‹ De la puissance américaineChapitre 49 sur 135 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

COLONIES FRiNÇAlSES. — NOUYBIiLK-FftiRCB.

ÉUbliBsemeDt du poste de Détroit par M. la Mothe-Cadiliac. — Les Canadiens reftasent de payer la dtme. — Canal commencé près de Montréal. — M.éB Yaudreuil. — Prise de Port-Eoyal.-* Attaque de Québec. -Pais d'Utreebli — Point de départ des guerres pour des avantages œmmerciaux. — ËtabllsseAieût de l'Ile Breton, on Ile Royale. — Confrérie de Saint-Sulpice. — Le iSeur dé Vincennes. -^ Colonie de l'Ile Saint- Jean. -< Forlifications éè Lonisboorg. — Lewi»towu» — Gbarleyoix en Amérique. — Postes de Toii* louse, du Dauphin, de Nf^yieka. — Gisement bouiUer en Acadie. — Québec et Montréal; leur importance. — M. de Varendry traverse des bords da Saint^Laurent aux rires de la merPacitique. — Les habitants de lanouirelle-Angleterre mc^ditent la conquête de la Nouyelle-Fraooe. — Prise du Port-RoyaL -— M. de la Galissonnière, gouverneur du Canada, adopte des moyens de résister aux empiétements des Angle- Américains* -^ Prise oflldelte de possession deTObio. — Colonisation des pays de l'Ouest, — Popnlalion de la Nouvelle-France; ses ressources; ses revenus.

Sous le gouvernement de M. le comte de Frontenac, la colonisation de la Nouvelle-France fut plu9 an^ivd^ m^nt poursuivie $ on s'occupa principalemont de diriger des émigrants vers les régions de l'ouest^ i^oat on commençait à apprécier toute Timportance.

On ne peut rien trouver, en effet, de comparable en Eur<^^ pour la richesse et la fertilité du sol, auji pays de l'ouest, arrosés par do nombreuses rivières, Ift plupart navigables sur ua long trajet do l«ur ps^-

cours, entre une mer intérieure mise en communication avec TAtlantique par les canaux de New-York, et aVec le golfe par le Mississipi et ses tributaires , sous une zone tempérée : on y rencontre d'immenses forêts et de vastes prairies , des arbres fruitiers sauvages ; des vignes vigoureuses forment un épais ombrage où viennent s'abriter le bison ou bœuf sauvage, les cerfs, les biches, les chevreuils, et une multitude de volatiles, tels que la pintade, le faisan, la caille, la perdrix, la bécasse, la tourterelle, des perroquets verts plus petits que ceux des îles, etc.

Les rivières sont couvertes de cygnes, d'oies babillardes, de canards, de sarcelles et d'outardes ; c'est tout au plus si ces oiseaux aquatiques se dérangent pour laisser passer votre canot.

Les forêts produisent des arbres d'une grosseur et d'une taille majestueuse, et droits comme des flèches : le pacanier, le chêne blanc, le chêne rouge, le noyer, le frêne, le cotonnier, le tulipier, etc. ; et l'aigle altier plane sans cesse au-dessus de ces hauts couverts.

Le poste de Détroit reçut une garnison de cent hommes, et son gouvernement fut confié à M. de la Mothe - Cadillac , alors commandant à Mackinaw, et qui en avait obtenu la concession directe à condition d'y former un établissement.

Pour se former une idée de l'importance de cette concession, il faut savoir qu'elle s'étendait du lac Erié au lacHuron, sur trente-cinq lieues de développement le long de la rivière de Détroit. Il appela sur ces terres des Français et des nations indiennes qu'il avait

eu le talent d'attirer et d'enclaver les uns dans les autres^ de manière à conserver son autorité sur toutes les nations et sur l'ensemble de ses colons.

II avait fait des concessions différentes à chacun de ses colons suivant leur nombre : ainsi, à une famille un peu nombreuse, il avait accordé de quatre à six arpents de front le long de la rivière de Détroit et vingt* cinq arpents dans la profondeur des bois. Les familles les moins nombreuses avaient deux arpents de front sur vingt-cinq de profondeur.

Les terres ne devaient appartenir aux Indiens qu'autant qu'ils restaient sur le territoire delà concession; en changeant leur résidence, leur propriété rentrait dans le domaine de M. de la Mothe-Cadillac.

