CHAPITRE IIL
DÎCOmnETU BT COLONISATIONS DBS PBlNÇilS BT DU INOLÂIS.
Elisabeth, reine d'Angleterre, s'occupe de créer une marine. — Martin Forbisher. — Lettres patentes accordées è sir Humphrey Gilbert pour la décoQTerte de terres inconnues; il périt dans son Toyage.—Nouyelles lettres accordées à sir Adrien Gilbert; son Yoyage est inft*actueux. — Jean Davis.
— Nouvelles lettres accordées à sir ^alter Raleigh. — Découverte de la Yii^'nie. ^ Sir Richard Greenville à Tile de Roanoke ; y laisse des colons; ceux-ci périssent; Hariot; introduction du tabac en Europe ; abandon de la colonisation de la Virginie. ^ Le marquis de la Roche nommé lieutenant général des possessions françaises en Amérique; il laisse des colons à l'ile de Sable. — Le sieur Chauvin fonde Tadoussac. — Le capitaine R. Grosnold. Le capitaine Champlain. ^ Le commandant de Cbarte. — Fondation de Port-Royal, en Acadie, par les sieurs de Montz et de Poitrincourt. — La rivière Saintê-Croix. — Le capitaine Martin Pring de Rristol. 7- Le sieur de Pontgrené. — Le cspitaine Gbamplain sur les côtes delaJ^ouvelle-Aogleterre. — Jacques I*', roi d'Angleterre, concède à ses sujets une partie de l'Amérique sons les noms de Virginie méridionale et Virginie septentrionale.
— Sir Thomas Gates. —Le capitaine Newport.^Administration de la colonie de la Virginie.
* L'Angleterre ne reporta son attention sur FÂmérique que plus de soixante ans après les efforts infructueux de Cabot, et Thonneur d'y fonder des premiers établissements fut, en quelque sorte, réservé au règne d'Elisabeth, renommée par son activité, son habileté et surtout par son esprit d'entreprise.
Le royaume fut tranquille pendant presque toute
la durée de son règne heureux ; le commerce prit un grand essor et prospéra. La navigation fut étudiée comme une science , perfectionnée et rendue plus pratique comme ^rt; le^ ?rt9 iiiéciianiques acquirent un degré remarquable d'amélioration ; enfin on s'occupa de créer une toârîne et des marins, et les voyages de découvertes^ par suite, se multiplièrent.
Un des premiers fut entrepris par un nommé Martin Forbisher, dans le but de découvrir un passage par le nord-ouest aux grandes Indes. Ce premier voyage n'eut aucun résultat.
Le même avemturjer fit un second voyage s^itant dans le but de trouver un passage aux Indes que dans l'espoir de découvrir des mines d* or. L'avarice et la Cupidité dans ces temps étaient telles, que des ce^ta^es de volontaires se présentèrent et sWfrirent à l'accompagner daos ses aventureuses recherches. Cependant ce second voyage ne fut pas plus heureux tjue le premier ; il rencontra des glaces^ des tles de sable, et ne vit que des côtes hérissées de rocher^ ^ujr lesqi;iel|[es ils coururent les plus grands dangers sans en rien rapporter.
