FRONTIÈRES MARITIMES DE L'UNION
Description et organisation militaire de la frontière dn Nord-Est;— du Milieu ; — du Sud ; — dn golfe dn Mexique. — Ports de Portland^ Portsmoulh, Boston, New-Tork, Philadelphie, Baltimore, Charleston et Pensacola.
LTnion américaine étend sa juridiction sur un territoire évalué à 556,442^500 hectares, environ la vingt-cinquième partie des terres habitables du globe ; cet immense territoire est compris entre les deux océans Atlantique et Pacifique. Nous ne nous occuperons, quant au sujet que nous devons traiter, que de la partie de l'Union qui avoisine l'Atlantique et qui s'arrête à l'est des montagnes Rocheuses : ce territoire, aujourd'hui constitué et établi, n'a pas moins de 478,588,000 hectares, et est renfermé entre deux frontières, l'une de mer, l'autre de terre.
La frontière maritime de l'Union s'étend du 25* au 46* degré de latitude nord, c'est-à-dire sur 21 degrés de latitude et 27 de longitude. Le développement total du littoral qu'elle présente, sans tenir
compte des sinuosités de la côte et des larges baies intérieures qui en font partie, est de 3,330 milles anglais, environ 1,340 lieues, ou 5,358 kilomètres.
On subdivise ordinairement cette frontière de la manière suivante :
V Frontière du Nord-Est^ depuis la baie de Passamaquody jusqu^au cap Cod ;
2** Frontière du Milieu, depuis le cap Cod jusqu'au cap Hatteras ;
3° Frontière du Sud, depuis le cap Hatteras jusqu'au cap des Florides : ces trois divisions portent générale- — -ment la dénomination de frontière de l'Atlantique;
4* Frontière du golfe du Mexique, depuis le cap des -St ^s Florides jusqu'à l'embouchure de la Sabine, à l'ouest ^^^ du Mississipi.
Quoique, au premier aperçu, il puisse paraîtregigan-/ — ^-^^"^ tesque et presque impraticable d'avoir voulu fortifiertH:^3er cette immense étendue de côtes, cependant 1 approfondie des localités en a fait reconnaître la po& sibilité; c'est ce que nous allons expliquer non détail, mais d'une manière assez précise cependaniK^cst pour qu'on puisse apprécier le mérite du systèmes ^^^ suivi.
, D'abord nous ferons remarquer qu'une portion trèfif — -*" considérable de cette frontière n'est point ac€es8ÎJ4^^^-^ anï bâtiments de guerre d'un fort tirant d'eau, et n^ -^ peut être par conséquent exposée qu'aux attacpiei^ -^ de partis pe^ nombreux qui se hasarderaient dan& im^ it(^ s embarcations, contre lesquelles (mçl<|\i^ bf^t^r^
DE LÀ PUISSAD^GË AMÉRIGAINË. M
ries de campagne servies par les milices suffiraient toujours.
* Ensuite les parties de la frontière de mer qui ont exigé des fortifications permanentes sont précisément celles sur lesquelles se trouvent les grands centres de population et du commerce, des chantiers mari* times; ou sur lesquelles viennent déboucher de grands fleuves conduisant à des arsenaux^ fonderies, etc. Dans ce dernier cas, les fortifications nécessaires ont une importance justifiée par l'intérêt que Tennemi aurait à les attaquer.
Toutes les fortifications élevées pour la sûreté de ces divers établissements, soit militaires, soit commerciaux, ont cette mutualité de soutien et de défense, cet ensemble, en un mot, qui constitue la force et Fexcellence du système adopté.
Les détails suivants sur l'organisation militaire de ces frontières feront apprécier le degré de sécurité acquis désormais à l'inviolabilité du territoire de l'Union par l'exécution du plan judicieux proposé par la commission de défense de 1816, et si strictement suivi depuis lors.
Frontière maritime du Nord-EH.