M.delaMothe avait en outre en propriété simple l'Ile de Mont-Désert^ sur la côte de l'Ëtat du Maine, et qui après de quatorze lieues de tour ; elle lui fut enlevée par les Anglais, ainsi que son droit de pêche, de chasse et de commerce, et un fief au Port-Royal.

Le système de concession de terre suivi pat rétablissement du Détroit était le même pour toute la Nouvelle-France. Les seigneurs avaient les grosses portions et les travailleurs les petites ; et encore les <^nditions faites aux travailleurs étaient telles, que ces donations étaient peu encourageantes pour les colons, <^^ elles étaient pour la plupart passibles d'amendes H soumises à tant de charges diverses, que , même ^^8 le plus beau temps de la féodalité, un'seigneur ^'eùt pas plus exigé de son vassal.

Ainsi, le fermier avait d'abord à payer à son sei-

iSS DE LA PCJISSANCE AMÉRICAINE.

gneur, à son château ou à da principale résidence, le 20 mars, une rente annuelle de 5 livres, et 10 livres en pelleteries ; il était tenu de cultiver ses terres dans les trois premiers mois de sa concession, sous peine de perdre ses droits. Il devait ériger ou aider à élever tous les ans un mât de mai à la porte du principal manoir, ou payer 3 livres en argent ou en pelleteries ; il devait faire moudre soii grain au moulin du seigneur et payer pour ce travail ; il ne pouvait pas vendre sa propriété sans en informer son seigneur : les droits et impôts de vente restaient à la charge du fermier.

Pendant les dix premières années de la concession, il était défendu à aucune des industries, comme celle de serrurier, maréchal - ferrant, armurier ou brasseur, de venir s'y établir sans une permission directe du seigneur.

L'Ëtat se réservait tous les bois de construction pour les fortifications, les bateaux ou la marine.

Le fermier ou acquéreur de terre ne pouvait vendre par lui-même les marchandises, ce monopole était réservé à des agents spéciaux. Défense expresse était faite de vendre de l'eau-de-vie aux Indiens.

Telles étaient les principales conditions imposées k la possession de la propriété, cette base fondamentale de la prospérité d'un pays. Aussi les résultats d'un pareil système, peu encourageant pour les acquéreurs^ n'appelaient point de colons dans ce pays.

On avait ainsi implanté dans le Canada le système dedespotismemilitaire le plus propire à étouffer les se-

fliences de prospérité qui devaient un jour faire de ces contrées un si riche empire.

Par ce malencontreux système, la France se trouvait envoyer des agents subalternes pour la traite des fourrures^ mais non des habitants^ sources d'une richesse bien supérieure^ et qui aurait éventuellement donné à la France une puissance immense dans le nouveau monde^

Les menaces et les attaques fréquentes des habitants de la Nouvelle-Angleterre sur les possessions de la Nouvelle-France finirent par provoquer sur Tesprit des habitants, généralement si doux et si indolents^ le désir d'user de représailles envers leurs aAibitieux agresseurs. M. de Chivy fut un des premiers à proposer de diriger une expédition contre Boston, et plusieurs fois en pressa Fexécution auprès du gouvernement, qui, toujours trop faible même pour sa propre défense, était loin de pouvoir seconder aucun plan d'attaque sur ses voisins.

Parmi les charges onéreuses aux colons de la Nouvelle-France, la dîme était la plus intolérable; ce- Pendant le clergé du Canada, si riche et si puissant, réclamait ses droits par tous les moyens en son pouvoir, et révoque de Québec rendit à ce sujet une ordonnance par laquelle il menaçait les fidèles récalcitrants de ne pas leur administrer l'absolution et la communion pascale. Le ministre du roi, ayant eu connaissance de ces difficultés, intervint et obtint du prélat qu'il ne demanderait que la moitié comptant, et q^e la seconde inoitié serait payée à la fin de l'été aux

curés de paroisse , sans les obliger de se rendre au siège épiscopal.

En 1 704, le sieur Brulay commença l'exécution d'un petit canal près de Montréal.

En ^705, M. de Yaudreuil est nommé gouverneur général du Canada, il s'occupe de mettre les princi^ paux postes de la colonie en état de défense, et fait élever de nouveaux postes près de White-Hall et sur le lac Champlain, pour mettre Montréal à l'abri des attaques des Anglo-Américains de ce côté.

Le commencement du dix-huitième siècle avait été défavorable aux armes de la France, mais i706 sembla mettre le comble à nos revers en Amérique. Les secours et les approvisionnements nécessaires à la défense des postes les plus importants manquaient : l'état des finances de la mère patrie s'opposait à ce qu'on s'en occupât, et la colonie ne pouvait rien par elle-même.