En 1578, la reine Elisabeth accorda des lettres patentes à fir Hufaphrey Gilbert pour la découverte de terres inconnues. Le texte de ces lettres portait que « sir Humphrey Gilbert (1) était autorisé à découvrir tf et à prendre possessiou 4e toutes terre$ inconnues « ou habitées par des nations sauvages, mais mn occu*
DB LA Pi?J»:»ANCE AM^fdCAINC. fi
« pées par des nations chrétiennes, q^i'il a¥«it t(m$ « droits et tous pouvoirs sur les pays dont il prisacjiriait « possession. En outre, il était (dit que tous s^ets de « la Grande-Bretagne pourraient fe'étaUir dans h^ « colonies fondées par sir Humphrey ; sir Hiunpbrey (( Gilbert devait jouir du droit de propriété sur toutou « ces terres, à la condition de payer à to couronne « d'Angleterre une redevance d't«i» cif^quime de tou- « tes les mines d'or ou d'argent qu'il découvrirait^ et « de rendre hommage à la suprématie de son souvs- « nin. A ces titres et clauses, sir Humf^i^rey et sef <« héritiers devaient jouir du droit d'établir et gouve^^* « mt ses colonies suivant son bon plaisir. ^>
Cep^Gidant sir Humphrey ne put mettrç à eicécutio^ iWreprise qui fi^tisait l'objet de ses lettre;s que cinq ans après qu'il les ei;it obtenues ^ ayant enfin réussi à former une expédition assez considérable, il mit à la voile pour les c6te$ de l'Amérique, dans le l^t de planter une colonie au nord des Florides^ Il aJborda à l'Ile 4^ Terre-Neuve, où, suivant le dirçd'Hakluyfi{4), les indigènes lui présentèrent des échantillons 4^ mine-rais dont il ne voulut pas faire l'essai syr les lieux, de crainte d'éveiller Tattention desFraiàçais, déjà établie lur ces terres, et de levr donner ainsi counaissance des ressources qu'elles possédaient.
Sir Humphrey Gilbert ne fut point heureux dans le!$ tsntatives qu'il fit de s'établir en Amérique ; il périt corps et biens dans une tempête près du cap Breton ;
(1) Hiklayt, t. lU, p. 165.
les autres marins de son expédition purent regagner l'Angleterre.
L'expédition de sir Humphrey ne produisit donc rien pour les droits de TAngleterre ; elle constata la préexistence des établissements français dans ces parages.
Sir Adrien Gilbert, muni également de lettres royales pour la recherche d'un passage en Chine et
aux Moluques par le nord-ouest de l'Amérique , et s'établir sur les terres inconnues, s'avança dans la même direction que son frère^ mais ne fut pas plus heureux que lui.
Peu de temps après les voyages tentés par sir Humphrey et Adrien Gilbert, Jean Davis fit une nouvelle tentative, mais inutilement, pour trouver un passage au nord-ouest qu'ont cherché depuis, en 1792, 1810 et 1820, les capitaines sir John Ross, Parry et Franklin.
Sir Walter Raleigh n'avait point accompagné son parent, sir Humphrey ; il ne se laissa pas abattre par la mort de ce dernier, mais, au contraire, témoigna une plus grande ardeur pour former des établissements en Amérique ; il demanda et obtint de la reine de nouvelles lettres patentes dont les termes étaient plus libéraux que les premiers. On y accordait, par exemple, c< le droit de citoyen de la Grande-Bretagne à c( tous ceux qui se joindraient à sir Raleigh dans la «( fondation de sa colonie. Il était en outre fait défense ce à tous autres émigrants ou voyageurs de s'établir « à une distance moindre de deux cents lieues de « cette colonie pendant six ans. »
Ç^lattres piitçnl^R furent ren^oe» w t584 (1). Dan» leoQurant dQ oattci WQÔei il envoya deui^ QavirQ$ qu'il cop^a au commandement des capitaines Philippe Alpages et Arthur Barlow, aui^queU il enjoignit de recoanaltre les côtes et le pays et de s'assur^ir de la possibilité d'y établir une colonie.
Ces capitaines firent plusieurs découvertes au $ud ; ils abordèrent à Ttle de Jloanoke, située par )e 3^^ degré de latitu4e bqréale, et rapportèrent de ces ps^ys une description si belle et si menfoilleuse, qu'p^ l^i donng le nom de Virginie^ en l'honneuir de la reine |)lisabeth qiii jamais n'fivait été mariée.