La frontière du Nord-Est, remarquable par l'aspérite de sa côte et le nombre de ses ports, ne l'est pas moins par la constance des brouillards ^ais qui la couvrent d'un voile presque impénétrabïe pendant certaines saisons. Elle a un développement d'eaffi-
ron 200 lieues, couvert par une grande continuité d'îles, accessible sur tous les points pour les bâtiments d'un fort tonnage. Elle offre aux marins aguerris de cette partie du continent une navigation aussi sûre pour eux que dangereuse pour les autres; car elle est couverte de rochers escarpés que visitent de violents orages, et que d'épais brouillards cachent à des yeux moins expérimentés.
L'île de Mount Désert^ cette ancienne propriété de M. la Mothe-Cadillac, est le plus important des mouillages de cette côte : les vaisseaux de ligne de haut bord y trouvent un port excellent, facilement défendu par des batteries.
La baie de Penobscot, qu'on trouve immédiatement à l'ouest, est le débouché d'un commerce très-actif, en même temps qu'une importante artère dans la navigation intérieure de l'État du Maine ; Buksport, sur ses eaux, a été choisi comme rade de refuge.
Sheepscot, à l'ouest de cette baie, est un autre port de refuge qui peut admettre des vaisseaux de tous rangs.
La rivière de Kenebeck est importante par la ligne d'opération qu'elle offre contre Québec, et que le lecteur doit se rappeler avoir vu suivre, dès 1646, par Gabriel Drouillet, un de ces hardis et aventureux missionnaires qui tracèrent en Amérique les premières lignes de communication dont devaient profiter les générations suivantes ; elle est également le débouché d'un commerce florissant de plusieurs villes élevées
sur ses bords, et parmi lesquelles Bath occupe le premier rang.
Portland est une ville de commerce de second ordre^ mais elle offre un port utile aux pêcheries et susceptible d'une bonne défense.
Portsmouth a été fortifiée en raison de son bon mouillage et des chantiers de l'État qui y sont établis.
Entre ce dernier port et la rade de Boston, il existe bon nombre de points moins importants, il est vrai, mais cependant d'un intérêt direct pour le commerce, et qui, par conséquent, entrent dans les prévisions du système de défense nationale.
Mais la rade de Boston est, sans contredit, la plus importante position militaire sur la côte du Nord- Est, à cause de l'excellence de son mouillage et des richesses qui y sont concentrées. Cette rade a près de 75 ioiilles carrés ; elle est entièrement fermée par les terres. Les bâtiments de guerre y sont complètement à l'abri ; c'est aussi sur ses eaux qu'a été fixé un des grands dépôts maritimes de l'État; enfin Boston est une ville commerciale de premier ordre, dont la population, distinguée par son activité et son esprit d'entreprise, s'élève actuellement à 93,452 âmes.
L'exécution des fortifications projetées pour la défense de cette position a été poussée avec tant de discernement et de zèle par l'habile directeur du génie qui en est chargé, qu'aujourd'hui on peut considérer cette rade comme complètement à l'abri de toute ini^asion du dehors.
Frontière maritime du Milieu.
Cette partie du littoral poss^ède un moins grand nombre de rades que la précédente; elle est aussi moins couverte de rochers , mais environnée par des bancs de sable ^ le climat en est moins rude et l'atmosphère moins chargée de brouillards; mais elle est coupée de larges baies intérieures qui permettent k la marée de remonter jusqu'à une très-grande distance dans l'intérieur des terres, par les nonxbreuse» rivières qui l'arrosent. Elle présente un développement total d'environ 260 lieues.
La rade de Narragansett est la plus importante sur cette côte. La célébrité qu'elle a acquise, lors de la guerre de la révolution, par la concentration des forces navales de France, sous les ordres du comte de Grasse, dans ses eaux, suffirait pour prouver les avantages qu'elle présente comme rade de rendez-vous; c'est aussi la destination spéciale que lui ont d€(nnée les Américaine, et ce qui a motivé les grandes dépenses que rËlat a déjà faites pour rendre cette rade inaccessible à une force maritime ennemie.
