TRAITEMENT EXTERNE DE LA PUSTULE MALIGNE
Dans les Chapitres précédens nous avons prouvé que îa pustule maligne est une maladie irritative et inflammatoire , qu'on peut observer dans tous les pays, mais que cependant elle règne plus particulièrement dans de certaines régions.
Nous avons reconnu que sa cause est toujours externe et de nature animale, tout à la fois soluble, volatile et fort adhérente aux matières qui en sont imprégnées.
Nous avons discuté la question de savoir si les accidens généraux qui l'accompagnent sont l'effet de l'absorption du virus; nous avons donné des raisons pour démontrer qu'il faut les attribuer a l'action locale de la tumeur, d'abord sur les parties voisines, par contiguité de tissus, et sur celles plus éloignées par la douleur , le trouble de la circulation et les sympathies.
Pour mettre le plus d'ordre possible dans l'exposition du traitement, qui doit être basé , pour être bon, sur toutes les considérations que -nous venons de récapituler, nous la diviserons en -trois sections : la première aura pour objet d'indiquer les secours externes employés jusqu'à ce jour; la
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seconde traitera des moyens généraux ou internes associés aux agens topiques ; la troisième enfin renfermera les secours nouveaux que nous proposons, ainsi que les observations faites au lit des malades, qui tendent à en démontrer l'efficacité.
Exposition des divers traitemens externes proposés jusquà nous,
La partie vraiment essentielle du traitement de la pustule maligne réside dans l'action locale de certaines opérations , de certains topiques ; c'est par ces secours purement chirurgicaux qu'on peut espérer de l'arrêter dans son début , de la modérer dans sa marche et d'éviter les accidens de tous genres qui l'accompagnent ou lui succèdent. Nous allons les passer en revue, faire ressortir l'inutilité des uns, les dangers des autres : la route ainsi balayée, l'exposition des agens avoués par l'art en deviendra plus facile et plus simple.
Nous ne croyons pas inutile, avant de nous livrer à cet examen , de donner une idée des principaux secrets, soi-disant merveilleux, encore usités de nos jours dans les campagnes.
On peut affirmer qu'ils méritent d'être tous proscrits, parce qu'ils sont tous dangereux : les uns le deviennent par leur impuissance même, en ce qu'ils font perdre un temps qu'on pourrait mieux employer ; les autres le sont bien davantage par
leur activité, qui, ne portant que superficiellement sur des parties encore vivantes , sans détruire le reste de sensibilité de la partie gangrenée, que nous avons reconnu être la cause des progrès futurs de la maladie, ne font qu'augmenter la douleur, la fluxion, et ajouter aux dangers propres à ïa pustule maligne. En effet, que peut-on attendre d'une ligne circulaire tracée autour de la tumeur avec une pièce d'or, ou avec une pierre décorée d'un beau nom ? Que peut-on espérer de la ligature pratiquée du temps de Montais , au-dessus de la tumeur , si ce n'est une augmentation de douleur et de gonflement, etc.? Quel bien réel peuvent produire des embrocations composées de crème , de savon , ainsi que l'application de feuilles de chou enduites du même mélange ? Quelle confiance peuvent inspirer la combinaison du jaune d'oeuf et du sel de cuisine, indiquée par Théodoric , ainsi que la bile de porc desséchée au four et appliquée sur la partie centrale de la tumeur? Ces to^ piques étaient déjà regardés comme chimériques par Gui de Chauliac. Avant de quitter le champ stérile dans lequel nous venons de pénétrer, jetons le même regard de dédain sur le secret acheté, en 1764, par les États de Provence, et qui est un composé de jaune d'oeuf et de vitriol, dont l'espèce n'est pas indiquée, mais qui devait être du sulfate de cuivre, ainsi que sur les compresses imbibées de fort vinaigre y posées toutes les heures
sur la pustule maligne , et remplacées , le second jour, par l'esprit de vin camphré et ammoniacé. Il faut encore ranger parmi les remèdes dangereux les cataplasmes de berle , d'hellébore , de renoncules, de moutarde, de cresson , d'ail , toutes substances irritantes, agissant à la manière des vésicatoires.