Sir Richard GreenviUe, un des pipemiers associas de sir Walter Raleigh| mi( e^ mer ayec sept vaisseaux, eu 1585 ; il relâcha à l'He de Roanpke, où il laissa cept huit colons qui s'oùçup^rent plus çle faire 1^ reclterche des mipes que de pourvoir à leurs moyens d'existence ; ils se trouvèrent bientôt réduits k une misère telle, que l'amiral sir Francis Praire, qui toucha à ce même point de la côte^ en 158Ç, en reyenant d'upe croisière sur les côtes de Garthagène, fut forcé de les ramener en Europe. En juin ^587, ils arrivèrent tQQs en Angleterre.
Très-peu de temps après le dépai't de ces colons, sir Walter Raleigh arriva lui-même à sa colonie où il ne trouva plus personne. Sir Greenville fit un nouveau voyage à la Virginie, y laissa cinquante émigrants, et fonda un établissement à la pointe nord de Tilede Roa^
(1) Hal^lnxt* t ia« R- ^•
noke. C'est sur ce même emplacement que sir Walter Raleigh avait projeté de fonder la ville qui devait porter son nom, mais qui depuis a été donné, en l'honneur de ce fondateur de la Virginie, à la capitale de l'État de la Caroline du Nord dans les limites duquel se trouve comprise l'île de Roanoke.
Cette île est presque entièrement déserte, son sol de sable étant peu propre à l'agriculture. Lorsque je m'y arrêtai en 1818, on y découvrait encore quelques vestiges des premiers établissements des compagnons de sir Richard Greenville ; mais pour habitants il n'y avait que quelques hardis marins qui, pour toute industrie comme pour tous moyens d'existence, veillaient, soi ^disant y jour et nuit sur cette côte, pour secourir les vaisseaux que les tempêtes, si fréquentes dans le voisignage du cap Hatteras, attirent sur ces rivages. Mais ce que je vis dans leurs cabanes et dans leurs barques de sauvetage me porterait fort à soupçonner que ces espèces d'écumeurs de mer sont plutôt les premières causes de ces naufrages.
Vers la fin de 1587, sir Walter Raleigh fit passer à sa colonie de Roanoke cent dix-sept émigrants destinés à s'y établir; mais ils ne trouvèrent sur toute l'Ile que les os d'un seulEuropéen. Jamais on n'a pu apprendre ce qu'étaient devenus les malheureux compagnons de sir Greenville.
Cependant, au nombre des premiers aventuriers qui visitèrent l'établissement de Roanoke, il s'était trouvé un certain Hariot qui s'était appliqué tout particulièrement à recueillir des renseignements sur le carac-
tèredu sol^ du climat, des productions, des mœurs, des coutumes et du nombre des indigènes de la Virginie; il publia ses intéressants résultats.
Cet écrit produisit un efifet si favorable sur les esprits en Angleterre, qu'il contribua pour beaucoup à augmenter le goût et les idées d'émigration en Amérique*, déjà existant du reste à un haut degré.
Les indigènes américains cultivaient assez généralement la pomme de terre, le mais et le tabac, dont ils faisaient un grand usage; sir Raleigh en rapporta en Europe, ce qui produisit un changement notable dans les mœurs, car l'usage du tabac se répandit bientôt parmi la jeunesse à la mode de cette époque.
L'esprit entreprenant de sir Walter Raleigh ne se ralentit pas par les mauvais succès de ses premières tentatives; il envoya une nouvelle expédition en 1588, dont il confia le commandement au capitaine John White (1). Il paraîtrait que cette expédition n'était point pourvue de toutes les choses nécessaires à leur établissement, et que, par suite d'une résolution des nouveaux colons, le capitaine White fut obligé de revenir en Europe demander des secours. Malheureusement, cette demande fut transmise au moment où la flotte de Philippe II, surnonmiée l'Invincible, qui était en mer, donnait de vives inquiétudes; Raleigh était alors trop absorbé par les affaires de l'Angleterre pour pouvoir s'occuper de la nouvelle colonie, dont les
(1) Smitb, History of Virginia,
habitants furent dès lors abandonnés à leur triste' et malheureux sort.
