CHAPITRE XIV
noo-i7()0.
COLORIES ANGLO-iMBBICAINES.
RévolutioQ anglaise de 1688.— Son caractère; son influence; traite des nègres déciéiée par le parlement. — Introduction des esclayes dans les colonies américaioes. — Violences des puritains contre les prêtres catholiques.
— Nouvelles querelles entre les colonies anglaises et les colonies françaises relatïTemeot à la délimitation de leurs frontières respectives; les colonies américaines projettent la ( onquéte du Canada ; nouvelle attaque du Port- Royal ; elle échoue. — Destruction des établissements français sur le Penobscot, dans la province du Maine. — DifOcultés d'ajustement des frontières entre TEspagne et l'Angleterre. — Hostilités qui en résultent. —
— Création de la nouvelle colonie de Géorgie. — Son objet ; sa forme administrative. — Ogiettaorpe, le principal fondateur de cette colonie. — Il attaque Sainte-Augustine ; il est repoussé. — Attaque des Espagnols sur les établissements anglais de Saint-Simon ;leur déroute complète. — Introduction des nègres d'Afriq e comme esclaves. — La Géorgie change son gouvernemeot. — Le capitaine John Raynolds. — Adoption d'une nouvelle administration fondée sur des principes de liberté et d'iudépendance. — Forces relatives des possessions françaises et anglaises à la reprise des hostilités. — Résultat de cette nouvelle et dernière lutte. — Le Canada et les contrées du nord-ouest deviennent la propriété de l'Angleterre. — Oçcuf»tlon du nord-ouest par les Anglo-Américains. — Piise d'armes des Indiens pour chasser de leurs terres les Américains et maintenir leur allégeance aux Français. — Le chef Poutiac; son projet échoue. — Prospérité des colonies américaines assurée.
La conquête des libertés dont l'Angleterre jouit encore de nos jours date de la révolution de 1688, époque à laquelle la couronne du roi Jacques passa sur
la tête du prinœ d'Orange, par la décision d'une convention des États assemblés.
Cette révolution assura la liberté de pensée, le droit de résistance , le pouvoir du parlement , enfin Tinfluence de la classe commerçante ; elle respecta les choses établies , mais fit des conquêtes pour la liberté ; ^'le maintint la supériorité de l'aristocratie, mais augmenta cependant l'influence de la classe moyenne ; elle modifia les vices qu'elle ne pouvait entièrement détruire , augmenta les garanties de la liberté individuelle , des opinions politiques , de la liberté de la presse, enfin de la responsabilité du pouvoir exécutif. EIxi procédant de la sorte , sans violences , mais aussi sa.iis réactions sérieuses , l'Angleterre vit la liberté constitutionnelle s'établir d'une manière permanente et définitive. Et si , depuis lors , elle n'a pas ajouté à SOS libertés, du moins a-t-elle su les conserver intactes comme ellc^les avait conquises.
Mais remarquons aussi que la révolution d'Angleterre avait essentiellement pour but des intérêts anglais^ des droits anglais , et non ceux de l'bumanité; que , par suite , la politique de son gouvernement a ^o^jours été une politique d'intérêts matériels, dirigée dans un but d'avantages individuels , et non par un ^^Wiment de réciprocité et de justice ; différant en ^la de notre glorieuse révolution de 1789 , si géné- '^^Use, si grande, si expansive dans son interprétation *^^ïûanitaire des principes immuables de liberté qui ^^ivent régir un jour tous les peuples civilisés du globe.
^m DE LA PUISSANCE AMÉRICAINE.
Les colonies américaines furent ies premières à éprouver la fatale influence de ces vues étroites et égoïstes. Les marchands de TAngleterre, jugeant en effet qu'il était dans leur intérêt de maintenir ces colonies dans la dépendance de leur industrie manufac-* turière , prêchèrent la doctrine du travail par l'escla-* vage et de l'introduction des esclaves d'Afrique, comme favorables j avantageux à la Grande-Bretagne et aux colonies! L'influence du parti industriel et manufacturier en Angleterre fut même si grande , à cette époque, qu'il obtint de Guillaume et de Marie de faire passer une loi au parlement en faveur de la traite des nègres; et l'opinion du roi et du parlement , favorable à ce commerce inique, fut enregistrée dans le texte même de la loi (1).
