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CHAPITRE XVI

COLONIES PR4NÇAI8ES, — LODISIiNE.

BéeouTerte dn MississipI, par HermaDO de Soto, — par Robert GaTelier 4e ia Salle ; il établit le Texas ; sa fin roalbeureuse. •— M. d'Iberville* fondatenr de la Louisiane, crée le poste du Biloxi ; de Tlle Massacre; du Béton* Ronge ; reyient à la Louisiane. -~ Tentatives des Aoglo* Américains pour prévenir roccupalion du Mississipi par les Français. — M. de Bien?ille. *- Louis XIV refuse aux protestants la permission de s'établir dans )a Louisiane. — M. de Tonty. — Fondation du poste de la Balize, — des Natdiei, — du Béton-RoDge. — Voyage du sieur de Saint-Denis au Nou?eaa-Meiique. — Création des établissements sur l'Ile Daupbin. — Intrigue dei Adglo-Américains des Garolines, cbez les Indiens de la Louisiane. — ArrlTée des missionnaires, — de filles publiques destinées à peupler la colonie. -— Construction dn fort Coudé de la Mobile. — M. la Mothe Cadillac. — M. Crozat devient propriétaire de la Louisiane et de son commerce pendant quinze ans.—Description des établissements de l'ile Danpbin en 1716 ; visite des mêmes lieux cent ans plus tard. — M. Crozat renonce à ses priviléges.

L'honneur de la découverte du Mississipi appartient à Herinano de Soto, ainsi que nous l'avons rappelé au chapitre II : cet ambitieux compagnon de C. Colomb passa quatre ans dans le pays de la Louisiane, occupé de la recherche de trésors ; traversa le . cours du Mississipi sur plusieurs points, le parcourut même sur une certaine étendue, et vint finalement mourii sur ses bords le 21 mai 1542. Du reste, la découverte

de ces contrées se rattachait à celle de la Floride antérieurement faite par les Espagnols. D'où il résulterait, d'après les principes alors admis entre les nations sur leurs titres respectifs à la propriété des terres incoanues du nouveau monde, que la Louisiane aurait dû appartenir à la couronne d'Espagne, comme partie du Nouveau-Mexique, alors occupé par les Espagnols, e% dont le nom couvrait tout le territoire de la Louisiane inclusivement jusqu'aux bords de la mer Paique.

Mais d'autres destinées étaient réservées à cette îUe et riche province qu'arrose le père des fleuves ; 1^ génie aventureux des Français devait y semer les remiers germes de cette fécondité, de cette immense lOspérité qui distinguent de nos jours le plus riche lÊltA de l'Union américaine.

Un normand , Robert Gavelier de la Salle, homme s^érieur, doué d'une grande activité, d'un puissant «Tîthousiasme, d'un noble courage, devait devenir le Clclomb des pays occidentaux de l'Amérique du Nord. Il conçut le projet d'aller découvrir l'embouchure du ^ïississipi sur les relations de Marquette et Joliet, ses ^^ux prédécesseurs, et d'ouvrir ainsi, vers le midi , *^s débouchés de la Nouvelle-France , qui était pour ^insi dire dans la possession des Anglais depuis leur occupation de Terre-Neuve, de l'Acadie et du voisiliage du Saint-Laurent. C'était une nouvelle conquête dont il voulait enrichir son pays ; il vit dans son exécution honneur et profit, et fut guidé dans sa déterlûination par cet instinct des grandes choses, privilège

des hommes supérieurs^ et cette intuition des secrets de l'avenir qui ne l'abandonna jamais.

Pour rendre l'exécution utile et solide, il fallait s'assurer des contrées qui séparaient le Mississipi des établissements français du Canada , et pour cela établir de distance en distance, sur l'immensité de cette ligne, des postes qui pussent permettre une communication, sinon facile^ du moins assurée ; et il fallait par-dessus tout gagner l'affection des nations indiennes qui habitaient ces contrées.

C'est avec ces vues et dans ces dispositions que la. Salle fît, en 1678 (1), les préparatifs de son expédition dans laquelle il fut accompagné par le sieur de Tonty^ officier distingué, actif et entreprenant. Il lui fallut^ quatre ans avant de pouvoir naviguer sur le grand fleuvequ'il aspirait à reconnaître. Le 9 avril 1682, il planta les armes de France sur l'embouchure de ce fleuve.