Ainsi se termina la dernière tentative des établii^ sements en Virginie, sous le règne d'Elisabeth. Raleigh, entraîné par d'autres projets plus près de lut, transmit à Thomas Smith et à une compagnie de négociants ses droits de colonisation en Amérique ; msàs ceux-ci ne firent aucun effort immédiat pour continuer l'établissement de la Virginie.
Deux navires anglais touchèrent de nouveau, en 1590, à la colonie de Roanoke, mais y apprirent qua les habitants l'avaient abandonnée et s'étaient retirés sur un autre point appelé par les indigènes Crooton. Surpris sur cette côte sans abri pour les bâtiments pa^ une de ces tempêtes si communes dans les parages du cap Hatteras, ils ne se livrèrent à aucune recherche, et revinrent en Angleterre sans avoir recueilli un seul indice sur le sort de leurs malheureux compatriotes^
On ne s'occupa plus autrement en Angleterre de cette nouvelle colonie pendant plusieurs années.
En France on reprit de nouveau le projet de la colonisation en Amérique, sous Henri IV, en 1598, pendant l'année où. fut rendu Fédit de Nantes en faveur des protestants. Henri IV accorda au marquis de la Roche des lettres de lieutenant général du Canada^ Hochelaga, Terre-Neuve^ Labvador^ rivière de la Grande'? Baiey Mozembegne et terres adjacente9.
Le marquis de la Roche, aborda à l'Ue de Sable, où il débarqua quelques-uns des gens de son équipage , et, s'étant ensuite dirigé vers la côte ferme pour y faire
DE LÀ t»€lSSÂNCE AMÉRICAINE. 5T
quelques provisions^ il fut surpris, en revenant vers l'île au Sable, par une tempête si violente, qu'il se trouva dans rôblîgatîon de faire route directement pour les côtes de la France.
Les gens de son équipage laissés sur File au Sable y passèrent près de citiq ans, pendant lesquels ils Vécnfèht des troupeaux laissés quatre-vingts ans auparavant par le baron de Léi7.
Le sieur Chauvin, gentilhomme dé la chambre du roi flenri IV, fit en 1601 une nouvelle, mais infructueuse tentative d'établissement à Tadoussac, sur la rive gauche du fleuve Saint -Laurent, à quatre-vingtdix lieues au-dessus de son embouchure. Ce fut le premier poste 6ù les Français commencèrent la traite des pelleteries avec les indigènes.
En 1602, un capitaine anglais, Barlholomew Grôsùold (1), équipa un navire à ses frais et fit voile vers le nord de l'Amérique, dans l'espoir d'y faire quelques découvertes ; il reconnut les atterrages par le 43e degré de latitude nord, débarcjua au cap Cod^ auquel il doiina ce nom à cause de l'abondance des morues dans son voisinage, entra dans la baie de Buzzard, traita et trafiqua avec les Indiens, et retourna en Angleterre avec une forte cargaison de sassafras, plante considérée alors comme un puissant spécifique dans certaines maladies; mais il ne dériva aucun autre avantage permanent de son voyage.
A la mort du sieur Chauvin, le commandant de
(1) Smith, p; 105.
Charte obtint des lettres de Henri IV pour rétablissement du Canada ; il engagea le sieur Champlain à son service. Ce célèbre navigateur fit un premier voyage en Amérique, qui eut un très-grand succès par la reconnaissance étendue qu'il fit de ce pays. Champlain était Saintongeois , capitaine de vaisseau ; il servit constamment de 1603 à 1629 au Canada^ où il passa par conséquent vingt-six ans à faire des découvertes importantes dans l'intérieur et sur le littoral, depuis le golfe Saint-Laurent jusques et y compris New-York, dont il avait reconnu l'immense importance à cause de la communication directe que l'Hudson ouvrait entre les lacs, la tête du Saint-Laurent et la mer. Il prit une très-grande part à la colonisation du Canada, y déploya une rare activité et surtout une sagacité très- remarquable dans ses rapports avec les indigènes. Champlain peut être regardé à juste titre comme le fondateur du Canada, dont il a été aussi un des historiens les plus savants et les plus intéressants.
