CHAPITRE II
DICOOVSETBS ET PBKMIIBS ÉTABUSSUIEIITS DES VEARÇAIS ET DEE EEPÀOEOU.
Jacques Cartier ; le fleuve Saint-Lauréat; Montréal. — Heraiano de So:o; la Floride ; le MisfissipL — Luis Motcoso de Alyaredo ; Pensacola ; la Afobile. — FrançcMs de la Eoche, lieur de Eoberval, premier gouTemeur des possessions françaises en Amérique. — - Schismes de l'Église anglicane, de GalTio ; discussions religieuses : Réformistes, Brownistes, Puritains, Indépendants, Gongrégationalistes. — Jean Ribautet René de Laudonnière dans la Caroline. — Destruction de cette colonie par Pedro Manendez. — Saint-Augustin. — Dominique de Gronrgue tire vengeance des Espagnols.l ,
Si le fanatisme et le zèle religieux du quinzième siècle ont conduit à la découverte du nouveau monde, les luttes religieuses qui ont signalé les seizième et dix-septième siècles ont puissamment contribué à le peupler d'une race d- hommes d'élite que distinguaient également leur foi profonde et leur amour de la liberté.
Le commencement du seizième siècle a été signalé en effet par l'hérésie de Luther, par le mouvemeiit réformiste de Jean Calvin , et par la fondation de la Société de Jésus par Ignace de Loyola. Cette compargnie eut pour but et tendance de s'opposer aux progrès de la réforme y à la tête de laquelle s'était placé
Calvin. Ses soldats plantèrent leur étendard sur tous les points du globe : aux grandes Indes ^ au Thibet, en Cochinchine, en Chine, enËthiopie, en Abyssinie, en Californie , dans les plaines du Paraguay y et dans les glaces et les neiges du Canada.
De 1525 à 1534, les Français ne firent que des efforts infructueux pour coloniser TAmérique, lorsque, dans cette dernière année, Jacques Cartier, de Saint- Malo, fit un premier voyage de découverte vers l'île de Terre-Neuve, et, le jour de la Saint-Laurent, entra dans les eaux d'un golfe et d'un grand fleuve , auxquels il donna le nom de ce saint (1). Aux indigènes habitant la partie inférieure, ce fleuve était connu ]^T lenoxpLd'Ouitabua^ nom de langue huronne , et aux Iroquois, qui vivaient vers sa partie supérieure, par le nom de Cadaraqui. Cartier se détermina à hiverner dans ces eaux , bâtit un fort sur les bords du fleuve , prit régulièrement possession du pays au nom de François ¥% fit alliance avec les Indiens, et visita le principal établissement des Hurons , qui se trouvait sur rile d'Ochelaga, à laquelle il donna le nom de Montréal, à cause de la magnificence de la vue et de l'apparence de richesse qui se déroulait à ses yeux du haut de la colline qui domine le centre de cette île. Aucun spectacle n'était plus propre, en effet, à produire dans l'imagination de Cartier une favorable impression sur la nature du pays et les ressources qui semblaient se développer sous ses yeux, dans un immense horizon, que
traverse le fleuve majestueux dont les eaux vont s'unir à l'Océan à plus de cent lieues au nord.
Après avoir pris ainsi une connaissance intime de l'entrée principale de ce nouveau pays, visité les lacs supérieurs^ fait alliance avec les paisibles habitants de ces rivages, il laissa garnison au poste qu'il avait créé au-dessous de Québec, et revint en France, où, par une légèreté impardonnable, on parut oublier, du moins pour un temps, l'objet de cette importante entreprise.
Suivant Hakluyt ( 1 ) , plusieurs particuliers de Londres iSrent, en 1536, un armement avec l'intention avouée d'aller de nouveau tenter des découvertes au nord de l'Amérique ; ce qui prouve bien que cette côte était encore fort peu connue des navigateurs anglais. Cette expédition fut réduite, par le manque de vivres, à la plus triste extrémité , et , après s'être abandonnés à des excès qui ne trouvent leur excuse que dans la loi impérieuse et fatale de la nécessité , ils rencontrèrent un navire français qui se rendait à la pêche du grand banc de Terre-Neuve, s'en emparèrent de force, le pillèrent, et s'en servirent pour revenir en Angleterre.
