COLON» FRANÇAISE ; — LOUISIANE
AdmJQjitratioD du gouvetneur Perrier. -* II est remplacé par M. de lieo- Tille. — Guerre contre les Indiens Chikactas. — Défaite d'ua parti conduit par M. Dartaguette. — Mort de ce braye officier. — Nouvel engageineot ^▼«c les Gliikaetas. — Etablissement du poste des Natehitoches. — Profon- ^^nirs d'eau trouvées sur les passes du Mississipi. — Population da la Louisiane. — Forces militaires qui s'y frouvent. — Administration de M. dé ^erlerek.— Introduction de la culture de la canne à sucre par M. Dlibrenil.
— M. de Kerlerek déjoue les attaques projetées par les Anglo-Américaint.
— Cesaion de la Louisiane à la couronne d'Espagne. — Arrivée du goqver^
^eur Uloa. — Les citoyens refusent de se soumettre à la domination
®^agnole. — Conjuration pour en opérer l'expulsion. — Arrêt rendu par
<e conseil supérieur qui oblige le gouverneur Uloa et les troupes espagnoles
^ sortir de la colonie. — Réclamation des Louisianais près du gouverne*
^^eiA de France. — Oreilly envoyé par la cour de Madrid pour prendre
P^^asession de la Louisiane. — Les Lonisianais veulent déclarer leur paya
^^pendaot et s'adressent aux Anglais alors à Peqsacola pour en obtenir
^*appni. __ Arrivée d'Oreilly à la Nouvelle-Orléans. — Il promet amnistie
^ oubli de tout ce qui s'est passé, — mais fait exécuter six des principaux
*oiïjnp^.
Le gouverneur Perrier commence l'administration ^^ la province de la Louisiane pour le roi en 1732 ; il Poirte ses soins sur les moyens de sa défense et fait ^cliever le fort Condé de la Mobile qui reçoit alors ^^ garnison de soixante hommes. Près de quinze ^Ule Indiens vivant dans le voisinage des eaux de la 'Mala étaient tributaires de ce iK)ste.
Pendant quelque temps on conçut le projet de donner au bourg de la Mobile, qui s'était élevé sous la protection du forl Gondé, une enceinte continue, bastionnée et régulière ; mais les dépenses qu'exigeait ce plan en firent négliger l'exécution. Le bourg s'accru suivant le caprice des propriétaires qui venaient s'; établir; néanmoins il ne fut jamais très-considérable M. Perrier fît relever le fort des Natchez, dont la posi tion sur le fleuve était importante pour maintenir d ce côté les Indiens en respect ; il fit également élevé un fort à l'embouchure de la rivière Saint-Françoi dans le Mississipi , et un autre fort, appelé de TAs somption, sur la rivière Margot {Woolf R.)^ au-dessou du coteau des Chikactas {Chickasaw bluff). Enfin, 1 fort des Tombecbee , à cent soixante lieues de la Me bile dans l'intérieur, vit sa garnison augmentée.
En 1732 on construisit un magasina poudre dans 1 Nouvelle-Orléans même , et un corps de caserne pou y loger trois cents hommes.
M. de Verges, ingénieur de la province, propos alors de faire entrer les vaisseaux tirant dix-huit pied d'eau sur la barre du Mississipi, sans occasionner d grandes dépenses , au moyen d'espèces de chameau qui devaient rester au poste de la Balize.
En 1735, M. de Bienville succède à M. Perrîi comme gouverneur de la province. Ce chef habîl avait une connaissance intime du pays et avait coik plétement identifié sa fortune avec le succès de la oc Ionisation de la Louisiane. Il connaissait surtout le o ractère des indigènes, les avantages et les inconT^
iilents attachés à leur voisinage des élablissemenls trançais. Une des premières démarches du gouverneur de Bienville, afin de réduire la nation Ghikactas vendue aux Anglo- Américains, fut d'exiger de ces Indiens qu'ils eussent à livrer aux Français ceux des Natchez auxquels ils avaient donné asile lors de la reprise du fort Rosalie par les troupes de la province. La réponse des Indiens fut celle de l'indignation et du courage.