Toutes les opérations proposées jusqu'à ce jour pour combattre la pustule maligne sont de trois espèces : la première consiste à enlever , par une incision circulaire, pénétrant jusqu'au vif, toute la partie malade ; la seconde à l'attaquer par le fer rouge ; la troisième j par le moyen de caustiques liquides ou solides , dont on favorise l'action par des incisions qui ne doivent pas pénétrer au-delà de la portion gangrenée.
De V Extirpation.
Pour bien juger les mauvais effets qui peuvent résulter de cette méthode, il ne faut que se souvenir des deux observations extraites de Thomassin et rapportées aux pages 23 et i[\.
Ici, comme dans toutes les au res espèces de gangrène, il faut se conformer entièrement à la règle tracée par Lamotte et autres auteurs qui ont écrit d'après l'expérience, c'est-à-dire qu'il ne faut pas toucher aux parties vives.
La plupart des observations rapportées par Chambon offrent un caractère de gravité qu'il
est difficile de ne pas attribuer à l'extirpation qui était son procédé familier. Pour ne pas laisser de doute à ce sujet, nous allons citer l'histoire d'un fermier traité par lui , qui probablement se serait mal terminée s'il avait persévéré dans son premier mode de traitement.
« Un fermier eut un charbon érysipélateux sur « la pommette ; j'en fis l'extirpation au deuxième « période, je le pansai avec le digestif irritant. « L'escarre ne se formait pas, et les accidens s'ag- « gravaient; je fis une seconde fois l'extirpation « d'une superficie mince, et je vis couler le sang « en abondance. Je savais que cet homme supporte terait aisément l'action des remèdes , et j'étais « dans la résolution d'appliquer le fer rouge pour « faire cesser l'écoulement du sang et former l'es- « carre, lorsque, par forme d'essai, je me servis « de la pierre infernale, qui, avec qn peu de pa- « tience, me réussit parfaitement , etc. »
Les scarifications faites sur les bords de la plaie résultant de l'extirpation, ainsi que celles pratiquées sur les parties gonflées et enflammées, nous paraissent très dangereuses et très propres à au gmenter les accidens : on peut en juger par la fin funeste du marchand de bestiaux mort du tétanos»
Dans une matièrcaussi grave , il ne suffit pas de dire en général que telle ou telle méthode est défectueuse, et de le prouver par des faits; il est utile encore d'en donner les raisons. Voici celles
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qui nous paraissent les plus probables : i°. la douleur de l'incision ajoutée à celle propre à la maladie ; a0, la distension de la partie, qui semble favoriser la gangrène dans les plaies , comme on l'observe fréquemment aux scarifications faites sur xies parties cedématiées; 3°. la division des parties qui ont besoin de rester unies pour résister à la cause qui est sur le point de les priver de la vie ; 4°. enfin la nécessité d'employer des caustiques et une compression douloureuse pour s'opposer à une hémorrhagie abondante , dangereuse et difficile à étancber.
Du Cautère actuel.
L'application du fer rouge sur la partie gangrenée des tumeurs charbonneuses est très ancienne; elle a*été fort employée par quelques praticiens dans la pustule maligne proprement dite. On ne peut expliquer l'oubli de ce moyen prompt et salutaire que par la frayeur qu'il inspire. Nous ne l'avons appliqué que dans le premier degré de la maladie sur ces petites tumeurs dont la nature incertaine inspire de l'inquiétude \ et le succès a toujours répondu à notre attente. Pour bien constater ses effets et indiquer la manière de l'employer , nous allons laisser parler M. Chaussier et rapporter ensuite une observation de M. Reydellet , auteur de l'article Pustule maligne du grand Dictionnaire des Sciences médicales.
