CHAPITRE VI
COLONISATION DBS FRANÇAIS, DBS ANGLAIS, DBS HOLLANDAIS.
eSdUà^ du Canada ', vé )[k)ptdliiidii aû^lcàeiÀé iûà pea ^iM Lâtris ItÛi • le iieiir de CbariDgé et M. de lu Totir ; jalonsie edtre ces deux chefs i ^otftes français da Canada. — Fondation de la NoaTelle-Amsterdam; établissement snr Long'Island, — Gcftbnié oe là Virgliiië septentrionale, on M grand conseil Hè pfymoàth ; son organisa rfoti goùyerorânenÙilë et adiftiinistratiye, — Fondation de Salem; exaction fiscale de Lawd; elle procure dé nombreux émigrànls à la NoiiTelle-Angleterre. — La colonie de New-Plybiooth décide de sa pi^oprë aiitdrité la tfââsMtion dii sic^ge de la côtiipàgnie de la mère patrie en Amérique ; John ^inthrofie élu gouverneur; fondation de Dorchester, de Charlestown, de Boston. — Les Hollandais donnent de l'extension à leurs établissements. — Gustave-Adolphe projette de créer une eolDnie en âMériqtie. — Colonie dn Canada * la compagnie créée (iar Richelieu ne remplit pas ses engagements ; la compagnie de la Nouvelle- France lui succède. — Hostilités entre l'Angleterre et la France, pendant lesquelles les étàblisseiiiërité dn Cànsdë toHibéht an ptiuybir àkk Anglais. — Manyais^ système de la cblonisation française.
Sous Louis XlIIy les émightiôus dèFrâiibé âugmétitèrent asS(B2 rapidement le nôtûbre des habitants au Canada et eu Àioadié, dalis les àuiiëé^ 1620, 21 et 22 ; et les troubles religieux qui éblatërent sous ce règuë contribuèrent pour beaucoup à les détenuinfer. A la tête d'un parti considérable d'émigrântè, se troUTèrent les sieurs de Gharingé et dé là Tour ; ils tentèrent dé fonder un premier étabiiâi^ëmènt à là Luire, et le portèrent plus tard au Port-Roystl) où iteiré réunirent &ux
colons de M. de Poitrincourt. M. de la Tour se détacha ensuite et vint fonder un établissement sur la rivière Saint-Jean. Mais la jalousie qui existait entre ces deux chefs rivaux ayant bientôt été partagée par leurs colons respectifs, ils se firent la guerre et détruisirent ainsi; par une collision coupable, tout le fruit des efforts dont l'objet avait été de fonder des établissements durables et qui aurait dû rester le seul but de leur zèle commun. Dans ces luttes impies , M. de la Tour eut le dessous , et la tranquillité sembla dès lors rétablie dans ces deux établissements.
Cependant quelques années après, M. de Gharingé étant mort , M. de la Tour retourna au Port-Royal, y épousa la veuve de son rival, et concentra ainsi entre ses mains une grande partie des intérêts de la colonie de ce dernier.
A cette époque, les établissements français en Amérique étaient encore peu importants ; ils étaient au nombre de trois principaux : le Port-Royal , Tadoussac et Québec. Ces trois misérables postes étaient simplement entourés d'une mauvaise palissade pour toute défense contre les Indiens ou contre les agressions des flibustiers, qui alors exerçaient une espèce de droit de pillage partout où ils pouvaient se porter en force supérieure. Et cependant la vanité nationale décorait ces misérables bicoques du nom de forts ; le ehâteau de Québec seiil avait reçu en maçonnerie un commencement de ses fondations ; tout le reste était en terre. Dans le plus grand de ces postes, on comp« tait à peine cinquante familles.
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Sur toute la ligne occupée par les Français/ on rencontrait bien à de très-grandes distances les uns des autres quelques autres petits points isolés ou fermes où se faisait la* traite des pelleteries avec les indigè* nés ; mais ils étaient tous si dépourvus de tout moyen de résistance , même contre des Indiens, qu'ils ajoutaient plutôt à la faiblesse de la colonie française.