Alors M. de Bienville leur déclara la guerre, et pour faire face aux nouvelles dépenses qu'occasionnèrent les dispositions à prendre, il fut obligé d'avoir recours à la création d'un papier monnaie qui eût cours dans la colonie.
Il commença par soulever contre les Ghikactas les tribus voisines alliées des Français; sur ces entrefaîtes, quelques chefs de cette nation cherchèrent à s'approcher du gouverneur et sollicitèrent la paix, du moins en apparence ; mais dans le même temps des partis des leurs tombèrent à l'improviste sur un poste français, tuèrent huit soldats et emmenèrent l'officier à leur camp.
M. de Bienville comprit alors qu'avec ces sortes d'ennemis il n'y avait qu'un seul moyen d'agir, celui i^ la force, et il projeta aussitôt une expédition selieuse sur leurs terres ; il s'y prépara pour le printemps de ^ 736 ; il envoya Tordre à M. d'Artaguette, commandant du poste des Illinois, de marcher avec ses forces sur le pays des Ghikactas, et de se trouver en mars sur les eaux de la rivière de Tombeckbee vers 1. W
un point OÙ a été fondée depuis^ par les Américains, la petite ville appelée Cotton-Ginr-Pori^ à la tête de la navigation de cette rivière , et où il devait se rendre luimême avec des troupes du poste de la Mobile. N'ayant pu être prêt pour cette époque, il dépécha un nouveau messager à M. d'Artaguette pour le prévenir de ce retard; malheureusement, ce dernier était déjà en marche et ne put être rencontré par ce courrier. D'Artaguette continua donc sa marche à la tête de quelques braves Français et d'un parti de guerriers Illinois et Miamis alliés, et fut fort surpris de ne poiat trouver M. de Bienville au rendez-vous, et encore plus de ne point recevoir de ses nouvelles ; néanmoins, comme il avait pénétré hardiment dans le pays des Chikactas, et qu'il se trouvait déjà en vue de leurs villages, il n'hésita pas, dans cette alternative, à les attaquer immédiatement. Mais à peine avait-il commencé son mouvement, qu'il se vit cerné par quatre ou cinq cents Indiens ennemis dirigés par des Américains et qui fondirent avec une si grande intrépidité sur leurs assaillants, qu'ils produisirent une espèce de panique parmi les Illinois et les Miamis. D'Artaguette, se voyant ainsi abandonné de ses guerriers indiens qui composaient la forte partie de ses forces, résolut aussitôt de se replier sur la position où il avait laissé ses bagages à la garde de quelques-uns de ses gens. Mais les Chikactas mirent une telle activité à leur poursuite, que, malgré la fermeté et le courageux dévouement de tous les officiers, soldats et habitants qui l'avaient accompagné dans cette malencontreuse expé-
dîtîon, et qui firent tous leur devoir à Tenvi les uns des autres, ils furent entièrement défaits par leurs ennenaîs, de beaucoup supérieurs en nombre. D'Artaguette était cependant parvenu une dernière fois à contenir Isi furie de ses assaillants, et résistait à leur nombre ^vec trente-huit Iroquois, vingt huit Arkansas et cinq P'rançais, qui combattaient encore vaillamment pour cléfendre leur drapeau, lorsque, déjà blessés de plusieurs flèches et coups de feu, cet héroïque officier et l^s braves qui le couvraient de leuts corps succombèl'^nt. Un seul officier et un jésuite furent faits prisonï^iers par les Chikactas.
D'Artaguette avait amené avec lui cinquante Français Canadiens, et mille Indiens de diverses tribus ; il était accompagné par le père Senet, qui fut fait prisonnier et brûlé, ainsi que le brave de Vincennes , dont iixxe ville de llUinois s'est chargée de transmettre le ^oiia à la postérité.
Cette désastreuse défaite eut lieu le dimanche des ^^vneaux.
Les Chikactas, ayant pris tout le bagage, apprirent P^ï la lettre du gouverneur de Bienville au comman- *^xit d'Artaguette, sa prochaine arrivée pour les attaî^er ; ils en profitèrent pour se mettre sur leur garde ^t fe^îre leurs préparatifs de défense.