Tels étaient les principes qui dirigeaient alors la politique anglaise , tels ils sont restés. Aujourd'hui, que l'Angleterre a conquis dans les Indes un nouvel empire , où elle travaille à trouver les moyens d'alimenter ses manufactures des matériaux bruts qui lui sont nécessaires, et par conséquent à se passer des produits du sol américain qu'elle a perdu , la traite a cessé de lui être utile , mais l'émancipation peut servir ses intérêts. Dès lors les marchands anglais , au«jourd'hui comme en 1690, prêchent la doctrine contraire , la manumission et son exécution immédiate, qui pourrait porter un rude coup à une puissante rivale ; et si les intérêts des marchands l'exigent ^ nous
verrons au besoin la Grande-Bretagne tirer le canon pour renforcer cette mesure, décorée du nom d'AuffUinité!
L'Angleterre établit l'esclavage dans ses colonies , au commencement du dix-huitième siècle ; elle pro* tégea, recommanda, encouragea la traite des nègres et l'introduction de la race noire en Amérique, cette lèpre infecte qui menace jusque dans ses fondements le bel édifice de la démocratie américaine. Mais d'un si grand mal naîtra un bien ; du moins tel est notre espoir pour l'avenir ; car si les Américains ont reçu d* Afrique le lourd fardeau de l'esclavage, l'Afrique, à son tour, devra recevoir un jour de l'Amérique le précieux bienfait de la liberté !
A la révolution d'Angleterre, trois systèmes politiq[i3es se trouvèrent en présence en Amérique : le despotisme absolu, les libertés aristocratiques, la pure démocratie.
La France représentait dans le nouveau monde le despotisme absolu , avec les trois ordres soumis à ses^ lois : la puissance du clergé, par un traité avec le pape ; '^ puissance féodale , par ses armées permanentes , et *^ puissance civile ou les institutions commerciales , P^r l'influence du patronage des emplois et une police ^goureuse.
L'Angleterre, par le pouvoir de son parlement, représentait les idées de liberté aristocratique , les pri- ^^léges, les immunités, les corporations, etc.
Les colonies anglo -américaines , par leurs instituerons communales^ leur existence à part , un gouver-
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nement de leur choix ^ représentaient le dogme fondamental de la souveraineté du peuple.
La lutte engagée entre ces trois principes dura presque un siècle , mis à profit pour la pratique de la démocratie, et se termina par le triomphe complet de la souveraineté du peuple dans treize États indépendants, sous la dénomination d'États-Unis.
Le système anglais ne cessa pas néanmoins d'exercer une forte influence sur les événements y sur les actions et sur le caractère même des Anglo-Américains , influence que , sur bien des points , on peut retrouver encore aujourd'hui, après plus d'un demi-siècle d'existence comme nation indépendante. C'est qu'en efiet rien n'est si indélébile que le cachet de notre origine, quand surtout il s'accorde avec nos intérêts.
Mais c'est surtout dans la conduite des populations anglo-américaines vis-à-vis de leurs rivales sur le continent, que l'esprit et l'égoïsme anglais se sont mon très"" plus à nu et souvent plus odieux.
Ainsi, comme il était bien reconnu que les avantages obtenus par les Français dans leurs rapports avec les Indiens provenaient de l'influence que les missionnaires avaient su exercer sur l'esprit de ces crédules peuplades, les Ânglo-Âméricains , dans leur cupide jalousie des mêmes avantages, résolurent d'arrêter la cause de cette influence à sa source. 11 fut décrété , par le gouvernement de la province de New-York, en 1700, que tout prêtre catholique trouvé dans la province serait pendu.
Cet acte officiel peut faire apprécier l'esprit de
cruauté et d'égoïsme qui animait dans ces temps les habitants des provinces limitrophes de la Nouvelle- France, ou des puritains contre les catholiques. Aussi, la plus grande animosité ne cessa de se manifester toutes les fois qu'il fut question d'apaiser des querelles de délimitation. Et trop souvent eut-on à enregistrer les traitements barbares des habitants de la frontière sur les paisibles missionnaires.