Aussi, en 1710, une garnison de cent cinquante hommes seulement défendait Port-Royal lorsqu'il fut attaqué par une force considérable d'Anglais et d' Angle-Américains.

Cette force combinée était composée de six bâtiments anglais et de trente bâtiments américains^ portant quatre régiments de la Nouvelle- Angleterre.

Le courage de la poignée d'hommes qui défendait les murs de Port-Royal fut sans effet contre ce déploiement de forces ; ils furent obligés de capituler et obtinrent de sortir avec les honneurs de la guerre. Port-Royal changea dès lors son nom pour celui

iLAnnapotisy en Thonneur de la reine Anne d'Angleterre.

L'année suivante, le. vicomte de Dolingbroohz projeta une expédition contre Québec. La flotte combinée fut réunie à Boston, d'où elle mit à la voile le 13 juillet 1711^ et vint mouiller dans la baie de Gaspé. Le 3 septembre elle leva l'ancre pour aller attaquer Québec, mais fat surprise par des brouillards si épais, qu'il lui fut impossible de manœuvrer : huit vaisseaux allèrent se briser sur les rochers de la côte, et près de neuf cents hommes périrent. On dut renoncer à cette attaques

Enfin, la paix d'Utrecht, signée en 1713, vint marquer les limites de l'abaissement auquel la France avait été réduite par le règne de Louis XIV.

L'Angleterre nous enleva d'un seul coup nos établissements de la baie d'Hudson, de Terre-Neuve, de l'Acadie avec ses anciennes limites, en un mot, tous les débouchés de la Nouvelle-France sur l'Océan, et s'assura ainsi la suprématie dans les pêcheries. En Europe elle gagna, par le même traité, Gibraltar et ^^ port de Mahon avec toute Tîle de Minorque. Ces diverses conquêtes constituaient d'immenses avan- *^ges pour le présent et pour l'avenir de la supério- ^^^é commerciale à laquelle ses marchands aspiraient déjà.

Pendant plus de deux siècles les guerres de religion

^>^aient armé les nations du globe les unes contre les

^>itres; le but de la lutte venait de changer : désormais

^^s guerresf pour des avantages commerciaux allaient

H% DE LA PUISSANCE AMÉMCAfNt.

commencer ; le traité de paix d'Utrecht en était Ib point de départ.

Le Canada se trouvait, à l'époque de la pacification d'Utrecht, dans un état de faiblesse et de misère inconcevable. On avait essayé d'y fonder une population, mais cette population était composée , en grande partie, de coureurs des bois, d'agents du gouvernement, et d'un nombre de religieux.

L'aisance que quelques habitants étaient^ parvenus à se créer fut perdue dans une suite de guerres malheureuses.

En 1713, les lettres de change, tirées sur le fisc de la métropole, pour faire face aux dépenses de la colonie, ne furent pas acquittées, et dès lors le papier tomba dans l'avilissement.

En 1744, les exportations du Canada ne dépassaient pas 300,000 francs ; le gouvernement versait pareille somme, et le tout servait à payer les marchandises venant d'Europe.

Néanmoins, immédiatement après la paix d'Utrecht, on s'occupa de nouveau des établissements français en Amérique ; on établit l'île Breton qui prit le nom d'île Royale, on fonda le port Dauphin que bientôt on abandonna pour Louisbourg, qui offrait un fort beau port et qui fut établi par des pêcheurs de Terre- Neuve.

La confrérie de Saint-Sulpîce avait déjà constitué, en 1714, quatre-vingt-cinq paroisses au Canada, dont quarante-deux se trouvaient dans le gouvernement de

DB L4 PUISSANCE AMÉRIGÂtl^fi. in

Qttébèc, treize dans celui des Trois-RitièreB et viHgthwît dans celui de Montréal.

En 1715, le sieur de Vincennes, officier canadien^ yisite le pays des Miami, et fonde le poste de son nom à rembouchure du Ouabash. C'est particulièrement de cette époque que date rétablissement d'une ligne de postes des lacs au Mississipi.

Le poste de Vincennes fut également appelé fort Saint-Ange ou fort des Pineguickicas...