Au printemps de 1683, il était de retour à Québec; il partit aussitôt pour aller proposer en France la découverte du Mississipi par mer, et l'établissement

d'une grande colonie sur les fertiles terres qu'arrose— ^ ce fleuve. Il en obtint la permission, et quatre pe- — tits bâtiments confiés au commandement de M. Beaujeu.

Il manqua l'embouchure du Mississipi par une erreur d'estime et fut jeté dans la baie de San Bermndo^ à cent lieues du fleuve.

La haine qui existait entre M. de Beauj eu et la Salh

[ (I) Mémcir» nanoNrito de M. de Toiiiy. ArchiYes de la meriiie.

rendit cette erreur plus funeste qu'elle ne devait l'être. Impatients de se séparer, ces deux hommes ailiers se décidèrent à tenter de débarquer sur le poiut où le hasard les avait menés.

La Salle resta avec cent soixante-dix hommes sur cette plage^ et le sieur de Beaujeu remit à la voile pour la France^ et abandonna ainsi l'infortuné la Salle à son malheureux sort.

La Salle ne se laissa pas abattre ; il donna des ordres pour tout, dirigea tout lui-même ; il fonda un établissement sur un point de la baie qu'il jugea favo* rable, et reprit ensuite la poursuite de son projet favori, la découverte de l'embouchure du Mississipi.

C'est dans ce voyage de recherches que l'infortuné et courageux de la Salle périt victime d'un lâche assassinat par deux des siens^ le 19 mars 1687.

D'après tous les renseignements recueillis sur les tentatives de ce commencement d'établissement fait par M. de la Salle, à l'ouest du Mississipi, sur le territoire actuel de la république du Texas, il est évident que la possession de ces riches contrées était acquise de droit ^ la France, et que, sans la mort violente de l'illustre ^^yageur qui a découvert le premier ce pays , et sur- ^ut sans la circonstance f&cheuse qui tint le meurtre ^ M. de la Salle caché pendant deux ans, et qui, par ^îouséquent, empêcha le gouvernement français d'intervenir, les Espagnols, qui occupaient alors le Mexi- <l^6» ne se seraient pas emparés de cet établissement et ^'auraient pas détruit, à son origine, le germe de cette ^uvelle colonie^ Les Espagnols qut détruisirent l'éta-

blissement de la Salle étaient venus par terre de Ck)huit

sur la rivière Galdeo, dans le royaume de Léon. Il résu terait de ces faits, que le gouvernement des États Unis, qui par ses traités avec la France a dû hérite de lous ses droits sur ses possessions françaises d'A mérique^ dites gouvernements et provinces de la Loui siane, et entrer dans ses prétentions et réclamation sur les découvertes faites par des Français au nom d la France sur ce continent, aurait de justes titres faire valoir sur le nouvel État du Texas.

En 1697 M. d'Iberville, gentilhomme canadien^ fil de Charles Lemoine, un émigrant de Normandie, e qui s'était distingué, en 1695 et 97, à la prise du for Bourbon dans la baie d'Hudson, en ^696, à celle d Peukent slir la côte de l'Âcadie, et dans diverses atta^ ques faites contre les colonies anglaises ou à l'île d< Terre-Neuve, appela l'attention du ministre sur lei projets de la Salle et sur la fondation d'une colonû sur le Mississipi. En 1698, on confia à cet officier dis tingué une petite flotte de deux frégates et deux petit vaisseaux, avec un complément de marins et deux cents émigrants, et il mit à la voile de Rochefort vers la fii de cette année. 11 arriva, 27 janvier 1699, en vue des terres des Florides, par la hauteur de l'île Santa-Rosa à cinq lieues à Test de Pensacola, côtoya le littoral trouva Pensacola occupé par les Espagnols, et reconnut alors vingt-deux pieds d'eau sur la barre de cetti rade. Cette profondeur d'eau n'a point changé depoii lors. Il continua sa route vers l'ouest, ses vaisseaux tenant le large, deux bâtiments légers ou traver-

sières rangeaient près des terres, et deux felouques servaient aux débarquements et à reconnaître les atterra* ges. Souvent on s'avançait dans les rivières ou baies, sur deux canots en écorce.

Les gens qui montaient les canots ayant aperçu beaucoup de gibier mirent pied à terre sur une île qu'ils nommèrent Escalety depuis appelée île à Cornej aujourd'hui Horn-Island; elle est contiguê à l'île Massacre qu'ils reconnurent également et qu'ils nommèrent ainsi, à cause du nombre considérable d'ossements qu'ils y découvrirent. Avancés un peu plus vers l'ouest, ils mirent de nouveau pied à terre sur l'île aux Vais- *^€MuXf ainsi nommée à cause du bon mouillage qu'elle oXjfrit à leur petite flottille qui y jeta l'ancre.

