‹ De la pustule maligne, ou, Nouvel exposé des phénomènes observés pendant son coursChapitre 7 sur 25 · DESCRIPTION DE LA PUSTULE MALIGNE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE LA PUSTULE MALIGNE

On peut considérer la pustule maligne comme étant une affection propre aux habitans des campagnes. Si elle pénètre quelquefois dans les villes, c'est toujours par des causes qui leur sont étrangères , déjà indiquées , et sur lesquelles il est inutile de revenir. Le cas le plus ordinaire est de n'observer qu'une seule tumeur sur le même individu ; cependant l'expérience démontre qu'on en peut trouver un plu» grand nombre.

Nous avons déjà remarqué que la pustule maligne se place constamment sur des parties découvertes ; il faut ajouter qu'elle semble préférer les plus saillantes , qui se présentent en quelque sorte d'elles-mêmes à la cause infectante. On ne sera donc pas surpris de la trouver le plus souvent au nez , au menton , à la joue , à l'angle de la mâchoire, dans les environs des clavicules, du coude et du poignet , etc.

Chambon père et fils disent qu'elle peut régner épidémiquement ; qu'ils ont vu dans un seul village vingt à trente personnes en être atteintes à la fois. Thomassin trouve ce nombre exagéré, et, comme lui , nous l'avons toujours vue isolée ; nous ne

trouvons dans notre pratique d'autre exception à cette règle que le père, la femme et les deux enfans des Bordes de Farmoutiers, chez lesquels elle ait sévi dans le même moment.

M. Chaussier remarque que la pustule maligne peut être modifiée par l'influence du climat; nous croyons sa marche en général plus rapide dans les pays chauds, et plus calme dans les tempérés. Ce que nous venons de dire à ce sujet n'est pas dicté par une conviction intime; car nous n'avons étudié la pustule maligne que dans le département de Seine-et-Marne , où nous l'avons vue entièrement conforme à la description qu'en a donnée ce professeur célèbre. De même que lui, nous distinguerons dans son cours quatre périodes', qui cessent d'être distinctes quand l'invasion est rapide et fougueuse, avec cette différence cependant, que no.us avons composé notre quatrième période du temps nécessaire au décollement de l'escarre, et non de la série de symptômes qui ne font pas partie essentielle de la pustule maligne, attendu qu'ils ne s'observent que quand la maladie est compliquée et qu'elle doit avoir une fin funeste.

Première Périodèé

Sa durée est ordinairement de vingt-quatre à trente-six heures.

La matière vénéneuse déposée sur l'épiderme s'insinue peu à peu dans le corps muqueux; cela

4o DE LA PU ST C LE

se fait d'abord sans changement de couleur à la peau; cependant le malade commence à éprouver une démangeaison^ légère, mais incommode, puis un picotement vif, mais passager.

L'épiderme se détache et forme une petite vésicule de la grosseur d'un grain de millet; peu à peu elle se développe, devient brunâtre; la démangeaison continue, le malade se gratte, la vésicule se crève , un petit écoulement de sérosité a lieu , et la démangeaison se calme pendant quelques

heures.

Deuxième Période.

Sa durée peut être de plusieurs jours, mais le plus souvent elle est de quelques heures.

Sous la vésicule première, dans le tissu même de la peau , il s'établit un petit tubercule d'une forme lenticulaire, de couleur livide, citronnée; la démangeaison augmente de force et de fréquence, et s'accompagne d'un sentiment d'érosion ; la peau se gonfle, s'engorge, devient luisante; une seconde tumeur se forme autour du point central : cette dernière, plus molle et d'une couleur qui peut varier du pâle au rougeâtre , du rougeâtre au livide, ou être nuancée de ces couleurs, a reçu le nom & aréole. Cette aréole, plus ou moins large, toujours superficielle et formée par le tissu de la peau, est parsemée de petites phlyctènes, d'abord isolées, puis réunies, et contenant une sérosité roussâtre, Le tubercule central et primitif devient

MALIGNE. 4ï

brunâtre, dur, et s'étend; c'est alors que le malade prend de l'inquiétude sur son état, et que la maladie ne peut être méconnue.

Troisième Période.

Chez un sujet sain elle peut durer quatre à cinq jours.

De la surface de la peau le mal pénètre dans le tissu cellulaire sous-cutané; sa marche, de lente et incertaine qu'elle était, devient rapide, fougueuse et alarmante; la tumeur primitive prend plus de dureté, d'étendue, de profondeur, et devient entièrement noire.

L'aréole, qui toujours la borde, annonce et précède la gangrène \ forme quelquefois un bourrelet qui la fait paraître enfoncée. Le gonflement aréolaire, qui par les progrès du mal tombera en gangrène et donnera plus d'étendue à l'escarre, pénètre dans le tissu sous-cutané, devient plus dur tout en conservant sa sensibilité; enfin survient un gonflement élastique sans crépitation, qui peut s'étendre au loin , pénétrer dans les cavités splanchniques quand la tumeur est placée sur l'une d'elles ou dans le voisinage.

La chaleur acre et cuisante du second degré est remplacée par un sentiment de pesanteur et d'étranglement.