New- York, qui, après^ Londres, est le plus graad port du monde, est la seconde rade en impœrtane^ sur cette côte^ Sob rang et sa réputation commevcÀste exigent que nous entrions^ dans quelques détail sw ses ressources^
La population de New -York était, en 1940, de 312,710 habitants; elle a pris dans la dernière pé-
riode décennale un accroissement de 15Q p. 100. L'administration de cette ville coûte à ses habitants 7^000,000 de francs par an.
Le tonnage a suivi le même accroissement que Ig population : il est en ce moment de 618,186 tonneauXi non compris le cabotage par la navigation à voile à rintérieur, le long des côtes, qui s'élève à 78,750 tonneaux, et le mouvement de 75 vapeurs entrant toutes les quarante-huit heures^ présentant un tonnage addi<^ tionnel de 30,760 tonneaux. On y construit annuelle^ ment 100 bâtiments de toutes classes, jaugeant ensemble, en moyenne, 17,000 tonneaux; dans ce nombre sont compris 16 vapeurs.
La valeur des marchandises entrées ou sorties dans une année est estimée à 600,000,000 de francs.
Le tonnage de New- York est plus grand que celui d'aucun autre port du monde, à l'exception de LondrM, et entre pour plus d'un sixième dan9 celui de tous les Ëtats-Unis.
Dans la saison active du commerce, le nombre des bâtiments en rade dépasse 800, non compris les vapeurs et bâtiments du cabotage.
Enfin New-York vient de terminer cette année (1842) le plus grand monument d'utilité publique que puissent réclamer lés besoins et Thygiène d'un peuple : ses habitants sont pourvus aujourd'hui en abondance des eAVix pures et limpides des montagnes. Un aqueduc de 16 lieues de développement, presque d'un seul alignement, et qui doit coûter 60,000,000 de franco, peut apporter au centre de la grande cité amé-
ricaine 227 millions de litres par jour; tandis que Londres n'est approvisionné que de 132 millions (1).
L'île de Manhattan, sur laquelle est située New- York, a environ 6 lieues de longueur sur 1/4 de largeur moyenne. Son port est par le 40* 42' de latitude et 74" 2" longitude ouest de Greenwich. La ville proprement dite a 4 lieues de tour.
 Test, l'île de Manhattan est baignée par les eaux de la mer^ qui y arrivent par le détroit ou canal de Long^hland, et à l'ouest par l'Hudson, dont les dimensions, sur une distance de 60 lieues, jusqu'à Âlbany, sont celles d'un bras de mer, la marée se faisant sentir jusqu'à ce point.
Les Américains ont donné le nom de rivière de CE$t aux eaux de la mer qui baignent le côté oriental du port de New- York, et de rivière du Nord à celle de
(4) La Groton, qui sert à rapprovisionneiiient de New-Tork, prend il source dans le groupe de montagnes qui se rattachent à la chaîne des AUeghanys, près de Sing-Sing, an-dessous, par conséquent, du point on l'Hndson tri- Terse cette chaîne sans former de chutes. Ses eaux sortent donc d'on bMBB primitif, et sont dès lors d'une grande pureté. Voici, dn reste. Fanalyse oomparati?e qu'en ont faite MM. James G. Booth et "W. H. Boye de Philadelphie, avec les eaux du Schuylkili dont cette dernière Tille est approrisionnée.
Eau de la Croton. Eau de la Schuylkili.
Carbonate, de chanx. . • . 45,86. .... 55,67
Carbonate de magnésie. . • . 18,78 11 «87
Carbonate alcalin 16,57 4,55
Chlorate id 5,87 5,75
Oxyde de fer 2,21 1,88
Silice. . f 7.18 9,68
Matières organiqoes. . • • 5,55 0,88
Solfate alcalin » 15,74
DE LA PUISSANCE AMËRIGArNE. 45
l'Hudson : c'est la réunion des eaux de ces deux grands canaux à la pointe méridionale de Tîle de Manhattan qui forme cette admirable baie ou rade de New-York qui n'a point de parallèle dans le monde entier.