I-ia colonie de la Louisiane perdit dans cette affaire ^^ de ses officiers les plus distingués , l'infortuné et ^^ve major d'Artaguette, et M. de Saint- Ange, égale- ^^ixt regretté pour son zèle et son courage.
^ • de Noyan, neveu de M. de Bienville , fut blessé
dans cette entreprise , qui se termina sans suco paralysa les mouvements ultérieurs dans cette coi où les Anglo-Américains, qui avaient suscité guerre et avaient dirigé les Indiens amenés en deî main, prirent un ascendant qui ne fit que s'accr d'année en année, au détriment de l'influence ei établissements des Français.
En 1737, on fonda un hôpital à la Nouvelle léans.
Les Anglo-Américains continuèrent à soulevé nations indigènes voisines des Français, et celles n qui leur étaient alliées , et de les porter à attaqu colonie. Déjà ils avaient gagné à leurs intérêts le lier rouge^ chef des Chikactas ; ils s'efforcèrent de doyer un chef Chactas, appelé Bas rouge, Néanmoî majorité des Chactas resta fidèle aux Français : c' une nation puissante , répartie sur plus de cinqu lieues , divisée en cinquante villages , sous cinqu chefs , et pouvant mettre sous les armes quatre i guerriers, dont les chefs supérieurs étaient Stiscol ( Bois bleu ), et You-lak-ti-ma-ta-ha, le plus gran sa race.
En 1739, un édit royal rendit les ports de la 1 siane et des Antilles libres. •
En 1740, le gouverneur de la Louisiane, ayant des ^secours du Canada , tenta de nouveau la for contre le pôrti anglais et la nation Chikactas , mai fut pas plus heureux que les fois précédentes. Ei lorsque des circonstances favorables amenèrent réconciliation avec les Indiens , un traité de paix
corkclu par M. dé Bienville. Depuis cette époque, la tî'siiiquillité de la colonie ne fut plus troublée parles IixcJiens. La guerre qu'on avait soutenue contre eux avait coûté à la France plus d'un million de livres dans ^^s deux expéditions.
En 1743, rétablissement du poste des Natchitoches
s\irla Rivière Rouge, à cent trente-deux lieues de la
Nouvelle-Orléans et à soixante-douze lieues au-dessus
^e l'embouchure de cette rivière, prend du développe-
ïnent, de nouveaux émigrants s'y rendent.
En A 747, la passe principale des bouches du Mississipi, sur laquelle était établi le poste de la Balize, et cjui n'avait pas changé pendant vingt-huit ans, se <îombla; on n'y trouve plus que sept et huit pieds <l'eauï mais, d'un autre côté, la passe de l'est s'approfondit : on y trouvait alors dix-sept pieds d'eau; une frégate française, le Chameau , traversa cette passe sans difficulté.
Lorsque les vents étaient du large , on avait alors des marées qui s'élevaient quelquefois à trois pieds Cfuatre pouces au bas du fleuve. L'accroissement et l^élévation graduelle des terres aux environs des bouches du fleuve eurent pour effet d'augmenter l'effet des ïtiarées par certains vents. Cette remarque fut faite Par M. Duverger, qui a suivi avec soin des observa- Mons sur le mouvement des eaux à la Balize.
En 1750, la population de la Louisiane s'élevait à environ cinq mille blancs et deux mille cinq cents rioîrs esclaves; les forces militaires de la colonie, à
deux mille hommes, dont cent cinquante Suisses, répartis comme il suit :
1,000 hommes de garnison à la Nouvelle-Orléans. 500 » » à la Mobile.
aux Arkansas.
au Natchez.
aux Natchitoches.
à la Pointe coupée.
à la Côte des Allemands
Ainsi la Louisiane, après plus d'un demi-siècle, n'était encore qu'une colonie sans nom, sans produits, sans industrie , sans habitants, et exposée aux insultes et aux déprédations des Indiens.
En 1751 , M. de Kerlereck fut nommé gouverneur général ; il favorisa le commerce des interlopes anglais, ce qui occasionna des troubles et des discordes. La colonie eut également à regretter à cette époque de voir de graves conflits naître entre le chef de la colonie et le commissaire ordonnateur de Rochemer, qui avait remplacé M. Dabbadie.
