CHAPITRE X
COLONIES PlANÇAlSBS* — aNiDA 00 KOCtlLU-nANCI.
Pmttèle eotrt les points 42e dépéri 4et taUmim tma^ittê et «ogltlKi» ^ Ut Mo}be-GadiUac. — Zèle et courage des missionnaires. — Prélèvement de la A<nepar le clergé. — Ck>mpagnie des Iodes occidentales. — > M. de Tracy. ** Rieprise des hoetUités ptr les Iroquois ; — par les ADglo-Amérioatot. — Attaque du Port-Royal. — La liberté du caiinierce est rendue ay Gan«dt. ^Nouveau coin mis en circulation. — H est remplacé'par da papier-mon- Mie. — Marquette erée le poste de Saiote-Marie. — OmTOeatfoo d'no oonr^ des natioDs indleoBesaii poste de Saîpte-Mtne. — L'iolendMt Tite. - Fondation de postes sur les lacs Ontario et Érié. — Des noms français désignent les principaux points géographiques du nord-ouest. — Création du fort de Catoracony, appelé aussi de Frontenac.
Nous avons dû Mispendre le précis historique de la orfonîsation de la Nouvelle^France en 1660, pour noas ^uper exclusivement des eoloniet anglaises dont nous *vons conduit le récit jusqu'à la fin du dix-septième siècle ; nous reprendrons maintenant notre narration <A nous l'avons laissée, pouc l'amener également à la hàn siècle ; mais auparavant nous croyons intéressant i^ faire une comparaison ^mmaire entr^ le mode de <^oaisatioa suivi par les Anglais et It» Français dans l^an établissements respectifs d'Amérique.
Ce qui frappe surtout dans la marche des établisse*
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ments anglais en Amérique , c'est que l'Angleterre a toujours laissé les colons libres de s'y rendre, quelle que fût leur croyance religieuse, et de s'y diriger par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Aussi l'intérêt privé a-t-il stimulé chez les colons, dès l'origine, une activité d'industrie sans parallèle, qui a déterminé le succès de ces colonies et a été la source première de la prospérité actuelle de l'Union américaine.
La France au contraire avait longuement médité et . débattu un plan d'établissement dans l'Amérique avant de l'entreprendre; elle prétendit tout prévoir, tout ordonner, tout réglementer, ne voulut pas s'en rapporter à la conduite, à l'esprit des colons qui allaient s'y établir et auxquels on reprochait d'avoir des vues trop étroites. Les catholiques seuls y étaient accueillis au préjudice des autres sectes.
Les Anglo-Américains se sont d'abord occupés de la culture qu'ils ont constamment songé à étendre, à perfectionner, malgré Fesprit de conquête, d'envahissement, de spoliation même qui souvent les a animés soit contre les indigènes, soit contre les Européens, dont ils redoutaient la rivalité ; les vues Commerciales ne sont venues qu'après.
Le gouvernement français, qui, d'après ses principes immuables d'administration, dirigeait tout en Amé* rique comme en France, au lieu de porter les habitants de ses possessions vers la culture du sol, ne pensait qu'à tirer des bénéfices de la traite des pelleteries et qu'à agrandir ce commerce qui contribuait
directement au profit d'un seul port de France, de Marseille.
Aussi les établissements de la Nouvelle-France étaient-ils créés dans un esprit tout militaire avec le but avoué d'exercer le plus grand monopole possible m le commerce des pelleteries avec les indigènes. Par suite de ce système, les colons devaient tous, sans exception, une obéissance aveugle à une autorité purement militaire.
La marcbe des lois n'y étant pas connue, la volonté arbitraire d'un gouverneur, de ses lieutenants, des chefs de poste, était un oracle qu'on ne pouvait chercher à interpréter ; on devait s'y soumettre comme à on décret qu'il fallait subir sans examen.
Le gouvernement tenait entre ses mains les grâces 6tles peines, l'avancement et les destitutions; il pouvait enfin faire considérer ses caprices, sa tyrannie iQéme comme des actes de justice.
