‹ De la pustule maligne, ou, Nouvel exposé des phénomènes observés pendant son coursChapitre 11 sur 25 · DES ALTÉRATIONS PATHOLOGIQUES PRODUITES PAR LA PUSTULE MALIGNE · texte numérisé non relu

DES ALTÉRATIONS PATHOLOGIQUES PRODUITES PAR LA PUSTULE MALIGNE

Tous les auteurs qui ont écrit sur les diverses espèces d'affections charbonneuses que nous venons de passer en revue, se sont exclusivement attachés à nous en indiquer les causes , les symptômes, la. marche et les moyens de guérison; ils ont entièrement négligé de tracer l'histoire des désordres arrivés aux organes placés dans le voisinage de la tumeur, ou de ceux plus éloignés, effets de la douleur et du trouble de la circulation ; car on peut compter pour rien les quatre autopsies faites par Fournier et M. Vericel.

Le refus qu'on m'a fait d'ouvrir le corps du vitrier mort à la suite de la pustule maligne dite des Basses-Alpes, ainsi que l'inhumation déjà opérée du père et de la fille des Bordes, de Farmoutiers, l'éloignementde celui qui a succombé au tétanos, seuls malades que nous ayons vu succomber, ne nous permettent pas de traiter ce point important; mais, en attendant que les médecins s'occupent de ces recherches, nous ne croyons pas inutile de rapporter les observations faites par Chabert, consignées dans son beau Mémoire sur les affections charbonneuses des animaux.

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Mais, pouf bien faire juger le mécanisme des altérations pathologiques, nous allons donner une idée succincte des tumeurs qui les provoquent, en observant, toutefois, que le mode de sensibilité propre à l'homme peut modifier les effets qui résultent de la pustule maligne'.

Le charbon n'est pas absolument le même dans toutes les espèces d'animaux : chez le cheval, Fane, le mulet et le chien , l'inflammation est vive , très douloureuse et s'approche davantage de l'état phlegmoneux; chez le bœuf, le mouton, la chèvre et le cochon, l'inflammation est moins vive et moins douloureuse; mais chez tous cependant la tumeur peut se développer lentement ou tout à coup, et, dans ce dernier cas, elle est à son plus haut période dans douze à dix-huit heures au plus tard.

Le charbon est presque toujours unique dans le cheval, l'âne, le mulet et le chien, plus souvent multiple dans les bêtes à cornes; mais alors les tumeurs sont moins volumineuses. Chez les grands animaux, le volume du charbon peut égaler celui de la tête de l'homme. Chez les sujets flasques , il s'étend en largeur entre la peau et les muscles; comprimé, dans ce cas, il fait entendre un bruit semblable à du parchemin pressé entre les doigts. Enfin, l'auteur que nous citons le divise en essentiel et en symptomatique.

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Du Charbon essentiel.

Petite tumeur dure , rénitente, du volume d'une fève, très adhérente dans le fond, quelquefois perforée dans son centre, et, dans cette petite ouverture, on remarque un filament ou bourbillon.

La compression de cette tumeur primitive est très douloureuse dans le cheval, l'âne et le mulet; chez les bètes à cornes* elle ne possède pas une sensibilité aussi vive, mais, dès son origine, le volume est plus considérable.

Les symptômes maladifs ne se déclarent que quand la tumeur a pris le tiers ou la moitié de son volume ; quand elle est arrivée à ce point d'accroissement, ils parviennent, dans une heure, au plus haut degré d'intensité : le pouls bat quatre-vingtdix fois par minute, c'est-à-dire trois à quatre fois plus vite qu'en santé. Avec la gangrène , il tombe tout à coup : de fort, tendu, plein, dur y accompagné de battemens violens du cœur qui se voient et se font entendre au loin, il devient lent, intermittent; chez le chien, cette intermittence, qui lui. est déjà naturelle, présente des intervalles de six à douze pulsations.

Ouverture des Cadavres.

Les chairs comprises dans la tumeur sont noires,, gangrenées et macérées ; les os du voisinage offrent la même couleur dans leur tissu ainsi que dans leurs surfaces externe et interne,

Le sang des grosses artères et quelquefois des veines est de la couleur du charbon.

