CHAPITRE XVIL
COLONIB FBiNÇilSE ; — LOUISURB.
La Louisisne est concédée par le roi à la compagnie des Indes occtdeiilito — Compagnie organisée par John Law. — Son système finanoier. — Cm lonial administratif. — Le site de la Nouvelle-Orléans, choisi par M. 4* Bienville. — Force militaire de la province. — Fondation d'an poste sur 1: rÎTière Rouge. — Répartition des comptoirs de la compagnie des Indet.*- Embouchure do Mississipi. — Nouyelle division territoriale adoptée par b compagnie. — Dispositions des postes. — Chefs qui les commandent. — Leurs émolnments respectifs. — Établissement des jésnites. — Les rcBr gienses orsnlines. ~ Missions et paroisses. — Interfeation des Ai^^ dans la guerre ayec les Indiens. — Massacre des Natchez. ^ Destmction di celte tribu. — Les débris qui en échappent se réfugient chez les GhicacUs •— CSompsgiiie des Indes.
La province de la Louisiane et le pays des Illinois qni était attaché à son gouvernement, furent concédé! à la compagnie des Indes occidentales^ dite aussi compagnie du Mississipi^ par les édits et arrêts du roi d'avri et septembre 1717. Cette compagnie s^organisa seuî les auspices de John Law, Écossais, qui jouissait alors de toute la confiance du régent.
' Cette compagnie, fondée pour la colonisation du pays de la Louisiane et du Mississipi, fut formée sui un capital nominal de 100 millions, dont les fonds étaient faits avec des billets d'État pris au pair, quoi-
que cepeudant ils perdissent cinquante pour cent dans le commerce!
On publia à cette époque et on fit circuler les mensonges les plus absurdes sur les richesses et les res<sources du Mississipi; des plans^ des cartes furent distribués^ sur lesquels des mines d'or se trouvaient sur tous les points^ de manière à séduire l'esprit crédule des prêteurs et des spéculateurs ; deux cent mille actions de 500 livres chacune furent émises^ et leur i^aleur nominale augmenta immédiatement au delà d^ toute idée. C'étaient des titres que les spéculateurs considéraient comme devant produire des richesses infinies. Le cours du fleuve était cadastré imaginairei&^t et divisé suivant la fantaisie et la valeur que lui donnait Facquéreur. Une lieue carrée de terre à la ^uisiane, dans les coins les plus inconnus, pouvait ^ peine s'acheter pour moins de 30,000 livres; enfin '^ valeur de ces terres inconnues dépassait, dans cer- ^ins cas, celle des meilleures terres cultivées en '^«"^mce I
On accorda à des compagnies, à de riches bourgeois, ^es nobles, des domaines immenses à l'ouest du
"^ ^ ssissipi) dans les prairies des Arkansas ; plus de six ^ÎUe habitants devaient ainsi être fournis par ces Lcessionnaires. Law lui-même s'était réservé une prairie dans l' Arkansas, et pour cultiver ces conil avait engagé plus de quinze cents colons, fait ^^e dépense de un million et demi de livres et acheté ^'^is cents nègres> quoique la compagnie dont il fai- ^^t partie eût le monopole de l'introduction des es-
claves ; enfin^ il avait engagé un grand nombre d'oavriers de tous genres, une foule d'émîgrants allemands, pour peupler ces prairies, plus propres au pacage des bestiaux qu'à l'habitation de l'homme. Aussi, dix ans après, il ne se trouvait pas dans cet eldorado trente malheureux habitants !
L'enthousiasme pour les émigrations du Mississipi fut si grand, que l'espoir d'y trouver des mines d'or amena une foule d'émigrants, d'ouvriers, de soldats ; plus de huit cents s'embarquèrent sur les trois bâtiments la Victoire^ la Duchesse de Noailles et la Marne, et comme on ignorait alors qu'on pouvait entrer dans le Mississipi avec des bâtiments venant d'Europe, et que dans le cours même de cette année l'île Dauphine avait perdu son port par un ensablement, on vint mouiller devant l'île aux Vaisseaux, et on fut forcé d'entasser tous ces nouveaux arrivants au fort du Biloxi, d'où on devait les transporter sur des traversières au Mississipi. Pendant cet intervalle, comme les bâtisses du Biloxi étaient toutes temporaires et en mauvais état, les pauvres émigrants préférèrent vivre en plein air qu'entassés comme ils étaient dans de mauvaises cabanes, prirent bientôt la fièvre^ et périrent de maladies et de misères.
Les déceptions des fauteurs du projet da Law furent la cause que le pays du Mississipi fut en horreur, et qu'on employait son nom comme terme de reproche : on disait alors, aux gens qui étaient à charge ou qui déplaisaient : Je t'enverrai au Mississipi.