Le commandant de Charte étant mort cette année, le sieur de Montz, autre gentilhomme de la chambre du roi, lui succéda dans ses projets d'établissement. Il avait fait partie, comme amateur, du dernier voyage du sieur Chauvin au Canada, et avait trouvé le climat à Tadoussac beaucoup trop rigoureux; il forma en conséquence le projet de porter ses établissements plus au sud, sur quelques pdints^du continent où la température serait plus douce. Il associa à son entreprise le sieur de Poitrincourt, et fit avec lui un premier voyage.
Les lettres patentes du sieur de Montz sont datées du 8 novembre i 608 ; elles lui sont données sous le titre de lieutenant général du roi en Acadie.
Dans cette année la ville de Bristol, à la recommandation de Hakluyt, envoya à ses frais au nord de T Amérique un bâtiment sous les ordres d'un capitaine Martin Pring; ce navigateur toucha aux mêmes atterrages delà côte du Maine et de Massachusetts que son devancier, le capitaine Grosnold, mais ne forma aucun établissement (1).
En 1604, le sieur de Montz organisa une expédition pour l'Amérique, composée de deux navires, sur l'un desquels il s'embarqua en compagnie des sieurs Champlain et de Poitrincourt ; le second fut confié aux soins du sieur de Pontgrené et destiné tout particulièrement à faire la traite des pelleteries avec les indigènes le long des côtes dites des Etcliemins que l'on devait visiter, vers Camseau et l'île du cap Breton.
Le bâtiment monté par le sieur de Montz prit terre sur les côtes de r Acadie, au port ditRossignol, et, se tenant ensuite en vue des côtes, les navigateurs relâchèrent à un autre point qu'ils appelèrent port au Montre ; ils gagnèrent ensuite le cap de Sable, et firent voile vers la baie de Sainte-Marie , où ils mouillèrent. Après quelques jours de relâche on leva l'ancre, et on alla reconnaître une large baie qu'on appela baie Française j appelée par les Anglais de Fundy, d'où un passage conduit à un port qui reçut le nom de Port-Royal à cause
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de l'excellenoe de son mouillage* Le sieur de l^oitrineourt trouva cet endroit tellement de son goût, qu'il en demanda la concesision pour s'y établir lût et sa fomille. Il obtint cette concession sous le titre d'Acadie ; elle comprenait^ sous cette dénomination, tout le pays depuis le 40® jusqu'au 46® degré de latitude nord. 11b sortirent de Port*Royal pour aller reconnaître les mines dont les indigènes avaient parlé , et arrivèrent à la rivière SainWean le 24 juin. Quittant ensuite cette rivière , ils suivirent les bords de la côte et arrivèrent à l'embouchure d'une rivière, où ils formèrent un établissement sur une petite lie, à laquelle ils donnèrent le nom de Sainte-Croit. Plus tard lu rivière elle-même prit ce nom. Elle sert aujourd'hui dé limite entre les Ëtats-Unis et les possessoins briUiniliques en Amérique. Lorsque j'ai visité, en 1830, cette pohion de la frontière des États-Unis, j'ai retrouvé ftur cette lie des restes visibles des anciennes fortifications françaises.
- La situation du poste de Sainte-Croix ayant été reconnue insalubre et peu avantageuse, on se détermina en 1605 à reporter cet établissement à Port-Royal , aujourd'hui ÀnnopoUsy dans la province de la Nouvelle-
Ainsi , dans le cours de cette année , le capitaine Champlain reconnut et visita toute l'étendue des côtes appelées depuis de la Nouvelle- Angleterre, et en prit môme possession au nom de^^la France , car il planta une croix aux armes de Henri IV sur le pays des Quinibiquis ; sur les terres où Boston fut fondé plus tard
par Ids Anglais ; au cap Blanc, aujourd'hui cap Cod; il visita même la baie de Nèw-York , d'où il revint à Pôrt-Royal, qui était alors le chef-lieu de tous les établissements français en Amérique.