Si la tumeur a été à la tête, le cerveau est infiltré de sang; si elle a eu son siège dans le voisinage de la poitrine, le poumon est plus ou moins altéré; enfin , si le charbon attaque les membres abdominaux , il marche plus rapidement ; le cheval qui en est atteint mord comme s'il était enragé, et on trouve les nerfs sacrés et le prolongement rachidien, à compter des dernières vertèbres dorsales, bleuâtres, noirs et gorgés de sang; les viscères, dans cette position de la tumeur, sont plus enflammés que gangrenés.

La maladie , pour marcher plus lentement chez le bœuf, le mouton et le porc, n'en est pas moins terrible.

Du Charbon symptomatique.

Il ne se montre que six, douze , dix-huit, vingtquatre heures après une commotion fébrile, précédée par la tristesse, le froid des oreilles, des cornes , des membres, et enfin par la cessation de la rumination, la dureté de la panse, si l'animal vient de manger, la difficulté des déjections et la rareté de l'urine.

L'éruption des tumeurs est suivie d'un soulagement dans tous ces accidens : l'animal est moins affaissé ; ses membres sont plus libres ; il cherche à mander et surtout à boire; la chaleur devient plus

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uniforme dans toutes les parties ; mais bientôt les tumeurs se sphacèlent, le pouls s'efface, l'animal s'agite, il gratte le sol , se couche et se lève sans cesse, il hennit , il mugit ; la respiration devient laborieuse; les mâchoires se frottent avec bruit; la bouche se remplit de salive, et l'animal succombe plus ou moins rapidement.

Ouverture des Cadavres.

On trouve le médiastin , le cœur , les poumons , le diaphragme, le foie, le pancréas, l'estomac ou les estomacs, les vésicules séminales, la vessie, plus ou moins affectés et contenant des traces de gangrène répandues çà et là.

Chez les animaux qui ont résisté long-temps à la maladie, on rencontre plus particulièrement des tuméfactions noires, gangrenées dans l'épaisseur du mésentère, et des graisses qui enveloppent les reins.

De la Fièvre charbonneuse.

La disposition charbonneuse peut exister sans tumeurs externes quelconques : c'est cet état que l'on désigne sous le nom de fièvre charbonneuse. Cette maladie est presque toujours épizootique, et ne peut être reconnue qu'à l'ouverture des cadavres; elle est très aiguë et se déclare tout à coup; elle tue l'animal en une ou deux heures : il s'agite , il est égaré, les yeux lui sortent de la tête, il hennit,

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chancelle et meurt clans des convulsions plus ou moins violentes. Les jeunes animaux y sont plus exposés que cei#: qui ont sept à huit ans.

Ouverture des Cadavres.

Tumeurs noires sanguines placées près le tronc de l'artère mésentérique antérieure et de la cceliaque , et dans l'épaisseur de la rate et du foie.

Réflexions sur le Charbon essentiel.

Le charbon essentiel, comme la pustule maligne. ne fait naître des accidens généraux que quand il est parvenu à un certain degré d'accroissement; nous pensons que, comme elle, il doit être attribué à des causes externes auxquelles les animaux sont très exposés par leur nudité et par la privation de moyens efficaces pour empêcher l'action de ces causes.

On a dû remarquer dans la description du charbon essentiel que le cœur bat avec une telle impétuosité que ses mouvemens et le choc qu'il produit sur les côtes sont vus et entendus de fort loin.

Nous croyons utile d'insister sur ces circonstances , parce qu'elles fournissent le moyen de combattre une explication donnée par vm auteur estimable, dont les ouvrages sont généralement répandus, et qui affirme que les inflammations essentiellement gangreneuses doivent cette triste qualité au défaut d'harmonie entre l'état généra-

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des forces et l'état particulier de la tumeur. Pour éviter toute fausse interprétation , nous allons rapporter ses propres paroles : « Tandis qu'un charce bon affreux détruit avec des douleurs brûlantes « l'organe qu'il affecte, le pouls reste faible, lent, « preuve que l'économie ne participe pas à l'in- « flammation. »

