CHAPITRE XIIÏ
COLONIE PBiNÇilâB. — NOUYBLLB-FBiFIGB.
te marqajs Daqoesne est nommé gouverneur du Canada. — U entreprend one expédition dans le but d'arrêter le< emptétemeats des Anglo-Américains ^^s les pays de Touest. — U crée plusieurs forts. — Le fort Duquesoe ou PiiUiMNirg. — Les forts Macbautet LebŒuF. — Défaite deBraddock. — Avan- ^Sea de Pittsbonrg pour l'industrie manufacturière ; sa situation actuelle.— ~ disposition des postes militaires occupés par les Français, par ies Anglais. — Reprise des bostilités entre les deux oatioos. — Attaque et prise du fort d'Os^ego par les Français ; — du fort Georges par les mêmes. — Les An- SH>- Américains veulent reprendre cette position, et y perdent quatre mille bûaimes sans succès. — Attaque de Louisbourg. — Défense bérolque de sa Ssrnison, dans laquelle le gouverneur Drucourt et sa femme prennent une I^^t active. — Siège de Québec. — Mort du général "Wolf, du généra| S^ntcalm. — Capitulation des forces canadiennes. — Tentative d'une poignée de troupes et de Canadiens pour reprendre leur capitale ; cette poignée de bra?es se rend à trois armées envoyées pour les cerner. — La Nouvelle-France tombe au pouvoir des Anglais.
Le marquis Duquesoe^ officier de marine distingué, f^^ nommé gouverneur des possessions françaises du Canada, en 1752; arrivé à Québec, il s'occupa do chercher les moyens d'arrêter les empiétements des ^glo-Américains sur tous les points de délimitations entre les possessions anglaises et françaises. ^ cet effet, il organisa une expédition dont il prit l^ commandement lui-même Tannée suivante; il fit élever plusieurs forts sur les rives de POhio dont
^74 DE LA FOISSANCE AMÉRICAINB.
on avait reconnu et étudié le cours pendant les quatre années précédentes.
Le plus considérable de ces postes fut celui que Ton construisit au confluent des rivières Monongahela et AUeghany, au point où leurs eaux réunies forment rOhio. Ce fort fut projeté sur le modèle du fort Frontenac : c'était un carré bastionné, un peu plus petit seulement que le premier, plan d'ailleurs généralement adopté pour toutes les fortifications de même destination en Amérique.
La position choisie pour l'emplacement de ce foM, auquel on donna le nom de Duquesne, en l'honneur du gouverneur, était admirable sous le point de vue militaire, commercial et industriel. C'était le nœud des communications par eau avec le Canada, le pays des Illinois, les lacs, et la Louisiane : ce poste était donc parfaitement choisi pour arrêter les mouvements des Anglo- Américains des provinces de Pensylvanie et de Virginie qui cherchaient à descendre dans la vallée de rOhio. Enfin, cette position permettait, avec les forts construits dans le bas de l'Ohio, d'être entièrement maître de cette vallée, objet de convoitise des Anglo-Américains : au-dessous du fort Duquesme se trouvait le »fort de Beau-Séjour ^ confié à la garde dtt sieur Duplessis.
Cette disposition des Français fut envisagée aVec appréhension par les habitants de la Virçinie particulièrement, car elle menaçait évidemment de cîrcolivenir les colonies anglaises et de s'opposet à leurs projets d^agrandissément vers Foiiest, objet de leitri
tendances avouées. Ces colonies furent donc les ptemières à se porter au delà de leurs limites des ÂUeghanys et à venir disputer aux Français la posiïéssloil de la vallée de l'Ohio.
Cependant leurs premières tentatives ne furent point heureuses, leurs détachements furent baltus dans plusieurs occasions, et les forts qu'ils chei*chaient à établir, sur les versants de TOhid, détruits.
C'est alors que la métropole prit la résolution dé venger l'affront des premiers revers de ses colons î elle envoya pour cela des forces considérables sous les ordres du général Braddock. Ce général vint attaquer, dans l'été de 1755, le fort Duquesne avec trente^ sii canons et six mille hommes; mais, sui^ris dans sa marche à environ quatre lieues du poste par deux cent cinquante Français et cent cinquante Indiens, son armée fut presque exterminée. Ce revers imprévu wéta la marche de trois corps nombreux destinés à ^gir contre le Canada.