Cette rade présentant un bon port de refuge pour

^^ s vaisseaux de l'expédition, M. d'Iberville dépécha

A^ cette station qnelques-uns de ses gens à la recher-

^iie de l'embouchure du Mississipi, et de sa personne

^^S sita la terre ferme que l'on apercevait à une très-

^tite distance au nord.

Quelques jours après, il s'embarqua sur une petite

laloupe avec son frère, M. de Bienville, un francis-

et quarante-huit marins, pour chercher le Mis-

ssipi dont il découvrit l'embouchure par la quantité

arbres flottants qui en sortaient. Le 2 mars A 699, il

^tra dans le fleuve qui n'avait pas encore été entré

mer ; il remonta jusqu'au village indien de Baga-

^^^uiay sur la rive droite, un peu au-dessus de la rivière

^ovchac^ qui porte aujourd'hui le nom d'Iberville.

Sur sa route, il chercha à apprendre des Indiens

qu'il trouva sur les bords du fleuve, s'il était suri Mississipi , mais n'en fut pas compris ; car dans 1 langue de ces indigènes, ce fleuve portait le nom d Malbancha. Néanmoins il y construisit un fort , qu'i nomma Pontchar train.

A Bagagoula, il eut le bonheur de trouver, entre le mains d'un chef indien, une lettre de M. de Tonty de la Salle, écrite en 1 684, et qui avait été conservé précieusement par ces indigènes. Il n'eut plus d doute, depuis lors, sur Fidentité du fleuve sur lequel! naviguait avec celui découvert par M. de la Salle.

Il visita également un autre village indien des Ou mas y situé sur le coteau où se trouve le Bàton-Rouge remonta jusqu'au Natchez, et revint à sa station de Vtl aux Vaisseaux, en passant par la baie Mauchac elle lacs qu'il nomma de Maurepas et Ponchartrain , mai qui furent d'abord connus par ces premiers navî gat^urs sous le nom de Baie du Saint-Esprit,

Après avoir campé sur l'île aux Vaisseaux, M. dTI berville se décida à aller directeùient sur la terr ferme , pour en reconnaître le littoral ; il entra-dan la rivière Pascagoula , à l'embouchure de laquelle î fixa, sur une position qui lui parut favorable, un fon auquel fut donné le nom de Maurepas. Sur ces mêmes rivages et aux environs du site choisi, se trouvaiem plusieurs villages indiens nommés Pascagoula, — Mo& tobj/j — et Bylochy. Aux sources de cette rivière, o trouvait d'autres villages indiens , Quinipisa et Ckm cachas.

Au commencemeht de 1699, M. dlberville fŒ

DE LA rOISSANCC AMIÎRICAINE. 2SS

tourna en France porter les nouTelles de ses décou- Yertes , et prendre de nouveaux renforts pour TétabUssement d'une colonie; il laissa son frère de Bienville , pour commander la colonie en son absence, et son beau-frère de Sauvolie, comme chef du poste du Biloxi. Ces deux officiers intelligents s'occupèrent avec activité de reconnaître plus en détail le delta an Mississipi, surtout ses passes à la mer, qu'ils sondèrent avec un grand soin, et enfin les ressources variées qu'offrait ce pays pour y asseoir une colonie.

Dans le cours de cette année , deux missionnaires du Canada, accompagnés par seize Canadiens, descendent par le fleuve jusqu'à son embouchure, se rendent, le long de la côte par mer, au poste du Biloxi, ^l ouvrent ainsi la première communication entre la Nouvelle-France et la Louisiane , qui se continua par Jla suite par la rivière de la Mobile ou par les lacs et ïô bayore Mauchac.

M. d'Iberville se prépara pour retourner à la Louisiane; on lui confia le commandement de la frégate '^ Henotnmée et la flûte ta Gironde. On recommanda à ^. d'Iberville de former des troupeaux de jeunes *^Cftûfs sauvages près du fort du Biloxi , et de ramener Quelques-uns de ces bœufs en France , si cela était possible. On lui recommanda aussi, dans ses instructions, de cherchera se procurer des perles,dont il avait ^s^pporté quelques échantillons à son premier voyage ; de s'assurer sur quels points on les trouvait , et d'assisterà cette pêche lui-même.

On désirait qu'il s'assurât si le mûrier sauvage du

pays pouvait s'adapter à la nourriture des vers à soie.