Dans la partie occidentale de New-York, la France réclamait, comme lui appartenant, le territoire occupé par la nation iroquoise qu'elle avait conquise ; lorsqu'il fut question de régler cette frontière et d'en arrêter la délimitation, on ne put parvenir à s'entendre; les prétentions des Américains étaient sans bornes ; ils voulaient avoir accès sur le lac Ghamplain et sûr le lac Érié, être maîtres de la communication de l'Hudson avec le Saint-Laurent et avec les lacs I Dans ses rapports avec le Canada par suite de cette question, Ne^-York manifesta une grande passion pour la conî^éte de cette colonie. C'était, dans le fait, un moyen ^^i*tain de trancher la question, et il fut chaudement approuvé, et par suite partagé par les autres colonies ^^ la Nouvelle- Angle terre. Aussi, à partir de ce temps, ^^Cà. ne s'entretint plus , on ne s'occupa plus dans les ^^^^lonies anglaises , que de cette conquête projetée ; ^lle devint la pensée dominante des Anglo-Améri- <^^ins.
En 1711, ce projet était si populaire dans la Nou- ^^lle- Angleterre, qu'on discuta, dans la législature du ^aissachusetts, sur les moyens de le mettre à exécu-
^9ù DE LA PUISSANCE AMÉRICAINE.
tion; et par suite une expédition fut organisée et assemblée à Boston ; elle mit même à la voile dans le dessein d'attaquer Port-Royal. Heureusement, la Providence prit en main la défense de cet établissement; une tempête déjoua tous les calculs des avides agresseurs qui furent obligés de renoncer à leur projet de conquête. .
Cependant^ en 1723, ils attaquèrent enQn la petite' colonie et la Mission de Penobscot, fondées au-dessus de Bengor, dans le Maine ; tous les habitants furent égorgés, la Mission détruite, et un dernier coup ainsi porté aux établissements français du Maine : c'était la troisième fois que les mêmes établissements étaient ruinés par le fer et le feu des Anglo- Américains ; il fut décisif pour Texpulsion des Français de la colonie .du Maine.
Depuis lors les douze colonies anglaises, fondées dans le dix-septième siècle, occupèrent, sans contestations, toute l'étendue du littoral de TAtlanlique, depuis la rivière Sainte-Croix jusqu'en Floride.
Seulement, la délimitation entre la Caroline du Sud, colonie anglaise, et les possessions espagnoles dans la Floride, n'était point reconnue : les Anglais réclamaient jusqu'à la rivière Saint- Jean, par suite de leur usurpation des droits des Français sur cette portion du territoire, lors de la colonisation de la colonie par Jean Ribaut et René de Laudonnière, en 1564, et les Espagnols, de leur côté^ réclamaient priorité de possession jusqu'à la baie de Sainte-Héléna, dans la Ganri&tie. De part et d'autre^ les prétentions étaient
grandes^ mais la force pour les appuyer était d'un seul côté, de celui de l'Angleterre : elle devait donc finir par l'emporter.
Néanmoins, le gouvernement de la Floride mettait en usage une politique qui pouvait gravement compromettre la paix et la tranquillité des planteurs de la Caroline : sous le prétexte de chercher à convertir les nègres à la religion catholique, un appel leur était fait de se rendre à Sainte-Augustine, siège du gouvernement de la Floride, où les Africains, ainsi libérés, étaient bientôt incorporés dans un régiment, dont plus lard on devait faire usage pour menacer d'invasion les établissements anglais de la Caroline.
Dans cet état de choses, et pour empêcher la désertion de leurs esclaves, les Caroliniens construisirent un fort sur l'Altamaha, mais qui, peu de temps après, fut détruit par un parti d'Espagnols et d'Indiens : les planteurs de la Caroline s'adressèrent alors au gouvernement de la mère patrie pour obtenir les moyens de faire respecter leur frontière ; circonstance qui détermina en grande partie la création d'une nouvelle ^lonie, sous le nom de Géorgie.
GOLOIflE DE GÉORGIE.
