il est malheureusement trop vrai que des nouveaux arrivants en cherche de travail sur la terre des Étals-Unis se sont trouvés si dénués de toutes ressources, qu'il leur a été impossible de gagner les terres de l'intérieur où ils pouvaient toujours utiliser leurs bras, et se sont vus obligés de rester dans ces grandes villes, où il est peut-être plus facile encore qu'en Europe de se livrer à la débauche et aux vices de la paresse pour un temps, et bientôt après dans la triste .jilternative de périr de misère sur cette terre d'abondance ou de retourner en Europe.
Je n'ai qu'une explication à donner de la cause d'une si cruelle position : c'est que trop souvent ces
mêmes hommes, qui ne parvenaient à se soustraire à la mendicité en Europe que par une extrême frugalité et tempérance, n'ont pas plutôt mis le pied sur le sol américain, qu'ils oublient leur ancienne misère, et dépensent en quelques instants le fruit de longues et dures économies !
Que le travailleur européen qui croit devoir chercher à améliorer son sort par l'émigration recueille donc ce conseil de ma longue expérience : qu'il vive, dans ce j)ays d'émigration, avec la même économie, la
même retenue, le même calcul de travail que sur sa terre natale, et je lui garantis qu'avant peu d'années
il aura réalisé suffisamment pour devenir, lui aussi,
propriétaire sur quelques points des immenses domaines occidentaux, où plus de 150,000,000 d'hectares d'excellentes terres sont à disposer et ne demandent que des travailleurs.