Enfin il devait examiner la qualité des bois de con struction.

Mais l'objet le plus particulièrement recommand par le ministre était que M. dlberville eût à s'occu per de la recherche des mines ; celles que les Esp gnols possédaient sur le même littoral ^ dans la mêm latitude et dans des terres de même qualité, portant croire qu'on ne pouvait manquer d'en découvrir d'aus riches dans les environs du Mississipi. 11 devait prend possession de ces mines au nom du roi , en lever d(

plans exacts , et se faire autoriser à les exploiter, s' était nécessaire, par les indigènes.

Dans ce second voyage, M. dlberville fut accomp=. gné par son beau-frère, le sieur le Sueur, propriétai des mines de plomb dans le pays des Sioux , au ha du Mississipi , et qui devait s'y rendre en remonta le fleuve ; par le sieur de Remonville , voyageur teur ; le sieur de Raucour, qui se rendait à la coloi comme écrivain du roi ou garde-magasin de la marir et faisant fonctions de commissaire général du roi; cel place était la seconde de la colonie après celle de go verneur ; enfin par le sieur de la Ronde , garde marine*

M. dlberville avait laissé deux cents colons à s départ ; à son retour, il n'en retrouva plus que cinquante : cinquante avaient péri par les maladi»- ^s- Néanmoins, les nouveaux renforts redonnèrent —^^ courage aux aventuriers qui étaient venus à la i^^^"

cherche de la fortane y par la découverte de mines , SUT ces terres lointaines ; et on commença à explorer Je pays dans ces vues.

Pendant ce temps , la nouvel le que les Français cherchaient à fonder une colonie sur le Mississipi parvint aux Ânglo-Âméricains^ dont la jalousie fut de nouveau provoquée par l'appréhension du succès qu'ils pouvaient avoir ; ils résolurent aussitôt de poursuivre le même but, afin de prévenir, s'il était possible, les Français dans leur projet d'établissement. Un habitant du New-Jersey , nommé Cox , fit la dépense d'expédier un bâtiment dont il confia le commandement au capitaine Barr. Lorsque celui-ci arriva dans les eaux du fleuve pour en prendre possession , il rencontra M. de Bienville occupé à en faire la reconnaissance, qui lui confirma que les Français occupaient en effet ce pays, et qu'il était inutile de tenter d'y former des établissements. Cette entrevue entre les deux officiers étrangers eut lieu sur la partie du fleuve qui a retenu depuis lors le nom de Détour aux Anglais {Englishturn), point jusqu'où le bâtiment anglais avait déjà remonté, et d'où il reprit sa route pour s'en retourner.

M. de Bienville , dans l'absence de son frère, reçut ^e pétition des protestants français , victimes de^la ^^vocation de l'édit de Nantes , priant qu'on les admit à jouir de la liberté de conscience et à venir coloniser les bords du Mississipi. Cette pétition fut renvoyée à M. de Pontchartrain, qui y fit cette réponse : Le roi ^ a pas chassé les protestants de France pour en faire une ^^pnblique en Amérique. Ainsi la superstition stu- VI.' ^5

pide de Louis XIY priva cette colonie de la clasf d'habitants la plus avantageuse , la plus riche et i mieux disposée à coloniser par la persévérance de se industrie.

M. de Tonty descend des Illinois avec quelques O nadiens, qu'il laisse à M. d'Iberville pour la créatlo du premier établissement sur le fleuve ^ et retourec en remontant le fleuve ^ aux forts de Chartres et de Kaskaskia.

En 1700, M. d'Iberville fonda le poste de la Balisa à l'embouchure même du fleuve , et le fort Rosalie nommé ainsi en mémoire de la comtesse de Pontchar train , au point du fleuve occupé par la ville des Nat chez.

Sur l'emplacement actuel de la ville du Bâton Rouge se trouvait un village indien appelé Oumds, prè de l'embouchure du bayou Manchac y qui prit le aoo ôilbervUle.

D'après les instructions positives de M. d'Iberville de rechercher des mines que devait contenir le paya M. Saint*Denis explora tous les pays à l'ouest de 1 Louisiane pendant six mois et pénétra jusqu'au Non veau-Mexique; il exécuta aussi à cette époque ur vof âge qu'aujourd'hui on ne peut accomplir dans 1 même temps. M. de Bienville fit également une re connaissance à l'ouest dans le même but. Il visita 1 rivière Rouge, qui reçut les noms de la Marne et successivemient, de la Sablonnière.