La baie de New-York a près de 4 lieues de longueur sur 2 lieues de largeur ; elle communique directement avec la mer par un goulet ou canal étroit appelé Narrows^ qui a 2,500 mètres de largeur, et est formé par Long-Island à Test, et par Siaten^htand à l'ouest.
Une première ligne de fortifications permanentes défend complètement cette passe étroite.
En dehors des Narrows, les terres du Jersey et de Long^hland forment une espèce de rade foraine qui n'a pas moins de 3 lieues de longueur, du goulet à la barre en mer^ près de Sandy-Hook, qui en ferme l'entrée, et sur laquelle on trouve 24 pieds d'eau à marée basse ; les marées ordinaires sont de 5 pieds anglais.
Suivant les projets de la commission de défense^ cette rade foraine doit être protégée au moyen de fortifications à élever sur la barre en mer et de batteries flottantes ou steamers armés, calculés pour la navigation des bancs de sable qui l'avoisinent.
Je ne doute pas que cette pensée profonde des auteurs du système de défense nationale ne reçoive une prompte et complète exécution; l'avenir, gros d'éventualités impénétrables, leur en fait un devoir, et retarder plus longtemps l'exécution de ces travaux se-
fait renoncer involontairement à s'assurer des chances de succès : une telle imprévoyance n'est pas présumable.
De New-York à la baie de la Chesapeake, la c6te est plate et presque dépourvue de ports, excepté Tcmbouchure de la baie même de la Delaware, sur les eaux de laquelle se trouvent le port et la ville de Philadelphie, qui compte aujourd'hui 258,922 habitants (1); mais la baie de la Delaware n'offrait point d'abri, et les bancs de sable qui en obstruent l'entrée, comme celle de la Seine, rendaient son accès difficile et son mouillage peu sûr.
Un port artificiel (2), construit à son embouchure aux frais de l'État, sur les plans et sous la direction du comité des travaux publics, a remédié entièrement à cet état de choses.
La baie de la Chesapeake est, sur le littoral de l'Atlantique, le bassin central où viennent abautir toutes les voies navigables naturelles ou artificielles de l'Union ; c'est le grand chaînon intermédiaire qui relie la côte du Nord à la côte du Sud, et d'où, par conséquent, des flottes nationales peuvent étendre leur protection sur le commerce extérieur comme sor celui de l'intérieur.
Cette magnifique baie s'avance à environ 80 lîeues dans les terres, et est navigable pour les plus forts
(4) La Tille ^ Philadelphie est approîHionnée de 9 milliona dt. Wm d'e^u par joiiFAtiré3 de la Schnyll^iU.
(2) Consulter, ponr la description des traTaax de ce port artificidy moD ôflVft'age sut les travaux dviis des Ëtats-Unis (1834).
bâtimenUi. Elle offre une multitude de rades et de bassins. Elle reçoit les eaux de plusieurs fleuves et d'un gratid nombre de riviàres secondaires ; enfin elle est 1^ débouché du commerce des métropoles de la Virginie et du Maryland.
Les fortifications élevées près de l'embouchure de la I^aia de la Ghesapeake, sur la rade d'Hampton, ont donc pour objet, d'abord, de défendre le chantier maritime de Norfolk, le plus considérable après celui de Boston ; d'empêcher l'ennemi de s'établir sur ce point, de couvrir les avenues navigables de la Vir-^ ginie, et enfin d'assurer une protection réelle aux diverses villes situées sur les eaux de cette baie, cour tre lesquelles aucun ennemi n-oserait jamais s'aventurer tant qu'il aura à redouter les forces navales stationnées dans la baie d'Hampton.
