‹ De la puissance américaineChapitre 36 sur 135 · COLONIE DE CONNECTICUT ET DE NEW-HAVEN · texte numérisé non relu

COLONIE DE CONNECTICUT ET DE NEW-HAVEN

Lés colonies de Connecticut et de New-Haven, maintenant comprises dans l'État de Connecticut , avaient été accordées, en 1630, par le conseil de Plymoulh, au comte de Warwick. Charles I'' confirma cette donation, qui passa, en 1631, aux lords Say, Brook, Scale et autres.

Les nouveaux propriétaires envoyèrent, en 1632, des aventuriers reconnaître la côte et l'intérieur du pays ; leur expédition pénétra jusqu'à Windsor, mais

les premiers établissements furent fondés par David Gardner, en 1635,àSay-Brook, où se réunirent environ cent colons.

Plusieurs autres compagnies détachées de la colonie de Massachusetts s'établirent à Hartford, Windsor, Wethersflrld et autres lieux, demeurant néanmoins sous la juridiction de la colonie fondatrice de Massachusetts.

Ces diverses bandes d'émigrants adoptèrent une forme de gouvernement entièrement semblable à celui qu'elles quittaient, excepté qu'elles envoyèrent à leurs assemblées deux des principaux habitants de chacune de leur commune ou bourg pour les représenter suivant l'usage anglais.

En 1638 les habitants de ces nouveaux établissements, s' apercevant qu'ils n'étaient pas tous compris dans la juridiction de Massachusetts, décidèrent de se réunir sous une même administration sous le titre de colonie de Connecticut. A cet effet , tous ceux qui avaient droit de voter s'assemblèrent à Hartford, et adoptèrent une constitution presque entièrement semblable à la charte de la colonie de Massachusetts, excepté la convocation de la coier^e- ^ale deux fois par an, au lieu d'une réunion annuelle.

Le pouvoir exécutif de cette nouvelle colonie fut <îonstitué sur les mêmes bases et principes que celui ^e la colonie de Massachusetts. Il devait rendre la justice suivant les lois, et, à leur défaut, suivant la

parole de Dieu. Le gouverneur était élu annuellement, il n'était pas rééligible la seconde année.

La colonie de New-Haven [\xt{ondée^ en 1638, par une petite compagnie d'émigrants arrivés l'année précédente à Boston, sous la conduite du révérend M. Da* venport, et que leurs opinions religieuses portaient à se constituer isolément pour se livrer plus tranquillement à l'observation de leurs principes. Ces émigrants, reconnaissant que les Indiens étaient seuls les légitimes propriétaires des terres sur lesquelles ils venaient s'établir, achetèrent directement des indigènes des terres près de New-Haven, où ils fondèrent leur premier établissement.

La forme de leur gouvernement reposait sur les principes de leur Église, qui parmi eux occupait le premier et le plus haut rang. Nul ne pouvait être admis à voter s'il n'était membre de l'Église, et.il devait en fournir les preuves par un certificat que les ministres du culte seuls pouvaient accorder. De cette manière les ministres évangéliques étaient à la fois les maîtres et les administrateurs de cette colonie.

A l'imitation des premiers chrétiens, les colons de New-Haven adoptèrent le principe de la communauté des biens, la loi agraire et l'égale répartition.

Tous les employés civils ou militaires devaient faire profession de la foi chrétienne.

Du reste, tout citoyen était électeur et éligible ; le suffrage universel était en pratique; les députés étaient nommés proportionnellement à la population numérique, et les magistrats ainsi que les législateurs

étaient réélus chaque année à la pluralité des voix. Enfin le jugement par jury était mis en pratique.

Tous les colons, mais principalement les officiers publics, étaient tenus d'assister au service divin, et quiconque manquait à ses devoirs religieux était passible d'une peine sévère.

Ainsi la colonie de New-Haven, comme celle de Connecticut, était administrée par une assemblée dont les députés étaient nommés par le peuple, mais où n'avaient droit de siéger que les membres seuls de l'Église établie !

Les colonies de Connecticut et de New-Haven continuèrent ainsi de s'administrer jusqu'à l'arrivée au trône de Charles II lorsque, ne jugeant pas leur constitution assez fermement établie par ces précédents, elles s'adressèrent à la couronne pour obtenir sa sanction, donnant pour raison de n'avoir pas sollicité avant la faveur royale, « qu'elles avaient préféré se « passer de charte royale plutôt que d'en recevoir « une d'un prince illégitime ! »

En 1662 Charles II donna à la colonie de Connecticut une nouvelle charte par laquelle les deux colonies de Connecticut et de New-Haven furent constituées sous une seule administration semblable à celle de la baie de Massachusetts. Mais les colons de cette dernière refusèrent d'accéder aux nouvelles dispositions de cette charte jusqu'en 1665, lorsqu'enfîn les deux colonies furent définitivement réunies sous une seule et même administration.

En 1685, le gouvernement de la Grande-Bretagne,

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voulant priver la colonie de certains privilèges concédés ^ demanda le retrait de la charte qui lui avait été accordée en 1662; les colons refusèrent de la remettre, et malgré toutes les manœuvres mises alors en usage pour obtenir cette pièce originale , elle fut soustraite aux mains des serviles du pouvoir britannique en la cachant dans le creux d'un vieux chêne. Cette résistance passive, mais courageuse, des habitants de Connecticut, contre les empiétements de la couronne d'Angleterre, eut un heureux résultat. La colonie recouvra officielletnent , en 1688, le libre exercice des franchises de sa charte primitive, qu'elle a su conserver intégralement jusqu^en 1817, époque de la révision de la constitution de l'État actuel de Connecticut.

Cependant, en 1698, on introduisit une importante modification à la forme administrative : deux chambres législatives furent créées et un pouvoir exécutif

organise.

Telles furent, dès l'origine, les institutions et la forme gouvernementale de la colonie de Connecticut restées les mêmes jusqu'en 1817.

Cette colonie a présenté par conséquent l'imposant spectacle de la plus parfaite démocratie qui ait été organisée dès le commencement : fondée sur le travail libre, favorisant Tégalité, le peuple était véritable* ment la source de tout pouvoir. Mais ce peuple était puritain !

Cette colonie a persévéré plus strictement dans ses principes^ et par suite a été moins troublée par des

débals de foi ou de dogmes religieux qu'aucune autre de la Nouvelle- Angleterre ; aussi est-il facile de retracer môme, jusqu'à ce jour, l'influence que les principes religieux ont exercée sur la physionomie politique et sociale de cet État. Le fait est que les idées religiisuses se sont enracinées dans l'esprit et le cœur des habitants comme les premières lumières de l'enfance dans le cœur et l'esprit de l'homme, donnant un certain cachet à son âge viril et lui permettant d'écarter plus tard ce qui n'est que de la bigoterie pour ne conserver que ces profonds sentiments du biea qui seuls peuvent diriger l'âme, et la préserver de la contagion des vices de la société. Telle a été rheureuse influence du puritanisme dans le Connecticut , d'où il s'est étendu sur la plus grande partie de l'Union, portant avec lui sa puissante influence sur l'esprit de conduite et de sages sentiments religieux qui distinguent de nos jours la nation américaine.

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