Si , à cette époque , les Français eussent continm d occuper la baie Saint-Bernard, découverte et établie

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par la Salle , ils se seraient rendus maîtres de tout l'intérieur de ce pays y par la conuuunication ou- V6rt6 par le sieur de Saint-Denis à travers la riviôre Rouge.

En 1702 1 M. d'Iberville^ s'étant convaincu que le Mississipi ne pouvait pas convenir pour Tétablisse- HQient d'un port maritime, à cause du peu de profondeur d'eau qu'on trouvait sur sa barre , résolut de transférer rétablissement principal de la colonie sur la Mobile , à soixante lieues à l'est et à douze lieues à Touest de Pensacola.

La rivière et la baie de la Mobile ne présentaient pas , il est vrai y une très-grande profondeur d'eau i laais l'île Dauphine offrait un excellent port, facile à défendre, et où l'on trouvait vingt et vingt et un pieds d'eau à marée basse, et un bon fond pour les vaisseaux de quarante et cinquante canons. On pouvait communiquer presque aussi facilement par la Mobile avec les établissements du nord-ouest ; du moins, cette route avait déjà été frayée et suivie par des voyageurs «sinadiens.

Le nom de la Mobile était une corruption espagnole du nom Movilla de la tribu indienne vivant sur ses

Ainsi on avait déjà été dans la Louisiane depuis

^^ois à quatre ans (1) qu'on avait passés à reconnaître

^ pays , sans songer à s'y établir ; il n'y avait môme

^*ops encore que cent trente-neuf individus dans la

O ) MaDascrits ofQciels de la marioe.

colonie ^ dont neuf officiers , vingt-quatre matelots quatorze ouvriers y soixante-quatre Canadiens , vin soldats, et huit mousses^ dont l'entretien par an rev nait à 42,126 livres; encore étaient-ils payés peu r gulièrement. Comme on le voit, c'était plutôt une occupation militaire qu'on avait voulu faire, qu'un colonie agricole qu'on avait voulu fonder. Aussi, les colons, il ne se trouvait pas un seul ménage, u seule femme. Cependant M. d'Iberville , pour sati

faire à cette exigence première, manda en Franciziîe qu'on eût à envoyer à la Louisiane vingt à trente fill< pour les besoins de la colonie (1), pour les marier ai Canadiens ; il recommandait surtout qu'elles fusseï un peu bien faites ; qu'on se les procurât à Rochefori à l'hôpital général de Paris I II proposait , en outre, faire descendre des Indiens Illinois et Sioux , qi comptaient plus de quatre mille guerriers armés ; recommandait M. le Sueur, son beau-frère, comi Fagent le plus capable de conduire ces Indiens.

Enfin, il suggérait au gouvernement d'introduire^: dans les possessions françaises d'Amérique, deiL grandes divisions territoriales et administratives^ Ipremière sous le nom de colonie du Mississipi ou de Lmiisianej comprenant tout le pays tributaire du fleuve Mississipi ; la seconde sous celui de colonie du Canada^ et comprenant tout le pays tributaire du Saint-Laurent, les lacs inclus.

Cette division fut, en effet, celle qui prévalut et qui fut suivie pour l'administration de ces colonies.

(4) Pièces officielles de la marine.

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Dès 1703, les Anglo-Américains de la Caroline du Sud commencèrent à intriguer parmi les nations inliennes avoisinant les postes de la Louisiane, pour »08citer à ces derniers des difficultés dans leurs établissements ; aussi, M. de Bienville forma-t-il le projet rime attaque, par terre, de Charleston, qui, cepenlant^ ne reçut pas même un commencement d'exécution.

En 1704, le gouvernement français ayant obtem- >éré à la demande de M. d'Iberville, on fit passer à la Louisiane trois missionnaires, vingt filles destinées à la colonisation, une sage-femme et cent soldats.

Les documents du temps disent que ces vingt mères ulures de la Louisiane étaient sous la surveillance lirecte de Marie-Jeanne Morbé, conductrice ; elles se nommaient Françoise-Marianne de Boisrenaud, Jeanne- . i^therine de Berenchard , Elisabeth le Périteau , t^urie-Noël du Mesnil, GabrielieSanart, Marguerite ***, r^rie-Thérèse Brochon, Angélique Briard, Marguei^*e Tavernier , Elisabeth Deshays , Marie Philippe , ouise-Marguerite Rousseau , Marie-Madeleine Duane, tairie Dufresne, Marguerite Guichard , Reine Gilbert, ■CDuise-Françoise Lafausse , Gabrielle Binet.