La charte accordée^ par Georges II, pour la fondatioià d'une nouvelle colonie, au sud de la Caroline, PWe la date du 9 juin 1732 ; elle contenait les prin- ^^P^les dispositions suivantes :
^^ Sa Majesté, ayant pris en considération lesmisèreg
(c d'un très-grand nombre de ses sujets, prêts à férir « de faim; celle de nombreux étrangers prêts à s'expa- <K trier pour fuir l'oppression où ils se trouvent, et « ayant, en outre, égard aux dangers auxquels est <c exposée la frontière méridionale de la Caroline du M Sud par suite du petit nombre d'habitants blancs a qui s'y trouvent, a bien voulu accorder, dans sa graa cieuseté, une charte d'incorporation d'un certain «t nombre de gentikhommes, sous le titre d' administra- « teurs de la colonie de Géorgie en Amérique.
<i Les administrateurs étaient autorisés à recueillir <c des offrandes ou souscriptions dont le produit de- « vait être appliqué à habiller, armer, envoyer et <c entretenir une colonie de pauvres anglais ou étran- <( gers, en Géorgie.
<!c Sa Majesté concédait, à cet effet, à quinze admic( nistrateurs toutes les terres comprises entre les « rivières deSavannah et d'Altamaha, sur le littoral, et « deux lignes droites, tirées de ces rivières aux bords <c de la mer Pacifique, comme domaine de la province a qui devait porter le nom de Géorgie^ et être admi- « nistrée pendant vingt et un ans au nom et pour les a intérêts des pauvres.
Remarquons qu'à la date de cette concession royale, les droits des Français et des Espagnols, à l'ouest du Mississipi, étaient généralement établis et reconnus. Néanmoins, la couronne d'Angleterre, suivant son habitude, n'hésitait pas à accorder des droits de propriété sur des domaines auxquels elle ne pouvait prétendre en aucune façon.
DE LA PUISSANCE AMÉRICAINE. iW
a Les administrateurs propriétaires ne devaient « recevoir aucune rémunération pour leurs services « ni jouir d'aucun droit ou bénéfice.
« Du reste^ la charte contenait toutes les clauses « pour l'administration et le gouvernement de cette « colonie, et établissait comme base fondamentale, la « reconnaissance du principe de liberté de conscience pour « tous les colons. »
Ainsi les juifs y furent admis; mais^ cependant, les catholiques en furent exclus !
Cet esprit d'intolérance envers les catholiques existait presque dans toutes les colonies, et n'a rien qui doive étonner à uie époque oti le fanatisme puritain animait tous les émigrants anglais qui étaient Tenus fonder ces colonies. En Virginie môme, les catholiques restèrent, jusqu'en 1753, sous la plus grande restriction politique.
Ainsi la colonie de Géorgie fut créée pour appuyer les établissements de la Caroline et venir au secours des classes pauvres de l'Angleterre et des persécutés étrangers.
Les administrateurs se chargèrent de transporter à leurs frais les pauvres qui voulaient passer dans la colonie, et firent un appel de fonds pour cet objet. 500 fr. donnaient droit au passage, établissement et entretien d'un colon et de sa femme ; 250 fr. pour un enfent (1).
(ï) Vidgt hectares ëlaient alloues fl chôtjue «Smîgrant, qui citait tenu d'en tteiire immédiatement une parlie en culture, sous peine de perdre ses droit*.
liM DE LÀ PUISSANCE AMÉftlCÀlNE.
Parmi les administrateurs se trouvaient Shaftesbury et Oglethorpe qui fut un des membres les plus actifs et les plus dévoués. Il se mit en effet à la tète de la colonie, s'y transporta avec trente-cinq familles qu'il établit provisoirement^ en janvier 1733, sur l'emplacement actuel de la ville de Savannah ; il fit alors une reconnaissance très-étendue d'une grande partie du territoire à l'intérieur, contracta un traité de paix et d'alliance avec les indigènes, et fixa définitivement le site de la ville actuelle de Savannah sur l'emplacement qu'elle occupe et sur lequel se trouvait un village indien du nom de Yamanaw, dont il avait obtenu^la cession d'un vieux chef Toma-chi-chî.
Ces premiers émigrants adoptèrent aussit6t des institutions municipales, et, de ce jour, la petite com-* muaauté marcha légalement et prospéramment vers sa destinée.