Du reste, une langueur extrême semblait peser sur la création , l'existence des établissements français : elle résultait du système même adopta par une compagnie exclusive de» colonisation créée par Ricbelieu en 1626. Cette compagnie n'avait eu en vue que ses intérêts, et pour but que de s'ejirichir par le commerce des pelleteries. Pouvait-il d'ailleurs en être autrement, lorsqu'au lieu de l'énergie qu'aurait infailliblement donnée aux colons la liberté d'agir, de commercer, de s'établir comme ils l'entendaient, on avait eu à cœur d'en étouffer l'essor , en créant un monopole au profit de quelques hommes ? Et a-t-on jamais agi différemment en France , lorsqu'il a été question de fonder une colonie française à l'étranger?
Sous l'heureuse influence du génie commerçant hollandais, la colonie hollandaise de la Nouvelle- Amsterdam prenait d'année en année plus d'extension ; le poste d'Orange avait pris de l'importance à cause des rapports qu'il ojuvrait pour faciliter le commerce des pelleteries avec les Indiens ; des relations actives étaient créées , des exportations d'un grand prix avaient lieu sous les couleurs hollandaises ; enfin, malgré la visite hostile et les représentations d' Af-
gall en 1613^ les persévérants Hollandais fbndaient, en i 623 , d'une manière permanente , leur nbuvelle cité d'Amsterdam sur l'emplacement occupé aujourd'hui par New-York. Dès cette époque > de nouvelles habitations rutales, petites, mais gaies et confortables, formaiebt déjà à là pointe de l'île de Manhattan l'ensemble d'un charmant village, que protégeait Un thck-haus construit sur le lieu de la Batterie ^ aujourd'hui la plus belle promenade de la grande cité américaine. Sur Long -hland ^ ob remarquait également quelquds petites fermes occupées par les pionbiers de la civilisation hollandaise sur le continent;
Enfin la Nouvelle- Amsterdam fixait déjà l'attention des spéculateurs européens^ à cause de là richesse et de l'iiUportanee de ses exportations , qui la mettaient oft commuUication régulière avec la mère patrie.
L'industrieuse activité des Anglo-Saxons donnait également à la colonie de la Virginie méridionale un élan de prospérité remarquable ; la colonie de la Firfinie septentrionale seule n'avait point encore fait dé grands progrès depuis 1620^ malgré l'influence de son patron, le duc de Buckingham^ l'homme le plus puissant de cette époque ; lorsqu'enfin les puritaine , sous la conduite d'un certain M. White, obtinrent en i 627^ de cette compagnie , la cession de ses droits à s'éta^ Wir sur ce territoire.
Mais les puritains^ dans leur esprit de défiance sur la légalité d'une pareille rétrocession , jugèrent plus prudent de s'adresser directement au roi Charles Y% qui leur accorda, en 4628, de nouvelles lettres pa-
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tentes j avec le droit de faire et d'adopteir les règle*^ mefats et les lois nécesbaires au gDuveriiement de leur société.
D'ajprès cette nouvelle charte , les colons avaient le droit de vendre des terres , de s'administrer suivant lès lois qu'ils auraient adoptées ; leur gouvernement devait se composei* d'un gouverneur > d'un députégoûvemeiir et d'un conseil administratif dé dix membres , nommés pour la première fois par la couronne^ mais, par la suite, directement par les membres libres de la compagnie.
Le pouvoir exécutif était confié aux mains du gouverneur et de ce conseil administratif; quant au pou- Vbilriègislâtît, il était rëtôiiù dàtis le corps nlêthe des titulaifeé prbpriétairôs ou îtoéîtibres libres de la compagnie ; ih àVàieht le droit d'éihëttrë telles lois jugées nécessaires au bièn-étre dé la colonie , pourvu toutë- S(^is qu'iillës fii^sèiit contbhnes à celles de là ibërè patrie.
Là cOtnpàgttîë aVait obtenu dés dt^oits de propriété très-larges, sur la seule prèscriptioh d'une redevanèè à là couronne du cinquième de tout or ou argent découvert sur les habitations ; car, à cette époque, l'idée de découvrir dés tnines de métaux précieux était encore prédominante et pour beaucoup dans l'esprit d'entreprise qui portail tant d'émigraiits vers le nouveau monde.