J'aime à rappeler ici ce brillant fait d'armes de nos compatriotes, tant à cause de l'importance historique qui s'y rattache qu'à cause du fait lui-même, car nous étions alors maîtres de ces riches contrées de l'ouest q'ie je n'ai pu voir sans éprouver une éftiotion indicible pour tout ce que ce pays îne retraçait alors dé ^^ets ! et le fort Duquesne était la clef de TOhio !
J'ai revu, en >I817, l'emplacement du fort Duï^esne et le champ où Braddock fut défait ; l'un à changé de nom et porte aujourd'hui celui de Pitts- *^urg; l'autre a retenu le sieti et restera un monutnent
impérissable du courage héroïque de cette poignée de braves Français^ malgré les sillons de la charrue qui, périodiquement^ vient remuer les cendres de ceux qui y ont laissé leurs dépouilles mortelles.
J'ai pu retracer encore l'enceinte du carré bastionné qui avait été alors défendu par huit canons^ dont quatre du calibre de trois ; un des bastions était par* faitement conservé : aujourd'hui ces monuments de notre passage dans la vallée de l'Ohio^ comme enfants de cette France guerrière, ont disparu et ont fait place à une ville nouvelle de vingt et un mille trois cents habitants, qui ressemble plutôt à une petite république industrielle qui court à pas de géants vers sa perfection ; on y travaille le fer, le plomb, les métaux de toute nature, les bois, les cristaux, les papiers, la laine, le coton, etc. On y fait et on y grave du cristal qui peut rivaliser avec les plus beaux de l'Europe. J'y ai admiré les plus belles clouteries qui existent peut-être dans le monde. La qualité du fer y est excellente, quoique inférieure à celle de New-Jersey.
Les mines de houilles qu'on trouve partout et presque à la surface de la terre, facilitent toutes les entreprises où le combustible est l'objet le plus important. Aussi un grand nombre d'usines de tous genres s'y sontelles établies. Mais l'industrie capitale de cette localité, c'est la fabrication des machines à vapeur pour toutes espèces d'usage, et principalement pour bateaux à vapeur. Pittsbourg est le grand chantier de la marine à vapeur des contrées de l'ouest : sur quatre cents bateaux à vapeur construits dans une année sur les
eaux de TOuest^ soixante-quinze sortent des chantiers de Pittsbourg. Enfin, la valeur annuelle des exportations de ce port est de 50^000,000.
En 1755, la France occupait les postes militaires suivants : 1^ du Niagara, sur le lac Ontario ; 2^ du Détroit; 3^ à la tête du lac des Puants; 4<^ à Presqu'île, sur le lac Érié ; 5<> sur la rivière aux Bœufs ; 6^ Duquesne; 7^ Ouiatanon, sur le Saint -Jérôme, ou Ouabash ; 8^ Vincennes , fort en palissades seulement, à l'embouchure du Ouabash; 9^ Kaskia ; 10^ de Ghartrès; ll^de FEscauslen, à l'embouchure de l'Ohio. Les Ânglo 'Américains avaient un fort èi Oswego sur le lac Ontario, un à Pikkivatina sur le Miami de l'Ohio ; enfin un dernier poste à Wheeling sur l'Ohio, audessous de Pittsbourg.
Dans le cours de cette année, trois cents vaisseaux lûarchands français furent pris par les Anglais sur les <^tes du Canada sans aucune déclaration de guerre ; ^t les hostilités commencèrent ainsi de nouveau en ^vril 1755, dans l'Amérique septentrionale.
La question indécise de la délimitatioi) des possessions en Amérique entre les deux couronnes servit ^^ prétexte ostensible ; le désir de faire la conquête du Canada était le but réel de cette nouvelle expédition.
Au mois d'août 1756, les Français, quoique peu
ï^oiûbreux, se portent sur un des points les plus im-
l^Ttants des lignes anglaises sur les bords du lac
^ïitario; ils attaquent le fort d'Oswego, défendu par
^^e garnison de dix-huit cents hommes et cent vingt