Un des plus importants voyages faits jusqu'à ce jour par les Espagnols dans les Florides fut celui qu'entreprit, en 1539, Hermano de Solo. Les dispositions pour cette expédition furent considérables tant en hommes qu'en argent. Il emmena avec lui neuf cents hommes d'infanterie et trois cents de cavalerie.
CD Hakluyt, III, p. 112.
4$ DE u ppBsiNcs iw^tacmE.
Sôto avait été la compagaon de Pisigrro ; il brùl«ît du désir de se distinguer et surtout 4'acquéjrir d# 90Ur velles richesse^ ; il ne négligea rien pour que tou^ ses pr^ratifs fu^seat complets et répondissept a9¥ grandes espéranGe$ qu'il e^treteuait sur la déoouvj^te des iuunenses richesses que ce pays était supposé f^ celer. Il toucha la côte des Florides sur le golfe 4u Mexique, à la Imie de Spiritu-j^ancto, ^'enfonça bardi^ ment dans les terres avec tous ses hommes de iguerre» tant cavaliers que fantassins j se dirigea vers l'oue^) et pénétra daas les terres des Ghérokièç , cherchât des mines d'or que trois siècles plus tard on devai( exploiter avec profit. \\ passa près de quatre VM k parcouru* avec sa troupe tout le pays de la Floride e( de la Louisiajfie , en quèt^ de vaines richesses qu'il m lui fut pas permis de découvrir; il visita les hords d9 Mississipi, et il peut être considéré ajuste titre COIA199 le premier qui le découvrit ; il reconnut également le^ rivières White et Washita , et vint enfin mourir sur ley bords du Mississipi, le 21 mai 1542.
Luis Moscoso de Alvaredo le remplaça dans le coia* mandement de sa troupe j dont il ramena les faibles débris , réduits de plus de moitié par les combats, le9 fatigues et la mortalité ; ils construisirent un bateau sur les bords du fleuve, le descendirent , et gagnèrent Panuco, dans le Nouveau- Mexique, en suivant pendant quinze jours les bords de la côte.
C'est pendant Texpédition aventureuse de Soto que les Espagnols découvrirent Pensacoia y appelé par les indigènes Amken ou Anchusiy et la Mobile ^ qui était
nommée ihviUaj du nom ondoie dey Indiens vivant ^r ce lieu.
En ^1540, jUs Français s'oocupèrent^lu» activement de coloniser leurs possessions d'Amérique et donnèrent plus de suite à leurs projets d'étajbiissement. François T' nomma, cette année , François de la Roche, sieur de Rçberval^ son lieutenant géncml es terres n0vm$ du Canada, Hoclikelq^ga, Saguenay et autres lieuxj et Tautorisa à habiter les terres et pays ci-dessus désignés, à y bâtir des forts , et à y conduire des famUies.
De 154i à 1542 , Jacques Cartier , nommé caj>itaine général de cinq vaisseaux de découverte , arrive au cap Breton (île Royale), s'y fortifie et y forme un premier établissement ; il poursuit ensuite sa reconnaissance du cours du Saint-Laurent jusqu'à deux cents lieues de son embouchure; et y ^elte les fondations de colonies françaises, qui plus tard reçijLrent l'appui du marquis de Roberval; sous Charles IX. Mais la rigueur du climat arrêta le succès de ces premiers établissements , et bientôt on parut oublier de nouveau en France Tinuportance qu'on devait attacher à la colonisation de l'Amérique.
En 1549; ^es Espagnols tentèrent ^^e nouvelle expédition en Floride : elle fut dirigée par Pierre Assumada, fuies Samare, et cin<^ moines dominicains, qui marchaient en avant avec de grandes croix ; s'imaginant par là en imposer aux Indiens : ce qui ne les empêcha pas néanmoins d'être assassinés et brûlés par les indigènes.
Cependant des dissidences dans les opinions religieuses commençaient à travailler la société française ; *sous le prétexte de la religion , d'horribles cruautés avaient été commises par les troupes du roi sur des villes huguenotes. En Angleterre , Henri YIII s'était constitué chef de l'Ëglise anglicane^ et avait ainsi occasionné un schisme; mais Thomas Grammer^ archevêque de Canterbury , change entièrement la religion du royaume, et y établit l'hérésie. En France, le calvinisme trouve un puissant appui dans Marguerite de Valois, reine de Navarre , qui fit faire des progrès rapides à cette secte naissante , tandis qu'en Angleterre, la reine Marie , fille de Catherine d'Aragon et sœur aînée d'Edouard, auquel elle succéda en 1553, rétablit la religion catholique. Cette circonstance détermina en 1554 des persécutions contre les protestants, qui cherchent un refuge sur le continent ; un grand nombre se retire à Genève , où ils se réunirent en communauté sous le ministre Calvin.