Il y passa, en outre, la famille du sieur Etienne Bure, •omposée de trois personnes. La sage-femme se nom- ^nait Catherine de Mon thon ; elle était mariée.

Le personnel et ]e matériel du fort Saint-Louis de

la^ Mobile, principal poste de la Louisiane, présentaient

^lors ^l'état suivant : cent quatre-vingts hommes de

garnison, vingt-sept familles, sept enfants de un à

dix ans , six Indiens de douze à dix-huit , cinq fiU< indiennes de quinze à vingt; quatre-vingts maisons à étage, neuf bœufs, quatorze vaches, quatre taureau^:- 3 cinq veaux, cent cochons, trois cabris, quatre oei^^i poules.

En 1706, M. d'Iberville, qui avait été véritableme^.=ni le père de la colonie do la Louisiane, meurt à la I^Ba* vane pendant la traversée d'un troisième voyage -<fe France en Amérique. Sa mort entraîna la ruine ^Mes établissements de la Louisiane, qui furent complé^te» ment négligés par le gouvernement de lamétropc^Tle.

M. de Bienville commandait alors au fort de la I^-^pbile, il fut remplacé par M. de May ; il avait prop-^iDsé au gouvernement de faire voir la France à quelq~«jies . chefs des tribus au milieu desquelles on était vc^nu s'établir ; mais la crainte des dépenses fit rejeter c^^tte proposition. Quelques colons, qui voulaient se liv^nrer à la culture, demandèrent au gouvernement Tant -irisation d'échanger des esclaves indiens contre ^es esclaves africains des îles, appuyant leur demande snt l'exemple d'un pareil échange déjà pratiqué par les Anglo-Américains. Cette proposition fut égaleo^-cnt refusée.

Enfin, M. de la Salle, commissaire du roi, fut r^i»placé par M, Dartaguette, qui amena avec lui q^jelques nouveaux colons.

En 1709, on fit reconstruire à neuf le fort d^ 1^ Mobile. C'était un carré bastionné, contenant, d^i^s son enceinte, 1° la maison du gouverneur; 2^ le t^^^' gasin du roi ; 3' le magasin à poudre ; 4° le corps ^^

garde ; 5^ une prison. En dehors de cette enceinte on trouvait une église, un hôpital, un cimetière, des logements pour les soldats, des logements pour les prêtres, un séminaire, le quartier de M. de Bicnville, celui de MM. de Chassaugné, de Grandeville, de Boisbrillant, de Mandeville, de Blondel, de Valigny, de Paillon, de Saint-Denis, de Chelen, du chirurgien-major, de M. Duclos, ordonnateur, chargé de la vente des terres et de la police, du sieur Poirier, garde-magasin, du sieur Jean-Louis Mâche, canonnier; les logements de plusieurs femmes ; enfin, celui des gens à la solde du roî, et des habitations pour les voyageurs.

Toutes ces constructions étaient au-dessus du fort; comme elles étaient exposées aux inondations par suite des crues de la rivière de la Mobile, les habitants furent obligés de chercher un asile sur File Massacre, ou île Dauphine, qui était complètement stérile. On plaça une garde de vingt-cinq hommes sur l'île Massacre, pour veillera ce que les habitants qui s'y trou- "^aient, et qui avaient amassé quelques valeurs, n'abandonnassent pas la colonie.

Le fort sur le Mississipi était commandé par le sieur de Saint-Denis.

Les Indiens, poussés par les Anglais, firent une attaque sur la bourgade établie près du fort de la Mo- *^île et y enlevèrent vingt-six prisonniers qu'ils em- ■^ienèrent comme esclaves ; un des leurs, resté priscwmier, fut brûlé par les Mobillains, pour « sécher ^^ les pleurs de ceux qui avaient perdu leurs parents ^ dans ce combat- »

En 1710, M. de la Mothe Cadillac, ancien gouverneur-propriétaire du Détroit, arrive à la Louisianâi dont il est nommé gouverneur ; il fixe sa résidence au. fort du Biloxi.

Dès cette année, quelques colons, établis entre les tètes du bayou Saint-Jean et le Mississipi, sur remplacement actuel de la Nouvelle-Orléans, avaient essayé de semer du mais, qui y avait parfaitement réussi.