Cependant, de l'hôtel de la compagnie, à Paris, on
toE LÀ PUISSANCEIAMÉRÎCAÏNE. 24f
gouvernait, on dirigeait^ on administrait sans avoir la /Qoindre connaissance des lieux. Ainsi on avait constitué un gouvernement qui se composait d'un gouverneur, un intendant, un conseil royal, ayant chacun des attributions distinctes : le gouverneur avait la direction des affaires militaires, des traités d'alliance eu de commerce avec les naturels.
L'intendant, ou commissaire ordonnateur, était chargé des affaires de la police, de la justice, des finances ; il était également le président et le premier juge du conseil supérieur. Toutes les dépenses étaient soumises à son approbation ; enfin il avait, avec le gouverneur, la responsabilité de la vente des terres. Le conseil royal, créé par un édit du 8 septembre 1719, se composait d'un premier juge, de l'intendant^ du procureur du roi, de six des principaux habitants et du greffier de la province. Toutes les causes civiles ou criminelles étaient déférées à cette cour. Tout individu pouvait présenter lui-même sa défense , soit ^Gï^balement, soit par écrit. Les contestations commef- ^^es étaient jugées par l'intendant, qui était à la fois ^^xnmissaire de la marine et juge de l'amirauté. Ses i^ Céments, ainsi que ceux du conseil supérieur, étaient ^Vis appel.
Ainsi le pouvoir de l'intendant était une espèce de ^^^Dtre-poids à celui du gouverneur, et chacun trou- ^^ît un autre contre -poids dans le conseil royal ^^^c^^me.
En 1718, M. de Bienville choisit l'emplacement
^^^tuel de la ville de la Nouvelle-Orléans, nommée ainsi I. ^6
d'après le titre du régent : le plan de cette ville lut dressé par le sieur le Blond de la Tour, chevalier de Saint-Louis, lieutenant général, et brigadier au corps du génie. Ce site était à trente-cinq lieues de la Balize; c'était un carré long de sept cent vingt toises, mesu-* rées parallèlement au fleuve, et de trois cent soixante toises de largeur.
On fit passer alors, de France, quatre compagnies, fortes ensemble de quatre cents hommes : ces troupes furent réparties ainsi qu'il suit :
100 hommes pour la garnis on de l'tle Dauphine. 10 » » à la Mobile.
au Biloxî.
au poste des Àlibamous.
150 y^ » au poste des Àrkansas.
40 !> » au poste du Ouabash*
30 » sur un poste dans l'intérieur.
On n'a jamais admis, pour la Louisiane, de concession de terres en seigneuries , comme au Canada ; néanmoins l'île à Corne fut concédée à M. de Bienville, en roture, à cause de ses grands services.
Le gouverneur de la colonie porta toute son atten« tion sur les moyens à prendre pour s'opposer aux empiétements des Américains dont l'activité et l'esprit d'entreprise rendaient le voisinage redoutable ; il demanda qu'on lui envoyât des colons d'Europe, des troupes et de l'argent pour fortifier l'île Dauphine, siège du conseil supérieur de cette colonie.
Dans le cours de cette amiée, on établit une ligne
DE LA PUISSANCE AMÉaiCÂIIVE, 148
de postes» le long du Mississipi^ pour mettre la Louisiane ea communication avec le Canada qui^ jusqu'ft* lors, avait fourni les colons les plus intelligents pour l'établissement de la Louisiane. Un d'entre eux, nommé du Tissenet, traverse de la Mobile aux lacs^ et ramène, du Canada^ sa famille vivre sur les bords du fleuve.
En mai 1719, les Français prirent Pensacola aux Espagnols et détruisirent le fort des Barancas , mais fu rent obligés de le rendre, six semaines après, à une flotte espagnole qui vint en faire le siège, et qui fit de vains eflbrts pour détruire les établissements de rile Dauphine. En septembre, Pensacola fut repris de nouveau par les Français, et ne fut rendu aux Espagnols que le 26 novembre 1722, par suite d'un traité de paix.
Bans la même année, Bernard de la Harpe remonta
la rivière Roûge et établit le poste du fort Saint-Louis,
^ cent soixante lieues au-dessus de Natchitoches ; et
- Ve sieur Diron établit également un autre poste dans
1& pajns des Padowm. Ces deux officiers pénétrè-
^Qt dans l'ouest à quelques jours de marche de
En 1720, l'île aux Vaisseaux était encore le premier point de la côte oti les vaisseaux, venant de France, prenaient terre ; il s'y trouvait un fort qui eontenait les inagasins de la compagnie et le logement d'un préposé p(nir les affaires de la compagnie. Les poster en seconde ligne étaient ceux du Bîloxi et des lUmms. On construisit alors un hôpital à l'tle aux Chevreuils.
Le Biloxi était le premier comptoir de la compagnie et le centre de ses affaires ; on devait y créer un chantier pour la réparation des bâtiments, et des magasins pour recevoir les agrès.
