COLONIE DE VIRGINIE
Nous avons fait voir, dans le précédent chapitre, à son ordre de date^ l'origine de la colonie de Virginie. Nous reprendrons ici la suite des faits saillants^ dans les premiers temps, de l'organisation de cette colonie ; ils montreront qu'on pouvait déjà pressentir cet esprit d'indépendance qui , plus tard, devait conduire les colonies d'Amérique à une position sociale si élevée parmi les nations civilisées.
La charte sous laquelle la colonie de Virginie s'était constituée avait été rédigée^ ainsi qu'on a pu en juger^ plutôt dans le but de retenir les colons dans la dépen-^ daâce de là mère patrie que de les laisser libres de s'admitii^trer suivant les circonstances et les besoins de leur nouvelle situation. Aussi , d'après ce même esprit ^ éut-on soin, à Londres, d'écarter du conseil administratif uti des hommes les plus capables parnxi lés éïnigrants, le capitaine Smith, que sa rare énergie et 6eë talents rendaient populaire parmi ses nouveaux concitoyens. Du reste, cette défaveur du capitaine Smith à Londres ne fit qu'accroître sa popularité en Virginie. Or, comme à cette époque difficile les nouveaux colons avaient été plusieurs fois sur le point de renoncer à fonder leur établissement, à cause surtout des agressions des Indiens, on fut obligé de s'en Rapporter à C6 chef habile pour les moyens dé repous-
seT les attaques continuelles des indigènes, et de sortir enfin d'une position aussi critique.
C'est dans ces circonstances que le capitaine Smith ordonna, en 1608, la construction d'une petite ville qui fut nommée James-Town , en l'honneur du roi iâcques. Il y réunit tous les colons, veilla et travailla lui-même avec ardeur à l'édification de cette petite iourgade, qui devint un lieu de refuge et d'abri pour tous les émigrants contre les Indiens, et, de cette manière, parvint à réprimer leurs attaques.
Bu reste, les propriétaires-fondateurs, puissants et riches, déployèrent une très-grande énergie, du zèle et de la persévérance à faire passer de nouveaux secours à la colonie , qui parvint à surmonter ces premières difficultés, à se maintenir et, peu d'années après, à prospérer.
Dans les premiers temps de cette colonie , afin d'empêcher les colons de se livrer exclusivement à la chasse ou au commerce avantageux avec les Indiens, on rendit une ordonnance assez remarquable, par laquelle il était enjoint à tout colon de travailler à l'établissement permanent de la colonie pour avoir des droits à la répartition des secours et approvisionnements arrivant d'Europe.
Le capitaine Smith retourna en Angleterre en 1609 (4). Il y avait alors dans la colonie deux cents habitants et soixante maisons. A son départ, la colonie retomba dans la même division intérieure;
(1) Smith.
elle aurait peut-être même succombé une seconde fois, sans Tarrivée opportune de lord Delaware et ses compagnons, en 1610, qui donnèrent une nouvelle impulsion à la colonie.
Lord Delaware succéda au capitaine Smith et rétablit Tordre dans la colonie ; mais le passage de cet homme de bien fut de courte durée : le climat et les maladies Tobligèrenl à retourner en Angleterre. Sir Thomas Dale lui succéda et plaça la colonie sous la juridiction de la loi martiale. En 1611, sir Thomas Gates arriva à James-Town avec de nouveaux colons et des secours de tous genres, qui contribuèrent ainsi à donner un nouvel essor à la colonie, qui continua à prospérer et à se consolider malgré Tautorité violente et brutale du capitaine Argall comme lieutenant-gouverneur.
Cependant la nation anglaise regagnait rapidement le terrain qu'elle avait perdu par ses guerres civiles qui avaient signalé le seizième siècle; elle dirigeait tous ses efforts vers l'acquisition des droits civils, la liberté de conscience et d'action ; aussi chaque nouvelle émigration de colons pour TAmérique se ressentait-elle de cette disposition d'esprit: tous les émigrants arrivaient décidés à réclamer le droit de se gouverner par et pour eux-mêmes. En 161 9, le gouverneur Yeardley remplaipa Argall (1); il se vit forcé, par suite de cet esprit de liberté, de- convoquer une assemblée où chaque plantation eut le droit de se faire représenter
0; Stitb, p. 157-lbl.
par un délégué, et de leur concéder ainsi le droit et les prérogatives d'une législature. Onze communes envoyèrent des représentants à cette première convention, dont le premier acte législatif fut le rappel de la loi martiale, qui avait été en vigueur jusqu'à ce • jour.
Ainsi commença, sous d'heureux auspices, l'administration de Yeardley. Sous lui s'organisa la première assemblée populaire tenue en Amérique, fait gouvernemental remarquable et aussi intéressant qu'important à signaler, comme fixant le point de départ de Tère démocratique en Amérique.
Cette première assemblée fut cause qu'une nouvelle charte fut concédée à la compagnie de colonisation de la Virginie. La compagnie de Londres rendit sa mémorable ordonnance (1) le 24 juillet 1621; elle contenait les dispositions suivantes :
Le gouverneur de la colonie , représenfant le roi , devait être noinmé par la compagnie de Londres ; le conseil permanent, répondant à une espèce de chambre des pairs, était également nommé par la compagnie de Londres; enfin une assemblée populaire, composée de délégués nommés directement par les colons, et représentant ainsi à peu près la chambre des communes, devait tenir ses sessions annuellement. Telle était du moins l'espèce d'analogie que les auteurs de cette charte trouvaient entre cette nouvelle législation coloniale et celle de la mère patrie.
(l)Stith, p. 181.1
Le fait est que tout ce que ces nouvelles dispositions législatives présentaient de vraiment démocratique était dû non à l'identité des formes adoptées avec celles de la constitution de la Grande-Bretagne^ mais bien à leur dissemblance !
En résumé, l'administration législative de la Virginie différait peu de celle de l'Angleterre; elle en était même un calque fidèle, sauf quelques rares exceptions.
Cependant, par un sentiment de déférence bien recommandable pour ces temps, il était prévu que, après l'installation du nouveau gouvernement, aucun ordre de la couronne ne serait exécutoire pour la colonie, s'il n'était approuvé par l'assemblée générale.
Quant aux cours de justice, elles devaient se conformer aux lois anglaises. Ainsi furent introduits dans le nouveau^onde le système représentatif et le jugement par jury, comme droits acquits et reconnus.
De cette époque les colons cessèrent d'être à la disposition de la volonté d'une compagnie commerciale, et surent ainsi conquérir pour eux et pour leurs descendants à perpétuité les titres et prérogatives de citoyens libres.