Cependant, vers ces temps, les habitants commencèrent à comprendre la nécessité de s'occuper sérieusement de l'agriculture, seule ressource de ces riches contrées. On songea à l'introduction de la canne à sucre ; dès 174-2, des jésuites avaient réussi à en garder des tiges qui provenaient de Saint-Domingue. On se livra à divers essais de culture , mais en petit ; lorsqu'enfin M. Dubreuil, un des plus riches habitants
de la colonie, comme aussi un des plus zélés pour tout ce qui pouvait accroître sa prospérité, entreprit cette culture en grand. Il augmenta ses plans, fit venir des cannes de Saint-Domingue, et réussit en 1757 et 58 à faire du sucre brut et du sucre terré d'une excellente qualité, et dont il adressa au ministre en France différents échantillons.
La mort de ce zélé colon suspendit pour un temps la marche de ces essais et le développement de cette ïxouvelle ressource dans la colonie; lorsqu enfin M. de Alazan, ancien officier retraité, et l'un des plus riches l^abitants de cette colonie, entreprit de suivre les essais de M. Dubreuil , les développa sur une grande échelle , et réussit à obtenir des cannes très-mûres , <lu*il roula sur sa propre habitation, et parvint à produire dii sucre d'un fort beau grain, et dont la quantité et la qualité ne le cédèrent en rien aux produits des cannes de Saint-Domingue ou de la Martinique.
En 1760, M. de Kerlereck réussit à déjouer les pro- J^ts des Anglo-Américains, qui, dans le but d'attaquer ïa colonie , étaient parvenus à détacher une partie de 1^ nation Chactas des intérêts des Français , et, par ^^ite fait construire une enceinte continue, composée d'une palissade crénelée, d'un fossé, et flanquée de ^îïxq redoutes , qui mettent la Nouvelle-Orléans complètement à l'abri d'un coup de main. Les citoyens fu- ^^nt alors organisés en corps de milice dont les chefs îvirent pris parmi les anciens officiers retraités ; de ce ï^ombre étaient MM. Darunsberg , Favrost , Pontalba, ^B chevalier, Maccarty, de Mazan, Leblanc, Olivier,
Duvergé père et fils, Bienvenu, aide-major des milices: Beauré, Lavergne et Trudeau.
L'administration de M. de Kerlereck avait été heureuse pour la Louisiane , qui commençait à sortir ur peu de son état de léthargie , lorsque, à la suite de h guerre entre la France et l'Angleterre, une paix hon. teuse fut achetée par la cession de nos .possessions di Canada à la couronne d'Angleterre. Cependant cetL paix même pouvait devenir avantageuse pour la coloni de la Louisiane, qu'elle reconnaissait ; les Louisianai crurent à de meilleurs temps pour l'avenir, et que leu commerce de pelleterie allait s'accroître d'une parti de celui qui s'écoulait autrefois par le Canada. En effet le commerce avec les îles françaises reprit quelqix activité après la paix de 1763 ; les rapports avec 1 Mexique, interrompus par la guerre, étaient rouverts les bâtiments de France visitaient plus fréquemmen les bords du Mississipi ; des émigrants du Canada arrî valent en foule accroître les ressources et les force productives de la colonie. L'avenir semblait enfL s'ouvrir plus riant, plus prospère, quand le gouverne ment français fit annoncer officiellement aux Louisis nais, le 21 avril 4764, par l'intermédiaire de M. DaH badie , directeur général et commandant dans cet province , que , par une convention secrète du 3 n. vembre 1762, Louis XV avait cédé à la couronne d'E pagne la Nouvelle-Orléans et tout le pays qui s'étei:: sur la rive droite du Mississipi.
Ainsi la France résignait en un jour l'œuvre de pr" d'un siècle, et qui avait coûté tant de peines, tant ^
sang généreux et tant d'argent à créer : elle renonçait à ses droits , et déshéritait pour l'avenir ses enfants d'un refuge , d'un lieu de repos dans le nouveau monde ! Étrange fatalité qui toujours dirigea les actions des gouvernements contre les intérêts des gouvernés !