En 1605, Georges Weymouth fait tin voyage de découverte à la côte dé la Nouvelle-Angleterre , dont il reconnaît en grande partie les côtes et les avantages, pour y former des établissements ; ce voyage fut , du reste, sans résultat ; seulement on y constata que déjà ces parages étaient conilus par des noms firançais (1).
Le sieur de Poitrincourt fit un second voyage en 1606, dans lequel raccompagna TEscarbot , auteur d'excellents mémoires sur les découvertes et les établissements des Français en Amérique ; il laissa ce dernier à Port-Royal. Il porta alors tous ses soins à la création de nouvelles habitations, visita à cet effet, de nouveau, toutes les côtes, obligea ses colons à cultiver du blé, et fit même planter de la vigne. Dans le tourant de cette année , M. de Ghamplain repassa en FMnce.
Pendant que les Français s'occupaient ainsi avec tèle , activité et intelligence , de la colonisation de leurs possessions américaines, Jacques V\ roi de la Grande-Bretagne , disposait de ces contrées , par une eharte royale , en faveur de ses sujets, comme si elles eussent appartenu à la couronne britannique ou que eei pays eussent été entièrement inconnus ou inhabités.
(f) SMb, p. i8-)e.
En effet , sur les rapports fournis par le capitaine Bartholomew Grosnold, que nous avons vu commander une expédition précédente, deux nouvelles compagnies s'organisèrent en Angleterre pour coloniser l'Amérique^ et obtinrent des lettres patentes du roi Jacques V% favorables à leurs vues.
Ces lettres patentes portaient la date du 10 avril 1606; elles divisaient, d'une manière imaginaire, le continent américafn compris entre le 34* et le 45' degrés, en deux parties presque égales : Tune portait le nom de colonie septentrionale , et l'autre de colonie mé' ridionale de la Virginie : le nom de Virginie , on se le rappelle , avait été donné avec une présomption incroyable , par les navigateurs anglais , à toute cette portion du continent comprise entre TAcadie et la Floride, par suite de la découverte de Raleigh, en 1584, d'un seul point isolé de la côte , au sud du cap Hatteras.
Jacques I" accorda la colonie méridionale à sir Thomas Gates et compagnie, de Londres. La partie concédée était comprise entre le 34' et le 41' degrés de latitude, et s'étendait sur le littoral à cinquante milles au nord et au sud du lieu du premier établissement : elle devait avoir cent milles seulement de profondeur dans l'intérieur des terres. C'est à cette colonie que resta le nom de Virginie, qu'elle porte encore de nos jours , mais avec des modifications quant à Tétendue de son territoire à l'intérieur.
La colonie septentrionale de Virginie, mieux connue sôus le nom de.coionie de PlymotUhy qu'elle prit en^con-
sidération de ses fondateurs qui appartenaient au port de ce nom en Angleterre , devait s'étendre sur le littoral du 38« au 45« degré ; et à Tintérieur^ indéfiniment jusque vers les bords de l'océan Pacifique. Toutefois cette concession reposait sur la supposition que ces terres n'étaient pas déjà occupées par les sujets d'autres puissances. Et les seules conditions imposées par la générosité royale étaient que les concessionnaires reconnussent la souveraineté de la couronne d'Angleterre et payassent une redevance d'un cinquième de
toutes les mines d'or ou d'argent y et d'un quinzième de tout autre minerai.
Il paraîtrait que dès 1606 la compagnie de Plymouth fît les premiers efforts pour s'assurer les droits de sa concession , mais que le bâtiment qu'elle envoya sous H. Chalton fut pris par les Espagnols auprès des Aulilles. A cette époque, les Espagnols ne reconnaissaient à aucune nation le droit de naviguer dans les mers, relevant, suivant leur idée, des droits acquis par la découverte de Christophe Colomb, de leurs possessions d'Amérique.