Le commandement de File Royale fut donné au ma-*^ jor de Ligondes en 1710; en 1719, on commença des établissements sur l'île Saint-Jean, et, en 1720, MM. de Vaudreuil et Noyan forment les établissements au bas du partage du Niagara. On s'occupa également cette aïxuée de fortifier Louisbourg sur de très-bons plans ; la majeure partie des matériaux fut importée d'Europe. On dépensa pour ces constructions plus de 30 millions de livres. Cette position devint importante comme boulevard des pêcheries françaises et du comlïierce en Amérique ; enfin elle formait la clef de la navigation du Saint-Laurent.

En 1720, les billets tirés sur la métropole par les agents de FÉtat étaient liquidés avec perte de cinq huitièmes. On reprit alors les payements en argent Pendant deux ans, après quoi on créa des cartes-mon- ^^e pour la valeur d'un million.

En 1721, Joncain fonda Lewistown sur le Niagara. C'^st dans cette année que l'historien Charlevoix visita l^s postes des Missions de Cataracony, Niagara, du ^^troit, de Missilimakinac, la baie des Pûaùtb.

Au printemps 1722, il visita la Mission établie au fond de la baie de Saint- Joseph, sur le lac Michigan, y fut retenu malade près de cinq semaines, et se rendit ensuite au Kaskaskias, d'où il descendit à la mer par le fleuve. Il voulut retourner à Québec par la même route ; mais, ne trouvant personne à la Louisiane disposé à raccompagner, il s'embarqua pour Saint-Domingue, fit naufrage sur la pointe des Florides, revint à la Louisiane, où il s'embarqua de nouveau pour la Havane, d'où il retourna en France après une traversée de quatre-vingt-treize jours.

On avait compté que les Acadiens, auxquels on avait réservé le droit de venir s'établir à l'île Breton après la cession de l'Acadie , viendraient peupler les nouveaux établissements qu'on y avait formés, mais ils préférèrent conserver leurs propriétés sous la domination anglaise. L'île Royale se peupla donc en grande partie de quelques émigrants européens ; on y compta pendant un temps près de quatre mille habitants, répartis à Louisbourg, au fort Dauphin, au poste Toulouse et à Névieka.

La pêche formait toute l'industrie de ces habitants. Quant à l'agriculture, il était impossible de s'y livrer à cause de la rigueur du climat.

On y avait reconnu des mines de charbon de terre, mais on n'avait jamais su en tirer avantage. Aujourd'hui ces houillères sont devenues très-précieuses pour les approvisionnements de la station des steamers à Halifax.

En 1727, Québec était défendu par une fort ^elle

citadelle construite, au sud, sur une position com- Bûsoidant la ville et les rives du fleuve, et par le fort Saint-Louis, où se trouvait un château ; elle était en outre couverte par un certain nombre de batteries rattachées entre elles par un ouvrage en terre. Cette ville était divisée en haute et basse ville, et contenait un palais du gouverneur, un évéché, une cathédrale, un couvent de récollets, de jésuites, une église dans ta basse ville et un couvent de filles de la Congrégation. On comptait aussi à cette époque trente Missions parmi les Indiens des bords des lacs, dont cinq parmi les Iroquois sur le lac Ontario, côté méridional, une au fond de ce lac, et deux près de la prise du Saint-Lau* reut, trois sur le lac Sainte-Claire près du Détroit, une au débouché du lac Huron, une à la baie de Saguemine, sept sur les bords septentrionaux du lac Huron, cinq dans la baie des Puants, deux sur le Ouabash, une sur le Miamis, une sur le Kikapous.

A la même époque , Montréal contenait une église paroissiale, un séminaire, un couvent de jésuites, de i*écollets, un Hôtel-Dieu^ un couvent des filles de la Congrégation, un hôpital du chapitre de Bon-Secours, une prison, et une chapelle Sainte-Anne comme succursale.

£n 1731, on fortifia les débouchés du lac Champlain sur le Saint-Laurent ; c'est de cette époque que date la fondation du fort Chably.

L'industrie de la pêche avait repris une telle acti- ^^ depuis la fondation et rétablissement de Ftle rOy^le en 1743, que, vingt ans après, les produits

annuels, tant en morue qu'en huile, s'élevaient régulièrement à une valeur de 3,200,000 liv., et ces résultais varièrent peu pendant plusieurs années.

ËnlTSi, M. de Varendry traversa des bords du Saint-Laurent à la mer Pacifique, dont il estima la distance à trois cents lieues; et, en 17>43, Louis Fornel découvrit la baie des Esquimaux, dite de Kenesmkiô$^.