La guerre que la France soutenait, en 1711, Fempècha d'envoyer des secours opportuns pour seconde la fondation des premiers établissements de la Loufi siane ; les fonds manquaient. Le gouvernement du rc dut alors s'occuper de chercher les moyens de conserver cette colonie sans qu'elle fût à charge à so:^ trésor; c'est cette pénurie dans laquelle se trouvait L gouvernement qui fit accepter les propositions cL M. Grozat, négociant célèbre, de se charger de colca niser ces contrées, moyennant le droit exclusif cL commercer pendant quinze ans. Ce droit lui fut ac8 cordé, par des lettres patentes du 14 septembre 1719S données à Fontainebleau.

Cependant l'Espagne chercha à s'opposer à rétablissement de M. Crozat, et saisit même quelques-un de ses bâtiments destinés pour cette colonie. On per mit alors l'entrée des nègres esclaves pour la cultur* des terres. On envoya, cette année, à la Louisiane ui certain nombre de filles de seize à vingt ans, sortan. des hôpitaux de France, pour porter les germes d'un« bonne population dans cette colonie. Mais il paraît qu-

le choix de ces filles fat si mauvais, suivant le rapport de Tordonnateur Duclos, en 1713, que sur douze, deux seulement avaient pu réussir à se marier, tant elles étaient laides et mal faites , et que les colons, mais surtout les Canadiens, témoignèrent peu d'empressement à se lier avec ces filles : « Il est à craindre, « ajoutait-il, que les autres ne restent filles encore <K longtemps. »

1713 fut une année de grande misère pour la colonie; les vivres promis par M. Crozat n'arrivèrent pas; on fut obligé de s'en procurer à la Havane, et lorsque enfin il en arriva de France, ceux-ci étaient avariés.

En ITl*, on comptait à peine deux cent cinquante habitants répandus sur tout le pays, dont trente-cinq Iiommes de garnison sous les ordres de M. de Bienville, au Biloxi. Encore cette population n'était-elle, d'après le rapport de M. de la Mothe Cadillac, qu'un « ramassis de la lie du Canada, gens de sac et de « corde, insubordonnés, sans religion, adonnés à « tous les vices et aux femmes indiennes qu'ils pré- « feront aux françaises. »

M. de Bienville entreprit un nouveau voyage sur la i^^vière Rouge, pour y faire des recherches des mines 4u pays.

Quant aux défrichements sur le Mississipi, ils étaient nuls, et ceux de la rivière Mobile, qui comp- ^^ient alors le plus d'habitants, avançaient peu à cause de Tincerlitude où on était, sur les intentions du gouvernement, de se maintenir dans ce pays : telle était

2S4 D£ LÀ PUISSÂNCB AMÉRICAINE.

ropinion de M. l'ordonnateur Duclos à M. de Ponchartrain : ainsi ce n'est pas d'aujourd'hui que les ministères français ont marqué leurs actes de colonisation par une incertitude funeste aux intérêts de la France !

Les missionnaires élèvent une église sur l'île Dauphine^ qui était devenue le poste le plus important de la colonie. On y fit l'essai de la culture de l'indigo qui y réussit fort bi^n ; il rapportait môme trois récoltes par an.

L'île Dauphine, quiaété, dans les premières années de la colonisation de la Louisiane, le poste principal^ le chef-lieu en quelque sorte de cette colonie, n'était alors que ce qu'elle est encore aujourd'hui, une lie stérile de sable sur laquelle poussaient quelques pins et quelques lianes et palmiers nains autour de flaques d'eau; elle a douze mille mètres de longueur sur quinze cents mètres de largeur : dix-huit cents hectares. Le port se trouvait à l'extrémité est; il était formé par un petit îlot de sable qui portait le nom d'tlot à l'espagnol; cet îlot donnait abri à un port compris entre sa direction et celle de l'île Massacre : on y trouvait quatre à cinq brasses d'eau et bon fond. . On pouvait y entrer en venant du large par l'ouest en rasant l'île, et on passait alors sur un banc qui, lorsde la première visite de M. d'Iberville, avait vingt et vingt et un pieds d'eau, mais réduit en 1706 à quinze et seize pieds ; on pouvait également gagner ce mouillage en se dirigeant pour la baie de la Mobile, et traverser sa barre sur laquelle ne se trouvaient que douze

PE LA POISSÂNCE AMÉmCAINË. 23»

pieds d'eau ^ profondeur qui n'a point varié depuis

lOfS.

En avant dû ce port^ des vaisseaux d'un plus fort tirant pouvaient mouiller dans une rade foraine.