Le récit de la colonisation française dans la province de la Louisiane finirait de fait avec la cession de celte colonie à la couronne d'Espagne, et l'intérêt qui s'y rattache cesserait, du moins sous le point de vue ttançais, si à cette époque de l'histoire les atroces vengeances dont les autorités espagnoles punirent le généreux dévouement de nos infortunés compatriotes après la prise de possession ne nous imposaient le pénible devoir de les inscrire et de les rattacher aux faits importants de la colonie française de la Louisiane.
Les colons de la Louisiane avaient la plus grande aversion pour la domination espagnole : cette disposition des habitants, bien connue de la mère patrie, ne fit rien changer aux arrangements arrêtés entre les deux cours de Madrid et de Versailles, et, le 5 mars 1766, M. d'Uloa arriva dans la colonie avec quatrevingts hommes de troupes; mais il ne prit pas possession immédiate du pays au nom de son maître. La colonie continua à être administrée au nom du roi de France sous M. Aubry ; seulement il demanda à ce dernier la permission d'établir quelques postes sur le fleuve ; celte oi)ération fui exécutée, et depuis l'embouchure du fleuve jusqu'aux Illinois, on vit les trois
pavillons de France, d'Espagne et d'Angleterre flotte: sur le Mississipi : tout était alors fort tranquille.
Cependant depuis cette époque les dépenses gou vernementales et administratives de la Louisiane furent à la charge du roi d'Espagne, et aucun vaisseai ne pouvait arriver de France sans être muni d'ui passe-port espagnol.
M. d'Uloa n'attendait plus que l'arrivée des forces nécessaires pour prendre ostensiblement possessioB de la colonie, lorsque se déclara la révolte qpii eul lieu le 29 octobre 1768.
Les habitants ne pouvaient croire que l'Espagne voulût réaliser cette prise de possession à cause du peu d'avantages qui devaient résulter pour son gouvernement; ils crurent plutôt que M. d'Uloa et ses officiers étaient des agents envoyés pour reconnaître les ressources du pays; or, comme ils paraissaient peu satisfaits, ils en conclurent que leurs rapports à leur gouvernement devaient être peu favorables.
Telle était la disposition d'esprit dans laquelle se trouvait la colonie, lorsque le roi d'Espagne rendit une loi qui défendit aux Louisianais toute liaison de commerce avec les marchés qui avaient servi jusqu'alors au débouché de leurs produits. Au lieu de chercher à calmer les esprits et à les ramener aux vues du gouvernement espagnol, le commandant d'Uloa montra une hauteur intolérable, fit peser d'odieux monopoles sur les habitants, et fit des actes répétés d'arbitraire qui excitèrent la haine des habitants.
Les Louisianais furent poussés au désespoir; ils
ne purent se réconcilier à l'idée de passer sous les lois d'étrangers , et demandèrent au conseil de leur colonie, de faire connaître au gouvernement espagnol qu'il eût à se retirer.
Cet arrêt fut rendu le 28 octobre 1768, et force fut à M. d'Uloa de s'y conformer malgré les représentations de M. Aubry au conseil général et aux princiimux chefs de ce mouvement.
Cette manifestation de loyauté des Louisianaîs envers le gouvernement de leur mère patrie qui les ^abandonnait et de haine pour celui de l'Espagne, fut ocnduite avec sagesse et avec tout le dehors de la légalité voulue ; aucun acte de violence n'eut lieu.
Ils envoyèrent des députés auprès du gouvernement ^€ France; mais ils n'arrivèrent que six semaines ^iprès le gouverneur d'Uloa. Le public eut de la sympîithie pour le mouvement des Louisianais ; les ministï'es n'eurent que du mécontentement à manifester ! H.ien ne put être changé de l'arrêt porté contre cette Pauvre colonie. Le gouvernement espagnol donna des ^ïdres au général O'Reilly, Irlandais de naissance, et ^^ service d'Espagne, de partir pour l'île de Cuba, ^'y prendre trois mille hommes de troupes réglées et ^^ se rendre à la Louisiane, où il arriva sur une fré- 8^te, avec vingt -trois vaisseaux de transport, le *2 août 1769.