On nous objectera peut-être que ce qui se passe chez les animaux n'est pas 'directement applicable à l'homme; mais, pour lever cette objection, nous allons rapporter encore une fois un fait extrait de l'ouvrage de Thomassin.

ce Quelques jours après, continue M. Coillot , « je fus appelé pendant la nuit par une femme du a même lieu (Besnans), qui avait aussi une pusce tule maligne à la joue; elle mourut quelques « heures après mon arrivée. Les seuls signes qui ce me firent pronostiquer cet événement furent ce le froid des extrémités, l'impossibilité de la déce glutition et la gêne excessive de la respiration ; ce car, malgré la gravité des accidens, le pouls était ce encore fort, il n'était point précipité, et les pulcc sations étaient très régulières; la malade avait ce d'ailleurs toute sa connaissance. »

Cette femme n'est pas morte de la pustule maligne , mais à son occasion ; l'analogie parfaite de sa maladie avec celle du berger de Doue nous fait penser qu'elle se serait guérie également si elle avait été traitée de la même manière.

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Réflexions sur le Charbon symptomatique et sup la Fièvre charbonneuse.

Le charbon symptomatique et la fièvre charbonneuse ne sont, à notre avis, qu'une seule et même maladie : l'une et l'autre affection donnent aux humeurs cette acrimonie que nous avons reconnue si dangereuse 'à l'homme; elles ne diffèrent essentiellement que par la durée de cette dernière, qui est si courte qu'elle ne donne pas le temps à une éruption quelconque de se former.

Les accidens du charbon symptomatique marchent en sens contraire de ceux propres à l'essentiel, c'est-à-dire que dans la première espèce ils procèdent des organes à la peau , et que dans la seconde ils partent du derme pour se rendre aux organes.

Ce simple aperçu doit faire penser que la cure du charbon essentiel est plus certaine , parce que le foyer du mal n'est pas toujours indispensable à la vie, et qu'on peut l'attaquer efficacement en temps utile; tandis que, dans l'autre espèce, les désordres internes sont déjà si grands, quand ils se manifestent, que l'art ne peut les surmonter. En effet, que peut-on attendre des saignées générales qui affaiblissent sans enlever les foyers inflammatoires. D'un autre côté, que peut-on espérer des

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toniques appliqués sur des organes souffrans et agités par une circulation déjà trop vive, ou débilités, non par une adynamie essentielle, mais par la cessation du jeu des viscères?

Pour bien faire connaître notre pensée sur ce dernier genre d'obstacle, nous allons rapporter Fhistoire de M. Barbier, tanneur à Coulommiers. Ce malade, âgé de soixante ans, court, replet, coloré, marchant depuis trente années comme s'il eût été dans une ivresse habituelle; sa figure toujours grimaçante avait fortement sillonné la peau du front, que le malade agitait continuellement comme pour se débarrasser d'une chose incommode , quoiqu'il n'éprouvât aucune douleur dans cette région.

Ce qu'on devait présumer arriva, c'est-à-dire qu'il fut atteint d'une attaque d'apoplexie foudroyante, avec perte de connaissance, respiration stertoreuse, mains glacées, pouls insensible, tête également froide , inondée d'une sueur de même nature; enfin tout annonçait une mort instantanée.

Saignée du bras : la veine amplement ouverte ne laisse échapper d'abord que très peu de sang qui tombe goutte à goutte, puis en nappe; il ne devint jaillissant que quand on en eut extrait la valeur d'une grande assiette à soupe. Enfin , ce ne fut qu'à la cinquième mesure de cette capacité que le malade reprit sa connaissance, et qu'il put

remuer avec difficulté le bras gauche qui était paralysé.

Un quart d'heure après ce premier succès, convulsions horribles et alarmantes avec plénitude du pouls; nouvelle émission sanguine copieuse (une assiette comble de sang). Les accidens se Calment : parole assez libre , mouvemens du membre paralysé faciles, et, trois jours après, le malade avait repris sa vie ordinaire.

Il a survécu neuf années à cette attaque si vigoureusement combattue , parce qu'il était indifférent qu'il mourût de la pléthore ou d'une perte abondante de sang qui pouvait seule le sauver.

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