Les fortifications d'Hampton ont donc une plus grande importance que celles projetées sur d'autres positions du même littoral ; et cette importance grandît encore par la solidarité que doivent avoir entre elles toutes les parties du système de défense natio- Éialeé La commission de 1816 avait terminé la reconnaissance de tout le littoral des États-Unis lorsqu'elle eut à s'occuper de la défense de cette baie, et c'est après s'être pénétrée des vues énoncées plus haut, qu'elle se décida à donner aux fortifications d')IamptOti ce développement dent les proportions excèdent sans doute celles exécutées jusqu'alors aux États-Unis, tsms qui étaient strictement indispensables à la dé* fense d'un point central d'opérations;
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D'ailleurs l'importance de ces fortifications, sous le point de vue des dépenses et de Farmement, est éxac^ ment le même que celle de Narrangansett. Ces deux positions possèdent les mêmes avantages stratégiques ; il était donc juste de les conserver à l'Ëtat au même prix.
Nonobstant le déploiement de fortifications permanentes à Tembouchure de la baie de laChesapeake^ le comité s'est également préoccupé de protéger les villes qui se trouvent à la tête de cette baie. C'est ainsi que les positions de Hawkins-point et SoUers-point ont été occupées pour la protection isunédiate de Baltimore et du canal de la Delav^are, et les rives du Patuxent et du Potomac fortifiées pour couvrir la cité fédérale , le port d'Alexandrie et le débouché du canal de l'Ohio.
Frontière maritime du Sud.
Cette portion du littoral américain est caractérisée par la présence d'un immense banc de sable formé par le mouvement uniforme du courant du golfe, et qui rend ainsi cette frontière inaccessible aux bâtiments de guerre d'un fort tirant d'eau; elle a un développement total de 460 lieues. Elle n'est accessible que sur un très-petit nombre de points, pour les bâtiments d'un faible tirant d'eau , le banc de sable qui couvre cette côte n'étant sillonné qu'à grands intervalles par des canaux ou coupures naturelles que les eaux de l'intérieur, se sont faits pour se rendre
à la mer. Ces passes sont généralement d'un accès difficile et d'ailleurs peu profondes; elles conduisent à des espèces de baies intérieures qui se communiquent les unes aux autres et permettent une navigation intérieure le long de la côte.
Charleston, dans la Caroline du Sud, est le port de commerce le plus important sur cette côte ; il présente un assez large bassin, mais la barr^qui règne au dehors n'en permet l'entrée qu'à des bâtiments tirant douze pieds d'eau.
La rade du Port -Royal, située à 24 lieues au sud de Gharleston, et à 8 lieues au nord de Savannah, est la seule sur cette côte dont la profondeur puisse admettre des bâtiments un peu fort; enfin Sayannah et la rivière Sainte-Marie sont les deux derniers points de cette côte offrant des ports de refuge pour des bâtiments légers.
La défense des points principaux de cette frontière ' est assurée par des fortifications déjà exécutées et par le concours de bateaux à vapeur armés et construits pour naviguer librement sur toutes les passes et canaux extérieurs de cette côte.
Frontière maritime du Golfe du Mexique.
Cette frontière ressemble beaucoup, dans ses caractères généraux, à celle du Sud, de l'Atlantique : son développement est presque le même : 480 lieues, environ les 3/8* de l'étendue totale de la frontière inaritime. Cependant sa «écurité intéresse les 8/10*
de l'Union. C'est qu'en effet la côte du Mexique forme la frontière maritime, non - seulement de la Louisiane, du Mississipi, de l'Alabama et de la Floride occidentale 9 mais encore de l'Ârkansas, du Tennessee, du Kentucky, de l'Ohio, du Missouri, de l'Indiana , des Illinois et des territoires du Wiscousin et d'Iowa, embrassant ainsi plus des 3/4 du territoire de l'Union.
L'importance de cette frontière et l'impossibilité d'établir une corrélation entre ses moyens de défense et ceux de la frontière de l'Atlantique ont rendu indispensable la création d'un système complet et indépendant pour la protection efficace de cette partie accessible de la république ; car, d'après la position géographique de la côte et du territoire intéressé à sa défense, l'insalubrité de son climat, la nature du^ays adjacent, les intérêts variés des habitants, le caractère de la population appelée à repousser les attaques d'un ennemi du dehors, est et restera encore longtemps trop faible pour pouvoir, seule, remplir cette tâche nationale. Enfin le Mississipi est l'unique débouché de ses vastes et rjches régions, et la Nouvelle- Orléans, établie sur ses bords, est le point où se concentrent actuellement la plus grande quantité de capitaux disponibles et les plus riches produits de l'Union. *
Toutes ces considérations ont dû nécessairement exercer une influence sur la pensée de la commission et lui faire adopter un système de défense dont le degré d'action^ de force et d'indépendance fût en rap-
port avec Tintérôt que pourrait avoir Fennemi à diriger son attaque sur cette partie de TUnion.