P<Mir mettra sa ]K)uveUe colonie à l'abri des incursions des Indiens ou des Espagnols, Oglethorpe fit construire, sur les bords mêmes de la Savannah et dans une position avantageuse, un fort qu'il nomma iir^y/e.
Aucun propriétaire ne pouttit céder ou Tendre ses (erres saiu Taulorisation spéciale des commissaires administrateurs.
l» tdrdtéliéritoge if existaft qae pour les mâles ; dans le cas où it mampiaity les terres reTenaient à la com[oagoîe. Cette restriction da droit 4e propriété était fondée sur la nécessité de fonder une colonie militaire où chaque habitant devait être soldat et cuïfivaiteur.
Il était permis à des personnes riches d'acheter des terres en Géorgie, à raison de deux cents hectares par individu; mais elles étaient tenues également d'en cultiver la moitié dans ua temps déterminé.
Cependant^ comme ces dai ises paraissaient trop onéreuses aux nouveaux colons, on fut dans l'obligation de les modifier.
DE LA HHSSANGË AMiSRICAîNE. 4§5
Un fait remarquable dans la première constitution adminifitrative de la colonie de Géorgie^ sons la direction des commissaires délégués^ c'est que Tusage des liqueurs fortes et l'introduction des esclaves j étaient défendus par une provision spéciale, quoique cependant l'esclavage fût en vigueur dans presque toutes les autres colonies anglaises : ainsi, dans la Caroline du Sud, on comptait quarante mille esclaves pour cinq millo blancs.
Du reste, cette mesure de restriction contre Tin*traduction du travail par esclaves était déterminée par le but même de la création de la' colonie, celui de pourvoir aux besoins des pauvres d^e l'Angleterre ; pour encourager leur émigration et leur travail, il était donc indispensable qu'on ne leur fît pas concur*rence par le travail des noirs ; ensuite les commissaires administrateurs ne possédaient pas des res^ sources assez grandes pour permettre Tacbat des ^^daves ; enfin, le voisinage des Espagnols donnait à appréhender qu'ils n'exerçassent leur influence pour ^nnbaucher leurs esclaves et les entraîner à b dès^- *'ioû par Vappât de la liberté- Toutes ces raisons tendirent à empèclier, pour un ^^âxUin temps, l'introduction des esclaves en Géorgie^ %i3ioîqu'en Angleterre l'influence des traitears, alors ^t^oiégés par l'assentiment royal et celui du parle-^ l^^'^^i^t, s'ex^çât constamment peur forcer cette colonie ^ se soumettre au même régime que les autres pro- ^^iices anglaises en Amérique.
Ëa 1734, Oglethorpe fît alliance avec un chef chac*
tas, nommé Soulier Rouge^ et qui devint par la suite, pour les Américains, un allié utile dans leurs attaques sur les établissements français de la Louisiane.
En 1735, pendant le séjour momentané d'Oglethorpe en Angleterre, de nombreuses émigrations d'Ecosse fournirent de précieux colons à la Géorgie, qui s'accrut également d'émigrants de Saltsbury, que le fanatisme aveugle de l'évèque de cette ville avait forcés de fuir. Enfin, en 1737, la ville de Savannah comptait déjà cent quarante maisons. Après un siècle d'existence, cette ville ne compte aujourd'hui que onze mille habitants.
En 1737, Oglethorpe revint en Géorgie avec des troupes pour la protéger contre les attaques des Espagnols.
En 1740, il tenta une attaque infructueuse sur Sainte-Augustine des Florides, et fut repoussé avec perte. Trois ans plus tard, les Espagnols s'avancent sur le territoire de la Géorgie avec l'intention d'en arrêter la colonisation; ils débarquent dans le détroit de Saint-Simon et marchent sur Fredérica^ petit bourg de nouvelle création à la tête de l'île de Saint-Simon; Oglethorpe marcha à leur rencontre, les attaqua à la tête d'un fort détachement de montagnards écossais, et les tailla en pièces. Le champ où se passa cette action a retenu depuis le nom du Marais Sang tant y à cause du grand nombre d'hommes qui y furent culbutés et y périrent.