« Feu M. Carré , praticien sage de cette ville « (Dijon) et instruit par une longue expérience , « n'employait d'autre traitement pour la pustule « maligne que l'application du fer rougi, et très race rement les malades éprouvaient quelque acci- « dent. Ce procédé mérite beaucoup de confiance, « et on ne peut se dissimuler qu'un cautère actuel « ne remplisse fort bien toutes les indications « qu'on se propose dans cette maladie; en effet, « tandis qu'il forme une escarre dure, compacte, « il réveille l'irritabilité, la vie dans les chairs voi- « sines, sans porter dans les liqueurs un principe « d'acrimonie; il agit promptement, et, dirigé par « une main habile, il pénètre sûrement dans toute « l'étendue, dans toute la profondeur de la tumeur « qu'il faut détruire. Enfin, nous ne craignons pas ce de le dire , il est beaucoup moins douloureux ce qu'on se l'imagine, parce que les chairs vWes ce sont garanties de sa première impression par ce l'escarre gangreneuse dont elles sont couvertes j ce mais, pour retirer tous les avantages qu'on doit « en attendre, il faut s'en servir avec méthode; il ce faut, avant son application, diviser l'escarre avec « la pointe du bistouri, en ouvrir le centre, en séce parer même la plus grande portion : ainsi , on « fraie la route au cautère, et son application est ce moins longue. Après cette opération préliminaire, « qui n'est point douloureuse puisqu'elle doit être « bornée au centre de la gangrène, on applique
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«un cautère un peu moins large que l'escarre et « d'un rouge vif, on en réitère l'application jusqu'à « ce qu'il ait pénétré toute l'épaisseur des chairs « mortes et se fasse sentir dans les chairs saines. « On panse ensuite avec de la charpie et les digeste tifs, ce qui n'exclut pas l'usage des remèdes in- « ternes quand ils sont indiqués. Avec ces atten- « tions, on peut espérer les plus grands avantages « de l'application du feu, et elle nous paraît suret tout convenable dans les cas de complication où « l'escarre est molle , peu compacte , tendant à la « dissolution putride , dans le cas où la gangrène « fait des progrès rapides et se renouvelle faci- « lement. »
Comme il est toujours utile de joindre l'exemple au précepte , nous allons rapporter le fait consigné par M. Reydellet : « Un boucher se présente à « i'Hôtel-Dieu de Lyon, dans le courant du mois « de juillet 1808. Il portait à la joue gauche une « pustule maligne, et la tuméfaction était si grande « qu'il n'était pas possible d'apercevoir le globe de « l'œil de ce côté. On remarquait deux points gan- « gréneux assez près l'un de l'autre. Le cas était « pressant : M. Véricel, alors chirurgien major de « cet hôpital, n'hésita pas à porter deux boutons « de feu sur les points gangreneux. Le malade fut « pansé avec un cataplasme émollient arrosé d'eau
< blanche; on donna à l'intérieur les boissons aci-
< dules et les toniques : bientôt les forces se rele=
« vèrent, l'escarre se détacha , il ne resta plus qu'un
« ulcère simple dont la cicatrisation ne se fit pas
« attendre. »
Des Caustiques.
Les caustiques sont les agens les plus usités contre la pustule maligne; on en a proposé un grand nombre, mais ils ne peuvent être employés indistinctement : il faut éviter ceux qui, par leur absorption, peuvent causer des accidens particuliers; de ce nombre sont les préparations arsenicales et mercurielles. Les premières, quand elles sont posées sur une grande surface, peuvent être suivies d'un véritable empoisonnement; les secondes sont très nuisibles aux malades attaqués d'une cachexie scorbutique et peuvent déterminer une salivation nuisible, surtout si la pustule maligne est à la tête. M. Chaussier n'approuve pas les caustiques alkalins , employés cependant avec succès dans l'espèce de pustule maligne décrite par Bayle, parce qu'ils ne provoquent pas cette réaction inflammatoire que la nature semble employer d'elle-même pour borner la gangrène. Mais les bons effets obtenus par les évacuations sanguines locales prouvent que si l'art arrive à -son but en produisant une réaction inflammatoire plus franche , il ne suit pas la route la plus certaine, et qu'en procédant de cette manière, c'est terminer une querelle par une rixe toujours moins certaine qu'un accommodement.