Dans la tradsaction des affaires ordinaires , le gou^ verneur et le député-gouverneur, assistés de âept membres en conseil, composaient ukie espèce de cour
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qui siégeait un jour tous les mois ; line assemblée générale de tous les membres de la compagnie avait lieu quatre fois par an. Le but de ces assemblées trimestrielles était d'admettre de nouveaux membres à jouir des prérogatives de membre libre de la compagnie, c'està-dire appelé à voter sur les affaires publiques ; de nommer de nouveaux officiers publics , et de former les lois et les règlements nécessaires pour administrer la colonie.
Le gouverneur, le député-gouverneur et les membres du conseil étaient élus à l'assemblée générale , qui avait lieu au printemps.
Remarquons ici que chaque membre de la société, ayant droit de voter pour le choix d'un gouverneur et des membres du conseil, et pour la formation de toutes lois , jouissait de ce privilège établi par la loi commune anglaise. Ainsi la charte de cette colonie contenait le principe fondamental des libertés publiques qui ont amené et assuré la suprématie de la démocratie dans le nouveau monde.
Mais nous ne devons pas non plus négliger de faire observer que tous les habitants de la colonie ne jouis^ saient pas indistinctement du droit de voter : le suffrage universel n'était alors nullement admis. Pour être en droit de voter, il fallait satisfaire à certaines exigences imposées par les colons, toujours arbitraires, il est vrai, et souvent absurdes et injustes; mais enfin ces exigences faisaient partie du pacte social sous lequel ils s^étaient réunis en corps politique
et commercial^ pour établir le territoire concédé par leur charte royale.
La nouvelle association des puritains, sous le titre de grand conseil de Flymouth^ envoya, en 1629, une première expédition composée de cinq bâtiments, et portant plus de trois cents aventureux émigrants. Us arrivèrent sur la côte de la Nouvelle-Angleterre le 20 juillet, et touchèrent à un port qu'ils nommèrent Salem (1), par allusion probablement à la sainte Écriture, ou peut-être par allusion au repos qu'ils venaient chercher.
Aussitôt après leur arrivée, les émigrants se constituèrent en association religieuse et politique, et adoptèrent les formes disciplinaires de la secte des indépendants ou congrégaiionalistes , et se prononcèrent formellement contre les formes et les doctrines de la secte des épiscopaliens, ou Église établie. Cette disposition première imprima, dès Torigine, un caractère tout particulier aux institutions civiles de ces colonies.
A cette même époque, les principes arbitraires et intolérants, les extorsions fiscales de Tambitieux Lawd, évêque de Canturbury, en Angleterre, déterminèrent un grand nombre de non-conformistes à chercher un asile dans la Nouvelle- Angle terre. Parmi ces émigrants, il s'en trouva quelques-uns titrés et riches qui s'exilèrent volontairement avec leurs familles et leur fortune. Par leur intermédiaire et leur influence, une modification importante fut introduite dans la consti-
(1) Salmoii, t. m, p. ^7. i
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iuUon administrative de la colonie. La eharte de Charles P^ plaçait le siège administratif et Bupérieuf de la compagnie à Londres : il fat transféré en Amérique 9 et TadmimstratioB supérieure établie dans la Nouvelle-Angleterre,
La conception de cette mesure était hardie; soa exécution était encore plus importante, car elle devait nécessairement avoir la plus grande influence sur les intérêts futurs de la colonie.
Cette translation du siège du pouvoir exécutif et administratif eut lieu en 1630. A cette même époque, quinze cents émigrants arrivèrent à la Nouvelle-Angleterre. John Winthrope, un de ces derniers, fut élu gouverneur, et Thomas Dudley fît partie d'un conseil supérieur composé de dix-huit membres.
Dès lors on s'occupa de fonder deux nouveaux établissements, l'un à Dorchester, l'autre à CharlestQ\VR> sur les bords de la ri vière Charles ; mais les habitapts d^ Charles to^v^n, faisant remarquer que sur le côté opposé de la rivière la position était plus favorable pour y étabUr une ville, dépossédèrent, sans autres droits que leur volonté, un ministre de l'Église anglicane qui s'y était construit une petite retraite, et y jetèrent les fondements de Boston, qui devait devenir la capitale de Jji colonie.