Le transport des colons s'effectuait par des bateaux de la compagnie qui partaient du Biloxi et passaient par les lacs Pontchartrain et Maurepas, et le bayou Manchac; àVembouchure de ce bayou dans le fleuve, se trouvait un poste en communication directe avec le haut du fleuve par le moyen de points échelonnés tout le long de son cours, et où les bateaux dits voitures^ chargés de la correspondance et (.os troupes, pouvaient se ravitailler.
Les bateaux du fleuve s'arrêtaient au port de Manehac; ceux du Biloxi ne faisaient que le trajet du Manchaç au Biloxi.
Le personnel de l'administration du Biloxi était alors composé d'un garde-magasin pour les vivres; d'un second pour l'entrée et la sortie des marchandises; d'un troisième chargé des apparaux, d'un commis aux écritures et d'un certain nombre d'hommes de peine ; un simple commis avait la surveillance des magasins sur le fleuve, établis à Manchac et au Détour aux Anglais, rive droite.
L'île Dauphine était le second établissement. Manchap devint le troisième, et pendant quelque temps porta même le nom de Nouvelle-Orléans , à cause de son importance sur le fleuve ; il y avait alors à ce poste un teneur de livres et un commis en chef.
Chaque poste avait un jardin et une basse-cour.
On avait recommandé de France d'ouvrir une route par terre du Biloxi au pays des Illinois pour éviter les retards qu'occasionnaient les inondations du fleuve dans la correspondance entre ces deux points extrêmes de la colonie 1 Un porteur de dépêches partait chaque mois de ces deux postes. On envoya des colons au Natchez pour y cultiver du tabac qui y réussissait a merveille.
Le poste de la Nouvelle-Orléans devint le quatrième établissement de la compagnie. La ville était couverte du côté du fleuve par une levée, et sur le derrière, par un large fossé qui servait d'écoulement aux eaux ; quelques maisons étaient déjà bâties en briques.
Pendant trois à quatre mois de l'année, les quartiers ou ilôts de cette ville étaient entourés d'eau par le débordement du fl eu ve .
Il y avait un poste militaire à l'embouchure du
bayou Saint- Jean, dans le lac Pontchartrain, à trois
Weues de la Nouvelle-Orléans ; ce poste était occupé
P^ six hommes et un sergent ; un second poste à y île
^^ Chats avec un officier et quinze hommes ; un troi-
^^èiiae à cinquante lieues au-dessus de la Nouvelle-
^HéanSy à la pointe Coupée ; enfin un quatrième au
*f^tchez.
Les embouchures du Mississipi avaient alors été ^^^faitement reconnues, sondées et balisées; elles ^'^ient au nombre de six, savoir :
1 • La passe du Nord-Est ou à la loutre ; a- » de l'Est ; a* » du Sud-Est ;
Uê DE LA PUISSANCE AMÉRICAINE.
4PIi9l)^â86dtiSu<l;
5* » du Sud-^Ouest ;
«* * à SauTol.
La passe du Sud^Ëst était la seule praticab les MtiméUts tirant quatorze pieds d'eau , et but de la conserver^ comme aussi pour ràmèlic avait construit une jetée en pilotis qui conte chenal depuis le dernier point de la terre feri qu'à la iner. Sur le terrain artificiel formé par lotis y on avait construit une batterie de police passe, un poste militaire, des magasins, un drière et une chapelle. On y tenait habituellem garnison de cinquante hommes , quelques pi ttatelots. Ce poste portait le nom de fort de la construit d'abord sur la lisière des terres, ^ se] mètres de la mer, il se trouve aujourd'hui, pa progressif des attenrissements du fleuve, à ti riamètres.
L'ingénieur dé Paugé proposa alors, pour a 1er la profondeur de cette passe, d'en enferme lés eâut entre deux jetées construites avec les dérivé, sur utt développement de deux mille quat mètres ; ce plan , qui certes aurait produit un favorable k l'état de cette passe , n'a jamais i CUtè. Il est à. regretter que jusqu'ici on n'a encore tenté d'exécuter des travaux de perl nement pour assurer au majestueux Missis débouché plus profond ; on arriverait par là, i lement à favoriser le commerce, mais ausi
minaer lôs cr»ed du fleuve ^ et pat conséquent les dégradations annuelles qu'elles occasionnent aux ri-
En 1721, la compagnie des Indes adopta une» amrrelle division territoriale pour l'administration de cette colonie ; neuf divisions furent créées ^ savoir :
!• De la Nouvelle-Orléans ;
â'DuBiloxi;
5' De la Mobile r
4" Des Âlibamous;
5* Des Natchez ;
6* Des Yasous ;
7' Des Natchitoches ;
8' Des Kensas ou Ârkansas ;
9» Des minois.
Chacune de ces divisions ou quartiers était sous le ^lîûmandement direct d'un chef qui prenait le titre ^6 commandant général.
M. de Bienville , commandant général de la colonie, ^tait, en outre, le commandant direct des quartiers de . l^Noûvelle-OrléanS; de Natchez, de Yasous, des Nat- <^kitoclies ou Rivière-Rouge ; ses appointements étaient de 12,000 livres.