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Les caustiques le plus généralement employés sont l'acide sulfurique , l'acide muriatique concentré, le nitrate d'argent solide ou liquide, et le beurre d'antimoine ; encore ce dernier doit-il être abandonné s'il s'agit de cautériser une grande surface fournissant une abondante sérosité, parce que, dans ce cas particulier, la préparation antimoniale est convertie en une poudre blanche sans activité.
Si le choix des topiques est important, la manière de les appliquer ne l'est pas moins : traçons les règles à suivre à ce sujet, en parcourant successiment les diverses périodes de la pustule maligne.
Première Période.
Démangeaison , rougeur analogue à la piqûre d'un insecte , formation dune petite vésicule brunâtre de la grosseur d'un grain de millet à son centre.
On est rarement consulté dans les premiers momens de la pustule maligne, le malade ne pouvant encore se douter qu'il porte les premières atteintes d'une maladie sérieuse.
Dans les cas douteux , il faut se comporter comme si la nature du mal était bien constatée : cet avis, qui est dicté par les erreurs que nous avons vu commettre , et qui ne peut avoir aucun inconvénient sérieux , peut éviter bien des dangers au malade et bien des regrets au médecin.
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Avant de poser le caustique dont on aura fait choix , il faut enlever la petite vésicule ainsi que la sérosité qui en découle, poser ensuite sur le lieu qu'elle occupait une petite boulette de charpie imbibée de la matière corrosive , la couvrir de charpie sèche et d'un emplâtre adhésif, ou d'un bandage convenable. Cinq à six heures après, suivant la force connue du caustique, on lève l'appareil, qui ne doit pas comprimer douloureusement la partie malade, et qui doit exiger le moins de mouvement possible pour son application : on panse avec un digestif animé. Si, le lendemain , l'escarre est sèche, dure, de la grandeur d'un denier; si elle attaque toute l'épaisseur de la peau; si l'on ne trouve pas de dureté, d'aréole vésiculaire; si la douleur est légère, sans chaleur, sans tiraillemens, on a la certitude que le caustique a détruit l'étendue du mal. S'il en était autrement, il faudrait se comporter comme il sera prescrit pour le second période; mais, dans la supposition du succès, le digestif sera continué jusqu'à la chute de l'escarre, arrivant ordinairement du cinquième au huitième jour. On pansera ensuite avec de la charpie sèche, en se conformant à ce que l'art prescrit dans les plaies ordinaires.
Telle est la conduite à tenir : elle est sage, dictée par l'expérience et confirmée par elle.
Mais, comme on peut être consulté à l'improviste, à une grande distance de chez soi, et que
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cependant il est utile de ne pas perdre de temps, le médecin pourra remplacer les caustiques liquides par la pierre infernale dont il est ordinairement muni, ou par un stylet rougi au feu. Si la pierre infernale était trop grosse, on la rendrait aigùeen la roulant dans un linge mouillé placé entre les doigts.
L'impossibilité de se procurer le digestif animé ne doit inspirer aucune inquiétude : dans ce cas, nous avons employé indistinctement, et avec un égal succès, la thériaque, la crème fraîche, le beurre, ou tout autre médicament, parce que la partie essentielle du traitement réside dans la cautérisation. En effet, que peut-on attendre de topiques posés sur des parties saines ou sur une escarre qui les sépare des vivantes.
Deuxième Période,
Petit tubercule dur , lenticulaire , d'une couleur livide 9 citronnée , situé sous la vésicule première environnée d'une aréole de couleur variable^ aréole qui est parsemée quelquefois de phljctènes, et entourée d'un gonflement élastique, non crépitant, luisant, avec peu ou point de changement de couleur dans la peau qui le recoure.