Ainsi la capitale de ]a Nouvelle-Angleterre fut fondée) par suite d'gine usurpaiioii de propriété, par dcvs émigrants qui cependant arrivaient avec des idées religieuses exaltées, et pour fuir, disaient-il§, la vio-
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lence et la persécution exercées contre eux dans leur pays!
Singulière prétention de l'homme, qui légitime à ses jeux les actes qu'il réprouve dans les autpes^ comme si, quel qu'en fût le but, l'iniquité de l'action n'était pas la même.
Du reste, le caractère puritain et son esprit dominateur s'étaient révélés dans toute leur plénitude dès le jour même que les émigrants avaient mis le pied sur le sol an^iéricain. Dans l'émission des règlements qui devaient régir la colonie , deux, entre autres, doivent fixer l'attention : l'un fixait le prix au kté, l'autre portait que les Indiens devaient être dépouillés de toutes les terres quHls ne cultivaient pas, et il était en ou^re défendu, sous peine d'une forte amende, de leur vendre des liqueurs ferles ou des munitions de guerre.
Tandis que les Anglais fondaient ainsi leuri^ premiers établissements dans la Nouvel le- Angleterre, les Hollandais, qui, de leur côté, réclamaient la possession de la cAte jusqu'au cap Cod, par suite des découvertes fiâtes en leur nom par le capitaine Ifudson, poussaient activement les leurs sur les rives de la Gonnecticut. Déjà même ils avaient pénétrq assez avant dans l'inteneur en suivant le cours de cette rivière, et avaient fondé sur ses bords un poste, sur l'en^placement actuel d'Hartford- C'est de ce point qu'ils étendaient leurs rapports commerciaux avec les Indiens des bords du Saint-Lauf ent^ et créaient une diversion injurieuse et même inquiétante pour les intérêts français du Canada.
' Fondés sur les mêmes droits de découverte, ils créaient également des établissements sur les bords de la Delaware, où ils avaient acquis des indigènes une certaine étendue de terres. Cette colonie cependant ne subsista pas lontemps : elle fut détruite par les Indiens.
Ce fut aussi vers cette époque de ^ 626 ou 28 que Gustave-Adolphe, le plus éclairé des rois Scandinaves, conçut l'idée d'établir en Amérique une colonie qui devait être le refuge, Tasile des persécutés de toutes les dénominations. Il créa une compagnie de colonisation à la formation de laquelle tous les peuples furent invités de prendre part. Cette compagnie devait jouir de privilèges très-étendus.
Les établissements français du Canada faisaient peu de progrès. Québec contenait à peine cinquante habitants, la plupart prêtres de Tordre de Saint-François ; mais le zèle des missionnaires pour la conversion des infidèles était grand, et déjà Caron, Viel et Sagard avaient pénétré dans le haut Canada, séjourné au milieu des nations qui habitaient près des bords du Niagara ( l}nghira)j et établi parmi elles des missions.
Cependant la compagnie créée par Richelieu ne remplissant pas ses engagements, un édit royal de 1628 la remplaça par la compagnie des cent associés, au nombre desquels se trouvait Richelieu lui-même, Champlain, Rossilly et d'autres personnages trèsriches et très-élevés. Cette compagnie prit le nom de compagnie de la Nouvelle-FraMe.
Ses pouvoirs étaient immenses : elle pouvait créer,
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fonder^ former des établissements dans tout le Canada, les fortifier et les gouverner à sa volonté, faire la guerre, la paix. La pêche de la baleine et de la morue restait libre pour tous les Français , mais la compagnie' avait le monopole et à perpétuité du commerce des pelleteries avec les indigènes.
On donna des titres de noblesse à douze des principaux membres de la société ; on accorda à la compagnie de faire le commerce libre de tous droits; enfin les avantages concédés par la couronne allaient jusqu'à permettre l'entrée libre de tous les produits manufacturés au Canada. Avantage remarquable pour une époque où l'industrie nationale était comprimée par des restrictions sans nombre.