Le pouvoir absolu ne se bornait pas aux sujets relevant du service militaire ou de l'administration poli* tique, il s'étendait à la juridiction civile. Le gouver- Beur décidait de tous les procès arbitrairement et sans ^pel. Cette autorité fut maintenue jusqu'en 1663, époque où l'on créa à Québec un tribunal pour juger définitivement tous les procès de la colonie.
La coutume de Paris, modifiée par quelques combtmdsons locales, servit de code de lois à la colonie.
Sous un pareil système on pense bien qu'il était diffîdle que les établissements français prissent <pidque développement. Aussi, malgré le lèle et le
ewmgettx défcmement de quelques individus , h Nouvelle - France faisait peu de progrès. Le despotiraie tnifitaire et le fanatisme religieux paralysaient Mute la capacité industrielle des colons, tandis que la liberté de conscience et d'opinion qui régnait dan» lés c^onies anglaises donnait un puissant essor au génie aventureux de ces derniers, qui bientôt parvinrent à enlever aux Français depuis l'industrie des pêcheries sur le grand banc jusqu'au commerce dés pelleteries aux portes même des établissements !
Cependant, dès 1660, l'aventureux et intelligent de laMotàe^Gadillac établissait le poste du IMtroit dont il avait deviné tous les avantages pour assurer le commerce avec les Indiens de Fintérieur, et contrôler ce* lui des lacs ; les missionnaires jésuites avaient déjà une connaissance parfaite de l'admirable communication qu'offrait la chaîne des lacs ; dans leur zèle infatigable ils avaient planté la croix sur les bords dû Ouabash, auquel ils donnèrent le nom de Saint-Jérôme, et du Mississipi, et de nombreuses tribus d'in^ digènei venaient en foule écouter leurs paroles persuasives ; partout où ces pieux soldats de la foi péhé« iraient, ils installaient une Mission et élevaient tmt chapelle qui servait ainsi de délimitation au vaste domaine cenquîs à la Nouvelle-France. C'est ainsi qm dès cette époque, les postes et Missions de Missilimakinao, de la baie de Saint-Joseph, du fond du lac, du saut S(ftii^tê-MaHe, etc, étaient fondés.
Par leur lèle religieux et leur persévérance , îfa étaient pftrventt^ k créer chez les Indiens une prédilM*
m LA PUISSANCE AMÉRICAINE. Ht
tion marquée pour les Français t d'un côté , les misâioanaires étudiaient la langue des Indiens^ Se confor« fflaient à leur caractère, à leurs inclinations; ils usaient j en un mot , de tous les moyens propres à ga* gftèr leur confiance ; de l'autre ^ les colons français^ \éû de leur donner les mœurs de l'Europe , avaient pris celles du pays qu^ils habitaient, l'indolenéd de C6 peuple pendant ]a paix y leur activité durant la gttérre , et leur amour constant pour la vie errante et lagabonde ; enfin un grand nombre s'était fait adopter fMml les Indiens.
La colonie de la Nouvelle-France devait en grande partie son origine à l'influence religieuse. Aussi , en 1063 f le clergé demanda et obtint du ministère en France qu'il lui fût donné un treizième de tous les biens iè la terre, fruits du sol ou du travail des hommes. Cette taiation y intolérable dans un pays encore mal établi, dora pendant quatre ans, lorsque le conseil supérieur d^ Québec prit sur lui, en 1667, de réduire cette taxe
^\ï vingt-sixième .
Les titres de la compagnie créée par Riehelieu expiraient en 1 663. Leurs Seigneuries de la Nouvelle-France pré^ntèf ent alors à Louis XIV leur démission ; ils t'étaient enricbis, mais avaient peu fait pour ravancement réel de la colonie ; et la Nouvelle-France, enfant *tt monopole, ne sortait de celui-ci que pour rentrer, <pumt au commerce , sous celui de la compagnie des lûdes occidentales, créée en 1664 avec un privilège d^ qaarante ans. Cependant Louis XIV voulut bien consentir à prendre le pays sous sa protection royale.
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Il y envoya un régiment, afin de mettre la colonie en position de résister aux attaques des indigènes; il nomma Tracy vice-roi, Courcelles gouverneur, et Talon intendant des affaires civiles.