A l'avènement d'Elisabeth , qui succéda à la reine Marie, sa sœur, en 1558, le protestantisme prit l'ascendant. Les réfugiés huguenots retournèrent alors en Angleterre à cause des préjugés profondément enracinés qu'ils nourrissaient contre l'Église qui les avait persécutés ; mais ils n^Q retrouvèrent pas dans Elisabeth une aussi grande protection qu'ils l'avaient imaginé , et ne purent réussir à faire changer les formes du reste de l'Ëglise.
L'esprit de réforme continua à gagner des prosélytes, qui cependant furent obligés de se soumettre en
silence à la puissance plus forte de l'union de l'Ëtat avec rÉglise.
Parmi les réformistes de ces temps qui voulaient introduire des modifications dans les doctrines et dans la discipline religieuses , un grand nombre prit pour chef un certain Brown , qui réduisit sous la forme de système tous les changements auxquels tenaient plus particulièrement ses coreligionnaires , et donna ainsi naissance à la secte qui a porté depuis le nom de brotvnistes, communément connus sous le nom de pu' ritains. C'est à cette secte première que se rattachent les réformistes actuels connus sous le nom d'indépenrdants ou congrégationalistes.
Brown s'attacha à prouver la corruption de l'Ëglise anglicane; que ses ministres étaient illégalement nommés; que ses ordonnances, règlements et préceptes étaient contraires à la sainte Écriture , et par conséquent sans force. Il soutint que toute communauté de chrétiens avait le droit de se réunir pour prier Dieu suivant sa propre doctrine , et constituait de fait une communion ou église ayant droit de régler ses propres affaires y dont elle ne devait compte qu'à Dieu seul ; qu'enfin les affaires de foi , de religion et d'église devaient être gouvernées par la majorité. Les doctrines des nouveaux réformistes étaient, dan« le fait, si complètement démocratiques, qu'elles suscitèrent les haines des autorités civiles et ecclésiastiques de l'Angleterre.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que le chef de cette réforme fut gagné au parti orthodoxe : Brown
2Sf m. LA PmSSÀNiCÊ AMÉR»CAIN15.
réiitîâ dans la communion de l'Église; néanmoim^, malgré la désertion de leur chef, les réformistes persistèrent dans leurs doctrines et virent leur nombre s^accrottre sensiblement, et exercer, dans la suite, une tfès-gtande influence.
Ainsi à c6té de l'Église établie, puissante par la politique bien plus encore que par son action sur les cœurs, se sont développées chaque jour, depuis cette époque, des Églises nouvelles qui, nées du libre exameui combattaient les dogmes de l'anglicanisme et lui reprochaient ses déviations; à côté de ces temples érigés aux frais du budget, se faisaient tous les jours 4es diapellçs que des souscriptions volontaires ont payées ; à C0té des prêtres vivant de leur dévotion ou des propriétés de Téglise , d'autres prêtres prêchaient une foi nouvelle, et la bonne voïonté de leurs adhérents suffissiit bientôt à leur prospérité. Ainsi, par la conséquence même du principe protestant, la religion sUDglic^ue s'affaissait.
Telle a été l'origiiie de ees nombreuses émigrations qiie nous verrons plus tard venir reeaeillir l'héritage de liberté que le génie de Colomb avait su conquérir pcfor les générations avenir, en leur léguant un monde nouveau k fertiliser.
L'anné 4559 ftit sîgnitlée par le commencement des troubles religieux eti Frafnce : Henri II rendit à Écouen son terrible édit de juin, qui punissait de mort tous lés luthériens. Soiis François II, les querelles de rehgi6it ptirétA {ttM de i^^lê éttètf», «i Mftitmt «nr
M U tVmkNCE AMÉRICAINE. iS
fin , en 4 560 y dé prétexte à la fameuse conjuràtioû d'Amboise.
Cependant^ vers le commencement du règne de Charles IX, lès troubles (^'apaisèrent un peu; une espèce de tranquillité, précurseur dé plus grands troubles, sembla régner pour quelque temps, par suite de rintervention de Tamiral de Coligny ; les^ hugue* nots furent moins inquiétés, il letir fut même accordé d'exetcer leur religion en publie par tiii édit royal, le premier rendu en leur faveur.