Malgré toutes les concessions que la France avait été obligée de faire lors du traité d'Utrecht, Tiaquiète jalousi^ et l'ambition insatiable des habitants de la Nouvelle-Angleterre n'étaient point satisfaites. Ayant conçu une première fois le projet de s'apprqprier la possesiûon et le commerce de la Nouvelle-France, ils ne Fabandonnèrent plus ; toutes les fois qu'il se prér senta une occasion d'agression sur nos établissements, ils la saisirent avec avidité, et quand elle ne venait pii; à leurs souhaits, ils la créaient.

Les habitants de la Nouvelle-Angleterre avaient vu avec peine les établissements au nord de leurs colonies prendre une nouvelle vie ; l'importance de l'île Royale les offusquait; ils résolurent àfi s'en emparer. Le plan de l'invasion fut formé à Boston, en 1745 : la Nouvelle- Angleterre fit seule les frais de celte expédition. Un sieur Pepperel, négociant de cette ville, m fut le principal agent et promoteur. Il obtint le commandement d'une armée de six mille hommek qu'on avait levée pour cet objet, et qui fut portée sur neuf vaisseaux de guerre. La flotte, composée en tout dfi 6W| v^iles»^ mpuillâ dmis la )mf^ de CUp^au-Bopfi^

appelée par les Anglais Gabarusj en vue de Louisbourg. L'attaque eut lieu le 28 avril. Louisbourg était à même de faire une très-bonne résistance; malheureusement le gouverneur militaire avait une certaine méfiance des milices qui composaient la principale fôFce disponible peur la défense ; elle demanda à faire des sorties et à attaquer l'ennemi lors de son débarquement^ mais on ne voulut pas y consentir de minte qu'elle ne passât à l'ennemi. Cette fatale défiance fut cause que la garnison fut réduite, après une vigoureuse défense, à capituler. Toute l'île suivit bientôt le sort de Louisbourg.

En 1747, M. de la G alissonnière fut nommé gouverneur de la Nouvelle-France. A cette époque, lesÂnglo* Américains voulaient de nouveau étendre leurs limites de la Nouvelle-Ecosse jusqu'à la rive méridionale du Saint-Laurent. Il résolut de repousser leurs prétentions injustes et de les resserrer dans la péninsule, <iue les derniers traités désignaient comme limites. Les habitants de Pensylvanie, et principalement ceux de la Virginie, faisaient également de fréquentes tentatives pour s'étendre- vers l'ouest en gagnant les rives de rOhio 5 ils avaient poussé au delà de cette rivière, •voient été reconnaître les fertiles plaines de l'indiana •* les riches terres de l'Ohio : ils en convoitaient la Possession. Le gouverneur de la Nouvelle-France porta *^esi son attention de ce côté, et chercha à résister à *^Urs empiétements en construisant une ligne de forts *^T cette frontière.

Mais tous l#s efforts de la France pour résister à la

marche envahissante des Anglo-Américains devaient être sans résultats, tous les traités conclus ou avenir, sans force pour arrêter les progrès de la démocratie américaine, appelée à dominer dans 'le nouveau monde ; elle devait nécessairement triompher des principes féodaux, du despotisme militaire et de Tau* torité papale.

Cependant les nations d'Europe semblaient être fatiguées de guerres longues et improductives; un congrès à Aix-la-Chapelle est assemblé en À 748 ; on y traite enfin de la paix après huit années de guerre.

A cette époque, l'île Royale fut rendue a la France, qui , suivant les traités précédents et le dernier , devait avoir, pour délimitation de ses possessions en Amérique, la rivière de l'Ohio et ses affluents, c'est-à-dire que la crête des montagnes des Apalaches ou AUeghanys devait servir de limite aux colonies anglaises.

Cependant la plus grande difficulté n'était point tant de définir par des traités des délimitations , que de résister de fait aux envahissements des Anglo-Américains, envahissements d'autant plus menaçants qu'ils n'étaient point le résultat de conquêtes par la force des armes, mais bien de l'empiétement isolé y mais sûr, d'émigrants cultivateurs, qui s'avançaient comme les pionniers ou avant-garde de ces millions d'habitants qui , plus tard , devaient s'élancer du sein de la Nouvelle-Angleterre sur cette conquête de la grande vallée du Mississipi , leur but, leur proie assurée I

En 1749 , les Acadiens , ne pouvant pas supporter plus longtemps le joug des Anglais, renoncent à leurs

propriétés, et émigrent au nombre de près de trois mille, dans Tîle Saint-Xean ; la plupart étaient cultivateurs. La résidence des pêcheurs sur cette île était à Tracadie , à Saint-Pierre et au port la Joie.