La compagnie de Londres envoya vers la fin de 1606, en Virginie , une expédition confiée aux ordres du capitaine Newport, qu'accompagnait John Smith, le célèbre auteur de V Histoire de la Virginie. Cette expédition eut une très-longue traversée : partie de Londres, le 9 décembre, elle ne put mouiller dans les eaux de la baie de la Chesapeake que le 26 avril 1607 (1).
(0 Stith, p. 4I| 44. — Smith, p. 150.
Vers la fin de mai, la colonie s'établit sur la rivière James , qui reçut ce nom en l'honneur du roi Jao- (jues; en juin, Newport retourna en Angleterre. Uûé des premières lois instituées dans cette colonie fut celle qui obligeait tous les colons au travail et au défrichement des terres j sous peine de n'avoir point de droits aux provisions. Les compagnies auxquelles ces deux colonies de Virginie avaient été concédées reçurent une charte qui leur reconnaissait le droit de faire le commerce , de se servir d'un sceau commub , d'agir par conséquent et comme corps commercial et comme corps politique. Une clause spéciale précisait la forme administrative à suivre pour le gouvernement des colonies. Âihsi l'administration supérieure devait être confiée à un conseil résidant en Angleterre et nommé par la couronne, et la colonie être régie par des lois émanées de ce conseil. Un conseil résidant dans la colonie, mais nommé également par la couronne , était chargé d'une juridiction secondaire. Le droit de citoyen anglais était accordé à tous les colons, et ils devaient en outre jouir de l'entrée en franchise de droits pour tous les objets nécessaires à la colonie ; enfin ils pouvaient exercer librement le commerce avec les nations étrangères. Quant aux droits prélevés sur l'introduction d'objets de manufacture ou de provenance étrangère, ils devaient être appliqués pendant vingt et un ans au payement ou au dégrèvement des charges de la colonie.
Enfin la religion anglicane épiscopale, comme celle de la couronne , devait être prédominante.
PI U PDISftAKCS AM^IGAINE. 45
Telle fut y dès Vorigiiie , l'oi^atiisation administratiye et gouvernemeatale des deux plus anciennes oo* lonies anglaises en Amérique^ d'après la lettre même de h charte royale accordée et acceptée alors , et qui, denos jours^ n'eût certes pas été aussi facilement adiDise par des émigrants du même pays ; car elle était dictée en violation directe des droits inaliénables et sacrés de liberté qui reviennent à chaque individu.
De ce que présentent les trois précédents chapitres, ressort la preuve évidente de la priorité des tentatives d'établissements ,en Amérique par les Français , sur les Anglais, puisque le baron de Léry, pour les premiers, chercha à fonder une colonie dès 1518, lorsque sirHumphrey Gilbert, pour les seconds, ne tenta qu'en 1583, soixante-cinq ans par conséquent plus tard, de créer un étaj^lissement en Virginie ^
Il est également prouvé que les Français ont devancé de cinquante ans les Anglais dans la fondation de la première colonie, puisque celle de Jacques Cartier eut lieu en 1535, tandis que celle de sir William Raleigh n'eut lieu qu'en 1585; et que le premier établissement durable fut formé par les Français en 1604, sur la côte des Ëtchemins, plus tard transporté au Port-Royal, lorsque celui des Anglais, en Virginie, date de 1607, et encore n'eut-il lieu que sur une trèspetite échelle.
Enfin, comme fait géographique, en s'appuyant sur les découvertes et les établissements fondés par les Européens en Amérique, il est constaté par ce qui précède, et également vérifié par les cartes de cette
époque (1), que, sur le continent américain ^ les Anglais n'avaient pris possession que de la partie connue sous le nom de FtV^tnt^; qu'un peu au nord de ce point se trouvait la Nouvelle-Belgique , et que toute la partie orientale , y compris le Saint-Laurent^ était comprise sous le nom de Nouvelle-France. Mais il n'était nullement question de la Nouvelle- Angleterre.
(1) Dépôt des cartes de la marine.