L'amiral de Coligny avait longtenrps désiré créer un lieu de refuge pour les huguenots ; il s'occupa avec ardetit de la réalisation de ce projel , en cherchant à fonder un empire protestant en Amérique. Dans ce but, il fit organiser une expédition de découverte sous les ordres de Jean Ribaut de Dieppe, et de Refié de Laudonnière. Gértte expédition arriva, en 1562, sur la côte de la Floride, la même qui avait déjà été rec<mnue pat Verrazoni en A 523 , et toucha un peu au nord des possessions espagnoles , à l'embouchure de la rivière Saint- Jean , alors connue sous le nom de rivière de Mai. Les navigateurs français étendent leurs recherches sur tout le littoral jusqu'au cap de Virginie, ^ remontant vers le nord-est, et, après s'être assurés des avantages que présente ce pays pour y établir une colonie , ils en prennent possession au nom de leur souverain, en l'honneur duquel ils donnent son nom au pays de la Caroline, nom sous lequel il est encore connu aujourd'hui.
Enfin un preittiet établissement es^t créé à l'émbou-
chiire du Saint Jean ^ sous le nom de fort Saint- Charles, et son commandement donné à René de Laudonnière.
La Floride était alors bien connue des Espagnols, qui y avaient fait, ainsi qu'on a vu plus haut, de nombreuses excursions ; ils avaient même créé déjà quelques postes sur les points du littoral, sur le golfe où leurs expéditions avaient touché. C'est ainsi que l'excellente rade de Saint-Joseph, où Ton trouve vingt-deux pieds d'eau sur la barre, et si favorablement établie par les Américains aujourd'hui, qu'ils exportent par ce port près de cent dix mille balles de coton par an, était fort estimée des Espagnols dès cette époque, à cause de son bon mouillage.
Dans le fait, les Espagnols, ayant été les premiers à découvrir la Floride et à en traverser son territoire, ainsi que la vallée du Mississipi, étaient dans Thabitude de considérer cette possession comme une annexe du Nouveau-Mexique, qu'ils avaient antérieurement découvert et où ils s'étaient établis.
Quant aux Anglais, ils n'avaient encore aucun établissement sur le continent américain; néanmoins leurs vaisseaux visitaient quelquefois ces côtes dans le but de se livrer au commerce avec les indigènes. C'est ainsi qu'ils eurent occasion, en 1563, de porter des secours aux colons français de la Caroline; et, dans le désir de faire connaître ce pays à leur souveraine, la reine Elisabeth, ils prirent à leur bord quelques Français, comme témoignage des relations avantageuses qu'ils rendirent sur ces pays.
En 1564^ Jean Ribaut bâlit un second fort dans la Caroline, auquel il donna le nom de fort Charles; et René de Laudonnière, dans son second voyage, éleva un autre fort à Tembouchure de la rivière Hitanachi, dite du Saint-Esprit, dont il donna le commandement au capitaine Albert. Il paraîtrait que ce poste aurait donné naissance à la ville actuelle de Charleston, située à Fembouchure des rivières Cooper et Ashley, d'où il résulterait que ce poste, situé sur un des meilleurs mouillages de cette portion de la côte méridionale de rAmérique du Nord, aurait été occupé cent ans avant que les Anglais en aient fondé un seul* sur le continent !
Jean Ribaut retourna en France. Il visita de nouveau la colonie dé la Caroline en 1565, et y remplaça René de Laudonnière dans son commandement.
Les émigrants qui vinrent s'établir dans la Caroline appartenaient pour la plupart au calvinisme ; ils donnèrent aux rivières qui arrosent ces fertiles contrées, des noms français qui, en leur rappelant la France, semblaient ainsi leur faire reporter sur leur patrie adoptive les mêmes sentiments d'attachement qu'ils avaient pour la terre natale. Ils confondaient ainsi dans la même pensée les regrets de ce qu'ils étaient obligés de fuir par esprit d'indépendance religieuse , et la reconnaissance pour le sol- qui devait les faire vivre libres.
La colonie de la Caroline s'étendait depuis la rivière Saint-Jean, dont le promontoire était appelé cap Français, jusqu'au 33^ degré de latitude; et les rivières
fê DR LA PUISSANCE AMÉRICAINE.
qui Tiennent sur ce liltoral de jeter à la mer étaient Nommées, à pafrtir du cap Français^ du Dauphin^ de Seine, de Somme, de Loire, de Charente et de la Gironde.