Dès les premières années, la compagnie devait faire passer au Canada deux ou trois cents ouvriers et treize mille colons dans un délai de vingt-cinq ans. Malheureusement ses vaisseaux furent pris, dans leur premier voyage, par les Anglais, en guerre alors avec la France , par suite de l'intervention ouvert© de Charles P% que le duc de Buckingham avait poussé à faire cette démonstration en faveur des protestants réfugiés dans la Rochelle , dernier boulevard du calvinisme en France.
Par suite de ces hostilités , dues à la jalousie des deux ministres de France et d'Angleterre, nos posse3sions d'Amérique devinrent presque toutes la proie facile des Anglais , plus nombreux et surtout mieux approvisionnés ; car les postes du Canada, décorés du titre pompeux de forts , n'étaient que de misérables
bicoques sans moyens de défense et manquant de tout.
Québec seul résista plus longtemps que les autres, quoique aussi dépourvu de défense, mais grâce à l'héroïque énergie de son généreux et brave chef , le capitaine Ghamplain ; enfin sa garnison, étant réduite par la famine, fut obligée de se rendre.
Cependant le roi de France ayant conclu un traité avec les Anglais avant la chute de Québec, cette ville fut rendue à la France ainsi que les autres postes, et la compagnie put reprendre ses opérations de colonisation interrompues ; ce temps d'arrêt n'en porta pas moins un grand échec à la marche des choses au Canada , et soit par cette cause ou par l'incapacité de ses chefs, la compagnie fut dans la nécessité de demander une prolongation de sa concession et de ses prérogatives ; ce qu'elle obtint facilement.
Le fait est que le système adopté par Richelieu pour coloniser nos possessions d'Amérique était entaché d'un défaut radical dès son origine : c'est qu'il n'avait pour but que de favoriser la traite des pelleteries ; que n'ayant par conséquent pour intérêt que l'égoïsme et la richesse individuelle, soumis à Taction d'un monpr pôle qui s'appropriait tout , on ne fit pas , à proprer ment parler, des établissements , de la colonisation, pour fertiliser le pays, développer ses richesses agricoles, exploiter ses admirables bois de construction , enfin le peupler; mais bien pour posséder militaire^ ment le pays sox les points les plus favorables au comf tnerce avec les Indiens.
Richelieu avait dirigé toutes les ressources en son pouvoir vers raccomplissement de ce système commercial ; aussi l'Église par ses missionnaires , et l'armée par son épée , furent-elles ses deux plus puissants auxiliaires et les seuls moyens qu'il mit en usage pour occuper le pays ;.les premiers par l'intervention dç la foi à laquelle le zèle des missionnaires cherchait journellement à rattacher Thomme rouge ; l'autre, en faisant respecter la puissance des armes françaises par de fréquents combats , où la valeur et le courage si naturels à la nation française avaient un vaste champ pour s'exercer.
Des postes nombreux , mais faibles, étaient donc répartis sur un très-grand réseau, toujours très-bien choisis , il est vrai , mais sans moyens de communication assurée , parce que les cinq tribus de la nation iroquoise qui occupaient les bords du lac Ontario , la tête du Saint-Laurent , la partie occidentale de New- York et le lac Ërié , interceptaient la communication du Saint-Laurent avec les lacs supérieurs ; ce qui obligeait les Canadiens à suivre la route détournée de la rivière Ottaoua pour parvenir au haut des lacs. Aussi les Indiens, ayant bien jugé de la faiblesse du système suivi, faisaient souvent des irruptions heureuses sur les établissements des pionniers français.
Champlain était un homme habile et courageux, niais il était mu par le fanatisme religieux de son épo- <pie : pour lui , le salut d'une âme valait un empire ; aussi tous ses efforts, toute son intelligence étaient-ils dirigés vers le but de la conversion des indigènes. H
confia donc sans réserve aux jésuites l'œuvre de prêcher la foi aux infidèles et d'organiser la frontière des possessions françaises en Amérique ; sa pensée dominante était aussi d'arriver à former une alliance durable avec les indigènes : pour l'assurer, il étendit ses missions jusque sur le territoire des Mohawks et des Hurons. En résumé , le but de la colonie française à cette époque était plus particulièrement de favoriser les intérêts de l'Église que ceux de la colonisation.
