COLONIE DE PLYMOUTH
La division des factions remuait fortement la société en Europe et surtout l'Angleterre depuis 1614; un grand nombre de puritains s'étaient vus forcés de se retirer d'abord en Hollande pour fuir le despotisme religieux auquel ils ne pouvaient se soumettre; ils s'étaient établis à Leyden sous les ordres d'un révérend John Robinson. Mais dans ce pays ils ne firent aucuns prosélytes à leurs doctrines; les Hollandais étaient beaucoup trop flegmatiques , beaucoup trop tranquilles pour leur esprit turbulent et inquiet. Ils tournèrent alors leurs vues vers le nouveau monde, comme pouvant leur offrir une scène mieux adaptée à leurs principes et à leurs idées.
Ils s'adressèrent à la compagnie de colonisation de Virginie pour une concession de terres dans ses limites, et l'obtinrent ; mais le roi Jacques, sans les décourager de leur entreprise, ne leur garantit pas cependant qu'ils dussent être entièrement à l'abri de toutes persécutions.
Ils mii*ent à la voile le 6 septembre 1620 pour la ri-
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vière Hudson , mais furent probablepf^ent dirigés ^ dessein par leur capitaine au nord du cap Cod ; ^\i delà, par conséquent, des limites de la compagnie de Virginie. Aussitôt après leur débarquement, ils nom^ mèrent John Carver leur gouverneur pour un an, et organisèrent tout de suite un gouvernement administratif pour diriger leur colonie. Ils se mirent ensuite ^ explorer toutes les côtes dans le voisinage du lieu où ils étaient débarqués afin de s'assurer de la localité la plus favorable à la création d'un établissement, et s'arrêtèrent, le 17 décembre 1620, dans une baie à laquelle ils donnèrent le nom de Plymouth, en Thon*^ neur de la ville où leur société avait reçu les dernien^ témoignages d'hospitalité en Europe.
Le premier pas de ces hardis et résolus émigrants fut marqué, ainsi que je viens de le dire, par un acte d'indépendance et de sain jugement bien remarquable ; ils s'étaient donné un gouverneur de leur choix, ils adoptèrent des formes administratives conformes au principe dominant de leurs idées religieuses et de liberté, sans autrement se préoccuper de l'esprit et des conditions des lettres royales en vertu desquelles ils venaient s'établir sous la protection de la couronne d'Angleterre (1).
On ne lira pas sans intérêt la déclaration officielle quje firent ces émigrants en se constituant un corps politique dès le premier jour de leur débarquement.
c( Au nom de Dieu, ainsi soit-il. Nous spussignés,
(1) Histoire moderne de SalmoD, t. III, p. 5SS.
<( les loyaux sujets de notre seigneur souverain, craint, «Jacques, par la grâce de Dieu, roi de la Grande- « Bretagne, de France et d'Irlande, défenseur de la foi, « ayant entrepris, pour l'honneur de notre roi et de « notre patrie, un voyage avec l'intention de fonder et « établir une première colonie dans la partie septen- «trionale de la Virginie, nous créons et formons, par «les présentes, solennellement et mutuellement, de- « vantDieu et chacun de nous ici présent, une société « civile politique pour diriger, préserver, consticc tuer et organiser telles lois justes et équitables, or- « donnances, actps, institutions et emplois qui, de « temps à autre, seront jugés les plus avantageux et « les plus favorables au bonheur de la colonie, et aux- « quelles nous promettons soumission et obéissance. » C'est sous ce pacte que s'organisa le gouvernement de la colonie de New-Plymoulh qui comptait alors cent trois colons. Le pouvoir exécutif fut remis entre les mains d'un gouverneur et d'un conseil supérieur, élus annuellement par une assemblée des membres libres de la colonie. Tout homme libre, car déjà l'esclavage avait malheureusement souillé le sol américain, et appartenant à l'Église établie, avait droit de voter sur tous les sujets d'un ititérôt général. Quant à la jurisprudence, elle était empruntée en grande partie aux livres saints de Moïse.
D'après cette disposition , le conseil national était chargé de régler les affaires publiques; il jugeait tous les procès par les seules lumières de la raison, et sans le secours d'aucun code.
D'après les lois criminelles des Juifs, le faux témoignage, le sacrilège, le blasphème, l'adultère étaient punis de mort.
Ceux qui étaient surpris en mensonge, dans Tivresse ou à la danse, étaient fouettés publiquement et exposés à cheval sur un soliveau, aux risées de la foule : le plaisir était interdit comme le vice ou le crime.
Enfin la trangression de la sainteté du dimanche était expiée par une forte amende.
Cette forme de gouvernement subsista jusqu'en 1634, époque à laquelle cette colonie fut incorporée dans celle de Massachusetts.