Quand la maladie est arrivée à ce point, il faut scarifier l'escarre, pénétrer dans toute sa profondeur, sans toucher aux chairs vives, sans provoquer d'effusion de sang, enlever les sérosités qui
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coulent de la surface malade et la toucher ensuite avec un pinceau chargé du caustique que Ton préfère ou que l'on possède , puis la recouvrir de quelques bourdonnets imbibés du même liquide, poser ensuite par-dessus de la charpie sèche et la maintenir avec un bandage approprié à la partie. Après quelques heures on lève l'appareil, on panse avec un plumasseau chargé de digestif ou de styrax; à chaque pansement, on déterge avec le collyre de Lanfranc ou avec une légère solution de sel marin , animée d'un peu d'eau-de-vie; on peut encore tremper les compresses dans cette eau résolutive.
Les pansemens doivent être renouvelés toutes les douze heures, jusqu'à ce qu'on aperçoive une ligne de démarcation entre le mort et le vif
Troisième Période.
Accroissement rapide de tous les accidéns : la gangrène s'étend en largeur et pénètre dans le tissu cellulaire sous-cutané; le gonflement élastique se propage au loin, et un sentiment de pesanteur et d' étranglement remplace les douleurs acres et vives du deuxième degré; la maladie exerce une influence sur les organes voisins, avec trouble plus ou moins marqué de la circulation.
Les indications curatives restent les mêmes que dans le second degré : c'est toujours la tumeur principale qu'il faut attaquer en se conformant
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entièrement à ce qui a été dit. L'enflure élastique mérite cependant une grande attention : pour elle, les auteurs redoutent les émolliens; ils préfèrent les infusions aromatiques animées avec des substances salines et spiritueuses, secours bien faibles contre un accident bien grave, quoique symptomatique, et tuant les malades plus souvent que la gangrène même. Mais nous reviendrons sur ce sujet à l'article du traitement antiphlogistique.
Quatrième Période.
Celte époque commence, quand la maladie doit se terminer heureusement , à V instant de la diminution du gonflement élastique , au moment ou la nature commence à vouloir détacher ï escarre des -parties vivantes , et se termine à la chute coniplète de celle-ci.
On voit que la durée du quatrième période ne peut être fixée avec précision; qu'elle doit varier selon l'étendue , la profondeur de l'escarre , et le degré d'engorgement et de vie des chairs tuméfiées. Cependant la nature abandonnée à ellemême en détermine la chute dans cinq, dix, vingt et trente jours; mais l'art peut en abréger la durée.
Quand l'escarre est petite, sèche, environnée d'une inflammation franche, il n'y a rien à faire que d'attendre sa chute, qui ne peut tarder; tous les secours doivent se borner à des soins de propreté,
Si elle est étendue et soulevée dans son centre par une collection purulente, en offrant toujours les mêmes caractères, il faut l'inciser pour donner issue à la matière; il faut encore, comme dans les autres temps de la maladie, ne pas intéresser les parties saines. Les portions déjà détachées seront enlevées avec des ciseaux sans déterminer de tiraillemens douloureux.
Si le quatrième degré n'arrive pas , si le gonflement continue à s'étendre ainsi que la gangrène, la maladie doit inspirer les plus vives inquiétudes, attendu que toute l'économie étant dans la souffrance, la maladie ne peut plus être considérée comme une affection locale. Le traitement interne, jusqu'ici peu important, devient indispensable, et doit être associé aux secours locaux. N'ayant jamais observé la maladie à ce degré d'intensité , nous allons laisser parier M. Chaussier.
« Dans les sujets cacochymes, scorbutiques, la « gangrène fait rapidement des progrès, se renou- « velle souvent, s'arrête avec peine; quelquefois « même, dans les progrès du mal, la mortification « change de caractère : la tumeur essentielle qui « forme la pustule maligne est une escarre sèche « et compacte ; mais les environs tombent dans une « gangrène humide , et tendent à une dissolution « putride. Dans tous ces cas, le traitement local « serait insuffisant; les forces sont opprimées, il « faut les relever, il faut prévenir l'infection gan-
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« gréneuse et arrêter ses progrès : les antiseptiques, « employés tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, sont « alors très efficaces 5 quelquefois ils ont suffi seuls; « on ne doit pas cependant se borner entièrement ce à leur usage. Ici, comme dans tous les cas de « pustule maligne , les scarifications seront néces- « saires; mais elles doivent être faites avec beauce coup de ménagement, car, si elles étaient pro- « fondes, on aurait une hémorrhagie abondante ce ou un suintement sanguinolent qui épuiserait ce peu à peu le malade et empêcherait Faction des « remèdes topiques.