Dans la même année, on prit de nouveau possession officiellement de tout le pays arrosé par TOhio, et, à cette occasion , on enterra , sur plusieurs points de cette rivière , des plaques de plomb sur lesquelles étaient gravées les armes de France : à l'embouchure de rOhio , rive droite ; à Ckino-Dachito , à Venaugou- Imouy à Ronanoara, enfin au-dessous de la pointe coupée ou Kanonouangon.

En 1750, on chercha à favoriser l'extension et l'affermissement des établissements dans l'ouest ; ceux ^Ju détroit devinrent particulièrement l'objet de la ^Uicitude du gouvernement. On eut soin de ny appeler que des hommes de bonnes mœurs, et, suivant '^^xpression du temps, véritablement terriers^ c'est-à- ^îw résolus à s'y établir comme agriculteurs.

On leur donnait un fusil , une pioche , une hache , ^ *i soc de charrue , une faux , une faucille , une ta- ^^^re, une grouve ; une truie, six poules et un coq, et ^i X livres de poudre avec douze livres de plomb.

L'État se chargeait , en outre , de les nourrir pen- ^soat dix-huit mois après leur arrivée sur le lieu de ^^ur destination.

Les hommes non mariés jouissaient des mêmes prérogatives , sauf que leur entretien aux frais de l'État 1^6 commençait que du jour où ils contractaient ma-

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riage. On leur donnait enfin une vache et deux bœufs par deux habitants, qu'ils étaient tenus de remplacer après la première année.

L'État fournissait également pendant la première année les semailles nécessaires pour les terres défrichées, et les habitants devaient les remplacer à TËtat seulement dans la troisième année.

Ces dispositions du gouvernement français pour coloniser aussi activement que possible ses possessions du nord-ouest n'empêchèrent pas le gouvernement anglais, suivant sa louable habitude, de disposer d'une portion de ce même territoire en faveur de ses sujets. 11 accorda , en 1750, à une compagnie qui prit le titre de compagnie de l'Ohio , le droit de fonder une colonie à l'ouest de la rivière Ohio. Quelques émigrants s'y rendirent et voulurent faire valoir leurs droits ; mais ils éprouvèrent une telle résistance de la part des Français déjà fixés depuis longtemps parmi les nations indiennes de ces contrées, qu'ils furent obligés d'y renoncer. Cette nouvelle tentative d'empiétements sur les droits et les terres des Français dans les contrées de l'ouest détermina M. de la Galissonnière à établir une communication militaire entre le fort Presqu'île , du lac Érié , et l'Ohio , par la rivière des Alleghanys.

Si on examine quelle était la situajtion des possessions françaises en Amérique à la fin de ce demisiècle, on la trouve encore très-satisfaisante sous le point de vuq territorial, et de beaucoup améliorée SQus C0lui du progrès réel de là colonisation. Quant à

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l'étendue du territoire, la France retenait, à très-peu de choses près, les limites qu'elle avait à la fin du dixseptième siècle : elle avait perdu TÂcadie y mais elle avait gagné la colonie de la Louisiane ; enfin ses droits à la possession entière des fameuses régions de l'ouest, c'est-à-dire à la plus belle portion du continent américain, restaient reconnus et incontestables.

La population de la Nouvelle - France , d'environ douze mille habitants qu'elle était à la fin, du dix-septième siècle , était de soixante- trois mille : elle avait donc quintuplé en cinquante ans.

Cette population était répartie comme il suit : 8,000 habitants à Québec ;

à Montréal ;

aux Trois-Rivières ;

dans l'intérieur du pays ;

dans l'ouest et la partie supé rieure des lacs.

63,000 habitants , parmi lesquels ceux de l'ouest ét^iient plus particulièrement adonnés à la chasse et ^^ commerce des fourrures qu'à l'agriculture.

On estimait aussi alors que , dans toute cette colonie, il y avait cent quatre-vingt mille arpents de terre ^'ï^ valeur, vingt mille arpents en prairie ; on y récol- ^ît, année commune, quatre cent mille rations de "lé, cinq mille de blé d'Inde ou maïs , cent trente ^le d'avoine , trois mille d'orge, six mille boisseaux

de pois y cent mille quintaux de tabac, vingt mille de lin 9 et cinq mille de chanvre.

Telles étaient les ressources et les produits de nos colonies du nord de l'Amérique en 4750.

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