MalheureuiSfement pour cette colonie et la permanence de ses établissements , la France se trouva de nouveau déchirée par les dissensions civiles et divisée par les querelles absurdes de la théologie ; on y oublia les colons de la Caroline, qui furent ainsi réduits à i^ésister seuls contre la double jalousie des Anglais et des Espagnols : les premiers voyant avec peine rétablissement des Français sur le continent américain, objet de leurs prétentions et de leur convoitise; les seconds, leurs voisins et rivaux, qui, sous un prétexte religieux, tombèrent à F improviste sur les faibles établissements des Français, et , au nom de la foi , se fi^értèrent aux plus cruels excès sur de malheureux habitants isolés et sans défense.
Cette expédition de flibustiers eut lieu, en 1565, sotis les ordres d'un certain Pedro Manendez, qui, ayant débarqué sur la côte de la Floride le 8 septembre, jour de la Saint-Augustin, en donna le nom au port qu'il fonda solennellement, en proclamant Philippe II souverain de TAmérique du Nord ( La ville de Saint*Augustin serait ainsi de plus de quarante ans plus ancienne que toute autre ville fondée par les Européens dans les États-Unis.
Ainsi fut détruite dès son origine, par une attaque aussi lâche qu'inqualifiable par sa barbarie, la colonie française de la Carolitiè, foàdée à une époque où, par
DE Là PWSSANCE AMÉRICAINE. 2f
suite des découvertes et établissements au nord et au gnd antérieurs aux Anglais, la France aurait pu réclamer et étendre sa soureraineté sur tout ce nouveau continent.
Cette lâche attaque resta sans reeevoit même la moindre protestation de la part des ministres de Charles FX, jusqu'au, jour où un simple citoyen, le capitaine Dominique de Gourgue, de Mont-de*Marsan ( Hérault ) , prit sur lui de venger nos compatriotes en faisant subir aux Espagnols les mêmes actes de cruauté. Ils avaient pendu nos frères comn^e héréti^ies, il les fit pendre c&néme assassins, Âf^rès avoir tiré la just^* vèmgeance qu'il dési^it des Espagnols, il détruisit leurs forts et revint en France.
Depuis lors, jusque vers la fin du siècle, on ne s'oo cupa presque plus de F Amérique. Notre malheureuse patrie fut bouleversée par les guerres de religion sous lés règnes de Charles IX et de Henri HI ; enfin 1572 vit rhorrible attentat d'un roi sur le peuple de sa capitale ! attentat qui devait encore se renoufveler plus d'une fois, comme pour servir plus efficacement à la lente, mais durable éducation du peuple.
Quant à la colonisation de la Virginie septentrionale ou de Plymouth, de vains efiforts furent tentés, en 4607, pour l'effectuer suivant les droits de la patente concédée par le roi Jacques à la compagnie de Plymouth. Le chef de justice Popham, et Georges, gouverneur de Plymouth, membres de cette compagnie, envoyèrent un vaisseau qui fat capturé par les Espagnols, qui alors s'arrogeaient seuls le droit de naviguer dans les
mers du nouveau monde. Une seconde expédition eut lieu sous les ordres du capitaine Haleigh Gilbert et la protection de Georges et Popham. Elle mouilla dans la rivière de Kennebec, et fonda avec quarante -cinq colons un premier établissement, auquel on donna le nom de Saint-Georges. Mais ils trouvèrent le climat si rude, qu'ils abandonnèrent ce poste, en 1608, sur le vaisseau venu pour leur apporter des secours.
Ainsi se termina, dès cette année, la tentative faite par les Anglais pour coloniser cette partie du continent. Smilh (1) dit que le pays fut jugé trop froid, *stérile et montagneux pour s'y établir, et qu'il ressemblait à une espèce de sol semé de rochers. Ce jugement ne me paraît pas hasardé ni exagéré, surtout pour l'époque où il fut formé, car je ne connais pas sur le globe, par la même latitude, un pays d'un aspect plus repoussant à cause de sa nature âpre, de son aridité, et surtout de la quantité de rochers qui non-seulement font de ce littoral une véritable côte de fer, mais encore couvrent loin dans les terres une grande partie du territoire, de manière à ne laisser que très-peu de terre à la végétation.
(i) Smitb, p. 204.