ce Dans ce quatrième période , les escarotiques « sont bien moins efficaces que dans les périodes ce précédens. /
ce L'application du beurre d'antimoine est surce tout peu convenable ; les sucs ichoreux qui suincc tent continuellement le décomposent. Pour éviter ce cet inconvénient, il vaut mieux se servir de quelce que autre caustique simple qui perde difficilesce ment sa propriété.
ce La pierre infernale , dont l'usage est si fréquent <c pour les pansemens des ulcères, peut être emce ployée avec succès dans ce cas. Après les scariee fications préliminaires , on porte le caustique « solide sur tous les points de la surface, on l'appuie ce principalement dans les endroits les plus proce fondement affectés. L'esprit de sel que l'on em« a ploie si utilement dans les affections gangré-
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« neuses de la bouche est aussi fort convenable; « concentré , il agit plus promptement que la « pierre infernale, il est plus énergique et paraît « plus efficace : on en touche avec un pinceau « toute la surface de l'escarre; on applique ensuite « sur la partie une espèce de cataplasme fait avec « la poudre de kina et un peu d'eau-de-vie eam- « phrée, on la recouvre de compresses de linge « fin enduit du liniment camphré, et de comte presses trempées dans la décoction antiseptique « spiritueuse.
« Toutes les six heures on renouvelle le petit « cataplasme de quinquina , et l'on continue juste qu'à ce que l'on voie les chairs s'animer et ance noncer la suppuration : alors on pansera avec un « plumasseau chargé du digestif animé ou trempé « dans le collyre de Lenfranc.
«Cependant, si l'escarre est molle et putride, « il vaut mieux continuer l'application du kina , « mais supprimer l'eau-de-vie camphrée, et se bor- « ner à des lotions faites avec la décoction antisep- « tique. Pendant ce temps, on doit soutenir, favo- « riser l'effet du traitement local par l'usage des « remèdes internes et d'un régime approprié. Mais, « si malgré ces soins la gangrène fait de nouveaux « progrès , ou si , après quelque temps , elle se « renouvelait, il faudrait nécessairement revenir « aux scarifications, toucher encore les chairs « mourantes avec l'esprit de sel et insister sur
a l'usage interne des antiseptiques. Enfin, on con« « tinue ces différens moyens jusqu'à ce que le « gonflement soit passé et l'escarre détachée : alors « on se borne à des pansemens simples comme « dans les cas précédens.»
Traitement de la plaie produite par la chute de l'escarre.
Pour éviter autant que possible le contact de Fair, toujours nuisible aux plaies, surtout quand il est froid , ainsi que les douleurs qui ne peuvent qu'augmenter l'irritation déjà existante, les pansemens seront faits rapidement et avec légèreté; les linges et la charpie seront fins, doux et chauffés en hiver, et toujours d'une très grande propreté; ils seront maintenus par un bandage peu serré, facile à renouveler sans remuer la partie, tels que la fronde pour la tête et le bandage à plusieurs chefs pour les membres.
Tous les objets qui auront servi aux pansemens, qui doivent être fréquens quand la suppuration est abondante et séreuse, plus rares à mesure que cette suppuration diminue, seront retirés de suite de la chambre du malade, brûlés, enfouis ou lessivés , pour que les insectes et autres animaux ne puissent y toucher et communiquer la maladie : ceïte attention sera d'autant plus indispensable qu'on sera peu éloigné des premiers momens de
la pustule maligne, et qu'on se trouvera encore dans une saison chaude
Les plaies petites ou d'une dimension moyenne , accompagnées d'un gonflement médiocre , situées sur un sujet sain, se guérissent facilement, quels que soient les divers topiques dont on les recouvre.