Les voies de communication par eau et par terre rentraient dans ce système, qui a utilisé les moyens qu'elles offrent d'appeler les milices de l'intérieur au secours immédiat de la frontière maritime du golfe. Ces voies de communication doivent se rattacher à la navigation de la côte, et ont pour appui des arsenaux militaires, des dépôts d'armes échelonnés sur des rivières navigables; enfin, sur le littoral lui-même, des fortifications qui défendent directement toutes les avenues d'eau qui pourraient conduire de la mer aux rives du Mississipi, soit directement par le cours de ce fleuve, soit par les passes à l'ouest et à l'est.
Les importantes baies de la Mobile et de Pensacola, la première comme débouché du riche État de l'Alabama, la seconde à cause de son excellence sous le point de vue maritime, rentrent dans le système dé défense du Delta du Mississipi, et sont également pourvues de fortifications permanentes qui assurent ces mouillages à la marine et aux steamers de l'État. C'est aussi sur les eaux de cette rade que la commission a jugé devoir fixer un des grands dépôts maritimes des Etats-Unis. Celte rade offre 22 pieds d'eau sur sa barre, facile du r.este à traverser^ et qui, depuis plus d'un siècle et demi, n'a^s changé : le Hxouillage intérieur est parfait et complètement à Tabri de tous les vents.
Les États-Unis ne sauraient apporter trop d'empressement à réaliser le projet du comité de défense
quant à Térection de la rade de Pensacola comme arsenal maritime et chantier de construction. Aucun point de leur territoire n^offre les mêmes avantages, car les bois des Flof ides et de toute cette partie du littoral sont renommés pour leur qualité; signalés, il y a plus d'un siècle et demi, par nos plus célèbres officiers de marine, ils forment aujourd'hui l'objet des spéculations du commerce pour les constructions navales.
Sur aucun point du littoral américain, peutêtre, les steamers ou batteries flottantes ne seront mieux appelés à rendre d'éminents services pour la défense nationale ; ils trouveront accès par une infinité de passes eu de canaux extérieurs, et pourront toujours se réfugier sous la protection du feu des forts construits pour la défense spéciale de ces passes^ dans le cas où un ennemi oserait, avec une force supérieure, risquer de les franchir pour circonvenir de plus près les approches de la Nouvelle-Orléans et du Delta.
Je suis dans la ferme conviction fondée sur la connaissance que j'ai des ressources de la défense, que si jamais une telle éventualité se présentait, l'ennemi qui aurait assez de présomption pour affronter tant de dangers trouverait cette frontière forte comme une muraille derrière laquelle près de denoc mille bouches à feUy servies par dw mille artilleurs de choixy seront toujours prêtes à le recevoir.
Enfin, dans les éventualités d'une guerre, la défense de tout le littoral de l'Union par des fortifications
permanentes est désormais assurée par plus de vingtdeux mille botwhes à feu de tout calibre, servies par soixante ' quatre mille hommes tirés des compagnies volontaires y disciplinées et exercées à Tavance au service des pièces de siège.
De pareils moyens, sortant entièrement des ressources du ministère de la guerre de l'Union, témoignent, d'une manière irrécusable, l'esprit de prévision et de suite que la démocratie sait apporter dans l'exécution de tout ce qui touche aux grands intérêts du peuple, et on ne pourra refuser à ce peuple de savoir aussi bien comprendre ses intérêts que suivre avec persévérance l'exécution de tout ce qui peut les consolider.
o4 DE LA PUISSANCE AMÉRICAINE.