Le vertueux et généreux Oglethorpe avait fondé la colonie de Géorgie avec l'espoir de la voir prospérer
par l'iûfluence dii travail libre. Tant qu'il fut à la tôte de^ affaires, il exerça toute son influence pour résis-* ter à rintroduction des esclaves réclamée par la majorité des habitants, mais auxquels il avait fait accepter un règlement qui défendait expressément l'entrée des esclaves. En 1751, cette sage disposition d'Ogle* thorpe fut malheureusement abrogée , et l'introductioQ des esclaves fut permise.
C'est à cette même époque qu'un grand nombre d'esclaves provenant des côtes d'Afrique furent introduits dans les colonies de Maryland et de Virginie.
À l'expiration du terme de la concession, les propriétaires se démirent de leurs droits d'administration, et la Géorgie fut dès lors gouvernée directement par des officiers de la couronne. Le capitaine John Raynolds fut nommé gouverneur par le roi en 1754.
En 1761, les difficultés de délimitation entre les Espagnols et les Anglais, sur les frontières de la Caroline , furent enfin aplanies à la paix générale , et le Mississipi devint la limite occidentale de la province, et la rivière Sainte-Marie la limite commune entre la Géorgie et la Floride.
La Géorgie était alors administrée par un conseil de vingt-quatre membres résidant en Angleterre ; cette disposition n'était point en harmonie avec les besoins, les exigences des colons; ils changèrent ce mode d'administration et adoptèrent par et pour eux-mêmes nn gouvernement populaire qui fut définitivement installé en 1776.
Tels furent, dès l'origine, les premiers pas admi-
nistrdtifs de la colonie de la Géorgie, la treizième et dernière ccmstituée avant la révolution de 1776. *
Pendant la première moitié du dix-huitième siècle, les colonies anglaises prirent un grand développement sous ridfluence de leurs heureuses institutions locales, et malgré la lutte continuelle qui ne cessa de mettre ces colonies en opposition avec la mère patrie. Aussi, lorsque, en 1755, les hostilités recommencèrent entre la France et FÂngleterre au sujet de la délimitation de TAcadie, du territoire iroquois compris dans la partie occidentale de New- York, enfin de la vallée du Mississipi, la population des colonies anglaises s'élevait déjà à un million quarante- six mille habitants, lorsque celle de la Nouvelle-France ne dépassait pas soixante-cinq mille. Ainsi, il y avait déjà l'immense différence de seize à un entre les populations des possessions respectives de TAngleterre et de la France, et de huit à un entre la population de la Nouvelle-Àn« gleterre et celle de la Nouvelle-France, objet des hostilités.
La lutte qni s'engagea entre ces deux puissances^ par conséquent inégale par le nombre, ne l'était pas moins par l'effectif des troupes, les approvisionnements de guerre et l'influence morale des institutions politiques sous lesquelles agissaient les parties belligérantes. En effet, les uns n'avaient pour soutenir leur courage que cette émulation attachée à la carrière des armes chez un peuple guerrier et sensible à l'honneur ; les autres trouvaient leur courage naturel stimulé par Idttrs principes puritains, la haine de la mo*
narchie^ par l'espoir, enfin, de posséder ces belles contrées de l'Orient objet de leur convoitise.
Lie résultat ne pouvait élre douteux, et la question de délimitation devait se décider au désavantage de la France^ par l'occupation, non-seulement du territoire contesté, mais encore de tout le pays limitrophe, ou plutôt par l'entière dépossession de la France de ses droits si légitimes à un pays qu'elle avait la première découvert et colonisé.
Tels furent, en effet, les résultats à l'issue de la guerre en 1760. Le traité de paix de Paris remit entre les mains de la Grande-Bretagne toutes les propriétés de la France au Canada, et sous ce nom était compris rimi4ense et beau pays du Nord-Ouest ou des lacs, enfin tout le territoire à l'est du Mississipi, c^est-à-dire plus de deux mille lieues de territoire ! Cet acte con- ^lida la prospérité des colonies américaines ; et si, à cette époque, l'Angleterre avait su prendre avantage des sentiments de reconnaissance que les colons américains éprouvaient pour le gouvernement de la mère Patrie, en terminant d'une manière si avantageuse pour les colonies la guerre avec la France, elle aurait pu conserver pour toujours leur loyauté et leur sou- ^*^ion.