Ainsi, la colonie de Plymoulh ne fut pas établie sous les auspices de la compagnie de Plymoulh organisée en 1606, quoique fondée sur une concession relevant de ses droits. Le fait est que cette compagnie ne fit pas de très-grands eiforls pour remplir les conditions de ses lettres patentes, et qu'en conséquence le roi Jacques I" émit de nouvelles lettres patentes concédant des pouvoirs et des privilèges plus étendus en faveur du duc de Lenox, du marquis de Buckingham, l'homme qui alors exerçait le plus grand empire sur l'esprit du roi, tout en étant le favori du prince de Galles, et d'autres associés. Cette nouvelle compagnie prit le titre de grand conseil de PLymouth pour coloniser la Nouvelle-Angleterre.
Le roi d'Angteterre , en conférant ces nouveaux pouvoirs à des hommes aussi marquants et d'une aussi haute influence, avait pour but d'empêcher la colonisation de ce pays par des émigrants puritains^ dans
la loyauté desquels il n'avait pas entière conBance. Malgré tous les avantages assurés par cette seconde concession royale, cette dernière compagnie ne réussit pas mieux que la première. On fut donc bien obligé, en dernier ressort, de permettre aux puritains de venir s'y établir. C'est qu'en effet c'était, en quelque façon, la seule race d'hommes assez fortement trempés et surtout assez profondément fanatisés par une idée dominante de liberté religieuse, pour persévérer dans la colonisation de terres aussi ingrates, aussi peu propices et sous un climat aussi rude.
En 1621, le capitaine John Mason, qui était alors engagé dans les pêcheries de Terre-Neuve, fit partie du conseil de Plymouth ; il demanda et obtint la concession appelée Manana^ et s'étendant depuis le cap Ann jusqu'à la rivière Merrimack, y compris son cours jusqu'à sa source. Plus tard il obtint que ce domaine fût étendu dans l'intérieur jusqu'aux rives du Saint- Laurent et aux grands lacs. Ce nouveau domaine prit le nom de Lacuna et a constitué principalement le territoire qui plus tard a pris le nom de New-Hampshire. Concession qui du reste fut faite en violation directe des droits de propriété acquis aux Français par leurs établissements sur le fleuve Saint*Laurent, mais qui déjà commençaient à être fort peu respectés par la race anglo-saxonne venue tout récemment s'établir dans le voisinage des possessions françaises.
Un grand nombre de pécheurs s'établirent sous les ordres de John Mason sur les bords de la rivière Pisoataqua, y créèrent des pêcheries et des salins, sur I. $
remp}g(];amefi1i jnèiaQ qu'occupe aujourd'hui P(iré$r mqjifhi çh^f-Ueu ^t port priucip^l de JSm-Hampskire.
Lps avautageç do cette locaUté pour Tindustçie de la p^cl^e étaiout si grands^ que plus de mille babitfiiits furent |)ientôt révmi^ sur u^e des île§ de çyible qui formef)t l'eiobquchure du port de Poptsmout^^ tai^dis qu'aujpvjrd'hui pu y trouverait à peine cent ^ahir tant s,
m^is l'esprit d^iT^dépendance des puritains de la ]>[ouvel}e-Angleterr6 était déjà si manifeste dan^ toup les actes de ces nouveaux habitants, qu'une des plujs girandes célébrités pontificales d'alors, le faipeux Lawd, évêque de Çî^nturbury, voyait avec une exlréwp jalousie les concessions accordées par la eouromie aux puritains, et cherchait à se faire renseigner fidé^ leiuent, paf ^es agents secrets, des dispensions dfts cploiis. Aipsi, dès 1635, u» certain Burdett, de Pmcqtaquay dit Efitchit^son, rendant compte de tous )q8 acte^ et faits des b?^bitwts de la Pîftuyelle-Augleterra, insinua qu'on? deys^it se fnéfieip des dispositions loyales des cp|ons qui ^e pber^ll^ieRt pas |;ant à adopter 4^ nouveile^ ffiVffui^ Qc^ini^^t^^'Hvi^ intérieures ou 4iscipli$mres qu'à mi(^^. f^ viim^y^^ rf^* j^vincip^ 4^ &Quver(ii^eté ; que, du ri8g|p^ il^ avaient poyy principes de fionsidérer coif^ine vfli acte dfi p^rj^rç et çtç ^r^lUso», (Iç^m kw cour gémr>akj ^ut ^pp^l fait mi roi ptf à $o,^ gqî^mvne^entm
Les envahissements des Anglais sur les propriété des Français d^viprent déplus pn plus menaçants. 1^|3 avait v]i l^s établissepKpnts de TA^die, de Sainl,- 3^uypi)P et du Penob^ept dévastés p^r ufx llibi)st|er de
DB LA PDISSiLNeE AliAlICAlNE!. tV
laeQl(mi« de Virginie. Depuislovs desmissieniiaimçan* glieans pénétrèrent an milieu deg habitapts indtgènef de cette côte, y fondèrent des prêches^ des comptoirs, et de eette manière toute la Nouvelle-Angleterre fut établie en violation des droits incontestables do dé* oouYer te et da première colonisation par les Français ; plus tard, par l'intervention des mêmes agents, les nouvelles colonies anglaises de la c6^e de la Nouvelle*- Angleterre étendaient insolemment leur juridiction jusqu'aux rives du fleuve Saint-Laurent, fleuve s| éninemment français par tous les titres que peuvent eréer la découveitte, la colonisation, des cornets, des victoires, des traités enfin avec les indigènes. Enfin, en 1626, le roi Jacques essaya d^ mettre son sceau royal sur tous ces empiétements en concédant à sir William Alexander la presqu'tle d^Acadie sous i« nouveau nom de Nouvelle-Écossi. Le titre de ces lettres patentes royales portait <c pour l'établissement sur « des terres vacanta ou habitées par des injiiUee. Q|s, » depuis 1604, tout oe pays était occupé, habité et cultivé par des Français, ainsi qu'on a pu le voir par ee qui précède : ce prinee ne poi|vait donc être nullement fondé en droit dans ses dispositions royales.