Les troupes du roi arrivèrent à un moment opportun ; car les Indiens, soutenus par les Anglais, inquié* talent vivement les divers établissements français du Saint-Laurent et des bords des lacs; ils pillaient, ravageaient tout ce qu'ils rencontraient sur leur route ; ils tombaient à l'improviste sur de faibles cabanes et en égorgeaient tous les habitants ; enfin la panique était au comble parmi les établissements français , car la hardiesse des Indiens était si grande, que plusieurs fois ils avaient arrêté des embarcations chargées de marchandises jusque sous les murs de Québec.
Le gouverneur du Canada avait résolu une attaque des Mohawks en hiver ; il marcha sur leur territoire avec les plus grandes fatigues et les plus grandes pri-^ vations* Mais les Indiens avaient abandonné leurs forêts : l'expédition fut sans résultat.
Les secours de la métropole rendirent l'avantage aux Français sur les Iroquois , qu'on obligea enfin à faire la paix. Par le traité conclu avec cette nation , il . fut stipulé que leur territoire restait à jamais acquis vlvlm domaine de la Nouvelle-France.
Cependant Louis XIV ayant déclaré la guerre , e ^ 666, aux Anglais, en faveur des Hollandais, le com mencement des hostilités fit cesser entièrement 1< commerce du Canada. Les Anglo- Américains , profi tant de l'opportui^ité des circonstances pour s'appro
prier les bénéfices du trafic avec les Indiens y dirigèrent leurs opérations avec adresse et offrirent aux indigènes des marchandises en échange de leurs pelleteries de qualité supérieure, et à un plus bas prix que ne pouvaient le faire les facteurs français. En effet , chez les Français, le monopole des achats et des ventes était dans la main des agents de la compagnie occidentale, tandis que dans les colonies anglaises, le commerce était entièrement libre , c'est-à-dire dans les mains de tous les colons ; la concurrence favorisait donc l'abaissement des prix de vente : la liberté tua ainsi le monopole.
Le Port-Royal fut de nouveau attsiqué par des forces considérables et enlevé , mais restitué en ^ 667 , à la paix de Bréda.
En 1668 f la compagnie occidentale n'ayant pas rempli les obligations attachées à la prérogative de faire seule le commerce avec les possessions françaises en Amérique , fut contrainte de renoncer à cet avantage , et de ce jour, le commerce, rendu libre pour tous les Français, reçut une salutaire impulsion.
Mais les colonies françaises étaient alors presque sans ressources financières ; car, si le monopole avait enrichi quelques chefs, la masse des colons était sans luoyens. Pour porter remède à une situation si désavantageuse, on imagina de fabriquer pour tous les éta- Uissements d'Amérique une monnaie à laquelle on donna un coin particulier, et une valeur idéale d'un ^Qart plus forte que celle des espèces qui circulaient ^ la métropole. Gel expédient ne procura pas
4M m Lk WmkfKÊ. AilémCAlNE.
t^fttfttttage que V(m s^M était pmmis i et en ftrt obligé d'y substituer du papier pour le payement des troupe» et pour les autres dépenses du gouvernement.
C'est en 1668 que le missionnaire Jacques Mar« quelte établit la Mission de Sainte-Marie^ et c'est par suite des rapports qu'il eut avec les Indiens des rivet du Mississipi y et des renseignements que lui donna son compagnon le père Allouez^ qu'il forma, dès cette année , le projet de la découverte de ce fleuve ^ qu'il n'exécuta qu'en 1669.
Les indigènes appelaient ce fleuve Meaipi on Mêê^ chasipiy nom qui signifie rivière partout, du mot missi ou minH , partout , et de tipi j rivière \ parce que ce 0euve 9 dans le temps de son débordement^ étend ses eaux sur toute la vallée qu'il inonde. Suivant les Illinois , ce fleuve portait aussi le nom de Meichagamisi ^ ou plus communément Mes^esipy ou Meschasipy , toute rivière^ grande rivière. Les Français lui donnèrent al-* temativement le nom de fleuve Colbert , Saint^Louis , et Barbauches.