Quand la maladie est arrivée à ce point, le pouls peut conserver sa force et sa fréquence naturelle,

être plein, élevé, ou devenir petit, serré et irrégulier ; le malade est souvent abattu et défaillant , quelquefois il conserve encore assez d'énergie pour aller à quelques lieues de son domicile réclamer les secours qu'exige son état.

Cette faculté d'aller et de venir est trompeuse, le malade pouvant périr tout à coup au moment de son arrivée et à l'instant où il s'y attend le moins. Quoique ces cas ne soient pas rares, nous croyons devoir en rapporter un exemple.

En 1814, au mois d'août, un homme des Bordes de Farmoutiers portait une tumeur noire à la partie antérieure de la poitrine; elle était environnée d'un gonflement fort étendu. Cependant, il s'arme de sa faulx pour couper de la luzerne; bientôt fatigué, il rentre chez lui, demande un verre devin, le boit, chancelé et meurt subitement. Sa fille, âgée de douze ans, atteinte de la même maladie placée également près de l'extrémité sternale de la clavicule, continue à se promener dans le voisinage et à jouer avec les enfans de son âge ; elle rentre chez elle , demande à manger, mange et périt immédiatement après.

Envoyé sur les lieux par M. le sous-préfet de l'arrondissement, nous trouvâmes la mère et un autre enfant de cinq ans affectés de la même maladie ; l'un et l'autre guérirent par la cautérisation , la saignée , le régime des maladies aiguës et de la limonade.

MALIGJNE. 43

Quatrième Période.

Cette période, quand la maladie est abandonnée à elle - même et doit se terminer heureusement , peut durer depuis dix jours jusqu'à un mois.

Le gonflement cesse de croître, les douleurs se calment, la tension de la partie diminue, un cercle inflammatoire se forme autour de l'escarre, qui se détache par une suppuration abondante, d'abord séreuse, plus liée par la suite, enfin la portion gangrenée tombe entièrement : il ne reste plus qu'une plaie qui sera l'objet d'un article particulier.

Telle est la maladie dans toute sa simplicité , et la marche qu'elle suit quand elle doit se terminer heureusement. Dans le cas contraire , voici ce qu'on observe : tous les accidens locaux augmentent d'intensité, l'enflure devient énorme et froide, la gangrène s'étend, et le malade périt en répandant une odeur fétide insupportable; mais, auparavant, le pouls devient petit, plus vif que dur, quelquefois mollasse, souvent inégal, et sa fréquence augmente de moment en moment; la peau est sèche , la chaleur paraît modérée ; cependant le malade éprouve une ardeur interne qui ne peut être calmée par les boissons; la sécheresse de la langue, son aridité, sa couleur brunâtre, démontrent que les voies digestives partagent le désordre général; les diarrhées , les sueurs colliquatives, les

hémorrhagies sont rares; les urines, peu abondantes, sont brunes, épaisses et briquetées; enfin des cardialgies, des anxiétés continuelles, une respiration courte, entrecoupée de sanglots, un délire obscur terminent cette série de maux et de souffrances.

De T Escarre.

L'escarre qui résulte de la pustule maligne ne possède pas l'odeur fétide propre aux autres affections gangreneuses ; elle est noire et fort analogue à celle produite par le feu; elle est dure, coriace, difficile à couper ; ses couches externes sont plus denses que celles qui a voisinent les parties vives , mais elles peuvent se ramollir par le contact prolongé du pus.

Selon la gravité de la Cause , elle géra petite ou fort étendue, superficielle ou profonde, se bornera au tissu cellulaire sous -Cutané, ou pourra pénétrer entre les muscles, et, dans quelques cas rares, détruira ces organes. Thomassin rapporte un exemple de ce genre survenu à un homme sexagénaire qui, huit jours après avoir introduit sa main dans te rectum d'une vache , fut tout à coup atteint de trois pustules malignes à l'avant- bras. Les tégumens et presque toute la première couche des fléchisseurs furent emportés par la gangrène.

La forme de l'escarre est aussi variable que son

étendue; cependant, plus elle sera petite, plus elle s'approchera de la forme circulaire ou ovoïde : enfin elle est toujours plus, épaisse dans son centre que vers ses bords.

Des*P laies qui succèdent à la chute de V Escarre.

Ce que nous avons dit de l'étendue et de la forme de l'escarije est absolument applicable à la plaie, parce que l'une est en quelque sorte moulée sur l'autre. Que les, plaies soient grandes ou petites, au moment de la chute de l'escarre elles offrent toujours une couleur grisâtre, un pus séreux, qui avec le temps prendront un aspect plus favorable.

Toutes choses égales, la guérison en sera d'autant plus prompte qu'elles seront moins étendues, que le tissu cellulaire sera plus abondant, que son gonflement symptomatique sera moins dur, moins considérable ret que les organes en général seront dans un état plus ou moins parfait de santé. Quand les difficultés des premiers momens , tels que l'empâtement, les fongosités , seront détruites, on pourra considérer la maladie comme une plaie simple, qui n'aura rien de grave que la crainte d'une cicatrice difforme ou d'une bride inconv mode, si la perte de substance a été considérable,

Page 1