Jamais, d'ailleurs, antérieurement au traité d^Utrecht, les Anglais n^avaient été établis dans ce pays ; ils y avaient fait, il egt vrai, à diverses époques, des invasions passagères ; mais toujours les traités subsé* quemment conclus ont combattu oes prétentions et en ont fait entièrement justice en fixant les contesta-* tiens auxquelles dles pouvaient donner lieu* Les
Anglais n'out donc jamais pu se créer de droits à ces possessions que ceux de l'invasion^ soit furtivement^ soit violemment conduite.
Remarquons qu'on comprenait alors sous le nom propre d'Acadie toute l'étendue, de l'est à l'ouest, comprise entre la pointe de la baie française ou du cap Fourchu et Canseau ou Campseau, et qui forme une espèce de grande presqu'île. C'est donc à tort qu'on a donné quelquefois le nom d'Acadie à d'autres parties du continent américain. C'est une erreur géographique sans autre importance d'ailleurs, aujour* d'hui, que celle de l'histoire, et qui de plus a été suffisamment relevée par le fait de la coïncidence de deux auteurs étrangers : le sieur Denis, Français, et sir Temple, Anglais, qui sont tombés d'accord sur ce point dans leurs écrits de 1672. Il faut donc que le fait avancé soit une vérité.
En 1639, le roi Charles accorda à sir Fernando Gages une charte royale contenant d'importants privilèges attachés au droit de propriété d'un immense domaine situé sur le territoire actuel de l'État du Maine. Quant aux pouvoirs et aux immunités relevant du titre de propriétaire de ce domaine, ils étaient assimilés à ceux du comté palatin de Durham. La majorité des propriétaires , composant une espèce d'aristocratie terrienne, devait jouir des droits de fait, ordonner et promulguer toutes les lois jugées utiles' et bonnes et non contraires aux lois de l'Angleterre.
Du reste, les avajatages attachés à cette concession royale ne paraissent pas avoir déterminé un grand
nombre d'émigrants à aller s'établir sur ce domaine dansées premières années ; car longtemps après, Tadministration de la colonie de la baie de Massachusetts étendit sa juridiction sur cette province.
D'après les autorités historiques et géographiques d'alors, les divisions distinctes reconnues sur le continent américain présentaient la classification sui- Yante :
L'Oues'Grone-Lande appartenait aux Danois.
V Esto- Lande , ou terre de Labrador, appelée aussi Ntmelle-Bretagney ou pays des Esquimaux, aux Anglais.
Le Canada^ ou Nouvelle-France, aux Français. Sous ce nom étaient comprises toute la partie arrosée par le fleuve Saint-Laurent, au nord et au sud; Tîle de Terre-Neuve et l'Acadie, qui formaient, du reste, deux parties distinctes comme administration, mais comprises néanmoins sous le nom générique de Nouvelle- France.
La Nouvelle-Angleterre appartenait aux Anglais, et comprenait toute l'étendue de côtes comprises entre la rivière de Kennebeck ou de Quinebequi et une ligne tracée du cap Cod aux rives de THudson près d'un point où se trouve aujourd'hui Albany.
Le Nouveau-Pays-Bas ou Nouvelle-Belgique appartenait aux Hollandais. L'étendue de cette colonie comprenait toute la côte depuis le cap Cod jusqu'à la fle/uwar^ inclusivement, et s'étendait jusqu'aux lignes des Iroquois ou commençait la domination de la France dans le Canada. Cette colonie couvrait ainsi
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toiit le territoire du Connecticut, de Rhode-Island^ de New- York et de New-Jersey.
La Virginie appartenait aux Anglais ; sous ce hom était désignée tout particulièrement l'étendue du pays compris entre la Chesapeoke et la rivière d'Albenvale^ et sur laquelle se trouvaient le Maryland^ la Virginie et les Carolines.
Eniîn^ à Textrémité méridionale^ se trouvaient la Floride française et la Floride espagnole (1).
• (l) bépôt èeê eartés de la marine. ^
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