Le port du Pauphin était défendu par un fort sous la protection duquel se trouvaient les habitations du gouverneur et des colons : ces habitations en planches étaient rangées le long de la grève, bâties sur le sable et entourées de petites palissades en piquets. Rien ne pouvait donner une plus défavorable opinion de l'avenir de cette colonie que l'aspect de ces chétives cabanes qui ressemblaient à l'abri provisoire qri'élêvent ordinairement les pêcheurs. Cependant <5ette île a contenu à une époque plus de deux cents Tnaisons, enfermées dans un camp retranché et palis-* ssàdé où logeait la garnison. Ce bourg fut incendié ns la mémo année que le vieux Biloxi.

Lorsque je visitai cette île en 1817; elle était comélément déserte et redevenue ce que la nature l'avait ^i^stîné à être, le rendez-vous de quelques oiseaux ^cheurs, et la demeure de crocodiles si abondants sur ut ce littoral. Un seul individu cependant y avait Tavement planté son toit dans les ruines de l'ancien rt. C'était un vieuï pilote aussi intelligent que coûteux, et dans le cœur duquel s'étaient réfugiés ces obles sentiments d'honneur français qu'on est trop heureux de pouvoir redire en quelque point qu'on les T'etrouve. Dans la dernière guerre avec les Anglais, en ^914; Damour, le pilote de la Mobile, avait été recherché par le commandant de la flotte qui était alors

en vue de ces côtes ; sa réputation était bien connue de la Nouvelle-Orléans à Pensacola ; lui seul pouvait diriger les bâtiments de cette flotte à travers ces tles malheureuses et les passes difficiles qui couvrent le littoral de la Louisiane. On fureta toute l'île Dauphine^ sa propriété de fait^ on trouva sa cabane^ on bouleversa tout son chétif mobilier, et, après avoir désespéré de trouver le vieux pilote, on mit le feu au toit de ce brave homme. Pendant ce temps, Damour, imper* turbable dans ses sentiments de haine pour les Anglais, était resté caché dans les eaux fangeuses d'une de ces flaques , au milieu des joncs et des crocodiles, ne laissant passer que sa tête au-dessus de l'eau , et voyant ainsi, sans pouvoir se venger, la destruction de sa sainte demeure. Mais Damour, ce brave pilote français , fut vengé ; car à Tattaque du fort Boyer, sur la pointe même de la baie de la Mobile, les Anglais éprouvèrent une honteuse défaite devant les faibles bastions d'une redoute en sable, défendue par une poignée d'Américains sous les ordres de leur intrépide commandant le major Boyer.

Le poste dit du nouveau Biloxi était situé sur la pointe de terre, à droite de la baie de Biloxi, entièrement en face de l'île aux Vaisseaux. On abandonna le vieux Biloxi pour cette nouvelle position qu'on jugea plus saine et plus favorable. La baie du Biloxi était fermée par l'île aux Chevreuils.

L'emplacement du nouveau Biloxi avait été trèsbien choisi comme position sur la mer, mais manquait de communication avec l'intérieur du pays ou avec les

grands fleuves ; il ne pouvait donc convenir pour la fondation d'une colonie. Du reste, Tenceinte du nouvel établissement était projeté sur un plan régulier, bastionné et d'un développement aussi imposant que s'il se fût agi de la défense d'une place forte de second ordre.

En 1715, M. de Bienville prit le commandement de la colonie en l'absence de M. de l'Épinay ; il s'occupa de former des alliances avec les indigènes, se porta avec une petite expédition au milieu de leurs établissements, construisit le fort Toulouse sur le bord de l'Alabama, un des tributaires de la Mobile, afin de tenir en respect de ce côté les Indiens déjà travaillés par les Anglo-Américains du sud. En 1716, il marcha contre la nation des Natchez et établit d'une maïûère permanente le fort Rosalie, qui a servi depuis à I^ fondation de la ville de Natchez. Enfin il réussit à pl^icer sous la protection de la France toutes les populations indigènes, à l'exception de celle des Chicactas ^n. Chicassawsy déjà gagnée par les Américains ôt qui occasionna dans le sud autant de difficultés que les Ir*oquois en avaient donné dans le nord.

Enfin, en 1717, M. Crozat, dégoûté de ses projets et

^éçu dans ses espérances, rendit au roi ses privilèges ; il

ï^siissala colonie dans une triste position, n'ayant, pour

^nsidire, rien fait pour son avancement, ou du moins

^i peu, qu'à l'époque de la démission de ses droits et

prérogatives il pouvait bien y avoir alors à la Louisiane

environ quatre cents colons blancs, non compris la

S^nison, vingt nègres et deux centst êtes de bétail..

298 Dt LU PtnSSANCe AMÉRICAINE.

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