En 1670, sous l'administration de l'intendant Talon et par l'intermédiaire de l'agent Perrot, un congrès des nations indigènes fut convoqué à la Mission de Sainte- Marie ; on s'y occupa d'un vaste plan pour porter la domination française sur les points les plus éloignés an continent américain. On annonça aux nombreuses tribus venues des bords du Missouri^ du Mississipi, du Ouabasb et de l'Arkansas, que désormais elles seraient sous la protection du grand roi. Ainsi se préparait Peitension de l'empire français dans le nouveau
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monde, des bouches du Saint-Laurent dut bouches du Mississipi, par l'action des chefs militairei M Tassis* tance des jésuites, leurs zélés compagnons \ c'est qu'à cette grande époque de Thistoire de France le sentiffient de l'honneur national, chez le peuple et les chefs de TÉtat, était tout^puissant I Des postes militaires forent établis àDetroH et à Missiltmackinac, et le commerceavec leslndiensdes bords du Mississipi futassuré eontre les déprédations et les attaques des Iroquois. La même année on fonda de nouveaux établissements 9sr les lacs Ontario et Érié reconnus quelques années auparavant. Nos officiers et nos missionnaires avaient ité«Qrtout frappés de la position arrantageuse du lac Ërié comme centre de communication entre le fleuv0 Saint-Laurent et la chaîne des lacs supérieurs, mettant à même, par son occupation, de commander tout le eommerce de ces régions et des peuplades indi^ gènes qui vivaient alors sur leurs bords. A ce moment de l'histoire de nos colonies, tous les efforts tendaient ters le même but : l'extension et raffermissement de la domination française en Amérique.
La France avait pris alors, parmi les puissances européennes, un ascendant, un rang qui donnaient au sentiment de la nationalité une nouvelle énei^ie qui animait les hommes de tous les rangs t les chefs de la colonie de la Nouvelle-France devaient en éprouver naturellement l'effet salutaire.
Chaque nouveau pas qu'ils faisaient dans ces régions inconnues était marqué par un sceau honorable pour leur conquête : des noms français reiUaçaisut partout
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les lieux qu'ils avaient parcourus, les poiûts où ils s'établissaient.
C'est ainsi que les noms de Saint-Lauis et de Frot^ tenac furent donnés au lac Ontario^ et celui de ConU au lac Érié. Ontario y en langue iroquoise, signifie beau lac ; ils l'appelaient aussi Skenin-Donigy fort beau lac; — trié y ou Érigé y ouÉrikéy quelquefois aussi dési* gné par les Iroquois par le nom de Tdoeharantiong^ signifie du chat, nom de la nation qui vivait sur ses bords.
Le nom ^Orléans fut donné au lac Huron (1) appelé aussi Kenegnondi ou Algonkin Michigauge.
Le nom de Dauphin fut porté par le lac Michigan, qui s'appelait assi lac des lUinois ou des Illinouacky ou des hommes ; le mot illinois signifiant l'homme fait : la nation miamis qui fréquentait les bords de ce lac lui donna souvent le nom de Mischigonong y ou grand lac.
Enfin, pendant tout le temps de la domination française, le lac Supérieur fut désigné par le nom de Tracg ou de Condé.
En 1671 on fonda, à l'embouchure de la petite baie de Caiaroconyj le poste de Frontenac ; il se trouvait à la décharge du lac Ontario dans le Saint-Laurent et était destiné à protéger le commerce des lacs et celui du Saint-Laurent, à couvrir la communication des lacs avec Québec, enfin, à défendre une excellente rade
(fl) Huron est d'origine canadienne, et fnt donné aux Indiens vivant sur les bords de ce lac, à cause de leur chevelure brâlée qui faisait ressembler lear tête à la bure d'un Nnglier.
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OÙ venaient se réfugier les canots et les embarcations formant alors toute la marine marchande et militaire de ces contrées.
C'est ce poste qui a servi de fondation à Kingston^ aujourd'hui une des villes les plus importantes du haut Canada, et communiquant directement avec Montréal par le canal Rideau et la rivière Ottawa : la distance entre ces deux villes est de quatre-vingts lieues et accessible aux bateaux à vapeur , lorsque par le Sainl-Laurent elle n'était praticable que pour de faibles bateaux.
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