Nous avons employé avec un égal succès le digestif simple, la charpie sèche ou enduite de cérat, qui empêche, comme les autres topiques, la charpie d'adhérer aux bords de la plaie.
Si le malade est faible, atteint d'une maladie quelconque, antérieure ou consécutive à la pustule maligne, le moyen le plus sûr pour faire cesser l'abondance de la suppuration , le mauvais aspect de la plaie, effets de cet état, est de les combattre par les moyens thérapeutiques ordinaires.
Le plus souvent l'aspect grisâtre de la plaie , la suppuration sanieuse qui en découle, sont l'effet de l'empâtement du tissu cellulaire ou de quelques fongosités. Ce dernier accident sera détruit par l'application de la pierre infernale ; le premier se dissipera avec le temps ou au moyen de lotions aromatiques animées de quelques gouttes d'eau-de-vie camphrée. Maître Jean employait encore à cet effet un mélange de jaunes d'œufs , de miel , de safran et de poudre de myrrhe. Thomassin se servait, clans le même but, d'une combinaison de deux
gros de baume astringent et de deux onces de mieL
M. Chaussier rejette avec raison tous les topiques sthnulans, et particulièrement ceux contenant des substances purgatives comme l'aloès, qui peuvent causer, étant absorbés par la surface de la plaie, une diarrhée fatigante, susceptible d'épuiser le malade. Cet auteur préfère la charpie sèche et les lotions vulnéraires.
Quand la suppuration abondante, dit encore Thomassin , persiste long-temps , malgré le bon état apparent de la plaie, je mets en usage la chaleur actuelle , de la manière indiquée par Faure , dans le Ve volume des Mémoires de V Académie de Chirurgie : c'est un des cas où j'ai vu ce moyen le mieux réussir.
Après la guérison de la plaie , des cicatrices plus ou moins difformes gênent les mouvemens de certaines parties ; elles sont d'autant plus inévitables et à craindre que la perte de substance aura été plus profonde et plus étendue. Nous terminerons ce chapitre par ses propres réflexions.
ce J'ai traité, dans le mois de mars 1779, une « jeune fille d'une pustule maligne à la paupière « supérieure ; j'ai pris ta plus grande précaution « pour éviter le renversement, en maintenant, au- « tant que possible, la paupière abaissée et tendue « sur le globe de l'œil , et je n'ai pas réussi. De très « grands praticiens avouent n'avoir pas été plus « heureux :1e célèbre Antoine Maître Jean convient
« qu'il est très difficile d'empêcher le renversement, « que même cela est impossible quand l'escarre a « été grande et qu'elle s'est détachée près du bord « de la paupière.
« Louis n'a pas mieux réussi au sujet d'un homme « qu'il a traité d'un phlegmon gangreneux à la pau- « pière supérieure ; malgré toutes les précautions « possibles, le malade ne guérit qu'avec une la- « gophthalmie. Louis relève, à cette occasion, le « reproche injuste qu'on fait à un chirurgien de la « ville ftAltorf, dans le Lexicon Castelli, au mot « Lagophthalmos , de ce que , par sa prétendue « négligence, une femme qui avait une escarre « gangreneuse à la paupière supérieure , après sa « guérison , ne put couvrir l'œil en dormant , à « cause du raccourcissement de cette paupière. On « peut en dire autant du reproche d'ignorance que « fait Fabrice de Hilden , à ceux qui traitèrent le « jeune homme dont il est fait mention dans la « note ( m ) sous le N° XX.
« Les précautions indiquées par les auteurs ne «sont cependant pas à négliger : si elles sont in- « fructueuses , on n'a de véritables ressources que « dans l'opération indiquée par Bordenave , dans « un Mémoire sur un nouveau procédé pour traiter « le renversement des paupières , inséré dans le « Ve volume des Mémoires de V Académie de Chili, rurgie > page 97 , auquel je renvoie.