En 1635, Québec vit la fondation d'un séminaire pour l'éducation; ce fut la première institution de ce genre créée en Amérique. Dans la même année , on fonda un hôpital de charité, et un couvent d'ursulines pour l'éducation des filles.
En 1640, Montréal est créé siège d'un entrepôt commercial pour la traite des pelleteries avec les indigènes ; à cette époque , les Anglais n'avaient point encore pénétré sur le fleuve Saint-Laurent ; mais les Hollandais , en possession du littoral à l'embouchure de la rivière Hudson, avaient ouvert des rapports avec les Cinq-Nations. On jugea dès lors nécessaire d'établir un poste des missions parmi elles.
En 1641, Charles Raymbault établit la mission de Sàinte-Mariè, et ouvre ainsi une communication avec les Sioux dxL Mississipi. Dans la même année, les ursulines obtiennent les titres de leur établissement sur les Trois-Rivières.
L'année suivante, des missionnaires traversaient de Montréal au fort Orange, à la tête de la navigation à voile de l'Hudson, sur cette même direction que
(levait suivre plus tard le canal Ghamplain, et y rencontraient les facteurs hollandais. En 1646 , le missionnaire Gabriel Drouillet, accompagné d'un seul Indien, traverse de Québec, sur les bords du fleuve Saint-Laurent, aux rives du Kennebec, où se trouvait un établissement français, et trace ainsi, au travers des forêts du Maine, le premier sentier d'une communication que, deux siècles plus tard, la vapeur devait franchir sur un chemin de fer. Enfin , en ^ 648 , le courageux de la Mothe-Cadiliac, accompagné de zélés missionnaires, parvenait jusqu'au lac Supérieur et reconnaissait , dès cette époque , toute cette immense mer intérieure, et prévoyait l'avenir réservé à ces fertiles régions !
La partie de la péninsule comprise entre les lacs Huron et Michigan, qu'ils visitèrent particulièrement, était alors occupée par les Indiens Hurons , dont un grand nombre fut converti dès cette année au christianisme par les missionnaires jésuites, qui élevèrent une chapelle aux chutes de Sainte-Marie et une autre dans l'île de Saint- Joseph.
Les Hurons furent presque entièrement détruits par les Iroquois, leurs ennemis implacables.
Enfin des traiteurs canadiens s'avancent jusqu'à Green bay, la baie Verte, et y passent un hiver.
Néanmoins, malgré les efforts si intelligents des jésuites, la colonisation de la Nouvelle France sur les bords des lacs, et particulièrement sur la partie occidentale de New- York, éprouvait une grande résistance de la part des cinq tribus iroquoises ; aussi le com-
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merce avec les indigènes en souffrait-il beaucoup^ tandis qu'au nord, les habitants de Boston et de Salem, aussi remuants , actifs et industrieux que les habitants du Canada Tétaient peu , enlevaient à ces derniers leurs pêcheries et en excluaient les Français et les Anglais.
En 1655, la colonie de l'Acadie perdit son actif et intrépide chef, M. de la Tour, qui fut remplacé par M. de Rochelle, un de ses créanciers; mais celui-ci abandonna ces établissements à ses deux fils. C'est dans ce moment où la colonie était pour ainsi dire sans chef, que, en pleine paix, les habitants de Boston, toujours convoitant cette propriété, résolurent de l'attaquer. Ils se présentèrent devant Port-Royal avec une force considérable, et le prirent. Sur les représentations du gouvernement français, la cour d'Angleterre désavoua la conduite des Bostoniens, et restitua le Port-Royal. Cette circonstance amena un règlement définitif des limites de l'Acadie entre les deux nations.
Jusqu'à cette époque, la France avait l'ascendant sur les autres puissances européennes dans leur colonisation de l'Amérique du Nord : si elle avait réussi alors à établir la partie occidentale de New- York et à s'assurer du débouché de THudson sur l'Atlantique, elle aurait été complètement maîtresse de tout le pays. Malheureusement les Anglais avaient la suprématie sur le littoral, avantage qu'ils se hâtèrent de confirme^ en enlevant aux Hollandais leur colonie, et en se rendant ainsi maîtres de l'importante avenue qu'offrait THudson des bords de l'Atlantique aux lacs intérieurs.
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