En 1760, une garnison anglaise vint occuper, sous 'b commandement du major Roger, le poste du Dé- ^ït>it, chef-lieu des établissements et de tout le com- ^^rce avec les Indiens du Nord-Ouest. De ce jour, ^'«^v^tureux pionnier américain pénétra avec plus de ^^surdiesse dans ces riches contrées qu'il avait déjà ap*-'
préciées depuis longtemps; il se rua sur ces terres comme sur une proie qui lui appartenait, et chassa devant lui ses faibles et indolents propriétaires indigènes ou canadiens.
• Cependant l'Indien ne fut pas longtemps à s'apercevoir de la différence de caractère entre ses nouveaux hôtes et ses anciens alliés. Les Français avaient été les amis des hommes rouges, et ceux-ci, en' retour, . étaient restés en paix avec les colons, dont les mœurs pacifiques et tranquilles n'avaient rien de redoutable pour eux. Il n'en fut pas de même à l'arrivée des Anglo-Américains, plus turbulents, plus actifs et surtout plus ardents dans leur désir de s'approprier le territoire occupé par la race rouge.
Ce fut dans ces circonstances qu'il se rencontra parmi ces enfants des forêts un esprit supérieur qui conçut le hardi projet de rejeter cette race usurpatrice dans ses limites premières, et de prendre ainsi sur elle-même la vengeance de leurs anciens et fidèles alliés les Français. Pontiac, chef des Ottaouas, fut l'habile auteur de ce projet; également remarquable par son esprit pénétrant et son astuce, il alla trouver toutes les tribus qui résidaient à plus de deux cents lieues à la ronde, réunit leurs chefs, leur communiqua son plan, et convint avec eux qu'ils marcheraient sur la frontière de leurs ennemis communs, et attaqueraient simultanément tous les postes anglais sur une ligne de plus de quatre cents lieues de développement. Ce plan fut adopté par toutes les tribus coalisées, et au jour désigné pour l'assaut général, les
'ndiens, fidèles à leurs engagements^ tombèrent à
^'improviste sur tous les postes de la frontière. L'im-
Portante position de' Missillimacknac fut enlevée^ le
ft>Tt brûlé, et tous les blancs qui y résidaient périrent
par le tamahaw de l'homme rouge. f
Pontiac commanda en personne l'attaque du poste ^11 Détroit comme étant le plus important de tous ; ce fort fut également enlevé après un terrible carnage de ses habitants ; tous les autres postes eurent le même sort, à l'exception des forts de Niagara et dePittsbourg <jui seuls résistèrent et échappèrent, comme par enoliantement, à cette terrible vengeance des Indiens'. Et sans doute, sans Tintervention opportune des renforts anglais, arrivés en toute hâte sous les or4res du 43olonel Bouquet , le vaste plan de l'habile et intrépide iierrier Pontiac eût pu avoir une issue funeste à la omination de la race anglo-saxonne dans cette partie u nouveau monde. Néanmoins, telle qu'elle fut, elle onstitua une période de cruelles représailles de la aine de l'homme rouge sur la race blanche. Ce sanglant épisode de la guerre des indigènes, en- Teprise en haine des Anglo-Américains, et comme té- ^^moignage de la fidélité des Indiens envers leurs pre- ^teaiers alliés, fut le dernier acte de ce long drame de ^^ombats, aussi cruels que sanguinaires et injustes, ^e la France et l'Angleterre se livrèrent sur le sol américain. U termina cette guerre de sept ans qui décida du sort des propriétés françaises en Amérique, en faisant passer sous la domination britannique toute la population de la Nouvelle-France. Mais en faisant
changer les habitants du Canada de maîtres , on ne parvint jamais à altérer leurs sentiments français et leur haine jalouse et profonde contre leurs vainqueurs, et surtout contre leurs voisins les Anglo-Américains. J'ai tenu à enregistrer, dans une enquête historique, l'insigne conception du guerrier ottaoua comme se rattachant directement à l'influence française que mes compatriotes ont si longtemps exercée en Amérique ; elle devait trouver place dans un écrit où j'ai eu à cœur de réclamer pour la France la juste part qui lui revient dans l'occupation et la civilisation première du nouveau monde.
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