Ijes Louisianais, à la nouvelle de l'approche des ^pagnols, furent dans une exaltation difficile à dé- ^rtre : ils voulaient s'opposer à leur débarquement, *^^ler leurs vaisseaux, déclarer la république et se
mettre sous la protection de l'Angleterre; MM. c Bienville et Mazan avaient fait des démarches près d^ autorités anglaises à Pensacola, alors maîtres de c poste, pour s'assurer de leur disposition à cet égare mais en avaient été peu favorablement accueillie Du reste, il est prouvé d'une manière authentiqui par les pièces à l'appui du procès criminel fait à ceti époque, par les mémoires publiés alors et par lapt blication d'un pamphlet sous le titre de Réflexions <fn citoyen^ que les principaux chefs du conseil supériei de la Louisiane et une grande partie des notables c cette colonie avaient eu la pensée d'ériger leur psi; en république (1); que cette hardie entreprise avait 6 tramée en silence par l'intermédiaire du commissai. ordonnateur Foucault dans l'habitation de madac veuve Pradel, où se rendaient chaque soir les consp rateurs; que ce fut par cette habitation que M. ^ Noyan et M. de Mazan s'étaient rendus près des aut rites anglaises alors à Pensacola, voulant s'assurer ^ leur reconnaissance dans l'important acte de décl ration d'indépendance qu'ils voulaient proclames Ainsi il a dépendu peut-être de circonstances trfe minimes que la Nouvelle-Orléans n'ait enlevé à Bostc l'honneur d'être le berceau de la liberté américaini Les esprits étaient dans ces dispositions, lorsque général O'Reilly émit une proclamation dans laque] il donnait aux habitants des promesses de paix et c
(1) Le capitaine Au!>ry, après la piise de possession définitive par O'Reif sVmbsrqna pour la France, et périt sur la côte où vint se briser le yalNes> qui le portait. «
tranquillité. Le commandant français Aubry (1), successeur de M. Dabbadie, mort malheureux à la Nouvelle-Orléans, qui joua dans toute cette affaire un Tôle si peu digne de la loyauté française et d'un ancien défenseur du fort Duquesne, intervint de son cftté, fit des protestations, et les habitans permirent enfin rentrée des bâtimens espagnols et des troupes à la Nouvelle-Orléans.
Mais la vengeance espagnole avait à s'exercer, et le . sang français devait le premier couler pour la liberté sur le sol américain, en pieuse offrande, comme prénùces d'un tribut plus grand encore que devaient Itti payer quelques années plus tard nos compatriotes dliés de l'immortel Washington.
Le jour même de la réception d'O'Reilly, après un Aner auquel avaient été invités les chefs militaires et les notables de la Louisiane, douze d'entre eux furent î^êlés, jugés aussitôt et exécutés! Cinq de ces hom- Dttes généreux payèrent de leur tête leur religieux dévouement à la liberté et à leur patrie : ce furent Mm. Nicolas Chovin de la Fresnière, procureur du roi (ce patriote ne voulut jamais consentir à proférer une seule parole pour sa défense : sa cause était trop sainte et ses juges des ennemis trop vils); Jean-Baptiste de Noyan, capitaine de cavalerie réformé; Pierre ^rresc, négociant; Pierre Marquis, ancien officier suisse; Joseph Milhet, négociant; M. Villeré périt de s^s blessures avant le jugement.
H) Extrait des pièces ofOcielies aux ::>icbives de h mariue.
270 DE LA PUISSANCE AMÉRlGAlNK.
MM. Joseph Petet, négociant; Balthasar Mazan^ Julien-Jérôme Domet, avocat; Jean Milhet, négociant; Pierre Poupet, négociant, et Pierre Hardi de Boisblanc, conseiller, allèrent languir dans les cachots de la Havane.
M. Foucault fut le seul des accusés qui obtint ai passer en France pour y être jugé par son gouvernement.
Cette horrible tragédie, ordonnée par le ministre espagnol, ne trouva aucun sentiment d'indignation dans le ministère français ; mais la France ne Toubliefa jamais, pas plus que les preuves nouvelles d'attachement que les habitants de la Louisiane lui ont données !